Blog de Cheikh Yerim Seck

Contribution: Homère, sa vie et son rapport avec l’Afrique !

Giamoco LEOPARDI : « Tout s’est perfectionné depuis Homère à l’exception de la poésie ! »

Au XIIème siècle, Byzance a été le foyer d’une activité intellectuelle intense et passionnée. Si à cette époque Byzance était politiquement issue de Rome, elle était demeurée profondément grecque par sa culture. D’ailleurs, le grec était alors la langue nationale de l’empire. La majeure partie des œuvres de l’antiquité ne nous étant pas parvenues, les chercheurs sont obligés aujourd’hui de passer par les copistes et scholiastes byzantins qui à cette époque les avaient  retrouvées et classées et compilées dans des ouvrages qui, eux, nous sommes parvenus.

Tous les grands noms de la pensée antique faisaient l’objet d’une spécialisation. Jean Tzetzès, un homme d’une prodigieuse érudition, après avoir lu toute la production antique, avait choisi de se spécialiser sur Homère. Au siècle des Comnènes, la popularité du poète était telle que la famille impériale elle-même s’adonne à son étude. C’est ainsi l’Impératrice Irène demanda à Tzetzès de lui expliquer Homère.

On doit au compilateur Jean Tzetzès plusieurs traités grammaticaux, des études historiques et des commentaires littéraires au nombre desquels « Les allégories sur l’Iliade et l’Odyssée » dont la préface, longue de 1 114 vers politiques1, est intitulée : Prolégomènes aux allégories d’Homère ».

J’ai eu l’honneur et le plaisir de traduire, pour la première fois dans une langue moderne, ce texte resté jusqu’ici méconnu et dont le contenu nous apporte des informations capitales, qui relancent « La question homérique ».

L’Iliade d’Homère ne relate en réalité que les événements qui se sont déroulés au cours de la  dixième année de la Guerre de Troie. Dans les « Prolégomènes aux allégories d’Homère », Tzetzès reconstitue, après avoir lu tous ouvrages qui traitent de la question et qui ont été ravagés par l’incendie de la Bibliothèque de Constantinople, un certain nombre de faits et d’événements antérieurs au récit homérique et dont la connaissance est indispensable pour mieux comprendre l’Iliade.

Dans le plan général de son livre, il consacre les vers 50 à 132  à la présentation du personnage d’Homère qu’aucun éditeur ne nous a, du reste,  jamais présenté.

La vie d’Homère, osons le dire, était jusqu’ici mal connue. Les éditeurs les plus prolixes sont, sur cette question, d’un laconisme inquiétant, du fait de l’inexistence des sources.

En traduisant le texte de Tzetzès, nous découvrons enfin des aspects méconnus de la vie d’un des personnages sur lequel on a le plus écrit sans, paradoxalement, jamais rien dire sur lui.

Voici la traduction  mot à mot du passage concerné :

« Dès lors, sache avant tout l’origine du poète. On dit qu’Homère, l’omniscient, l’océan des discours (excepté qu’il est plein de nectar et non d’eau salée), a eu sept patries douteuses et sept pères tout aussi douteux. On raconte qu’il est originaire de Thèbes en Egypte. Pour d’autres, de Babylone, de Chios pensent certains. D’Iète, de Colophon, de Smyrne, d’Athènes. En ce qui te concerne, retiens qu’Homère est né à Smyrne. On prétend également que sept pères lui ont donné naissance. Les uns affirment que son père Ménémachos est un prêtre égyptien.  D’autres encore disent que c’est Daemon, pour certains, c’est Massagora ; ces deux hommes étaient des commerçants. D’autres enfin prétendent qu’il est le fils de Maeon et a reçu le nom d’Eugène. Mais la plupart soutiennent qu’il est le fils de Méles et de Krétée. Pronapide est le précepteur d’Homère.

Kadmos, à son arrivée en Grèce en provenance d’Egypte, forma Linos en phénicien. Linos, le disciple de Kadmos forma Orphée, Héraclès et surtout Pronapide. Héraclès tue Linos, son précepteur et devient maître de Musée. C’est ce Pronapide qui forme Homère. Homère ayant tout appris de Pronapide, éprouvant le besoin d’en apprendre davantage, se rendit en Egypte. C’est là qu’il récolta l’ultime fleur de toute sagesse. Devenu sage au degré le plus élevé, il écrivit treize traités mnémoniques sur la nature humaine. : le Margitès, la Chèvre, le Combat des rats, la bataille des Epigones. Il composa aussi la Thébaïde,  l’Oekhalia, le Cécrops, des Hymnes en l’honneur des Dieux, un Poème marin en l’honneur des Sept, les grivesn de nombreux épigrammes, des chants nuptiaux et enfin, l’Odyssée et l’Iliade.

Mais, il faut que je te renseigne sur les débuts d’Homère et ses derniers moments. Ainsi, tu comprendras clairement la pensée fondamentale de l’Iliade tout entière.  Les historiens menteurs prétendent qu’Homère est un contemporain d’Hésiode, les deux étant présents aux funérailles d’Amphidamas. Ils racontent qu’il y avait de nombreux « Homère » : Homère de Byzance, fils d’Andromaque, Homère le phocéen, fils d’Euphron. Quand bien même ils se seraient fourvoyés, on doit en être éprouvé autant que ceux qui prétendent que celui-ci serait postérieur à Hésiode. Ils affirment qu’homère et Hésiode ont vécu tous les deux au temps du royaume d’ArKsippos mais que l’un, Hésiode, était au service de la royauté, tandis que l’autre, Homère, était au service de l’autorité souveraine d’Arksippos qui a régné pendant presque trente-cinq ans sur le royaume d’Athènes. Ils ignorent, hélas, qu’Homère est antérieur à l’époque d’Arksippos.

Selon nous, Homère a vécu quatre cents ans avant Hésiode. Réfléchis avec moi et instruis-toi. Homère vécut pendant les deux expéditions, celle de Thèbes et celle de Troie. On le sait de Pronapide et Denys, le poète cyclique le confirme. D’un autre côté, retiens surtout bien cela. Le poète Stésichore était le fils d’Hésiode et était contemporain de Phalaris et de Pythagore. Ces derniers ont vécu quatre cents ans après Homère.

Du moment que tu situes bien l’époque d’Homère, sache de quelle manière sa mort est arrivée.

Pauvre à ses débuts, et, devenu aveugle durant sa vieillesse, il parcourut de toutes parts les contrées de la Grèce, récitant ses poèmes, accueilli avec déférence. Comme il arriva, chemin faisant,  en Arcadie, là, il fut accueilli en hôte chez un certain Kreôphile chez lequel il resta amicalement pendant de très nombreux jours.

Au détour d’une promenade, il arrive près du littoral de la mer. Il y avait là des pêcheurs qui ne s’employaient pas à attraper leur proie mais seulement à s’épouiller et à attraper des poux.

Homère ayant entendu ces pêcheurs se plaindre leur demande : «  Messieurs les pêcheurs, ça mord ? »

Ils lui répondirent en parlant des poux : « Ceux que nous avons attrapés, nous ne les avons plus. En revanche, ceux que nous n’avons pas pris, nous les avons encore. »

Homère n’ayant pas compris cette réponse, immodérément affligé, serait retourné chez lui et y serait resté depuis ce temps.

Et comme le terrain était boueux, il glissa et tomba puis, après avoir heurté un rocher, il se brise la côte gauche et s’éteint au troisième jour. »

Ce passage, comme tant d’autres dans l’œuvre, prouve, à suffisance, la permanence de l’Afrique dans la formation des cadres de l’antiquité. De grands noms de la pensée antique, de célèbres Généraux de la Guerre de Troie et des épouses célèbres de héros prestigieux  étaient des noirs aux cheveux crépus comme nous !

Cheikh Anta DIOP ne s’y était pas trompé quand il écrivait dans Nations Nègres et culture que  « l’Egypte est la terre classique où les peuples méditerranéens viendront s’abreuver aux sources des connaissances scientifiques, religieuses, morales, etc., les plus anciennes que l’homme ait acquise.»

C’est tellement vrai !

A l’exception de Socrate qui n’est jamais sorti d’Athènes et de peut-être quelque très rares personnages, je ne connais pas une célébrité grecque qui, à sa maturité, n’est pas allé en Egypte pour y parachever ses études. Amusez-nous à étudier leurs biographies respectives. C’est tout simplement édifiant.

Et comme le dit ma sœur Aya DIOP sur Facebook : « Il est de notre devoir d’œuvrer à retrouver notre place dans le monde. »

Dans une prochaine publication, je vous ferai de hautes révélations, à la lumière du texte de Jean Tzetzès, sur la place qu’occupe l’Afrique dans la société et la culture grecques.

Le racisme est assurément une invention des temps modernes puisqu’à cette époque, les peuples vivaient dans la plus parfaite intelligence, sans aucune forme de discrimination.

Je vous en souhaite une agréable lecture.

  1. Vers politique : vers qui se compose de quinze syllabes dont les deux membres sont asymétriques. On compte huit pieds dans le premier membre et sept dans le second. Dans le premier segment, l’accent tonique est en antépénultième, tandis que dans le second, il est toujours en pénultième. L’iambe est la mesure dominante de la métrique politique. C’est ce qui lui confère toute sa souplesse et son expressivité.

 

Malick SONKO, helléniste.

1 Comment

  1. c’est vrai! d’ailleurs, Homère, dans l’Odyssée, parlait de Memnon, ce roi éthiopien qui était venu, avec ses troupes, porter main forte aux troyens. Homère décrivait Memnon comme le plus bel homme qu’Ulysse ait jamais vu. D’ailleurs, parmi les monuments egyptiens, figurent deux colosses baptisés par les anciens grecs : »colosses de Memnon » en l’honneur de ce héros noir. Ces colosses qui sont toujours en egypte étaient visités par les anciens grecs et romains de l’antiquité qui croyaient qu’ils avaient été érigés par les egyptiens en l’honneur de Memnon (ce qui prouve encore que les egyptiens étaient des noirs).
    Hérodote quant à lui, a déclaré dans on livre « histoires » que les grecs se sont non seulement instruits en egypte, mais y ont aussi copié leurs divinités.

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