Blog de Cheikh Yerim Seck

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L’AFP annonce la mort clinique de Benno Bokk Yaakaar

YERIMPOST.COM Ce dimanche 10 mars, le directeur de cabinet de Moustapha Niasse, par ailleurs chargé des élections au sein de l’Alliance des forces de progrès (AFP), a fait une déclaration malheureuse, symptomatique de l’état de déliquescence dans lequel se trouve l’alliance politique victorieuse de la présidentielle du 24 février 2019.

Alors que Macky Sall, le candidat élu porté par Benno Bokk Yaakaar (BBY), n’a pas encore prêté serment, Bouna Mohamed Seck a lâché: « L’AFP, créée pour conquérir le pouvoir, aura un candidat issu de ses rangs en 2024. » Pareille tirade, qui rompt d’avec toute logique d’alliance, sonne comme le constat d’une vérité implacable. Créée entre les deux tours de la présidentielle de 2012, Benno Bokk Yaakaar, qui se vantait d’être l’alliance à la plus longue longévité de l’histoire politique du Sénégal, a bouclé son cycle de vie.

A la faveur du second mandat de Macky Sall, qui ne peut pas en briguer un troisième, ses alliés ne se donnent même pas la peine de le laisser démarrer son mandat pour étaler leur ambition de lui succéder. Cette attitude est un aveu terrible. Elle met en évidence l’essence purement électoraliste, politicienne, de BBY. Si celle-ci procédait d’une vision partagée du Sénégal, d’un accord sur un programme commun de gouvernance du pays, elle serait aujourd’hui plus préoccupée à accompagner Macky Sall pour réaliser ses promesses qu’à se laisser aller à des tactiques politiciennes.

L’AFP n’est d’ailleurs pas seule dans cette dynamique tacticienne. L’autre allié, le Parti socialiste (PS), n’a, quant à lui, pas attendu la proclamation officielle des résultats de la présidentielle par le Conseil constitutionnel pour réclamer publiquement plus de postes ministériels dans le futur gouvernement de Macky Sall. L’heure est à l’émergence des egos et aux manoeuvres pour se tailler de bonnes portions au cours du « partage du gâteau »!

Le très politique Macky Sall comprend mieux que quiconque que Benno Bokk Yaakaar a perdu toute âme rassembleuse pour se muer en un épouvantail au service de calculs particuliers. Le pronostic vital de cette alliance qui ne l’est plus que de nom est engagé. Si ses membres vont tenter de la maintenir artificiellement en vie pour les subsides du pouvoir, elle peut atteindre la fin avant le terme du quinquennat…

En tout état de cause, BBY ne sera plus jamais une machine à gagner les élections au Sénégal. Depuis la réélection de Macky Sall, ses jours sont comptés. La sortie fort prématurée de l’AFP indique que l’alliance a dépassé le stade de la maladie grave pour atteindre celui de la mort clinique.

Cheikh Yérim Seck

M. le président, ne cédez pas au chantage indécent de ces soi-disant alliés

YERIMPOST.COM M. le président, ce 24 février 2019, le peuple sénégalais a voté dans la sérénité. Le taux inédit de participation et la majorité qui vous a été accordée dès le premier tour traduisent une satisfaction face à votre bilan à la tête du pays au cours du premier septennat, mais également une volonté de vous voir continuer à inscrire notre pays dans la modernité économique et démocratique.

Mais, alors même que les résultats officiels n’avaient pas encore été proclamés par le Conseil constitutionnel, le Parti socialiste, prétendument votre allié, a rué dans les brancards pour réclamer plus de postes dans votre prochain gouvernement. Pareille attitude traduit un manque de respect pour nos institutions, un mépris pour les préoccupations de notre peuple et un chantage exercé contre vous à des fins d’extorsion de strapontins et de privilèges. Vous ne devez pas y céder. Le message électoral du 24 février est beaucoup trop sérieux. L’enjeu de l’heure est beaucoup plus transcendant. Le bal des charognards autour de la dépouille du Sénégal est devenu insupportable aux yeux d’une opinion publique de plus en plus exigeante.

Face au défi que votre réélection vous pose, vous ne devez vous laisser ni intimider ni prendre de vitesse. L’élection présidentielle dont nous sortons est, comme disait De Gaulle, la rencontre d’un homme avec son peuple. Ce n’est pas un scrutin de liste. C’est vous qui avez été élu sur la base de votre coefficient personnel, à partir de ce que vous avez déjà fait et au regard de l’espoir que vous suscitez.

Ces soi-disant alliés, qui ne sont en réalité alliés qu’à leurs intérêts propres, au point de chahuter la gravité du moment, n’ont jamais eu les faveurs du suffrage universel, en dépit de moult tentatives. En désespoir de cause, ils se sont rangés derrière vous. Ils sont autant de wagons accrochés à la locomotive Macky Sall pour pouvoir arriver à la station du pouvoir. Ce sont eux qui existent par vous, et non l’inverse. Après sept ans où vous leur avez donné plus qu’aux membres de votre propre parti, vous ne leur devez plus rien.

Et puis, M. le président, la solennité du moment vous invite à une réflexion sur ce que vous devez aux Sénégalais et sur la place que vous comptez occuper dans l’Histoire. Vous pouvez décider de rester un homme politique voire un politicien seulement soucieux de pouvoir, donc capable de tous les compromis voire compromissions pour en jouir avec tranquillité. Vous pouvez également choisir de placer votre second mandat au service d’une seule priorité: faire les ruptures indispensables au progrès de ce pays. Cela passe par le refus de tout « partage du gâteau », par la nomination des Sénégalais les plus compétents, et par l’application de solutions rigoureuses aux problèmes du pays.

M. le président, vous ne devez pas faire moins bien que Paul Kagamé du Rwanda, Jakaya Kikwete de la Tanzanie et Abiy Ahmed de l’Ethiopie. Ces leaders qui forcent aujourd’hui le respect n’ont pas plus de patriotisme ni plus de compétence ni plus d’atouts pour réussir que vous. Le recul de notre pays, si stable et si riche en ressources humaines, est un scandale auquel vous devez mettre fin. Vos soi-disant alliés ont leurs calculs, ayez les vôtres. Brûlez d’un souci de patriotisme et d’un désir de postérité. Ce faisant, vous allez dépasser l’histoire pour entrer dans la légende.

Cheikh Yérim Seck

Débouté à la Cedeao, Karim Wade a confondu combat politique et communication droit-de-lhommiste

YERIMPOST.COM Ce 4 mars, la Cour de justice de la Cedeao a rejeté le recours qui lui avait été soumis par Karim Wade contre sa non-inscription sur les listes électorales du Sénégal. En d’autres termes, la juridiction sous-régionale a décidé que les droits du candidat inabouti du Parti démocratique sénégalais (Pds) n’ont pas été violés. Que sa non-inscription sur les listes, fruit de sa condamnation pénale, ne viole pas « son droit fondamental de participer librement à la direction des affaires publiques de son pays. »

Pareille décision a provoqué l’ire de ses avocats qui s’en sont pris à cette cour de justice qu’ils ont tant chérie de par le passé pour avoir déclaré que la CREI n’avait pas respecté les normes d’un procès équitable dans le cadre de la poursuite contre leur client. Ces avocats promettent d’ailleurs de recourir au Comité des droits de l’homme de l’Onu…

Vous avez bien lu: alors que Macky Sall a été réélu et que le Sénégal a tourné la page de l’élection, Karim Wade va continuer à faire dans l’agitation juridictionnelle à l’international pour n’avoir pas été autorisé à y participer ! Comme si, dans une ultime manoeuvre de diversion, il s’abrite derrière ce juridisme stérile pour occulter le faux bond fait à ses militants auxquels il avait assuré qu’il viendrait au Sénégal pour imposer sa participation à la présidentielle.

Après avoir menacé d’un retour fracassant, Wade-fils s’est en effet ravisé après avoir appris, disent certains, que des travaux de rafraîchissement étaient entrepris au niveau de la cellule de la prison de Rebeuss qui était apprêtée pour l’accueillir. Il a donc clairement fui le combat, au grand désarroi des karimistes et autres sympathisants qui l’attendaient. Or, seul un rapport de force, au Sénégal, contre le pouvoir, dans la séquence pré-électorale, pouvait lui offrir une chance de voir Macky Sall fléchir…

Toute autre fausse bataille juridictionnelle hors du Sénégal, qui n’aura de toute manière aucun impact sur l’ordre juridique interne, n’est que fuite en avant.

Karim Wade a été mis en prison, gracié à sa demande, exilé, extirpé des listes, exclu de la candidature… par un pouvoir qui s’est succédé à lui-même le 24 février. N’ayant pas eu le courage de venir mener le combat politique sur le terrain, il doit moins faire parler de lui depuis les palais qataris où il coule un exil doré.

En voulant faire dans le dilatoire, celui qui a confondu combat politique et agitation juridictionnelle à l’international a aggravé son cas. La Cour de justice de la Cedeao a acté la légalité de sa non-inscription sur les listes électorales. En clair, il est d’ores et déjà – légalement- exclu des élections locales de 2019, législatives de 2022 et présidentielle de 2019. Sauf si Macky Sall, dans sa magnanimité légendaire (!), sans que plus rien ne puisse l’y contraindre depuis sa réélection, veut bien user de sa majorité parlementaire pour lui accorder l’amnistie !

La politique est cruelle pour les fuyards et autres poltrons. La bataille pour le pouvoir ne se livre pas par procuration, ni par tribunaux internationaux interposés, encore moins par les artifices d’une communication droit-de-lhommiste…

Cheikh Yérim Seck

Idrissa Seck vit un rêve… Comment sera le réveil ?

YERIMPOST.COM A la faveur d’un parfait alignement des planètes, Idrissa Seck, sur qui nul ne misait un penny il y a à peine quelques semaines, est devenu la révélation de cette campagne électorale. Une photo de lui en boubou blanc immaculé barre la une du dernier numéro de Jeune Afrique, l’hebdomadaire africain basé à Paris. Le prestigieux journal français Le Monde lui a consacré un article, écrivant que le soutien à lui apporté par le maire révoqué de Dakar, le très populaire Khalifa Sall emprisonné depuis vingt-trois mois pour malversations financières, est susceptible de faire basculer la présidentielle du 24 février 2019.

Alors qu’il était devenu un prétendant lambda au trône de Macky Sall, celui que ses compatriotes surnomment « Idy » est revenu aux premières loges suite au rejet par le Conseil constitutionnel des candidatures de 22 des 27 déposants. L’essentiel de ces recalés (dont des personnalités de premier plan comme Khalifa Sall, Malick Gakou, Pape Diop, Cheikh Hadjibou Soumaré, Abdoul Mbaye, Bougane Guéye Dany, Mamadou Lamine Diallo, Amsatou Sow Sidibé…) a fait front commun pour soutenir le candidat de la coalition Idy 2019. Cette mobilisation exceptionnelle a, tout d’un coup, davantage crédibilisé Idrissa Seck et élargi la base populaire de sa candidature.

Le fait est historique: c’est la première fois qu’un compétiteur à une élection présidentielle au Sénégal bénéficie, dès le premier tour, du soutien de 14 candidats, de 80 partis politiques, de plus de 40 maires pour la plupart non membres de son parti… Il est également porté par des personnalités qui, à l’instar de Mamadou Diop Decroix, secrétaire général d’AJ-Pads, n’étaient pas candidats mais jouissent d’une influence certaine sur l’échiquier politique.

Signe de la montée vertigineuse du champion d’Idy 2019, il a totalement submergé, en l’espace de quelques jours, « le candidat des réseaux sociaux », Ousmane Sonko, pour s’imposer comme le challenger du président en exercice, Macky Sall. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le viseur des porte-flingue du pouvoir s’est subitement déplacé de Sonko à Seck. La légitimité populaire a rejoint la légitimité historique.

Vieux crocodile du marigot politique sénégalais, directeur du cabinet présidentiel puis Premier ministre sous Abdoulaye Wade, patron politique et supérieur hiérarchique sous Wade de Macky Sall, Idrissa Seck tient une revanche sur ce dernier qui, contre toute logique de préséance, l’a coiffé au poteau en 2012 pour s’emparer du trône et devenir le quatrième président du Sénégal.

Ce duel frontal est parti pour être le dernier mais aussi le plus crucial entre les deux hommes. Candidat en exercice, bénéficiaire de la prime du sortant, titulaire d’un bon bilan, surtout en milieu rural, Macky Sall n’est pas un adversaire facile. D’autant que la détention de l’appareil d’Etat constitue un avantage comparatif souvent décisif dans le contexte d’un pays africain.

Mais Idrissa Seck, manifestement requinqué, est entrain de faire une campagne modeste, mesurée, efficace… bref, de mener une opération d’image qui gomme peu à peu les défauts qui lui ont toujours collé à la peau… Une élection présidentielle étant par nature un référendum, il va capitaliser sur ces mécontents de tout acabit des années Macky.

Dans la nuit du 10 au 11 février, arrivé à Madina Yéro Foulah après minuit, il a trouvé une foule nombreuse qui lui a arraché cette phrase: « Je suis à présent convaincu que nous allons gagner. » Le candidat de la coalition Idy 2019 est sur un nuage. Il surfe sur une vague de popularité. Ses marches orange font foule. Il s’est imposé comme l’alternative à Macky Sall. Et se prend à rêver du sacre suprême. Le réveil, au soir du 24 février 2019, sera-t-il brutal ou souriant ? Seul Dieu qui, dans la théologie musulmane, donne le pouvoir, sait si cet homme robuste de 60 ans, fils d’un petit commerçant et d’une parolière, va monter sur le trône de la République.

Cheikh Yérim Seck

Me Wade, vous ne devez pas mettre le feu à ce pays pour les beaux yeux de votre fils

YERIMPOST.COM Notre « Gorgui » à nous, le patriarche national, Abdoulaye Wade, du haut de ses 93 hivernages, nous a promis un retour au Sénégal ce 07 février 2019, après plusieurs mois où il a séjourné à Doha, aux côtés de son chouchou, Karim Wade.

Que va-t-il nous amener comme « seurithieu » (« cadeau d’arrivée », en wolof) ? De son propre aveu, dans une déclaration prononcée le 05 février, sous les lustres de sa luxueuse résidence de Versailles, dans la banlieue chic de Paris, il nous apporte une contestation du processus électoral en cours et une belligérance contre le pouvoir. Wade a annoncé sa volonté d’user de sa capacité de nuisance pour empêcher l’élection présidentielle prévue le 24 février prochain de se tenir.

Pourquoi ? Parce que son fils, Karim Wade, candidat déclaré de son parti, le Parti démocratique sénégalais (Pds), a été éliminé du scrutin pour cause de condamnation pénale. Ce crime de lèse-majesté (de lèse-prince, plus précisément) insupporte celui qui dirigea le Sénégal de 2000 à 2012 au point qu’il ait décidé, plus que nonagénaire, de replonger dans le très rude terrain de la contestation politique.

Le symbole est dévastateur: candidat déclaré et recalé, Karim Wade, en dépit de promesses répétées de retour à ses souteneurs, a fini par « sous-traiter » le combat à son père, jetant un Abdoulaye Wade émoussé dans la bataille pour garder son confort douillet d’invité princier à Doha. « L’aurait-il fait s’il était de culture typiquement sénégalaise ? », se demandent, de façon récurrente, les Sénégalais.

C’est à la limite son problème si Wade père consent à être l’agneau du sacrifice. Après tout, les passionnés de tragédies antiques mettent beaucoup tout sur le compte de l’amour filial.

Ce qui est problématique, par contre, c’est que le père nous promette le bruit et la fureur parce que son fils ne peut pas être roi. C’est que Wade-père laisse Wade-fils au chaud, sous les ors, lambris et dorures des palais de Doha, pour venir souffler le feu sur les enfants des Sénégalais qui vivent dans notre pays.

Beaucoup de choses se sont passées au cours de ces derniers mois, dont des coupures d’eau et des conflits estudiantins, sans interpeller outre mesure Abdoulaye Wade. Il s’est éloigné du Sénégal après la libération de son fils, et n’y est revenu qu’à l’occasion des élections législatives de juillet 2017. Lorsqu’il a échoué à renverser la majorité parlementaire, c’est-à-dire à frayer la voie du palais au « candidat du Pds », il est reparti… Pour ne revenir qu’après la disqualification dudit candidat par le Conseil constitutionnel…

Ce rapport au Sénégal, qui se décline à travers le seul objectif de porter Karim Wade à sa tête, est plus scandaleux que le scandale. Madické Niang l’a appris à ses dépens. Avocat, averti de la grave hypothèque qui pesait sur la candidature du fils, ce fidèle parmi les fidèles de la famille a eu l’outrecuidance de se poser en alternative pour pouvoir canaliser l’électorat du Pds. Mal lui en a pris: il a essuyé et continue d’essuyer les foudres du père. Le calcul de Wade est aussi froid et cynique: tant qu’à faire, il vaut mieux une non-candidature qu’un candidat pour occuper le trône de son parti dont seul son fils peut et doit hériter.

Le retour au bercail de Wade, ce 07 février, n’a donc rien de transcendant. Il s’inscrit dans une stratégie de reconquête familiale d’un pouvoir perdu par les urnes. Une stratégie si personnelle ne doit pas conduire les enfants d’autrui, qui font office de chair à canon alors que l’enfant de Gorgui est en sécurité, à casser et à brûler. Abdoulaye Wade, qui a dépassé l’âge canonique où même Dieu est indulgent avec lui, peut se targuer d’avoir fait creuser à Touba sa tombe où il est prêt à aller reposer. Nos compatriotes, eux, à majorité jeunes, souhaitent vivre.

Le Sénégal ne doit pas être brûlé, aucun Sénégalais ne doit être blessé, encore moins tué, pour une cause si triviale. Nul, pas même Abdoulaye Wade, n’a le droit de mettre le feu à ce pays pour les beaux yeux de son fils…

Cheikh Yérim Seck

Avec Gakou, Khalifa, Hadjibou, Pape Diop et d’autres, Idy est devenu un candidat XXL

YERIMPOST.COM Dans la soirée d’hier, 30 janvier 2019, Malick Gakou, candidat recalé de la Grande coalition de l’espoir/Suxxali Senegaal, a rendu publique une déclaration dans laquelle il indique avoir reçu mandat de ladite coalition pour soutenir Idrissa Seck à l’occasion de l’élection présidentielle du 24 février 2019.

Homme de réseaux, trait d’union de l’opposition, maître d’oeuvre de la coalition Mankoo Taxawou Senegaal en 2017, Gakou travaillait tous ces derniers jours, depuis le rejet définitif de sa candidature par le Conseil constitutionnel, à construire un large rassemblement autour du champion de la coalition Idy 2019. En un temps record, il a réussi à convaincre y compris les plus sceptiques.

Au moment où ces lignes sont écrites, l’ex-président de l’Assemblée nationale puis du Sénat, Pape Diop, l’ancien Premier ministre, Cheikh Hadjibou Soumaré, et lui-même, Malick Gakou, forment l’ossature d’Idy 2019. Ils vont être rejoints dans les jours à venir par Khalifa Ababacar Sall, détenu à la prison de Rebeuss, recalé par le Conseil constitutionnel, qui a confié à ses proches son intention de soutenir celui qui lui laissa la tête de liste de la coalition Mankoo Taxawou Senegaal qu’ils partagèrent lors des élections législatives du 30 juillet 2017.

En dehors de ce noyau dur, presque tous les autres candidats éconduits par le juge des élections (à l’exception de quelques-uns comme Aïssata Tall Sall et Aïda Mbodj qui ont ou vont rejoindre Macky Sall) ont déjà ou sont en cours de donner leur accord pour soutenir Idrissa Seck.

Vieux crocodile du marigot politique sénégalais, directeur du cabinet du président de la République puis Premier ministre sous Abdoulaye Wade, « Idy », comme le surnomment les Sénégalais, se retrouve donc, à la faveur d’un parfait alignement des planètes, dans la position de challenger du président en exercice, candidat à sa propre succession. Ce n’est que logique politique ! De tous les quatre candidats de l’opposition à cette échéance cruciale de février prochain, Idrissa Seck est en effet celui qui est revêtu de la plus forte légitimité historique.

Patron politique de Macky Sall au sein du Parti démocratique sénégalais (Pds, la formation de Wade dont ils sont tous deux issus), et son supérieur hiérarchique jusqu’en avril 2004, Idy a subi une longue traversée du désert depuis sa défenestration de la primature. Soutien de Macky lors du 2e tour de la présidentielle de 2012 remporté par celui-ci, il a pris ses distances, un an plus tard, avec le nouveau président élu pour basculer dans une opposition radicale. Idrissa Seck est, au regard de leur histoire commune, l’adversaire légitime de Macky Sall à l’occasion de cette présidentielle.

D’autant qu’Abdoulaye Wade, leader d’un Pds sans candidat, dont l’électorat est donc à prendre, va sinon se résoudre à l’adouber, du moins observer une neutralité bienveillante à son égard. Aucune autre posture de Wade ne se comprendrait, lui qui est en conflit ouvert avec Madické Niang (lequel a osé une candidature dissidente au sein du Pds, défiant le mot d’ordre « Karim Wade candidat ou rien ») et qui a des liens forts avec Pape Diop et Cheikh Hadjibou Soumaré, deux soutiens engagés d’Idy.

S’il tire les leçons de ses erreurs passées de communication, mène une campagne électorale humble et audible par les électeurs, Idrissa Seck va être un sérieux prétendant au trône de Macky Sall. A 60 ans, cet homme robuste à la tête de félin est une bête politique arrivée à pleine maturité. Un candidat XXL…





Cheikh Yérim Seck

Ousmane Sonko, arrêtez vos insulteurs et répondez aux faits qui vous sont opposés

YERIMPOST.COM Face à l’article documenté de Madiambal Diagne, bourré d’imputations aussi précises que graves contre Ousmane Sonko, les insulteurs attitrés de celui-ci ont choisi la plus désastreuse des réponses: l’injure personnelle. Cela commence d’ailleurs à relever d’une tradition: les sbires du leader de Pastef, en exécution d’un projet de terrorisme intellectuel, versent dans l’invective, la calomnie et le lynchage contre quiconque s’autorise la moindre critique contre leur « vizir ».

J’ai moi-même fait l’expérience de cette forme de fascisme: d’une semaine à une autre, je suis passé du statut de héros adulé à celui de paria injurié par la sonkosphère pour avoir, la première fois, loué l’ascension fulgurante de Sonko sur le terrain politique, et, la seconde, publié un acte attribuant un terrain à ce même Sonko.

Le symbole est dévastateur: l’intolérance agressive de ses feddayins n’arrange pas les affaires de Sonko soupçonné par ses détracteurs d’appartenir à une idéologie religieuse totalitaire.

Dans le cas présent, Madiambal Diagne a soulevé des faits précis, circonstanciés et documentés. Il n’a fait ni dans la caractérisation ni dans la spéculation. Son article décrit Ousmane Sonko sous les traits d’un personnage cynique, cupide, englué dans de graves conflits d’intérêt, porté à donner des leçons de vertu en étant loin d’être un exemple de probité ! Pour moins que cela écrit par Le Canard Enchaîné, en France, François Fillon, candidat de la droite à l’élection présidentielle de 2017, a été mis en examen en pleine campagne électorale !

Si rien de tel ne lui est arrivé sous nos cieux, Ousmane Sonko, si prompt à réclamer des débats et à accuser, alléguant toujours disposer de preuves, doit a minima répondre aux faits précis décrits par l’article et entrés dans le débat public par la grâce de l’effet amplificateur des insultes proférées par ses partisans.

Dans son propre intérêt, le leader de Pastef, qui fonde son engagement politique sur l’éthique et la lutte contre la corruption, au point de s’être spécialisé au départ dans la dénonciation et le déballage, doit éclairer la lanterne des Sénégalais à propos de ces accusations graves qui le visent. Il est attendu sur des réponses claires à propos d’Atlas Groupe, de Mercalex, du TF1451/R, des 12 milliards de commissions, de l’affaire des 94 milliards, des terrains à lui attribués, de ses rapports avec le sulfureux Tahibou Ndiaye…

Toutes les insultes périphériques à ces questions ne sont que pure diversion qui ne déroute que les esprits simples et ne réussira pas à détourner de l’impératif de passer au scanner un homme entré par effraction en politique à coups de « révélations ». Ousmane Sonko doit arrêter ses insulteurs et répondre aux faits précis qui lui sont opposés.








Cheikh Yérim Seck

Révélations sur ce qui se trame au sein de l’opposition

YERIMPOST.COM Les procès-verbaux du Conseil constitutionnel, qui excluent de facto 19 candidats à la candidature sur 27, ont causé un véritable traumatisme au sein de l’opposition. Nombre de personnalités (Pape Diop, Abdoul Mbaye, Bougane Guéye Dany…) ont été littéralement sonnées par le rejet de leur candidature. Il a fallu l’habileté du très politique Mamadou Diop Decroix pour convertir ce choc en force de mobilisation.

Pourtant membre d’une coalition dont le candidat, Karim Wade, n’a pas -encore- été recalé, Decroix a stimulé le regroupement de tous pour rejeter le parrainage et planifier des actions. Toute l’opposition s’est donc retrouvée autour de l’idée de la journée d’action du 8 janvier pour riposter aux décisions du Conseil constitutionnel et décrier le processus électoral dans son ensemble.

L’opposition ne s’en est pas limitée là. Yerimpost est en mesure d’écrire que, durant les rencontres bilatérales et globales de ces derniers jours, tous les adversaires de Macky Sall, que leurs candidatures aient été rejetées ou reçues, ont convenu de développer une synergie afin que tous les votes qu’ils escomptaient restent dans l’escarcelle de l’opposition.

Dans un premier temps, ils vont tous combattre contre les procès-verbaux sortis des officines du Conseil constitutionnel. Et, à partir du 20 janvier, date officielle de la proclamation de la liste définitive des candidats, tous les leaders de l’opposition ont adopté le principe de former des coalitions autour de ceux d’entre eux qui seront sur les starting blocks de la présidentielle.

L’objectif est de créer un effet de masse pour crédibiliser les candidatures de l’opposition et rallier le maximum d’électeurs à leur cause. Pareille stratégie résistera-t-elle aux calculs de ceux d’entre eux restés sensibles aux sirènes du pouvoir ? Le Parti démocratique sénégalais (Pds, ex-formation au pouvoir) sortira-t-il comme un bloc de l’invalidation programmée de la candidature de Karim Wade ? Rien ne garantit que certains des caciques du parti d’Abdoulaye Wade ne vont pas rejoindre Macky Sall une fois actée la non-candidature de Wade fils…








Cheikh Yérim Seck

Ce que je pense de la nomination de Mamadou Sy Tounkara par Macky Sall

YERIMPOST.COM Le brouhaha déclenché par la nomination de Mamadou Sy Tounkara comme conseiller spécial du président de la République n’est pas encore retombé que je mêle ma voix à la clameur publique. Je ne serai peut-être pas audible, mais l’envie de sortir ce qu’il y a dans mes tripes me brûle.

D’abord, je regrette, moi qui ambitionne d’être un intellectuel attaché à un débat politique de qualité, qu’une identité remarquable comme le professeur Tounkara soit ôtée des plateaux de télévision pour être anesthésiée sous les ors, lambris et dorures du pouvoir.

Ce professeur de métier, reconverti en présentateur de télévision est à la fois une plume acerbe, une voix impertinente, un administré exigeant, un critique atavique… bref un citoyen cultivé. Au cours de ces dernières années, il a réussi à s’imposer comme l’un des censeurs du pouvoir, à force de lettres ouvertes, de contributions, de coups de gueule et de critiques en forme de sermons. Mais aussi à force de corriger le président de la République, ses ministres et ses directeurs généraux en orthographe, en grammaire et en syntaxe.

C’est ce Tounkara qui va manquer au public à la faveur de sa phagocytose par le pouvoir. D’où les nombreuses réactions l’accusant d’avoir trahi sa ligne et abandonné cette cause de salubrité publique pour sa promotion personnelle. On peut comprendre cette posture, même si aucun esprit censé ne peut l’approuver.

Il ne relève en effet d’aucune vérité biblique qu’un lanceur d’alerte, un influenceur, un polémiste… ne peut pas franchir le Rubicon pour passer de la contestation à l’action. Mamadou Sy Tounkara, dépositaire d’une compétence avérée qui confère une pertinence à ses sorties, doit pouvoir « servir son pays », pour reprendre l’expression usuelle.

Macky Sall, qui l’a nommé conseiller spécial, s’était d’ailleurs engagé, au cours de sa campagne électorale victorieuse de 2012, à aller chercher les compétences, partout où elles peuvent se trouver, pour les agréger dans l’intérêt du pays. L’argument selon lequel Tounkara ne devait pas être nommé parce qu’il ne milite pas dans le bord politique du président, ou parce que les postes doivent être réservés aux partisans de ce dernier, est tout bonnement fallacieux. Les états d’âme d’apéristes frustrés ne font pas une politique.

Si l’on peut regretter que la nomination de Mamadou Sy Tounkara dégarnisse un peu plus la masse critique du pays, ce ne sera pas plus mal s’il donne à son nouveau patron des conseils utiles à améliorer les choses. Après tout, on ne critique pas pour critiquer. On critique pour pousser à mieux faire…

Et puis, après tout, la vie n’est pas faite que de pensée, de critiques, de contemplation… « La vie contemplative est souvent misérable. Il faut agir davantage, penser moins, et ne pas se regarder vivre », a dit, à juste raison, Nicolas Chamfort.








Cheikh Yérim Seck

M. le juge Dème, l’échec de votre candidature conforte mon édito du 08 mai 2018

YERIMPOST.COM Le 8 mai 2018, quelques jours après l’entrée en politique du juge Dème, j’écrivais l’édito qui suit… L’échec de sa candidature à la présidentielle me donne raison… CYS

 

M. le juge Ibrahima Hamidou Dème, votre entrée en politique est une mauvaise option

YERIMPOST.COM Monsieur Ibrahima Hamidou Dème, le 26 mars 2018, vous démissionniez de la magistrature par une lettre qui fera date dans les annales glorieuses de la République. Un an plus tôt, vous quittiez la position enviable de membre du Conseil supérieur de la magistrature. Toutes les deux fois, les raisons que vous avez évoquées à l’appui de vos décisions ont frappé l’opinion publique par leur pertinence et leur dignité.

Mais, dès que vous avez ôté votre robe de juge, vous avez aussitôt annoncé votre volonté d’arborer à la place le manteau de politicien. Et, ce 5 mai à Thiès, avec tambours et trompettes, vous avez franchi le Rubicon pour pénétrer dans l’arène politique à la tête d’un mouvement. Je pense que vous avez pris la plus mauvaise des options qui s’offraient à vous. Vous auriez pu ouvrir une école de formation aux principes de la République, créer une association de défense des institutions, ouvrir un cabinet de consultation en droit ou sur les questions judiciaires, devenir un avocat défenseur de la liberté des juges…

Vous avez décidé d’entrer dans le segment de notre vie publique le plus brutal, le plus corrupteur, le plus pervers… Le précédent Ousmane Sonko, passé d’inspecteur des impôts à opposant crédible, n’est pas pertinent comme exemple pour vous. Sonko était dans l’anti-chambre de la politique pendant plus d’une décennie à la tête du syndicat des fonctionnaires des Impôts. Il a eu le temps de prendre des coups, d’en donner, de s’aguerrir, d’assimiler les codes d’un monde à part… Inspecteur des Impôts, il a appris à la tête de son parti et fait face au pouvoir des années avant d’être radié de la Fonction publique. La transition s’est donc naturellement opérée pour lui.

Quant à vous, Ibrahima Hamidou Dème, vous tombez comme un novice dans ce jeu de massacres. Vous avez le cuir tendre. Vous risquez de finir dans l’estomac des crocodiles du marigot politique sénégalais. Ils vont vous attaquer, vous déstabiliser, vous étriller, vous décrédibiliser, vous dévorer… Et je crains que vous n’ayez pas les moyens des ambitions de changement que vous portez pour le pays. Eux ont des appareils, de l’argent volé des caisses de l’Etat ou tiré de circuits louches, des apparatchiks experts en coups tordus, des mercenaires qui mobilisent pour eux contre avantages en nature et en espèces… Vous, vous n’avez rien de tout cela. Eux ont un discours fondé sur la manipulation et le mensonge. Vous, dans la droiture du juge imbu de principes, vous ne devez pas pouvoir faire dans ce registre.

Et, si vous vous présentez à la future élection présidentielle, je crains que vous ayez un score minuscule du type de celui qui a humilié et définitivement rayé des personnalités inconnues au bataillon qui par le passé ont cru pouvoir mener la mère des batailles politiques.

Or, votre pedigree personnel aurait pu servir notre démocratie comme force symbolique ou comme contributeur à la masse critique. Et, on ne le dira jamais assez, ce n’est pas que dans la politique que l’on peut être utile. Vigie de la République, sentinelle de la démocratie, puissance d’alerte… sont des rôles plus précieux et plus prestigieux que bien des positions politiques.

Cheikh Yérim Seck








Premier carton rouge de la campagne électorale à Pape Diop !

YERIMPOST.COM Votre blog préféré décerne le premier carton rouge de cette campagne électorale à Pape Diop, leader de Bokk Gis Gis, candidat à la candidature. Motif ? Des propos malveillants à l’endroit du président de la République ! Au cours de sa cérémonie d’investiture, celui qui fut maire de Dakar et président de l’Assemblée nationale a décrit l’attitude de Macky Sall vis-à-vis de ses opposants comme étant celle d’un « homosexuel » !

Crime de lèse-majesté et dérapage grave de la part d’une personnalité de si haut rang qui occupa de très hautes fonctions au sein de l’Etat ! Les propos en cause sont indignes du Sénégal, un pays de civilités où les rapports sont traditionnellement fondés sur la courtoisie et le respect mutuel !

Cette campagne électorale ne fait pas exception aux règles de convivialité et de cohabitation pacifique qui ont toujours régi notre société. Carton rouge à Pape Diop pour ce premier dérapage verbal de la présidentielle de 2019!

Cheikh Yérim Seck







Groupe consultatif: Les vraies raisons d’un succès

YERIMPOST.COM La réunion du Groupe consultatif, qui s’est tenue à Paris les 17 et 18 décembre 2018, a abouti à des résultats bien au-dessus des attentes de l’Etat du Sénégal. Alors qu’il escomptait 2850 milliards de francs cfa des bailleurs de fonds internationaux, notre pays en a obtenu 7356.

Ce résultat est le reflet de la grande qualité de la signature du Sénégal sur les places financières internationales. Il récompense les efforts entrepris par les autorités de notre pays ayant généré un taux de croissance flirtant avec les 7%, un taux d’endettement contenu à 47% du PIB et un taux d’inflation maintenu en-deça de 2%.

Les milliers de milliards de francs cfa misés sur notre pays indiquent la confiance placée par la communauté financière internationale dans le leadership économique de Macky Sall. Mais aussi dans sa réélection à la présidentielle de février 2019. Car, même le plus piètre des gestionnaires ne mise pas un penny sur un chef d’Etat sur le départ. Ce n’est pas pour rien que le Groupe consultatif organisé en 2011, à quelques mois de l’élection qui a emporté Abdoulaye Wade, s’est soldé par un fiasco total.

Les résultats de ce Groupe consultatif sont donc le reflet d’une confiance dans la qualité mais aussi dans la continuité du leadership du président Sall. Mais pas seulement.

La pluie de milliards sur notre pays est également le fruit d’une diplomatie financière menée à pas de charge, au cours des deux mois précédant la réunion, par Amadou Bâ, le très réseauté ministre de l’Economie, des Finances et du Plan. L’argentier de notre pays n’a pas ménagé ses efforts pour aller à la rencontre des plus grands décideurs financiers de la planète afin de les convaincre de continuer à soutenir les performances réalisées par notre économie.

Etre un bon ministre des Finances, dans le contexte d’aujourd’hui, c’est disposer d’un carnet d’adresses étoffé de grands noms de la finance mondiale.

Signe de la densité du réseau d’Amadou Bâ, son homologue français, Bruno Le Maire, pris dans de nombreux engagements ce lundi 17 décembre, a bousculé son agenda pour être présent à la réunion du Groupe consultatif et porter un plaidoyer en faveur du Sénégal.

De mémoire d’observateur, c’est la première fois qu’un officiel français de ce rang assiste à une réunion de Groupe consultatif autour de notre pays… Il n’y a aucun hasard dans le succès de cette rencontre. Le résultat est toujours au bout de l’effort…

Cheikh Yérim Seck







Ce que Macky Sall doit faire de Mamadou Lamine Diallo

YERIMPOST.COM Je n’ai jamais rencontré Mamadou Lamine Diallo en tête-à-tête. Il nous est arrivé de nous croiser à des cérémonies et, à l’occasion, d’échanger les civilités d’usage. Il est l’un des rares leaders de l’opposition sénégalaise que je n’ai pas pratiqués et que je ne connais donc pas à titre personnel.

Mais, sur la scène publique, il est l’une des figures de la vie politique que je suis le plus. Aucune de ses interviews ni la moindre de ses déclarations publiques ne m’échappent. Je regarde et écoute avec intérêt toutes ses sorties dans les médias. Pour une raison simple, le leader de Tekki est à tous égards une identité remarquable dans le microcosme politique sénégalais. Doté d’un niveau intellectuel conséquent, l’homme est tranchant à l’oral comme à l’écrit, élégant dans le propos et consistant dans le contenu…

J’ai pu pénétrer ses idées à travers ses analyses hebdomadaires sous le titre « Questekki ». Hormis quelques raccourcis inspirés par l’adversité politique qui anime l’opposant vis-à-vis du tenant du pouvoir, les analyses de Mamadou Lamine Diallo sont structurées et gorgées de sens. En dépit des dénégations, ses prévisions sur l’économie sénégalaise se révèlent souvent être justes. Et ses informations, tirées de sources proches des institutions de financement, finissent la plupart du temps par se confirmer.

Un homme de ce talent a sa place dans la galaxie de Macky Sall qui, n’en déplaise à ses détracteurs, y compris au président de Tekki, est soucieux de bonne gouvernance. Le leadership incontestablement sobre et moderne du locataire du Palais a besoin d’hommes et de femmes de cette pointure.

Mamadou Lamine Diallo ferait un bon ministre de l’Economie, cette attribution devant être détachée des Finances avec lesquelles elle se dissocie nettement. Tous les Etats avancés font d’ailleurs deux départements autonomes de ces deux domaines.

A défaut, Mamadou Lamine Diallo a tout pour être nommé conseiller économique du président de la République.

Si une adversité politique insensée empêche une collaboration entre les deux hommes, Macky Sall doit prendre cet intellectuel comme opposant-référent à l’effet de prêter attention à ce qu’il dit et d’en tenir compte dans l’élaboration de ses décisions. Dans ce cadre, le chef de l’Etat pourrait le consulter en cas de besoin, comme il est de coutume dans les démocraties avancées où le tenant du pouvoir se concerte avec ses opposants lorsque l’intérêt du pays le commande.

Si nous voulons bâtir une société de l’intelligence, les talents s’utilisent, ils ne se brident ni se tuent, quel que soit leur bord politique. Macky Sall l’a compris, qui avait promis, au cours de sa campagne électorale victorieuse de 2012, d’aller chercher les doués partout où ils puissent se trouver pour les mettre au service du Sénégal.

S’il a pu composer avec des personnes qui le combattaient, le président Sall peut a fortiori transcender leurs malentendus pour travailler avec Mamadou Lamine Diallo qui fut l’un de ses fervents souteneurs à l’occasion du deuxième tour de la présidentielle de 2012 qu’il a remporté contre Abdoulaye Wade. Le sieur Diallo doit toutefois être réaliste, pour ne pas ne pas priver le Sénégal de son expertise au nom d’une ambition présidentielle dont il n’a pas le poids électoral.

Cheikh Yérim Seck







Affaire Cheikh Diop: la justice sénégalaise, infernale machine à broyer du citoyen

YERIMPOST.COM La Justice est l’un des rares corps de l’Etat à porter le nom d’une vertu. C’est un pilier essentiel de la République, de la démocratie, de la vie tout court… La Justice est cette institution qui permet la vie en société par la protection des personnes et des biens de chacun. Lorsqu’un élément du corps social porte atteinte à autrui ou à l’ordre public, elle le sanctionne pour rétablir l’harmonie sociale. Cette sanction a vocation à punir la faute commise, mais aussi et surtout à reclasser socialement le fautif.

Au Sénégal, la justice, animée d’une culture du tout-répressif, malmène, casse, détruit… Tous ceux qui y ont eu la malchance de se retrouver dans les crocs de notre système judiciaire, y compris pour des infractions liées à l’exercice de libertés démocratiques, s’en tirent oblitérés à jamais, exclus de l’insertion sociale, s’ils ne sortent pas tout bonnement de prison sur une civière à destination du cimetière…

Ceux qui n’ont pas fait l’expérience de la détention ne peuvent pas se rendre compte de l’ampleur de la mortalité en milieu carcéral, de la dangerosité des conditions sanitaires, de la prégnance des actes de torture… Quiconque en doute n’a qu’à interroger certains détenus célèbres comme Karim Wade ou Assane Diouf. Leurs cas ne sont toutefois que la partie émergée de l’iceberg sous lequel croulent des milliers de pauvres et anonymes prisonniers entassés comme des sardines dans des cellules surpeuplées, nourris avec quelques poignées de main de « diagan », peu ou pas soignés…

Le cas de Cheikh Diop, dont le bras a été amputé pour cause de mauvaise prise en charge médicale, est symptomatique de l’enfer de nos prisons. Cet émigré jeté dans la jungle de Rebeuss en est sorti totalement décimé. Quand il a voulu réclamer réparation du lourd préjudice qu’il a subi, la même justice qui l’avait embastillé l’a éconduit. Plongé dans le désespoir et l’abandon, il a commis l’acte fatal qui l’a emporté… Son geste peut se comprendre, même s’il est difficile à approuver compte tenu de la charge négative du suicide dans un univers culturel musulman.

L’affaire Cheikh Diop n’est pas un fait divers à ranger aux oubliettes au gré du turnover de l’actualité. Elle invite à une réflexion et à une réforme de notre justice et de ses prisons. Parmi les urgences, il y a le bannissement du tout-prison et la formation à la culture des droits de l’homme de notre administration pénitentiaire.








Tant que le Sénégal fera l’économie de cette mutation civilisationnelle, la justice restera cette machine infernale à broyer du citoyen.

Cheikh Yérim Seck

 

Me Mame Adama Guèye, porte-étendard de l’opposition: la cruauté du symbole, la faiblesse du combat…

YERIMPOST.COM Me Mame Adama Guèye est devenu, par la force des choses, le porte-étendard d’une opposition plongée dans une profonde torpeur. Le leader de Sénégal Bou Bess, poids plume électoral, vissé autour de la barre des 1% à toutes les élections auxquelles il a pris part, est celui qui, aujourd’hui, parle et fait au nom de tous ceux qui sont censés offrir une alternative crédible au régime du président Macky Sall. Le symbole est cruel.

Le symbole est d’autant plus cruel que Me Mame  Adama Guèye lui-même n’a pas commencé par un volontariat au service de la cause de tous. Il a voulu et a déclaré son intention d’être candidat à la présidentielle de février 2019. S’étant sans nul doute heurté au filtre épais du parrainage, il a changé de fusil d’épaule et s’est proposé de « sacrifier sa candidature », consacrer son énergie à combattre pour « la sécurisation du processus électoral ».

La légitimité populaire étant le seul baromètre dans une démocratie, comment une personnalité qui n’a pu collecter 55 000 signatures pour valider sa propre candidature peut-elle s’arroger le rôle de faire et dire au nom d’une force censée réunir la majorité d’un fichier électoral riche de plus de 6 millions d’inscrits ?

L’image récurrente de cet avocat de métier, se photographiant un à un avec les candidats en lice, pour leur porter la bonne parole, est plus dévastatrice que la dévastation. Elle est le reflet de la faiblesse d’une opposition inerte à quelques mois d’une échéance cruciale. Et d’une atonie de ses leaders qui, au lieu de se faire filmer avec Me Guèye à Dakar, devaient aujourd’hui se trouver dans les profondeurs du pays pour convaincre les Sénégalais de voter pour eux.

Pire, le combat proclamé par Me Mame Adama Guèye est d’une faiblesse caricaturale. Le Sénégal n’est pas le Congo pour qu’on y porte une « sécurisation du processus électoral » qui ne parle qu’à une nomenklatura perdue dans ses calculs. Ce qui, par contre, parle aux Sénégalais, et qui devait être au coeur du débat aujourd’hui, c’est le coût de la vie, l’état de l’éducation, la situation de la santé, le chômage des jeunes, la condition féminine, la gouvernance économique et tutti quanti.

Au lieu de se laisser divertir par des gesticulations stériles, l’opposition doit se rendre compte qu’il est plus que temps pour elle de s’attaquer aux failles de la gestion de Macky Sall pour espérer l’emporter.








Me Mame Adama Guèye est fort sympathique et certainement sincère dans ses combats, en tant que membre de la société civile, pour une meilleure gouvernance du pays. Sa personne et son slogan de l’heure sont, toutefois, trop en-deça de l’ambition et du combat que doit porter l’opposition à quatre mois de l’échéance cruciale de février 2019.

Cheikh Yérim Seck

« Je vous confie à Serigne Touba »: Décryptage d’une phrase bourrée de sens

YERIMPOST.COM « Je vous confie à Serigne Touba »: telle est la réponse du khalife général des mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, au chef de l’Etat, Macky Sall, qui sollicitait de lui des prières pour obtenir un second mandat à la tête du Sénégal. La phrase, retentissante, a suscité moult commentaires dans l’opinion, mais aussi dans les médias. Ces six mots, qui barrent la une de la plupart des journaux de ce matin du 26 octobre, sont interprétés de manières contrastées.








Si le quotidien national Le Soleil, média public pur et dur, voix assumée du régime, décrit la réponse du khalife général comme le gage d’un soutien franc de Touba à la candidature de Macky Sall à sa propre succession, un organe privé comme Exclusif y lit le signe d’une neutralité du guide ayant usé d’une formule-bateau pour ne pas avoir à directement prendre partie dans la compétition électorale de février 2019.

Au-delà des positions partisanes, que lire dans ces vocables ?

D’abord, l’analyse de la réponse commence par celle de l’interpellation. Dans la religion musulmane, un fidèle ne peut pas opposer un refus à son prochain qui sollicite auprès de lui des prières. Et c’est là que réside le génie politique de l’interpellation de Macky Sall. Conscient de la difficulté qu’éprouvent bien des chefs confrériques à afficher un soutien partisan, a fortiori à donner une consigne de vote, le candidat à sa propre succession est passé par le registre de la sollicitation de prières. Une requête qu’aucun musulman ne saurait rejeter…

Ce faisant, il a invité le khalife dans le débat électoral, lui arrachant des mots qui parlent fort aux oreilles des disciples mourides. Car, contrairement aux interprétations fines du microcosme politico-médiatique dakarois, la réponse de Serigne Mountakha Bassirou Mbacké à Macky Sall est on ne peut plus bénéfique pour ce dernier.

Dans le fond, c’est loin d’être anodin pour les mourides, animés d’une forte fibre confrérique, d’entendre leur guide prier pour le succès d’un candidat en invoquant Serigne Touba, cette référence suprême pour laquelle ces disciples pourraient donner leurs patrimoines, leur sang, leurs vies…








Au surplus, la phrase du khalife n’est pas pure formalité protocolaire. Elle est intervenue après l’énumération de tous les projets réalisés au profit de Touba et du mouridisme par l’actuel locataire du Palais.

Comme pour boucler la boucle, le très politique Macky Sall a ouvert gratuitement Ila Touba, l’autoroute reliant Dakar à la ville sainte, à la circulation des pèlerins à l’occasion de ce Magal du 29 octobre 2018. L’écho des mots du khalife s’en trouvera amplifié si les mourides expérimentent le trajet Dakar-Touba en 1h sans arrêt…

Cheikh Yérim Seck

 

Si près de nous, le régime d’Alpha Condé tue à répétition des opposants politiques

YERIMPOST.COM Le président de la Guinée depuis l’élection chaotique de 2010 bat tous les records. Il a exercé le métier du militantisme politique depuis qu’il est adolescent pour accéder, plus que septuagénaire, au pouvoir. Il doit être aussi le dirigeant politique issu de l’ouverture démocratique en Afrique qui a le plus tué d’opposants et violé les libertés politiques.

Pas plus tard que ce mardi 23 octobre, le régime d’Alpha Condé a réprimé dans le sang une manifestation pacifique dirigée par le chef de fil de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, pour réclamer le respect des accords politiques signés avec le pouvoir. Le bilan est sanglant comme à l’accoutumée: des blessés graves par balles réelles, des arrestations multiples, des morts dont un jeune plombier, Mamadou Samba Diallo, 18 ans, fauché par une balle à Cosa…








La propension du régime à tuer dans les quartiers réputés proches de l’opposition a d’ailleurs amené l’opinion à baptiser « Axe de la mort » la route Hamdallaye-Bambéto-Cosa qui relie l’intramuros à la banlieue de Conakry.

Au cours de cette dernière manifestation, le pouvoir a franchi un nouveau pas dans la brutalité, en tentant d’assassiner Cellou Dalein Diallo. Sa voiture a été criblée de balles réelles et son chauffeur, touché. Le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) n’a dû la vie sauve qu’à un coup du destin.

Le pouvoir guinéen violente, blesse, tue pour des revendications aussi basiques que légitimes. Pour finalement  organiser des élections locales en 2018, plus de cinq ans après l’échéance légale, il a réprimé bien des manifestations dans le sang. Si la ligne rouge de l’assassinat de Cellou est franchie, ce sera le début d’une dévastatrice guerre civile dans ce pays où les leaders politiques sont aussi des chefs de communautés ethniques.

Le Sénégal, flanqué de la Guinée au sud-est, et l’ensemble des pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) doivent se pencher au chevet de ce pays où des simulacres d’élections démocratiques depuis 2010 n’ont rien changé des moeurs de gestion dictatoriale du pouvoir et de violences politiques héritées du sanglant régime d’Ahmed Sékou Touré, père de l’indépendance acquise en 1958. Mieux vaut être lanceur d’alerte que sapeur pompier.

D’autant qu’Alpha Condé, constitutionnellement inapte à briguer un nouveau mandat en 2020, après deux quinquennats successifs à la tête du pays, proclame urbi et orbi qu’il n’exclut pas de faire sauter ce verrou pour opérer une nouvelle opa sur le pouvoir, à presque 85 ans ! Ce hold-up programmé ne peut que brûler ce qui reste de ce pays riche au point d’avoir été qualifié de « scandale géologique » par Sékou Touré mais resté obstinément arriéré en dépit de l’ouverture démocratique de 2010.

Le feu couve. Le Sénégal et tous les Etats de la Cedeao sont avertis…

Cheikh Yérim Seck








Thierno Alassane Sall, faites gaffe à ne pas franchir la ligne rouge du déballage

YERIMPOST.COM Thierno Alassane Sall a posé un acte qui force politiquement et moralement le respect. Sous nos cieux où tous s’accrochent aux strapontins jusqu’à boire la lie, il a osé, sur la base d’un désaccord avec le président de la République, poser sa démission sur la table. C’est tout à son honneur qu’il ait renoncé au fauteuil ministériel de l’Energie pour ne pas avoir à signer un contrat avec Total qu’il a estimé contraire aux intérêts du Sénégal.







Mais Thierno Alassane Sall n’est pas Ousmane Sonko, ce lanceur d’alerte éjecté de son poste d’inspecteur des impôts, et qui a toujours inscrit son action d’abord syndicale puis politique dans une stratégie de rupture vis-à-vis du régime. Il n’est pas non plus Mamadou Lamine Diallo, un libre penseur éloigné du pouvoir dès les premières heures de la victoire de Macky Sall à la présidentielle de 2012.

Thierno Alassane Sall est un des caciques du parti présidentiel, un de ces cadres qui ont porté le président Sall au pouvoir à la faveur de leur combat. Ce militant de la première heure de l’Alliance pour la République (APR) a aussi et surtout été au coeur du pouvoir au lendemain de la deuxième alternance. Plusieurs fois ministre, il fut l’un des hommes de confiance du président, membre éminent du premier cercle du pouvoir pendant des années. De cette station, il a pu voir, entendre, vivre bien des choses dont certaines relèvent du secret sinon d’Etat du moins professionnel.

Les vicissitudes de la vie politique l’ont séparé de Macky Sall. Cela arrive. La vie politique, comme la vie tout court, n’est pas un long fleuve tranquille. Les amours, comme les civilisations, sont mortels. Mais se séparer n’autorise pas à renier le passé ni à insulter l’avenir.

En évoquant aujourd’hui des faits et des chiffres autour du secteur du pétrole qu’il a eu à gérer en tant que ministre, Thierno Alassane Sall flirte dangereusement avec une ligne rouge qu’il devra se garder de franchir: le déballage. Non pas pour ménager Macky Sall, incarnation temporaire du pouvoir qu’il peut quitter dès février 2019 si les Sénégalais en décident ainsi. Mais pour protéger la sacralité, l’inviolabilité, le mythe de l’Etat. Cet Etat qui est le garant de notre sécurité, de nos libertés, de nos vies…

Soucieux d’incarner une force morale sur la scène politique au Sénégal, nul doute que Thierno Alassane Sall se souviendra de cette leçon de vie de l’immense écrivain Gabriel Garcia Marquez: « la vertu principale d’un homme, c’est de savoir garder un secret. »

Cheikh Yérim Seck







Abdoul Mbaye candidat contre Macky Sall: Quel gâchis !

YERIMPOST.COM Ce 30 septembre 2018, par un discours de 2 tours d’horloge, Abdoul Mbaye a décliné les lignes directrices de sa vision en soutien à sa volonté de briguer les suffrages des Sénégalais en février 2019. Contre Macky Sall dont il fut le Premier ministre du 3 avril 2012 au 1er septembre 2013.




Le scénario est invraisemblable. Abdoul Mbaye avait plus d’une fois martelé, la main sur le coeur, que, « Premier ministre ou pas », il n’allait pas s’opposer à celui qui l’a porté à la tête du gouvernement et qu’il allait, tout au contraire, « l’aider à obtenir un second mandat ».

Le scénario est dramatique. L’ex-banquier de génie nommé à la primature avait plus à construire à l’intérieur du pouvoir qu’à critiquer au sein de l’opposition. Car, selon les témoignages unanimes de moult cadres de l’administration, Abdoul Mbaye fut l’un des chefs du gouvernement les plus compétents de l’histoire du Sénégal. Son efficacité dans la gestion des dossiers a laissé des empreintes indélébiles, y compris au niveau des ministres qui composaient son équipe. Sa célérité, en application de la méthode « zéro papier en attente sur le bureau jusqu’au lendemain », a fait avancer nombre de dossiers qui dormaient dans les tiroirs d’une administration sclérosée.

Par un de ces complots dont ils ont le secret, les apparatchiks du palais ont réussi à faire exploser le couple exécutif. Le président de la République s’est débarrassée de son principal collaborateur pour nommer à sa place Aminata Touré, « un Premier ministre politique » dont la brièveté du séjour au poste rend compte des résultats !

La vision de Macky Sall et sa mise en oeuvre par Abdoul Mbaye ont redressé l’Etat laissé en banqueroute par le régime d’Abdoulaye Wade. La suite de l’idylle est une tragédie grecque faite de trahisons et de coups bas. Abdoul Mbaye a tenu des propos et publié des écrits regrettables sur la gestion du pays, notamment du pétrole, par le pouvoir auquel il a appartenu. Il a tiré à boulets rouges sur Macky Sall dont il a moult fois loué les qualités…

Le pouvoir a infligé à celui qui sortait de la primature un traitement intolérable allant du vol de ses affaires personnelles par les services secrets à une vendetta judiciaire par son ex-épouse interposée. La politique est violente. Les enjeux de pouvoir sont brutaux.




Au bout de tous ces règlements de comptes, Abdoul Mbaye, qui aurait pu et dû rester avec Macky Sall en dépit des aléas du pouvoir, est aujourd’hui candidat contre celui qui lui mit le pied à l’étrier. Quel gâchis !

Cheikh Yérim Seck

 

 

Messieurs dames du Forum Civil, ne faîtes pas ce que vous fustigez tous les jours !!!

YERIMPOST.COM Par l’intéressant facteur personnel de Mouhamadou Mbodj, intellectuel raffiné au bagout certain, le Forum Civil s’est imposé dans la société civile sénégalaise, à la faveur des années 2000, comme une sentinelle de la transparence et de la bonne gouvernance.

Mbodj n’est plus… Ses successeurs s’entre-déchirent aujourd’hui pour hériter de cette antenne sénégalaise de Transparency International. Deux tendances s’en disputent le leaderhip: une dirigée par le très acerbe et ultra-médiatisé Birahim Seck, et une autre incarnée par l’avocat Me Moussa Félix Sow, qui défendit l’Etat du Sénégal dans nombre de dossiers sensibles, réputé donc plus commode.

Dans cette guerre de tranchées, le Forum Civil offre le visage d’une lutte triviale pour le pouvoir, d’une vulgaire guerre pour des privilèges, avec ses coups tordus, ses croche-pieds dans les médias, ses communiqués et contre-communiqués à tous égards ressemblants à ceux des politiciens ordinaires…




Dernier coup d’éclat en date, ce communiqué du 13 septembre de la section thiessoise de l’organisation qui se démarque de l’AG d’une des tendances prévue à… Thiès.

Le pire, c’est qu’il n’échappe pas à aucun observateur averti que le Forum Civil est déchiré par les calculs de ses responsables à la veille de l’échéance électorale cruciale de février 2019. Il est traversé par les micmacs politiciens et autres complots pour lesquels il étripe les quidams politiques à longueur d’année.

Comme tout le monde, ces messieurs et dames passés maîtres dans l’art de donner des leçons de probité et de désintéressement se battent pour des postes auxquels sont attachés des privilèges. Diriger le Forum civil c’est, entre autres retombées, être membre es-qualité du Conseil économique, social et environnemental avec les juteux avantages y attachés. C’est aussi une position privilégiée pour bénéficier des prébendes issues de ce que l’économiste Amady Aly Dieng appelait « le voyagisme missionniste », « la séminarite aiguë » et « le per-diemisme ».

Le militantisme rétribué est certes aussi partagé que le bon sens. Le Forum Civil ne doit pas pour autant nous donner à voir les maux qu’il fustige à longueur de colonnes et d’ondes des médias. Cette force symbolique de la démocratie sénégalaise doit se ressaisir et retrouver une exemplarité à la hauteur de son positionnement sur la scène publique.




Cheikh Yérim Seck

Brouille avec Abdoulaye Wade: Pourquoi Madické Niang n’a pas tort…

YERIMPOST.COM Tout est déjà dans la forme de l’échange épistolaire entre les deux hommes. Le ton d’Abdoulaye Wade est dur, accusatoire, à la limite extrémiste. Celui de Madické Niang est calme, modéré, à la limite excessivement conciliant.




Abdoulaye Wade reproche en somme à Madické Niang d’être l’instigateur de cette lettre signée de plusieurs cadres libéraux qui réclame pour le Parti démocratique sénégalais (Pds) une candidature alternative à celle de Karim Wade aujourd’hui juridiquement compromise.

Madické Niang lui rétorque qu’il n’a besoin de se cacher derrière personne pour lui tenir pareil langage. Pour preuve, il lui a adressé, le 3 septembre 2018, une « lettre confidentielle » dans laquelle il lui indique cette autre voie à suivre pour que la grande famille politique du Pds ne soit pas exclue du rendez-vous majeur de février 2019.

Qui, d’ailleurs, a plus de légitimité que lui pour soumettre pareille proposition à Abdoulaye Wade ? Avocat, avocat de Karim Wade dans l’affaire qui lui a valu sa condamnation, Madické Niang connaît les obstacles juridiques qui s’opposent à la candidature de son client. Interlocuteur du pouvoir au cours des pourparlers qui ont précédé la grâce accordée à Wade-fils, il maîtrise mieux que quiconque les engagements pris par ce dernier auprès de Macky Sall, sous le parrainage du Qatar, pour pouvoir humer l’air de la liberté…

Et puis, au nom de quel principe, au Pds, une organisation constituée d’adultes, ne peut-on pas poser le débat d’un plan B vu que le plan A, censé porter les couleurs du parti, n’est même pas inscrit sur les listes électorales ? Lorsque Abdoulaye Wade, dans le confort de son palace de Dubaï, proclame dans son courrier que le Pds va imposer à Macky Sall la candidature de Karim Wade, peut-il être crédible ? Depuis 2012, quel rapport de force victorieux a pu imposer l’ex-parti au pouvoir au régime actuel ?

Madické Niang n’est ni fourbe ni lâche. Sa démarche, couchée sur une lettre confidentielle adressée à Wade, procède d’un principe de réalité. Le président du groupe parlementaire du Pds à l’Assemblée nationale est dans son rôle. Son geste traduit du courage et non de la trahison. C’est un fidèle absolu. Au cours de la dernière fête de Tabaski, nombre de chefs religieux et de responsables du parti ayant reçu des béliers ne savent pas que c’est Madické qui les a achetés de sa poche pour les donner au nom d’Abdoulaye Wade. Ce geste est une pure preuve de fidélité.




Dans une organisation d’adultes doués de bon sens, on ne file pas droit dans le mur motus et bouche cousue. Le débat sur un plan B du Pds ne peut être empêché. Madické Niang l’a posé dans une forme respectueuse de la qualité de ses rapports avec Wade. Il n’a pas tort, même si ce dernier monte sur ces grands chevaux jusqu’à atteindre le sommet de la terre…

Cheikh Yérim Seck

Doit-on chercher à nuire à Macky Sall par tous les moyens ?

YERIMPOST.COM Au cours de la journée d’hier, 2 septembre 2018, j’ai vécu dans ma chair des méthodes d’une rare brutalité. Alors que je me trouve à l’étranger, nombre de mes connaissances au Sénégal et dans le monde m’ont appelé au sujet d’un audio partagé à travers Whatsapp et les réseaux sociaux. Sans doute pour le colorer et en augmenter le buzz, cet élément sonore a été présenté comme étant mon oeuvre.




Son contenu est aussi grotesque que dangereux. Celui qui y parle, et qui imite ostensiblement ma voix, « révèle » que toute l’eau utilisée par les Sénégalais, y compris pour boire, se laver et faire leurs ablutions rituelles, est le fruit du recyclage des liquides et solides des fosses sceptiques.

Sabotage ne peut être plus pernicieux dans un pays si massivement musulman ! L’audio, au vu des réactions que j’ai reçues, en a traumatisé plus d’un. Les auteurs de la machination en ont profité pour invectiver le président de la République, orchestrateur de ce « crime » écologique, en des termes discourtois et brutaux.

Je comprends bien que nous sommes dans un contexte pré-électoral propice à toutes les intrigues. Je conçois même qu’on puisse orchestrer des manoeuvres peu orthodoxes pour brouiller l’image d’un adversaire politique.

Nul ne saurait toutefois accepter que l’on use de méthodes si pernicieuses quelle que soit la volonté d’éjecter Macky Sall du fauteuil présidentiel. La manoeuvre d’hier autour de l’eau, une ressource stratégique source de guerres dans de nombreuses parties du monde, est tout simplement une atteinte à la sûreté de l’Etat. Heureusement que la prompte réaction du ministre concerné a calmé les esprits.

Pour autant, doit-on chercher par tous les moyens à nuire à Macky Sall ? La réponse est évidemment non. Les adversaires du président de la République gagneraient à cesser les campagnes de mensonge et de dénigrement. Tout ce qui est faux est grossier et inefficace. « Tout ce qui est excessif est insignifiant », dixit Charles-Maurice de Talleyrand.




Cheikh Yérim Seck

M. le président de la République, limogez le directeur général des élections pour « faute lourde »

YERIMPOST.COM M. le président de la République, le document publié par la direction générale des élections, à l’issue de la réunion du 27 août, est ainsi intitulé: « Liste des coordinateurs ayant retirés les supports de parrainage ». La manière d’orthographier le mot « retirés » est indigne des mentions « République du Sénégal » et « Un peuple-Un but-Une foi » (notre devise nationale) qui titrent le document.

Pour l’exemple, et par égard à cette image majestueuse qui doit auréoler l’Etat et la République, je vous demande de limoger le directeur général des élections et de nommer à sa place une personnalité qui ne va plus « verser la figure du Sénégal par terre », pour reprendre le jargon ivoirien.

On ne le dira jamais assez, tout pouvoir repose sur la prestance, le prestige, le mythe… Les serviteurs de l’Etat à un certain niveau n’ont pas droit à l’erreur. Cette erreur du directeur général des élections est une faute, une faute lourde, au regard de tous les moyens mis à sa disposition, à commencer par un prolixe chargé de communication.

Au-delà de lui, M. le président de la République, vous donnerez le signal, à travers son limogeage, que les documents de l’Etat du Sénégal doivent être définitivement expurgés de fautes d’orthographe, de grammaire, de syntaxe…




Cheikh Yérim Seck

Ousmane Tanor Dieng parle, reparle et s’enfonce

YERIMPOST.COM « Le silence est le refuge des faibles et la grandeur des puissants. » Longtemps apparu à l’opinion sous un manteau d’homme d’Etat, Ousmane Tanor Dieng semble commencer à oublier cette leçon de conduite du général Charles De Gaulle. Le président du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct) parle beaucoup, trop, beaucoup trop ces derniers temps… Celui qui passait il n’y a guère longtemps pour une énigme du fait de son aptitude au silence et de son impassibilité face aux événements est entrain de devenir l’un des perroquets de la très bavarde arène politique sénégalaise.




Multipliant interviews, coups de sang et phrases assassines, le secrétaire général du Parti socialiste (PS) cumule erreurs de com, bourdes et aveux.

Interrogé sur sa succession à la tête du PS, il a répondu: « Il est temps de laisser la place à la jeune génération. Mais je n’ai pas de candidat, parce que je n’ai pas le droit d’en avoir. » Mais non sans préciser qu’il va quand même briguer sa propre succession à la tête du parti à la fin de son mandat en cours. Allez-y y comprendre quelque chose ! Mais Ousmane Tanor Dieng n’en est pas à son coup d’essai. A la vaille de la présidentielle de 2012, n’avait-il pas confié à Jeune Afrique qu’il allait céder sa place en cas d’échec ? Après sa cuisante défaite, ne s’est-il pas agrippé à l’appareil pour pouvoir continuer à exister ?

A propos de sa responsabilité dans ce qui arrive à son camarade socialiste Khalifa Ababacar Sall, Ousmane Tanor Dieng a fait dans la dénégation: « Le Ps et moi n’y sommes pour rien. C’est une affaire banale de gestion. Il faudrait laisser la justice la régler ».

La réponse porte en elle-même l’indication sinon du rôle du moins de la « neutralité active » de « Tanor » dans l’affaire Khalifa Sall. D’autant que le patron du PS a exclu du parti le maire de Dakar à la veille de son procès pour le couper de toute base populaire et le livrer pieds et mains liés à l’infernale machine judiciaire.

Ousmane Tanor Dieng s’est débarrassé d’un rival gênant pour le contrôle du PS. Il s’est taillé une institution comme le Hcct pour assouvir sa vengeance contre son poulain qui trônait sur la très stratégique mairie de Dakar. Il triomphe sur les plateaux des médias alors que Khalifa Sall est entre les quatre murs de sa cellule…

Il doit se ressaisir pour faire honneur à cette place qu’il avait réussi à conquérir dans l’imaginaire des Sénégalais. Plus il parle, plus il se découvre. Plus il se découvre, plus il apparaît aux yeux de tous comme un monstre froid prêt à tuer pour son positionnement personnel. Ce diplomate de formation, sans doute l’un des plus diserts de sa profession, gagnerait à méditer cette pensée de Victor-Lévy Beaulieu: « Ne parle pas. C’est par la parole qu’on devient indigne de tout. »




Cheikh Yérim Seck

Le juge, les latinos et le ministre

YERIMPOST.COM «L’intérêt des faibles, c’est la justice», disait Jaurès. Dans les républiques où les juges ont une haute idée de leur fonction, cela est loin d’être une simple vue de l’esprit ; la justice est une vraie cuirasse pour les personnes en situation difficile.

Une émigrée salvadorienne et sa fille ont pu à suffisance vérifier la pertinence de cette phrase laconique. Un juge fédéral américain Emmet G. Sullivan a haussé le ton quand il a appris qu’une pauvre latino et sa fille avaient été expulsées avant que la justice ait statué définitivement sur leur demande d’asile. Le magistrat, qui a jugé cela «inacceptable», a ordonné à l’avion de faire demi-tour et a même menacé Jeff Sessions, le ministre de la Justice de Donald Trump, de le poursuivre pour outrage à magistrat ! Chapeau bas.
Vu d’ici, cela fait rêver ! Notre vieux poste radio ne peut capter cette lointaine chaine étrangère qui diffuse dans une langue que nous ne baragouinons même pas. C’est l’Amérique, terre des libertés ! Comme si la dictature était l’apanage de peuples ou de continents ! Comme si les chambres à gaz n’ont existé qu’au camp Boiro ! Et que Ceausescu, Pol-Pot et Pinochet n’ont été que les bourreaux de pauvres Africains de quelque république bananière au sud du Sahara !



Ce juge n’a point eu besoin d’être Robert Badinter pour montrer sa « témérité » devant l’Exécutif. A un magistrat, on demande de dire le droit au nom du peuple, comme on exige du soldat qu’il se batte pour défendre sa patrie. Si on l’empêche de faire son job ? Il « brise son épée »!
Ce juge étasunien menaçant « son propre ministre de la Justice » de poursuites, alors que l’affaire en question n’implique pas les intérêts d’un citoyen américain, je me demande ce qu’il aurait fait face à un ministre (ou beau-frère ?) d’une Association de Pilleurs de la République qui n’est même pas capable t’étancher la soif de son peuple, s’il accusait des juges communautaires d’avoir sorti une décision suspecte ! Emmet G. Sullivan aurait certainement collé tout ministre de l’Education qui se serait permis de « déchirer » un arrêt de la Cour Suprême. Le juge l’aurait condamné à lire cent fois L’esprit des lois.
Ce magistrat n’aurait pas baissé le froc devant un « petit ministre » qui aurait le toupet non d’égratigner un juge mais de cogner violemment sur la figure d’honorables magistrats de la cour des comptes en les qualifiant de « petits magistrats de rien du tout » !
Il n’y a pas de justice indépendante dans l’absolu. Il n’y a que des hommes jouissant de leur liberté qui, même dans un système fermé où la hiérarchie est pesante et contraignante, savent dire non à une injonction « manifestement illégale », d’où qu’elle puisse venir, et passer outre ! Un juge qui imiterait Yao Ndré apporterait à son pays une très vilaine flétrissure que les papys raconteraient à leurs petits-fils des décennies et des décennies après.

Mais on ne demande pas non plus à un magistrat de ressusciter le sosie de Kéba Mbaye. Ce dernier n’a pas voulu être un héros, il a juste fait son boulot. On demande à un juge d’en avoir assez dans son froc pour ne pas devenir un tailleur des lois ordinaires ou constitutionnelles qui deviendraient modulables selon les désirs et desiderata de l’Exécutif ; il pourra ainsi éclairer la lanterne du justiciable pour lui permettre de suivre le fil d’Ariane dans le labyrinthe des avis et décisions de justice ! Qu’il ne rabâche pas sempiternellement aux citoyens en détresse, dont il est le dernier rempart, que dire le droit n’est pas son rayon, comme un médecin qui se déclarerait incompétent pour toutes les pathologies dont souffriraient ses patients ! Il se doit de rassasier ceux qui ont faim et soif de justice.
Les juges ont fait leur droit, ils sont bien formés ; ils n’ignorent nullement ce qui se fait ici et ailleurs ! Un gros baobab sur la route comme un gros caillot qui obstrue les veines de la République et qui menace de l’étouffer…

Il arrive un moment, le juge osera faire son travail. Malgré les consultations à domicile et les dossiers sous le coude du prince, malgré les demandes incessantes de coups d’accélérateur ou de rétropédalage sur les dossiers sensibles, malgré les menaces d’affectation dans des zones déshéritées et de mises au frigo, malgré les prolongations et les augmentations de crédits alloués aux institutions.
Un proverbe bien de chez nous dit explicitement : « Une hyène qui suit un gaillard qui marche dans la nuit ne montre pas qu’elle a du cran ; c’est le bonhomme qui n’a pas l’allure fringante ! »




Moustapha Diop
mrgediop@gmail.com

La politique: une affaire de gladiateurs ou de gentlemen ?

Qui dit politique parle d’une âpre compétition pour la conquête et la conservation du pouvoir, donc de rivalité et de concurrence entre challengers qui se battent pour prendre et diriger l’Etat qui, qui plus est, est ce « MONSTRE FROID » dont parlait le philosophe Nietzsche, qui peut devenir plus dangereux qu’un camion lourdement chargé et dont on aurait scié les freins. Avouons que tout ceci ne milite pas pour un amusement tranquille d’enfants de chœur qui s’égaient dans une cour de récré.
« Deux coqs vivaient en paix ; une poule survint. Et voilà la guerre allumée. » Ces mots dans une des fables de Jean de la Fontaine résument bien la situation de conflit. Mais cela ferait-il de la politique une guerre sans merci au cours de laquelle on aurait le droit d’user et d’abuser d’armes (non conventionnelles parfois) pour détruire ses adversaires ?



Quand on écoute les thèses que certains intellectuels avancent pour expliquer certaines dérives de l’Exécutif, qui semblent corroborer cette vue chère au théoricien marxiste Antonio Gramcsi, on est tenté de les croire. Tout l’art de la politique consisterait à donner des coups de Jarnac à tout-va comme Djimbori sait si bien le faire. La politique, pour user d’une image culinaire locale, serait une sorte de couscous très sec que l’on doit faire manger à ses adversaires aux confins d’une région aride : les malheureux auraient très mal au gosier, ils risqueraient d’avaler de travers une portion de leur repas infect et ils auraient de terribles indigestions ! Mais que voulez-vous ? La politique, c’est la guerre ! Il est vrai que l’arène de la guerre, qui aurait ses « douceurs », peut exercer sur les hommes tant d’attraits.
Encore que la guerre a ses normes. Les Samouraïs, raconte-t-on, se refusaient à achever un adversaire désarmé !
Personnellement, je pense comme Fénelon, sans être un pacifiste dans l’absolu, que « la guerre est le plus grand des maux dont les dieux affligent les hommes. »
Entre « l’argument de la force et la force de l’argument », comme disait l’autre, chacun pourra choisir son camp !
Dans la conquête comme dans l’exercice du pouvoir, mais beaucoup plus dans le second cas, il y a ceux qui pensent à la postérité et ceux qui spéculent sur leur prospérité. Certains gouvernants essaient d’apporter sécurité et bien-être aux leurs. Même un enfant qui ferait cours dans un abri provisoire ! Ils ne cessent alors de méditer leur départ, quand ils tourneront le dos au pouvoir. Seuls. Quand les historiens feront les comptes et mécomptes !
Mais il y a aussi les hommes qui n’ont ni appris des erreurs des autres ni corrigé leurs propres lacunes, dont les regards ne portent pas au-delà de leur bedaine, qui trépignent déjà à l’idée d’assouvir une vengeance crypto-personnelle avec cette force hors norme qui est entre leurs mains.
Au Libéria, Samuel Doe, atrabilaire et sanguinaire chef de la junte militaire, a été « charcuté » par son ennemi juré, Prince Johnson ; rigolant, une bouteille de Whisky en mains, un joint de cannabis entre les lèvres… Comme les hurlements démentiels du malheureux l’importunaient, il lui sectionna la langue !
Le brillant juriste Diallo Telli, premier secrétaire général de l’OUA, mourut d’inanition au Camp Boiro. Sékou Touré se méfiait de ce cadre adulé. Accusé d’être la tête de file du fameux « complot peul », il fut expédié ad pâtre !
On peut retrouver à foison nombre de curiosités morbides comme celles-là, elles ont légion partout où la dictature a régné.
Chez nous, les choses sont aussi allées très loin entre les présidents Mamadou Dia et Senghor. Sauf qu’on n’en est pas heureusement arrivé aux monstruosités rappelées plus haut !
Dans les démocraties, quel que puissent être l’âpreté des contradictions, on évite certaines dérives. Entre les excès qu’on retrouve dans certaines dictatures et la main parfois très lourde de Senghor, je préfère les procédés plus avenants entre Giscard et Mitterrand ou plus récent entre Wade et Diouf. L’image de l’ancien président français Nicolas Sarkozy à côté de son tombeur François Hollande pour fêter les harkis, ou celle où l’on voit Bill Clinton et Barack Obama inaugurer ensemble le musée des civilisations noires, commencé par Bush, fut très belle.
Ne pas faire de cadeaux à ses opposants est de bonne guerre, mais se laisser aller à certaines extrémités peut se révéler très improductif. Dans les républiques où les règles sont bien définies, la démocratie polit les mœurs. La cruauté comme la rudesse du jeu politique peut être tempérée par la cuisson vapeur du couscous, ou par de l’eau tiède qu’on verserait sur la semoule. Cela rendrait la pilule, autant pour moi, le couscous, plus facile à avaler et à digérer.



Sinon gare au retour de manivelle. La roue de l’histoire tourne !
Quand Samuel Doe subissait sa descente aux enfers, il a dû voir le spectre du président William Tolbert en caleçon avec ses ministres, exécutés sans autre forme de procès ce fameux 12 Avril 1980 !
Serigne Sam Mbaye, dans l’une de ses prêches, avait lancé cette formule terrifiante de rappel à l’ordre : « Celui qui ne songe jamais aux trois premiers jours qu’il passerait au fond de sa tombe, peut bien faire ce qu’il veut alors qu’il est encore en vie. » Mais on me dira que les hommes politiques n’émargent pas à ce registre !
Je leur rappellerai l’image d’un président déchu qui s’en va alors que son ennemi assuré s’installe. On n’a pas besoin de leur rappeler comment périt celui qui règne par l’épée. Georges Danton, ministre de la Justice et membre du conseil exécutif provisoire mis en place après la chute de la monarchie en France, faisait preuve d’une violence inouïe à l’égard de ses malheureux adversaires. Mais son courage émerveilla tout le monde lors de son exécution. Quand le tribunal monstrueux qu’il avait contribué à créer se retourna contre lui, il resta stoïque et admirable, frisant même la provocation. Au bourreau qui allait lui couper la tête, il dira sans ciller : « N’oublie pas surtout, n’oublie pas de montrer ma tête au peuple : elle est bonne à voir. »
La bonne nouvelle venue de Côte d’Ivoire est tombée : le président Alassane Ouattara a amnistié Mme Simone Gbagbo ! Allez-y savoir si c’est pour apaiser le pays ? De l’élégance ou de la grandeur ?
Parfois, c’est une simple question d’artifice et de finasserie pour éviter demain d’être dans l’impossibilité d’assister aux funérailles d’un proche ! Suivez mon regard.


PROPOS DE MERCREDI: Faux-jouer avec le feu

Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un Homme, mon fils. »
Le premier chef de l’Etat du Sénégal, le président Dia, a placé ces vers de l’écrivain anglais Kipling en exergue d’un de ses ouvrages. Cette leçon de foi, de caractère et d’humilité fut une de ses références essentielles. Elle lui a peut-être inspiré, un certain 17 décembre 1962, la posture dont le Sénégal lui sera éternellement redevable. Victime d’une conspiration politique, il préfère perdre le pouvoir et aller en prison, au lieu d’activer la Garde républicaine qui lui restait fidèle. Il s’expliquera le jour de son procès : « je ne voulais pas faire couler le sang sénégalais juste pour garder le pouvoir ».



Son avocat d’alors, le président Wade, a adopté une posture similaire au lendemain des élections violentes de 1988 : « je ne veux pas prendre le pouvoir en marchant sur des cadavres ». Je fais partie des jeunes radicaux de l’époque qui peuvent témoigner de l’engagement ferme de Dia et Wade à bannir toute violence et à inscrire la lutte de l’opposition dans le cadre des méthodes démocratiques. Au nom de ce principe, le président Wade a accepté d’attendre 12 ans avant d’entrer en possession d’un mandat que les Sénégalais ont voulu lui accorder dès 1988.
Cette posture républicaine de nos hauts dirigeants a construit le Sénégal comme un îlot de paix et de stabilité dans un océan ouest-africain en furie. Nous en sommes orphelins aujourd’hui. Et beaucoup ont peur pour nous, à cause du sans-gêne et de la psychorigidité qui dominent au sommet de l’Etat.
A sept mois de la présidentielle, la violence démesurée et l’impunité des forces de sécurité, la déchéance spectaculaire des magistrats, les changements unilatéraux et injustes des normes du processus électoral, … jalonnent un projet de confiscation sanglante du pouvoir qui s’affiche crûment.
Une idée fixe a conquis les esprits marron : « ce serait une humiliation pour un président de n’exercer qu’un seul mandat ». Un tel déshonneur justifie tous les coups tordus contre la souveraineté du peuple et sa liberté de choisir ses dirigeants. Et rend urgent de « montrer aux opposants à qui ils ont affaire ». On en frissonne !
Devant ce péril imminent, les démocrates s’armeront sûrement des leçons des présidents Dia et Wade en refusant l’initiative de la violence. Mais elles seront certainement débordées par des forces rétrogrades si elles oublient que sans la résistance farouche à l’oppression, l’humanité serait retournée depuis longtemps à l’âge de la pierre taillée.
Une vieille sagesse sénégalaise avertit tout responsable : « à l’heure du bilan, ceux qui avaient alerté à haute voix sont meilleurs que ceux qui avaient tout prévu» ; et « la parole pleure quand elle est prononcée trop tôt ou trop tard ».



08/08/2018
Mamadou Bamba NDIAYE
Ancien député
Secrétaire général du Mps/Selal

Cheikh Bamba Dièye, allez-y jouer aux aristocrates chez les roturiers !

YERIMPOST.COM Cheikh Bamba Dièye a donné un véritable coup de pied dans la fourmilière. Il était grand temps s’il n’est pas déjà trop tard ! Thomas Jefferson a raison : « Une petite rébellion de temps en temps, c’est comme un orage qui purifie l’atmosphère. » On commençait à se lasser de ce silence qui est si mortel dans une démocratie.

Un ami me racontait l’histoire d’un couple qui vivait dans une maison mitoyenne à la sienne. Le mari, qui avait coutume de lever le coude, devenait agressif, voire tyrannique. La bonne dame supportait alors coups, injures et invectives sans broncher. Mais arrivait toujours la riposte à la mesure de l’outrage. C’était sur un ton ferme et coléreux ! Elle avait bien raison. « Se révolter contre la tyrannie, c’est obéir à Dieu », comme disait l’autre.

On demande à Cheikh Bamba Dièye d’être un agneau, un charmant chérubin avec des loups qui font preuve d’une telle trivialité que tous les citoyens soucieux de la quiétude de ce pays ont du mal à contenir leur courroux en les écoutant parler comme des nantis jouissant de leur droit de propriété avec un bien dont ils viennent de faire l’acquisition. Nichés dans une légalité sournoise, ils ne se donnent aucune limite pour s’attaquer ouvertement aux juges de la CEDEAO, s’ils ne dilapident pas nos 28 milliards sans ciller !

Allez donc demander à un pauvre homme au visage tuméfié, à qui des colosses imbus d’eux-mêmes donnent des coups bas, sans que l’arbitre ne daigne lever le petit doigt, de continuer à encaisser des coups et à geindre !

Dans une lettre célèbre qu’Abraham Lincoln aurait adressée au professeur de son fils, le 16e président des USA suggérait à l’enseignant d’apprendre à l’enfant « à être doux avec les doux, et dur avec les durs. »

Quand toutes les institutions d’une République sont aux ordres, assujetties au bon vouloir du Prince, quand une bonne partie de la presse privée du pays caresse les autorités dans le sens du poil, quand les régulateurs sociaux sont aphones, quand le citoyen n’a plus que sa voix, celle-ci devient forcément gutturale !

Il a fallu à un proche du président Macron de lever son petit doigt sur un citoyen pour que la Justice et l’Assemblée réagissent. Ici, on a tiré et tué, avec une arme achetée avec l’impôt des citoyens, un étudiant sans que rien n’ait été fait !

Que personne ne vienne nous demander de ne pas exprimer notre courroux : nous avons soif d’eau… et de Libertés ! Les nôtres, bien que constitutionnelles, ont été dûment confisquées. Désormais, ce sont des fonctionnaires qui ont le droit de nous dire quand et comment en jouir !

Moustapha Diop




Cheikh Bamba Dièye, on ne vous reconnaît plus !

YERIMPOST.COM A vue d’oeil, le leader du FSD/BJ mute d’un dirigeant politique sage et pondéré à un trublion amer et excessif. Sa récente sortie contre Macky Sall et les magistrats, au cours du meeting du weekend dernier de Khalifa Président, est illustratif de la mue du personnage.

Des quolibets de toutes sortes (association de malfaiteurs, corrompus, bandits…), inhabituels dans son langage d’ordinaire si modéré, sont sortis de sa bouche.

La vie politique est certes violente. Cheikh Bamba Dièye doit l’avoir éprouvé avec sa défenestration du gouvernement et son éjection du siège de maire de Saint-Louis au profit de Mansour Faye. Mais ainsi tourne la roue du pouvoir… Le fils de Cheikh Abdoulaye Dièye, biberonné à la politique, qui a hérité du parti de son père avant de devenir l’un des plus jeunes candidats à une présidentielle du Sénégal indépendant, sait mieux que quiconque que, comme a dit Winston Churchill, il faut élever un chien et non faire la politique pour bénéficier de la loyauté.

Cheikh Bamba Dièye doit donc avoir suffisamment durci le cuir pour ne pas laisser les vicissitudes de la vie politique lui voler son âme. Cette belle pépite de la vie politique sénégalaise, qui a un passé et peut avoir un avenir, doit se ressaisir et revenir au style modéré mais efficace qu’on lui connaît. L’insulte le rend méconnaissable.

Cheikh Bamba Dièye a une capacité d’analyse avérée, un niveau intellectuel au-dessus de la moyenne dans le milieu politique sénégalais, une éloquence remarquable et remarquée… La politique de chez nous a certes besoin d’insulteurs. Mais pas de lui dans ce registre. Il y en a suffisamment qui ne savent faire que ça et qui excellent dans le rôle.

Le style de gouvernance de Macky Sall n’est pas tendre avec ses adversaires politiques. Le locataire du Palais depuis 2012 est un vrai posé mais un faux faible. Il a une main de fer dans un gant de velours. Il a le poignet dur sur ses opposants qui peut les pousser à la révolte. Voire à la faute. Tel est le piège à éviter !

Redevenez vous-même, Cheikh Bamba Dièye. On ne vous reconnaît plus !




Cheikh Yérim Seck

Le parrainage expliqué à ma fille… Dis Pa, c’est quoi le parrainage ?

YERIMPOST.COM A cette question abrupte de ma fille, j’avoue que j’en suis resté longuement bouche bée. Etonné et surpris qu’une fille de six ans s’intéresse à ces questions politiques au lieu de s’extasier en regardant son programme préféré sur une chaîne jeunesse en ces moments de vacances. Je ne savais quoi lui répondre. Je mis quelques minutes avant de balbutier la première chose qui me soit venu à l’esprit.

« Le parrainage ? Ben, il parait que c’est un truc génial ma fille. Il permet de rationaliser les candidatures « fantaisistes » aux différentes élections et in fine les partis politiques qui foisonnent comme des sachets en plastique dans les rues de la ville. C’est vrai que comme tout le monde j’en suis encore resté bouche-bée, mais si l’on en croit aux affirmations des communicants du prince. Tu vois ces messieurs au verbe facile et à la faconde naturelle, costume sur mesure, cravate rouge bien nouée, qui écument les plateaux des télés, la leur comme toutes les autres qui ont fini par tomber dans leur escarcelle. La bouche en cœur, ils nous ont expliqué le projet. Ils ont disserté, discouru, expliqué, demandant à l’opposition de ne pas faire la fine bouche sur cette trouvaille du président qui va apporter une révolution qualitative dans la façon d’organiser des élections dans le pays.

Par exemple, quand ton papa adoré sera convoqué par l’administration pour être dans les bureaux de vote le jour des élections, il n’aura plus, suant comme un ouvrier dans la touffeur moite d’une salle de classe mal éclairée, des dizaines de bulletins de candidats fantoches qu’il passera des heures à installer avant d’accueillir les électeurs.




En outre, les électeurs âgés comme ton papi ne perdraient plus de temps pour des gus venus de n’importe où, racontant n’importe quoi, qui ne savent même pas voter. Des candidats qui, le temps d’une campagne, trouvent subitement des dizaines de millions pour payer leur caution et financer leur campagne, alors qu’ils n’en avaient guère pour payer leur loyer et étaient sous la menace d’une assignation en expulsion.

Le machin, c’est comment encore ? Le parrainage ! C’est pour économiser beaucoup d’argent qui servira à payer les avancements et autres reclassements des enseignants. Tu vois, ton papa est toujours en débrayage. Il s’en est même fallu de très peu pour qu’il soit radié pour grèves intempestives ! Lui et ses collègues ne sont pas contents parce que l’Etat leur doit des sous, mais les nombreux candidats aux élections font grever inutilement les charges de l’Etat, lui faisant perdre de l’argent. Avec le parrainage, il y aura moins de candidats et plus d’argent pour construire des salles de classe qui vont remplacer les abris provisoires pour tes petits camarades là-bas qui font leurs cours dans des huttes ! »

  • C’est naze. Je ne comprends pas tout ce baratin !

« Ok, ne t’énerve pas ma princesse ! Voyons voir une autre illustration plus didactique. C’est, comme jadis, avant qu’on ne se soit mis en mode appart fermé, quand toute la famille vivait dans la grande concession avec les tantes et les oncles, les cousins et autres membres plus ou moins éloignés de la famille ; chaque matin, quand maman allait au marché, grand-mère prenait une petite calebasse, elle y mettait du riz et triait pour extirper les déchets et autres débris qui donnent des maux de ventre aux enfants pour ne laisser que les bonnes graines de riz toutes blanches et appétissantes, celles que l’on doit manger pour être en bonne santé !

Ou encore un autre exemple. C’est comme quand tu veux être première de ta classe alors que tu es loin d’être la plus douée. Après la composition, patatras ! Tu es classée septième ou huitième. Tu fais le point ! Ben il y a six ou sept personnes qui sont beaucoup trop forts pour toi. Aucun moyen de te classer devant eux. Et tu veux être première pour mériter le prix d’excellence. Que faire ? »

  • Sais pas moi…

« C’est simple. Tu accuses l’un de tes concurrents, la main dans le cœur, d’avoir volé la craie de ton oncle qui, « pur hasard », se trouve être le maître de la classe et dont les décisions sont irrévocables et définitives. Tu demandes à ton petit camarade de montrer qu’il n’est pas un voleur de craie ! Il est condamné et envoyé en exil forcé dans une autre école.

À la récré, tu demandes à un autre rival de te prêter un peu d’argent pour te payer un goûter. Comme toi, il a les poches trouées, il évoque l’impécuniosité générale ; mais tu lui rappelles qu’il peut prélever une petite somme modique sur la Caisse d’Avance qu’il garde par devers lui. Tu n’aurais point d’argent et tu as faim. D’ailleurs, ce serait un secret bien gardé et, dès le lendemain, tu lui rembourserais la somme due. Il te croit. Aussitôt après, tu convoques une réunion pour demander au commissaire aux comptes de vérifier l’argent de la caisse d’avance : « la confiance n’exclut pas le contrôle ! » Le malheureux est condamné et rétrogradé au niveau inférieur. Deux adversaires en moins. Là tu piges. Tu vois comme c’est pratique !

Sauf que tu n’es pas encore première de ta classe ma grande. Mais rassure-toi, ton pater est doué pour te tirer d’embarras. Passons à l’étape suivante avec tes autres rivaux. Elle est déroutante, épatante. Tes adversaires n’y verraient que du feu !




Alors ton oncle (ton maître ?) va exiger de chaque élève de la classe d’aller remplir une fiche, portant noms, adresses, téléphones et signatures des maîtres des classes et écoles qu’il a fréquentées, mais aussi des encadreurs et autres répétiteurs, attestant qu’ils vous ont bien expliqué les leçons sur lesquelles l’évaluation porterait à la prochaine composition pour attester que vous avez le niveau requis. Si un élève ne trouve pas assez de signatures, il est éliminé. S’il en trouve suffisamment, le maître (ton oncle ?) pourra toujours contester l’authenticité des signatures qui seraient douteuses. »

  • Ah ! Je n’y comprends que dalle.

« Ben moi aussi ma fille. Je n’y comprends pas grand-chose mais je chercherai sur Google. Il parait qu’on peut tout y trouver, même de la sauce arachide pour couscous ! »

Moustapha Diop

La destruction du Mali, une menace existentielle pour le Sénégal

YERIMPOST.COM Au cours du débat de l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2010, en Côte d’Ivoire, le candidat Alassane Ouattara avait lancé une prévision passée presque inaperçue. Il avait prédit que, avant 50 ans, nombre d’Etats africains allaient disparaître. Nous sommes en plein là-dedans, pour parler vulgairement.

Après la Somalie, le Soudan du Sud, la Centrafrique, la Guinée Bissau, voici que le spectre touche un Etat où on croyait la démocratie, la stabilité et le développement irréversibles: le Mali.

Dans ce pays sahélien vaste comme cinq fois la France métropolitaine, aussi grand que le Ghana, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Sénégal, le Bénin et le Togo réunis, ce qui s’est passé hier 29 juillet, à l’occasion de ce qui devait être le premier tour de l’élection présidentielle, est le signe de la destruction d’un Etat-multiséculaire qui remonte à l’Empire du Mali.

Bureaux de vote saccagés, attaques armées, assesseurs molestés, matériel électoral brûlé, localités embrasées… Ce pays, dont les parties nord et centre sont occupées par des bandes armées qui y sèment mort et chaos, n’est plus que l’ombre de lui-même. En dépit de la présence massive de forces internationales d’interposition et de maintien de la paix, l’Etat central ne contrôle plus rien ou presque. Il oscille la maladie grave et la mort clinique.

Le Mali est entrain d’être détruit au nez et à la barbe de la communauté internationale.

Si les djihadistes qui y sévissent prennent ce qui reste du pouvoir, le Sénégal partagera la moitié de sa frontière orientale avec une force sans foi ni loi mue par l’obsession d’accéder à l’océan. En clair, d’annexer le territoire sénégalais pour atteindre l’Atlantique.

Si le semblant d’Etat central résiste vaille que vaille sans rien contrôler, nous sommes à la portée des trafics en tous genres menés dans le très étendu no man’s land malien: armes, drogues, ressources naturelles, êtres humains… Etre dans le voisinage immédiat d’un pays où circulent autant d’armes entre les mains de djihadistes et de rebelles pose un sérieux défi sécuritaire au Sénégal. D’autant que, si le Mali tombe totalement, il n’y aura plus de tampon entre la bande sahélienne de tous les dangers et notre pays.

Si, à l’issue de cette élection chaotique, la situation dégénère au point de bouter les Maliens hors du Mali, ils ne partiront pas en Côte d’Ivoire encore incertaine, ni au Niger autant menacé que leur pays, encore moins en Guinée où l’économie et la monnaie ne leur offrent aucune perspective de bien-être. Ils viendront en grande partie au Sénégal. Or, celui-ci ne peut pas accueillir certains flux sans courir le risque de tomber dans une grave crise humanitaire et économique.

Dans tous les cas de figure, le Sénégal tousse lorsque le Mali s’enrhume. Nul doute que nos autorités exercent une vigilance stratégique sur ce pays voisin, ami et frère. Il ne peut pas en être autrement. La destruction du Mali constitue une menace existentielle pour le Sénégal.

Cheikh Yérim Seck




Cette promesse d’Abdoulaye Wade à Hadjibou Soumaré va casser ce qui reste du Pds

YERIMPOST.COM A défaut de susciter la candidature de Cheikh Hadjibou Soumaré, Abdoulaye Wade l’a vivement encouragée. Ou même plus. Il a laissé entendre à celui qu’il nomma Premier ministre qu’il allait l’adouber comme candidat du Parti démocratique sénégalais (Pds), sa formation politique.

Ce gentlemen agreement a été conclu avec la bénédiction d’un chef d’Etat ouest-africain en exercice. Depuis que le très politique Abdoulaye Wade a compris, après moult menaces et tentatives de négociation restées vaines, que la candidature de Karim Wade à la présidentielle allait être déclarée irrecevable, il ne cesse de chercher une alternative. Mais partout, sauf parmi les responsables restés fidèles à son parti.

De la même façon qu’il avait surplombé ces derniers pour adouber son propre fils comme candidat, « la seule constante » du Pds s’est tournée vers un ancien collaborateur resté longtemps, à la tête de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), à l’écart de la vie politique du pays. Ce choix, qui a toutes les allures d’une option du désespoir, traduit le vide sidéral que ressent Wade dans les rangs de ce qui reste de son parti.

A ses yeux, Oumar Sarr, le coordonnateur du Pds, Madické Niang, le président du groupe parlementaire du parti à l’Assemblée nationale, et tutti quanti sont du menu fretin et ne peuvent être élevés à la dignité de candidat à la présidentielle.

Abdoulaye Wade ne s’est pas arrêté là dans l’outrance. Sûrement saisi d’un doute à propos des chances de victoire du très peu populaire Cheikh Hadjibou Soumaré, il a continué à chercher… Et pensé à… Boubacar Camara, un novice en politique quasi-inconnu en dehors du très fermé microcosme dakarois.

Tel un enfant à une distribution de cadeaux dans la fratrie, Abdoulaye Wade veut tout, sauf ce qu’il a. Il peut adouber tous les candidats, sauf ceux qui sont devenus banals à ses yeux à force de rester dans son champ de vision. « La seule constante » tarde à se rendre compte qu’elle l’est moins depuis qu’elle ne peut plus distribuer de privilèges liés à la position de pouvoir. S’il persiste dans cette lubie Cheikh Hadjibou Soumaré, il va casser ce qui reste du Pds.




Cheikh Yérim Seck

Visite de Xi Jinping à Dakar, succès du leadership diplomatique de Macky Sall

YERIMPOST.COM Ce samedi 21 juillet, peu après 15h, l’avion de Xi Jinping a foulé la piste de l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar. Arrivé en compagnie de son épouse, pour une visite d’Etat, le numéro un chinois a été accueilli à sa descente par le couple présidentiel sénégalais.

Notre pays est la première étape d’une tournée africaine qui mènera Xi au Rwanda et à Maurice, l’étape d’Afrique du Sud étant imposée par sa participation au sommet des pays émergents, les Brics. Les Etats choisis pour cette tournée, réputés pour leurs progrès dans la gouvernance politique et économique, reflètent, par l’effet de comparaison, le rayonnement du Sénégal aux yeux de l’hyper-puissance chinoise.

Dakar est en quelque sorte un passage obligé des leaders des plus grandes puissances mondiales, d’Obama à Macron, en passant par Xi et bien d’autres rois et têtes couronnées d’Europe et d’Asie. Macky Sall, dont la présence aux sommets du G8 s’est imposée depuis son arrivée au pouvoir, en mars 2012, a inscrit notre pays au banquet des grandes puissances qui scellent le destin du monde. Et il est l’un des premiers présidents africains que le nouveau locataire de la Maison Blanche, Donald Trump, va recevoir.

Dans ce style qui est le sien, discret mais efficace, et qui tranche d’avec celui tonitruant de son prédécesseur, Abdoulaye Wade, l’actuel numéro un sénégalais a réussi à imposer un leadership diplomatique fort en Afrique et dans le monde. Son humilité et sa courtoisie y sont pour quelque chose, après douze ans au cours desquels le pedigree professoral et le ton donneur de leçons de Wade avaient fini d’agacer nombre de ses pairs d’Afrique et d’ailleurs.

La Chine, convoitée par tous les pays en développement, du fait de la diligence de ses concours financiers, va injecter 1 milliard de dollars dans l’économie sénégalaise. A l’ère contemporaine, la diplomatie, c’est aussi et surtout la conduite des relations internationales dans le souci de sauvegarde des intérêts économiques. Au niveau de la symbolique comme à celui des répercussions concrètes, la visite de Xi Jinping à Dakar est un succès du leadership diplomatique de Macky Sall.




Cheikh Yérim Seck

Modou Diagne Fada rejoint une sphère présidentielle où tous le détestent

YERIMPOST.COM Pépite de la jeunesse politique du Sénégal, porte-étendard de la relève au lendemain de la première alternance, en 2000, Modou Diagne Fada s’est mué en un politicien froid qui pose des actes suivant une seule boussole: ses intérêts propres. La vitesse supersonique à laquelle il a créé une coalition avec Abdoulaye Baldé, au sein de laquelle était censé être désigné un candidat, pour ensuite virevolter en direction de la prairie présidentielle, est sidérante.

Mais Fada, qui a mis à exécution un plan dont la préméditation n’a échappé à personne en dépit des détours, a fait l’un des plus mauvais choix de sa carrière politicienne. Il a basculé dans la sphère présidentielle où tous le détestent. Macky Sall, qui a la rancune tenace et la revanche dure en politique, n’a pas oublié que Modou Diagne Fada, poulain d’Idrissa Seck puis de Karim Wade, fut un moment instrumentalisé contre lui.

Les proches du chef de l’Etat ne font aucun mystère de leur opinion: Fada a rejoint le Macky avec le seul calcul de prendre à leur candidat des fonds de campagne qu’il n’utilisera que pour ses besoins personnels. Le locataire du Palais, allergique à tous les types d’entrepreneurs politiques, martèle urbi et orbi que tous ceux qui viennent à lui pour le rouler dans la farine se prendront à leur propre jeu.

Mahammed Boun Abdallah Dione, conciliant devant l’Eternel, modéré et capable de traiter avec quiconque peut apporter un tant soit peu à son « boss », compose avec tout le monde. A l’exception de quelques-uns dont Modou Diagne Fada. C’est chimique; ce dernier l’insupporte…

Inutile de préciser que les caciques de l’Alliance pour la République (APR, le parti présidentiel), connus pour leur ostracisme et leur réticence à partager la moindre portion du gâteau du pouvoir, tueraient les intrus au banquet du style de Fada s’ils le pouvaient.

Last but not least, le leader de Les Démocrates Réformateurs /Yeesal, publiquement accusé par Abdoulaye Wade d’être la taupe de Macky Sall au sein du PDS, et qui avait été l’instrument de la cassure du groupe parlementaire de cette formation politique, ne peut susciter que méfiance au sein du camp qu’il vient de rejoindre.

En un mot comme en mille, Modou Diagne Fada a rejoint une sphère présidentielle où tous sinon le détestent, du moins se méfient de lui.




Cheikh Yérim Seck

Faut-il croire Pierre Goudiaby Atépa ?




YERIMPOST.COM J’ai récemment rencontré Pierre Goudiaby Atépa dans un avion sur l’axe Paris-Dakar. Nous avons échangé quelques minutes. Et sommes convenus de nous voir pour discuter de sa candidature à la fonction suprême. Il m’a défini son engagement par une formule-choc: « Et si on remplaçait les politiciens qui ont échoué par des gens qui ont fait leurs preuves ailleurs ? » Je dois avouer partager le diagnostic et l’amorce de solution.

Mais, si Pierre Goudiaby Atépa est novice en politique, ce n’est pas un homme neuf. Il est, à sa façon, un dignitaire politique, ayant gravité autour des pouvoirs successifs de Senghor à Wade. Il a toujours été là, profitant même de ses entrées dans les allées du pouvoir pour rafler des marchés hors de toute concurrence. Ce sont ses collègues architectes qui l’ont clamé haut et fort, après que Wade lui a attribué sans appel d’offres le chantier de la Porte du Millénaire.




C’est seulement sous l’ère Macky Sall que l’architecte n’a pas une introduction notoire au Palais. Est-il né de cet éloignement une frustration, source de candidature en guise de revanche ? Je soulève une interrogation légitime mais ne puis y répondre, n’étant pas dans la tête du leader du mouvement  » Ensemble pour une refondation ».

S’il n’a jamais été candidat, Pierre Goudiaby Atépa n’en a pas moins été dans la politique. Ou tout au moins dans les jeux de pouvoir. Son propos sanguin sur la candidature de Karim Wade est dans la logique de l’adversité qui a toujours animé ses rapports avec le rejeton de l’ancien président. Wade-fils, qui a toujours pris ce visiteur régulier du Palais pour « un escroc », ne l’a jamais raté. L’attaque à la mitraillette contre lui de Karim Wade, qui l’a violemment accusé d’avoir cherché à voler l’Etat, à l’occasion d’une réunion autour des tracteurs indiens, résonne encore aux oreilles de quelques habitués du Palais sous Wade.

Comme nombre de politiciens, Atépa traîne son lot d’accusations de commissions occultes et de pratiques nébuleuses. En Afrique, du Tchad à la Guinée Equatoriale, en passant par l’Angola, l’architecte a réalisé des oeuvres dont le Sénégal doit être fier, même si l’opinion sur son travail et sur lui est fort contrastée.

Dans une tirade récente, le frais émoulu candidat a accusé la presse de traiter la politique politicienne au détriment du développement. Il a raison. Mais Pierre Goudiaby lui-même fait-il du développement ? A la tête des cadres casamançais, il est l’objet de critiques récurrentes. Son association est réputée se servir de la Casamance plutôt que de servir les populations de cette région. De là à penser que ces cadres agitent le spectre de la crise casamançaise pour servir leurs intérêts personnels, il y a un pas que nul ne doit franchir sans disposer de preuves  irréfutables d’agissements aussi graves sur une question si sensible.

L’architecte milite pour la protection du littoral contre la prédation foncière. C’est tout à son honneur, même si cet engagement peut être entaché d’un doute. Il est interprété par certains comme visant à protéger l’accès à la mer de sa propriété qui surplombe la corniche de Dakar.

Pierre Goudiaby Atépa est à bien des égards une identité remarquable. Le très politique homme d’affaires, qui a déjà voulu être candidat en 2012 avant de se désister, a réussi dans le privé mais entretient une relation avec la politique qui peut relever de la psychanalyse. Ce businessman prospère et tentaculaire, qui aurait pu se suffire à son activité, est, à sa manière, « un complexé du pouvoir ». Il n’est pas le seul. Il est de ces hommes qui brûlent de l’obsession de se retrouver au sommet de la pyramide de Maslow. Il revient aux Sénégalais d’analyser son offre politique pour y croire ou pas…




Cheikh Yérim Seck

De juriste adulé à tailleur du droit: chronique de la chute d’Ismaïla Madior Fall

YERIMPOST.COM Ismaïla Madior Fall a suivi une trajectoire classique, presque triviale, sous nos cieux. Comme beaucoup avant lui, il s’est positionné dans la masse critique, a dépassé la mêlée d’une tête pour être repéré et récupéré, avant de se muer en thuriféraire sans borne du régime…

Chez le professeur de droit constitutionnel Ismaïla Madior Fall, l’arrivée sous les ors, lambris et dorures du pouvoir a sonné le début d’une décadence intellectuelle aiguë. Pour rester dans les faveurs du Prince, celui qui fut crédité d’une crédibilité dans l’exégèse de nos institutions est aujourd’hui amené à tordre le coup aux normes constitutionnelles et principes généraux du droit dans le but d’auréoler d’un semblant de légalité les coups tordus de Sa Majesté.

C’est consternant de voir ce constitutionnaliste, spécialiste de la norme fondamentale qui fixe les droits essentiels de la personne humaine, tenter une fastidieuse argumentation contre la décision de la Cour de justice de la Cedeao qui établit la détention arbitraire infligée à Khalifa Sall.

C’est une tragédie d’entendre celui qui passait il n’y a guère longtemps comme l’une des consciences juridiques de notre pays défendre les entorses les plus graves à nos lois, de la liberticide Crei à la déconsolidante révision constitutionnelle destinée à écarter certains adversaires de la bataille électorale de février 2019, en passant par le reniement de l’engagement de réduire le mandat présidentiel maquillé en refus du Conseil constitutionnel…

A sa décharge, Ismaïla Madior Fall n’est pas seul dans son cas. Bien des diseurs de vérités sous Abdoulaye Wade ont aujourd’hui le bec cloué par les postes et privilèges distribués par Macky Sall. Le président du Sénégal depuis mars 2012 a un talent fou pour boucher la bouche à ceux qui parlaient un peu trop à son goût. Bien des grandes gueules d’hier grossissent aujourd’hui les rangs de ses « dames de compagnie ».

Mais l’exemple de son ex-conseiller juridique promu garde des sceaux est un cas d’école. Sans doute du fait de la scientificité du droit, l’alchimie d’Ismaïla Madior Fall est on ne peut plus grossière. Sa chute est symptomatique de l’opportunisme et de la vénalité de bien des intellectuels de chez nous. Ce professeur d’université, cible de critiques de plus en plus ouvertes de ses collègues, est tombé du piédestal de juriste de référence pour s’enfoncer dans l’abîme de tailleur sur mesure du droit.




Cheikh Yérim Seck

 

Détention arbitraire! Le péril de la détention! Le danger de l’arbitraire!

YERIMPOST.COM Ce 29 juin 2018, la Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a déclaré, dans un arrêt à forte charge historique, que Khalifa Ababacar Sall, maire de Dakar, poursuivi et incarcéré au Sénégal pour malversations dans la gestion de la caisse d’avance de sa commune, a été arbitrairement détenu de la proclamation par le Conseil constitutionnel des résultats des législatives de juillet 2017, qui le donnaient élu, à la levée de son immunité parlementaire.




Du 14 août 2017 au 25 novembre de la même année, un citoyen sénégalais a été privé de sa liberté. Il a été délesté de son droit d’aller et venir, de travailler pour sa mairie, de vivre dans son domicile, de profiter de sa famille, d’être maître de lui-même… Pendant ces plus de trois mois, il est resté, sans fondement légal, confiné entre les quatre murs d’une cellule de la prison de Rebeuss, gelé dans sa volonté et son activité.

Il n’y a pire martyre. La prison est l’une des meilleures inventions pour faire souffrir son pensionnaire dans sa chair et dans son esprit. Roger de Bussy-Rabutin a raison, « on ne se réveille pas un matin en prison qu’on ne soit triste jusqu’à la mort. » (Mémoires, 1693).

Jeter un être humain à juste raison en détention est contesté, a fortiori à tort. Si la détention est un drame, la détention arbitraire est une tragédie.

Or, le régime de Macky Sall en a fait une spécialité. Ses deux opposants les plus coriaces, Karim Wade et Khalifa Sall, ont été frappés de détention arbitraire dûment constatée par des juridictions internationales libres de toute influence, du Groupe de travail international de l’Onu sur les droits humains à la Cour de justice de la Cedeao. Le vernis démocratique sénégalais craquelle pour laisser place à des points rouges sur la carte du monde des violations des droits de l’homme.

C’est une loi immuable de l’Histoire: l’arbitraire favorise l’injustice, l’injustice génère la révolte, la révolte conduit à la guerre, la guerre crée le désordre, le désordre cause la destruction et la mort… L’arbitraire est le début de la chaîne qui mène à la mort. Il est plus périlleux que le péril. Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes l’a écrit: « l’autorité arbitraire n’est jamais plus active et plus dangereuse qu’alors qu’elle devient un instrument de vengeance contre un particulier. » Avant d’ajouter: « Le bien de l’Etat, la tranquillité et la liberté légitime exigent que tout arbitraire soit détruit. »

Et c’est là une cause nationale: les organisations de défense des droits de l’homme et toutes les forces démocratiques de notre pays doivent se dresser. Elles ont la mission historique de freiner le spectre de la détention arbitraire, d’enrayer plus globalement le danger de l’arbitraire.




Cheikh Yérim Seck

 

A l’image du Sénégal, les Lions sont une symphonie inachevée

YERIMPOST.COM Quand on observe le Sénégal, on ne peut pas ne pas être saisi d’une sensation de terrible gâchis. Notre pays est un hub naturel. Situé à une poignée d’heures de l’Europe, il n’est séparé de l’Amérique et de l’Asie que par la frontière naturelle de l’océan. En dépit de ce privilège géographique, nous n’avons toujours pas réussi à positionner ne serait-ce un pavillon national pour desservir les capitales du monde.

L’océan Atlantique borde toute la longueur du pays qui compte parmi les plus beaux sites du moindre. Notre secteur touristique est toutefois entre la maladie grave et la mort clinique.




Nous bénéficions depuis l’indépendance d’une stabilité insolente (zéro coup d’Etat et nulle crise grave) qui ne nous a servi qu’à engranger une aide internationale massive ayant paradoxalement conduit à nous appauvrir chaque année davantage.

Le Sénégal est une démocratie qui fonctionne mais qui n’a jusqu’ici permis, en dépit de deux alternances pacifiques, que de substituer des équipes dirigeantes corrompues et incompétentes à d’autres.

Notre pays a des ressources humaines de qualité aussi bien à l’intérieur que dans la diaspora. Aux postes de décision ont toutefois toujours été placés des politiciens dont le seul mérite est la capacité d’user d’intrigues et de clientélismes pour s’accaparer de sinécures et privilèges.

Tel est le sort, quasi-métaphysique, du Sénégal. Nous avons tous les atouts mais n’en usons aucun pour construire le progrès.

Un peu comme, de l’avis de tous les spécialistes, notre équipe nationale de football avait toutes les cartes en main pour réussir cette Coupe du monde Russie 2018, mais a fini par plonger ses 15 millions de supporters dans la déception et la déprime. C’est ainsi: sur tous les fronts, le Sénégal n’a pas remporté de victoire essentielle depuis 1960. Notre peuple si superstitieux doit oeuvrer à élaguer la guigne qui le plombe.

L’histoire bégaie… A l’image du pays, cette belle génération de Lions a été une symphonie inachevée…




Cheikh Yérim Seck

La vraie signification des mots et actes du grand discret et gros taiseux Baba Diao

YERIMPOST.COM Il faut connaître un tant soit peu le très discret et trop peu accessible Abdoulaye Diao dit Baba pour se risquer à qualifier ses mots et actes à l’occasion de la cérémonie de deuil suite au décès de sa mère. Ce trader mythique, discret jusqu’à la caricature, doit être le Sénégalais le plus avare en parole et en apparition publiques.

En privé, ce diplômé de l’Institut français du pétrole, patron compétent de la prospère entreprise Itoc, est un homme intellectuellement structuré, cultivé, soucieux de la situation du Sénégal… Il n’a toutefois aucune sensibilité politicienne ni la moindre velléité partisane. D’ailleurs, sa position actuelle de trait d’union entre les acteurs politiques, économiques, religieux et coutumiers, ne lui permet de rouler pour aucune coterie.

Le geste qu’il a posé en pleine cérémonie, consistant à intimer l’ordre à Talla Sylla de se lever pour serrer la main à son « grand-frère » Idrissa Seck, avec qui il était en froid, n’a rien de politique. C’est un acte social d’un Sénégalais pur jus qui réconcilie ses deux cadets brouillés qui se sont croisés chez lui en une circonstance particulière. C’est d’ailleurs la énième fois qu’il rapproche des personnes en conflit.

De même, lorsque Baba Diao, affirme que Karim Wade est son neveu qui lui a toujours manifesté de la politesse, il n’agit sous aucune forme de calcul politique. Le président de la République, Macky Sall, est pour lui « un frère » par affection pour qui il a accepté un poste de conseiller spécial à la présidence. De même, Madické Niang, Ousmane Tanor Dieng, Idrissa Seck, Souleymane Ndéné Ndiaye… sont ses proches. Il est, dans un pays clivé comme le Sénégal, l’unique trait d’union de la classe politique. Cette position est précieuse. Tout pays a besoin de passerelles, surtout pour atténuer les chocs en cas de crise.

La présence à la cérémonie de deuil de Serigne Bassirou Mbacké Abdoul Khadre, d’Ahmed Khalifa Niasse, et de représentants de toutes les familles religieuses est le signe de la centralité de « Baba ». Ce quasi-septuagénaire fringant à la chevelure généreuse, au regard de félin, à la mine ferme et à l’esprit vif est ce qu’on appelle sous d’autres cieux un homme influent. Cet ingénieur, qui a bâti sa fortune sur le trading de pétrole et de gaz, a un mode de vie qui tranche d’avec celui clinquant des Sénégalais. Il commence à travailler après la descente de ses compatriotes, au crépuscule, pour se conformer à l’horaire des bourses du pétrole. Et épouse les codes de son très sélect monde professionnel qui imposent, pour pouvoir décider, de savoir se cacher.




Cheikh Yérim Seck

Candidature de Karim Wade: l’aveu d’Aly Ngouille Ndiaye

YERIMPOST.COM « Karim Wade ne peut pas être candidat. Il ne s’est pas encore inscrit sur les listes électorales. Karim a demandé à s’inscrire », a lâché le ministre de l’Intérieur, hier 18 juin, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Aly Ngouille Ndiaye répondait aux questions des députés qui statuaient dans le cadre d’une procédure d’urgence sur le projet de loi portant modification du Code électoral.




Dans une vidéo datée du 17 avril dernier, on apercevait pourtant Karim Wade se plier au protocole de l’inscription dans le centre ouvert à cette fin dans son actuel pays de résidence, le Qatar. Il ne s’était pas inscrit pour autant… Ces trois phrases d’Aly Ngouille Ndiaye, qui sonnent comme des révélations sciemment lâchées, nous apprennent aujourd’hui que le candidat déclaré du Parti démocratique sénégalais (Pds) s’est présenté pour être inscrit sur les listes électorales mais ne l’a pas été.

En cause, son casier judiciaire. Condamné à plus de cinq ans de prison, sa peine emporte la perte de ses droits civiques et politiques. En clair, le fils d’Abdoulaye Wade a perdu sa qualité d’électeur… Et on est, là, au coeur de la polémique qui avait surgi au moment de la révision constitutionnelle instituant le parrainage. L’aspect de la modification, qui exigeait d’être électeur pour être éligible, avait été fortement décrié comme étant une disposition conçue pour permettre d’écarter de la présidentielle de février 2019 deux adversaires potentiels du candidat au pouvoir: Khalifa Sall et Karim Wade.

Le régime est allé de dénégations en démentis, niant tout calcul crypto-personnel dans l’élaboration de la modification constitutionnelle. Depuis hier, la confusion est terminée et le doute n’est plus permis. La sortie d’Aly Ngouille Ndiaye, qui déclare que Karim Wade n’est pas candidat parce qu’il n’est pas inscrit sur les listes électorales, qui conditionne donc l’éligibilité à la possession de la qualité d’électeur, sonne comme un aveu de ce que le pouvoir niait.

Le Pds, enfermé dans un déni de la réalité depuis plusieurs mois, doit se rendre à l’évidence que continuer à miser sur Karim Wade comme candidat équivaut à se résoudre à être exclu de l’échéance électorale de février 2019. Pilier du régime en place, premier flic du pays, organisateur du scrutin, Aly Ngouille Ndiaye a lancé des propos qui, loin d’être banals, reflètent la position du pouvoir à propos de la candidature du poulain du Pds. Et, par ricochet, celle du Conseil constitutionnel, au regard de l’inféodation de cette institution à l’Exécutif.




Condamné lui aussi à plus de 5 ans de prison, comme par hasard, Khalifa Sall va devoir faire face à la même mécanique broyeuse de candidature. Si sa condamnation n’est pas encore définitive, la justice, qui a fait montre d’une grande célérité pour le convoquer devant la Cour d’appel, se dépêchera de confirmer sa peine en appel, puis en cassation… Et le maire de Dakar, à l’instar de Karim Wade, perdra sa qualité d’électeur, donc son éligibilité…

Cheikh Yérim Seck

Chapeau, M. le président, pour cette concertation et ces avancées !!!

YERIMPOST.COM Le boycott de la rencontre par l’opposition dite significative n’y a rien fait. Les réserves oratoires d’une certaine bien-pensance n’ont pu rien entraver. La concertation sur la gestion des ressources issues de l’exploitation du pétrole et du gaz, tenue ce 12 juin au Cicad, a été une réussite.

Le premier succès de cet événement, à mettre à l’actif de son initiateur, le président de la République, Macky Sall, a été de réunir, pour la première fois, les forces vives autour des défis et enjeux de l’exploitation des ressources pétrolières et gazières. Au-delà de toutes les controverses, et de toutes les réserves sur le timing et le format de la concertation, le constat est têtu: pour une fois, les Sénégalais ont échangé autour du pétrole et du gaz, loin des invectives par médias interposés.




La rencontre a permis des avancées significatives, au premier rang desquelles la validation des éléments structurants de la loi d’orientation à soumettre à l’Assemblée nationale avant l’ouverture de la session budgétaire. Des normes comme la part à réserver aux générations futures, le pourcentage à verser au budget de l’Etat et la surveillance de l’affectation des ressources au profit du plus grand nombre vont être gravées dans le marbre de la loi et avoir force exécutoire.

La société civile, qui a longtemps fustigé sa marginalisation, va intégrer le Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (Cos-Petrogaz). Le Cos-Petrogaz est l’organe de pilotage stratégique qui a pour mission d’assister le président de la République et le gouvernement dans la définition de la politique de développement du secteur pétrolier et gazier et d’assurer le suivi de la mise en œuvre, à travers son Secrétariat permanent qui en est l’outil de supervision. L’entrée dans cette structure d’organisations de défense de la transparence va contribuer à la consolidation de sa gouvernance.

Le Cos-Petrogaz va, par ailleurs, mener une série de concertations avec le secteur privé en vue de l’élaboration du contenu local de la politique pétrolière et gazière.

Last but not least, des crd vont être organisés dans toutes les régions du pays pour partager avec les populations les conclusions de la concertation sur la gestion des ressources issues du pétrole et du gaz.




Si le commentaire est libre, le fait est sacré. Le fait, en l’occurrence, c’est que, ce 12 juin 2018, des pas ont été posés dans la bonne direction, celle de la transparence. Le Sénégal s’est inscrit dans cette dynamique moderne de la gestion concertée, de la gouvernance ouverte, de la citoyenneté participative… Il reste à veiller à ce que les fruits tiennent la promesse des fleurs. Pour l’heure, les graines ont été semées. Chapeau bas, M. le président de la République !

Cheikh Yérim Seck

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