Blog de Cheikh Yerim Seck

Cessez de politiser la question technique du paiement des bourses !!!

YERIMPOST.COM Le décès de l’étudiant Mouhamadou Fallou Sène, le 15 mai, lors d’une manifestation d’étudiants réclamant le paiement de leurs bourses, est une tragédie, un incident à tous égards regrettable. C’est une épreuve vécue dans leur chair par un père et une mère de famille du Sénégal profond qui se sont saignés à blanc pour mettre leur fils dans les conditions de réussir à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, de réussir dans la vie tout court…

Pareil drame ne doit pas, décemment, servir d’alibi à un politicien de ce pays pour attaquer, accuser, accabler son adversaire… On ne fait pas la politique partout, avec tout, sur tout…

Dès que Fallou Sène est tombé, alors que son cadavre était encore chaud, des rivaux à Saint-Louis du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation ont rué dans les brancards, exigeant sa démission alors qu’il se trouvait à l’étranger, en mission à Addis-Abeba, et alors que sa responsabilité n’avait pas encore été évaluée. La suite a montré que le ministère de Mary Teuw Niane a mené le processus de paiement des bourses dans le respect des règles et des délais fixés. Et que le retard de paiement, cause de l’émeute au cours de laquelle Fallou Sène a été tué, ne peut pas lui être imputé.

Mary Teuw Niane n’est pas la seule cible dans le viseur des politiciens embusqués, désireux de faire leur beurre avec le sang de l’étudiant disparu. Amadou Ba, ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, cible privilégiée des hommes d’affaires boulimiques et des hommes politiques chasseurs de primes, a fait l’objet d’attaques totalement injustifiées, signe d’une méconnaissance évidente des règles de fonctionnement de la trésorerie de l’Etat.
Le paiement des bourses est une opération récurrente gérée par des fonctionnaires du ministère en-dessous du directeur du Trésor, donc du ministre du Budget et du ministre des Finances. C’est le trésorier général qui ordonne au payeur général de payer. Mais, comme ces intervenants engagent leur responsabilité personnelle, ils vérifient la véracité des ayants droit qui ne font pas moins de 117 000 personnes. D’autant que le cadre même des bourses est propice aux trafics et magouilles de toutes sortes qui échappent y compris aux plus hautes autorités de l’Enseignement supérieur. Ce n’est pas pour rien que le ministre lui-même a déposé, le 19 mai 2014, une plainte devant le procureur de la République suite à la découverte d’un réseau de bourses fictives.

Dans un tel contexte, quelle que soit la pression des délais, l’agent du ministère des Finances qui s’occupe du paiement est obligé, sous peine d’engager sa responsabilité personnelle, de procéder à un minimum de vérifications et de recoupements. Cela relève d’une routine administrative dont Amadou Ba n’est même pas informé.

Ceux qui allèguent donc des difficultés de trésorerie de l’Etat pour expliquer le retard de paiement de la somme de 1 000 000 000 de francs cfa – laquelle a retenu Ecobank de payer du 2 au 11 mai – ont tout faux. A ce niveau, il y a une explication technique très simple. Environ 39 milliards de francs cfa ont été votés par l’Assemblée nationale pour payer des bourses qui culminent à la somme de 50 milliards !

L’écart d’une dizaine de milliards ne peut être décaissé par le ministère des Finances que sur la base d’une autorisation parlementaire. Sans ce quitus, le Trésor public, qui détient bel et bien les fonds pour payer Ecobank, ne peut les débloquer pour honorer sa dette vis-à-vis de cette banque. Voici ce qui explique ce que d’aucuns ont qualifié de difficulté du Trésor pour payer 1 milliard.

Par quelle alchimie certains ont-ils pu enjamber ces rouages techniques et les directeurs personnellement responsables de l’opération, pour convoquer la responsabilité du ministre des Finances ? C’est par le même procédé que ceux qui réclament la tête de Mary Teuw Niane ont cherché à le mouiller.

Il est vrai que le contexte de cette année pré-électorale, marqué par une guerre des tranchées au sein du parti au pouvoir, est on ne peut plus prompt à entretenir un climat délétère et une ambiance de coups tordus.

Grand argentier du pays, gardien du nerf de la guerre, Amadou Ba suscite, comme ses homologues de tous les pays, fixation, adversité et fantasmes. D’autant que l’ancien directeur des Impôts à qui Macky Sall a confié les cordons de la bourse est obligé de prendre des mesures drastiques et impopulaires dans un contexte économique difficile marqué par le renchérissement du coût du pétrole, donc la nécessité de raffermir la gestion pour ne pas creuser les déficits et aggraver la dette.

Si certains ont leurs raisons pour lui en vouloir, ils n’arriveront pas à établir sa responsabilité à propos du retard de paiement des bourses. En dépit des tirs sanguins de politiciens embusqués. Le souci de la vérité impose de dénoncer pareilles méthodes. Il est plus que temps de cesser de politiser la question technique du paiement des bourses.




Cheikh Yérim Seck

7 Comments

  1. CYS !  » Votre explication technique n’est pas simple… » Comment peut on voter un Budget de 39 milliards tout en sachant que le montant culmine à plus de 50 milliards ? Les services du Ministère de l’Enseignement Supérieur ne connaissent ils pas le nombre de boursiers, le nombre d’étudiants qui bénéficient d’une aide ? Va t on demander aux ayants droits d’attendre une Loi de Finances Rectificative ? Que dire des 26 milliards d’impayés dont fait état Ecobank ? N’est ce pas une enquête est entrain d’être menée par l’IGE ? Pourquoi vouloir absoudre quelqu’un à ce stade ? Le Rapport de la Cour des Comptes 2013 avait bien décelé les dysfonctionnements et les magouilles, qui devait prendre les mesures conservatoires et correctives ?

  2. Cys se veut avocat du diable comme pour se racheter de ses dernières diatribes peu favorables au régime avec lequel il entretient des rapports ambigus… Soutien /opposant… Copains /teranga / mais avec 2019 des masques vont tomber. Entre pan, Cys, Tounkara et autres médias affidés ou opportunistes nous en serons édifiés. Vouloir absoudre un membre du gouvernement quelqu’il soit en évoquant des règles de finances publiques est absurde. Gouverner ‘c’ est prévoir. Les retards des paiements des bourses comme de tous les engagements de l’état sont une faute de l’état. Les fonctionnaires en charge sont responsables sans faute sous réserve qu’ils ne commettent aucune infraction dans l’exercice de leur fonction. L’état doit prendre toutes les mesures nécessaires au bon fonctionnement de ses services. Tout le reste n’est que prétexte à défendre l’indéfendable.

  3. Un édito dense et véridique. A contre-courant des gribouillis de la presse politicienne. Continuez à exposer des faits véridiques.

    J’espère que les étudiants se tiennent informés et continuent de refuser toute politisation et toute instrumentalisation du drame survenu. La presse a un rôle fondamental dans la préservation de nos acquis (stabilité, démocratie, transparence, cohésion, unité et intégrité nationales etc. …) et dans leur approfondissement.

    Cela dit, l’enquête doit nous dire clairement qui perçoit les 5 milliards de bourses indûment versées, et les 358 millions? Il faut retracer, poursuivre, punir et récupérer. Quelle est la chaîne de défaillances ayant conduit au paiement d’une telle manne en pure perte?

    L’importance des transferts vers les couches vulnérables (bourses, allocations, subventions, etc) est capitale dans la politique de redistribution et donc de justice sociale d’égalité des chances et d’équité. Toute entrave à cette mécanique de justice sociale est un crime qui doit être traité comme tel. Il s’agit d’un vol aux plus démunis et aux nécessiteux.

    Le Chef de l’Etat a bien fait de lancer aux trousses des défaillances l’IGE et sans doute d’autres corps de contrôle. Mais il faut absolument que le processus de transparence aille jusqu’à ces légitimes termes judiciaires.

    L’importance des bourses, les montants, doivent aussi obéir à des critères qualitatifs et sociaux à définir dans le cadre de larges consultations (Etat, Universitaires, Etudiants, Patronat, Société civile).

  4. CYS, maintenez-vous aujourd’hui ce que vous aviez clairement affirmé en 2017 à savoir Macky Sall n’est pas un génie mais il est sérieux (il gère sérieusement ce pays textuellement évoqué) en comparaison à Abdoulaye Wade ?
    Pensez-vous qu’un président sérieux comme vous dites de MS serait si INERTE devant les scandales d’état dont celui que vous qualifiez de PLUS GRAND SCANDALE du Sénégal indépendant.

    NB: Il aura fallu la mort d’un de vos proches pour ne pas dire AMI (Papis de Gélongal) pour que le montage financier scandaleux de l’autoroute à péage (dénoncé depuis l’avènement de l’autoroute par maitre Mame Adama Gueye) soit remis à jour et porté avec autant d’énergie oratoire et médiatique sur tous les toits du Sénégal.

    Ceci traduit quelque part un discours orienté et circonstancié parfois contradictoire qui pousse certains comme moi à se poser des questions sur votre cohérence.

    Merci

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Depuis

Elégie à Johnny Clegg

YERIMPOST.COM L’odieuse et inhumaine Apartheid avait tracé son sinistre sillon de sang,
° Top
YerimPost

GRATUIT
VOIR