Blog de Cheikh Yerim Seck

Femme du monde, femme de mon pays, debout !

Ces derniers temps, je suis un groupe de femmes sur Facebook. Des femmes de mon pays, le Sénégal. A travers cette page, entre autres posts, elles partagent souvent leurs déchirures, leur désemparement, leur lassitude dans leurs foyers… Bref, il est souvent question d’histoires de bonne femme. Des histoires à vous faire dresser les cheveux de la tête ; à vous faire appréhender la vraie vie de couple quand vous êtes aussi célibataire que moi. C’est à se demander parfois si ces « ano » n’inventent pas ces drames qui bouleversent leur existence.

En parallèle, j’avais également été ajoutée à un groupe de jeunes ; sénégalais, eux aussi. Mais j’avoue que j’ai dû quitter ce groupe au bout de deux semaines. Cela me fendait le coeur de voir à quel point ils pouvaient être inconscients… Pourquoi j’en parle ? Parce que m’imprégner de l’atmosphère de ces groupes m’a permis de prendre la température de ma société. J’avais l’impression d’être un agent double infiltré dans une zone commune pour observer les comportements d’une population donnée.

Eh bien, le choc pour moi, c’est d’en avoir fait le constat ! « De quoi ? » Me diriez-vous. Du manque d’ambition des femmes de mon pays, et avec le recul, des femmes en général, me suis-je aperçue. « Ambition », est-ce le mot juste ? C’est relatif. Car voyez-vous, j’ai compris que la plupart des femmes qui s’y confiaient envisageaient leur réussite à travers un homme. En fait, la plupart d’entre elles vivent à travers « leur homme ». Leur ambition ? Se faire épouser par un homme riche ou beau ou charismatique ou un peu de tout cela à la fois.

La question que je me suis posée : est-ce que les femmes sont conditionnées par leur environnement qui, dès le bas âge, leur donne le sentiment d’être reléguées au second plan ? Est-ce la faute de la société si, pour les femmes, réussir dans la vie se résume à réussir son mariage ? Je veux dire, pourquoi lorsqu’on est femme et que l’on a des rêves de grandeur, de pouvoir, d’indépendance, de réalisation de soi à travers une belle carrière, on est lorgnée, visée ; à la limite identifiée illico comme un élément perturbateur, comme un dérèglement, un dysfonctionnement de l’ordre préétabli…

Bref, je me souviens d’un post, dans le groupe de jeunes, d’une adolescente (j’imagine que c’en est une, compte tenu, sans vouloir être vache, de son degré d’immaturité) qui disait, en gros, qu’elle rêvait qu’un homme la réveille et lui offre 3 millions de CFA, environ 4500 €, afin de l’extirper d’un quotidien rude en lui disant ces mots : « bébé, tiens ça pour te soulager du calvaire que tu vis… » En parcourant les commentaires, j’étais d’autant plus ahurie que je me rendais compte qu’elle avait dit tout haut ce que les autres tournaient en boucle dans leurs rêvasseries…

Déjà, halte ! Ne pensez pas que je m’érige en donneur de leçons ou quoi que ce soit du genre. Non, loin de là. Je n’aimerais aucunement donner l’impression de juger ou de narguer qui que ça soit, loin de là mon intention.

Je souhaite juste partager une idée qui, j’espère, touchera au moins quelques personnes. Ce n’est pas parce que nous sommes nées femmes que nous n’avons pas le droit de placer la barre haute. Et, ce que j’écris actuellement, je l’écris également pour moi. Pour que je n’aie pas à oublier les valeurs sur lesquelles sont fondées mes principaux traits de caractère ; pour que, quoi qu’il advienne, je ne choisisse point la facilité, et que je garde toujours la tête haute et le focus sur mes objectifs.

Car oui, très chères, il est très facile de se faire avoir par cette « manipulation sociétale » ; qui consiste à nous faire croire qu’on est moins bonnes, moins pertinentes, moins éloquentes… bref moins fortes et moins charismatiques que les hommes et que c’est à eux donc de penser « carrière » et nous « enfants ». D’où diable qu’on reste bras ballants à attendre qu’ils nous financent ? Qu’ils s’occupent de payer nos factures et de nous offrir une vie de rêve ? Imaginons ensemble une seconde la différence si cette vie de rêve, nous nous la payions nous-mêmes !

Au Sénégal, de plus en plus, se marier avec un homme financièrement stable est devenu l’alternative des jeunes filles pour se sortir, elles et leurs familles, de la misère. Ce phénomène transcende d’ailleurs les frontières et l’horloge biologique. Il existe depuis des siècles et un peu partout dans le monde. Notre société Sénégalaise me semble simplement être le terreau où il {ce phénomène} foisonne le mieux. Notre génération a le devoir de marquer un « stop » retentissant visant à révolutionner cette façon de voir !

On pense que la femme a maintenant les mêmes droits que les hommes mais ce n’est pas encore vrai. Et c’est aux femmes de combattre cela en se montrant légitimes pour occuper certains postes. Dans les foyers également la femme a comme un devoir moral de faire le sacrifice de rester à la maison quand les deux époux n’arrivent pas à concilier travail et vie de famille. Je veux dire, c’est absurde que la question soit aussi vite tranchée. C’est une évidence à chaque fois : c’est à la femme de rester. Et donc, à la poubelle toutes les années d’études financées par les braves parents. Normal que dans certaines familles on ne veuille pas s’emmerder à payer des études chères aux filles : si c’est pour qu’elles finissent mères au foyer, autant investir les sous ailleurs !

Vous voyez un peu où je veux en venir ? Au diable tous les préjugés sur les femmes. Nous ne sommes pas le sexe faible. Notre valeur ne s’estime pas juste à notre capacité à tenir une maison, éduquer nos enfants et rendre un homme heureux. Justement, nous valons plus que cela. Nous sommes incroyables parce qu’au-delà de ces qualités que je ne suis pas en train de dévaloriser, nous sommes également capable de nous battre sur d’autres fronts. Qui mieux que nous est capable de gérer plusieurs choses à la fois et de réussir haut la main ? Alors pourquoi – quand nous en démontrons la compétence – ne pas nous confier la direction de telle entreprise, telle organisation ou même d’un gouvernement ? Oui, nous devons refuser qu’on nous trace des limites. C’est normal qu’une femme pleure dans son oreiller car son homme l’a trompé, mais c’est anormal qu’elle veuille s’investir dans son propre business ? Enfin quoi, réveillons-nous !

Nous n’avons pas à attendre qu’un homme nous jette des billets pour survivre. On nous met dans la tête que la bataille c’est d’avoir la tenue la plus raffinée, le tissage le plus couteux, les chaussures de plus grandes marques. En fait, ils essaient juste de nous éloigner du sujet. Ils veulent qu’on se batte pour leur plaire, nous diviser donc pour mieux régner, nous laisser gérer les détails pendant qu’eux prennent les grandes décisions : en réalité ils cherchent à nous maitriser, nous aliéner.

Mes soeurs, pourquoi vouloir mener un train de vie dont on n’a pas les moyens, sans fournir des efforts nous-mêmes pour se le payer ? C’est ce qui nous amène à accepter d’être la « chose » d’un homme, le trophée qu’il brandit devant ses pairs. Au lieu de nous occuper de notre apparence pour gagner un « beau parti », si nous nous évertuions à construire pas à pas notre avenir, le chemin sera certes long et sinueux mais le succès n’en sera que plus revigorant. Et demain ils nous respecteront comme leur égale, ils respecteront nos filles, petites filles et arrières petites filles également.

Mon pays va mal car les hommes ne pensent qu’à faire des sous pour avoir plus de femmes et les femmes, collectionner les hommes aux portefeuilles lourds pour accéder à une ascension sociale plus fulgurante. Résultat, les détournements de fonds et la gestion non transparente des fonds et biens publics gangrènent la société.

Mon pays va mal car les femmes souffrent dans leur foyer pour la simple raison qu’on leur a fait croire que leurs maris constituent le centre de gravité de leur vie : résultat leurs états psycho-émotionnels dépendent souvent du degré de cynisme d’hommes pour qui les femmes représentent le défi de gonfler encore plus leurs egos.

Ce qu’elles n’ont pas compris, c’est que beaucoup d’hommes adorent ébranler le mental des femmes. C’est à croire qu’ils adorent quand on construit tout notre petit monde autour d’eux. Ce qu’on n’aura bien sûr pas le temps de faire en effectuant une activité passionnante comme une brillante carrière par exemple.

Aimer ne veut pas dire laisser à l’homme la possibilité de nous détruire. Aimer ne veut pas dire laisser à l’homme la possibilité de contrôler nos moindres états émotionnels. Je m’explique : cela renverrait à une forme d’amour synonyme de prison à laquelle on s’enchaîne nous-mêmes de par une totale dépendance. Ne dit-on pas qu’à Dieu seul nous devons nous accrocher et que pour personne d’autre nous ne devons nous affliger ? Eh bien, le mari n’est pas Dieu je rappelle. Donc oui pour l’aimer, le chérir, contribuer à son bonheur… Mais non pour être son esclave, son souffre-douleur, son punching ball psychologique. Je rappelle que le mariage est en réalité le symbole de l’harmonie à deux – « à deux », j’insiste bien dessus.

Nous avons le devoir d’être patriotes, de nous battre pour l’avenir de notre pays, ensemble, main dans la main. Chacun a le droit de choisir sa voie. Je respecte la femme qui choisit de faire sa part en restant femme au foyer pour élever les futurs leaders de demain. Mais il ne faut pas qu’on flanche sous une quelconque pression morale pour prendre cette décision. Celles qui ont envie d’entrer dans l’arène ne doivent pas être soumises aux critiques ou sanctions de la société. Remarquez bien, les femmes qui réussissent dans leur carrière sont souvent celles qui sont boycottées par les maris. Tiens, quel sacré hasard ! C’est une façon de nous dire qu’il faut faire un choix : soit la carrière soit le mari. Et bien moi je choisis les deux. Et l’homme qui aura les tripes d’assumer cela, laissez-moi vous le dire, il sera juste le plus chanceux des hommes, voilà ! Tout le monde n’a pas la chance d’avoir une lionne à ses côtés.







Sur ce, je vous laisse à vos réflexions. Mais sachez une chose, cet article n’est que le début du commencement. Car femmes du monde, femmes de mon pays, ensemble nous allons mener la marche vers l’émancipation de nos nations ! Et l’histoire, c’est nous qui l’écrirons, par la grâce du Tout-Puissant.

3 Comments

  1. Je m’excuse d’avance si je me trompe mais on dirait un écrivain avec une mentalité/vision occidentale, venu se dégourdir les doigts ici.

    Si les femmes souffrent dans leur foyer, c’est parfois à cause de leur entourage; des membres de leur famille et de leur belle famille, voire de leur mari. A cause de la pression sociale et du poids qui pèse sur leurs épaules. Oui certaines sont mariées sans leur consentement, insultées, opprimées, répudiées pour un plat trop salé et ne valent pas le prix de la vache que l’on préfèrera soigner. Mais attention aux témoignages. Nous Sénégalais sommes officiellement des saints et des conjoints exceptionnels; c’est toujours la faute de l’autre. Quid des femmes qui se marient juste pour l’argent ? Comment être heureuse dans ces conditions ?

    La paupérisation, l’échec du système (échec scolaire, népotisme, chômage, etc.) et le glissement des valeurs est responsable du manque d’ambition chez certaines femmes… et chez certains hommes. Aujourd’hui, il existe des hommes au foyer, sauf qu’ils se font entretenir et ne lèvent pas le petit doigt pour leurs enfants (gigolos adeptes de la facilité). Pour preuve, épouser une femme plus âgée est actuellement au goût du jour. Que dire de nos jeunes partisans du moindre effort qui préfèrent dormir et boire du thé en attendant que le job de leurs rêves; celui digne de leur niveau social ne daigne leur tomber dessus.

    L’égalité entre les sexes n’existe nulle part au monde et là où les féministes règnent, leur pendant masculiniste pire que les « Father 4 justice » font des ravages (meurtre et suicide). Le Sénégal n’est pas parfait, mais plutôt que de voir les choses uniquement sous le prisme d’une société patriarcale qui opprime les femmes, essayons d’affiner l’analyse. Et puis, chacun est libre d’avoir des valeurs qui jurent avec celles occidentales (impérialisme) sans qu’on ne pense devoir le sauver et le conscientiser malgré lui, pour lui imposer l’idéologie de la liberté ou de l’égalité absolue (=> transexuels, pansexuels, queer et autres gens qui ne savent plus qui ils sont). L’endoctriné n’est pas celui que l’on croit.

    Sénégal tanné na dé. Malgré le plafond verre qui soit dit en passant existe partout, malgré une recrudescence de la violence faite aux femmes et aux filles (imputable selon moi à l’hypersexualisation de la société, à la drogue, à l’alcool au manque de valeurs et de justice), on est loin des crimes d’honneur et de l’infanticide des filles. Le Sénégal, ce n’est ni l’Afghanistan, ni le Yémen, ni l’Inde. Il y aurait même une association des maris battus en notre sol.

    Ce sont des femmes qui se lèvent avant l’aube pour aller vendre du poisson. Qui vont aux champs, qui vendent de l’eau, des arachides et des fruits sur le bord de la route. Les femmes africaines ont toujours été actives pendant que les enfants étaient avec les autres membres de la concession (ex: grands parents) s’ils n’aidaient pas avec les travaux. Il n’y a pas que les bureaux et le secteur formel. La majorité évolue dans l’informel plus souple. En outre, avec la crise, les plus démunis ne peuvent plus se payer le luxe de rester au foyer. Benë jigueen toogatul ! Avec la modernité, ce qui pousse certaines femmes à choisir aujourd’hui, c’est à mon sens la destruction du tissus familial. Vivre en mode famille nucléaire a ses avantages, mais cela signifie également devoir se priver d’un certain filet social. Raison pour laquelle les plus ambitieuses optent pour la polygamie afin d’être libres de poursuivre leurs rêves. Je m’arrête là.

    Le Sénégal pré-colonial a connu des reines et des femmes leader et dans ce pays nous avons de fortes personnalités féminines, jusque dans l’appareil étatique. Émancipons nos esprits d’abord. Un ré-enracinement avant ouverture s’impose.

    • Je suis en partie d’accord avec vous. La façon dont notre environnement nous conditionne détermine en partie notre vie : manque d’ambition chez certaines, soumission absolue chez d’autres, capacité de prise de décision et indépendance chez d’autres encore. Avant d’aller plus loin, sachez que je suis sénégalaise. Je suis née au Sénégal, j’y ai grandi et j’y ai fréquenté l’université par ailleurs. Donc je n’ai rien d’une occidentale qui ne maîtrise pas ce dont elle parle.
      Vous avez parfaitement raison, le système ne favorise parfois pas la réussite scolaire et il y a également des hommes qui se trouvent dans des positions de laxisme et en situation de dépendance vis-à-vis de leurs familles ou épouses. Vous avez également raison, il n’y a pas que le secteur formel et les femmes réussissent très bien dans l’informel. Mais je n’ai pas dit le contraire et mon texte ne fait pas la condamnation du Sénégal. Ce dont il est y est question, c’est d’un constat, d’un fait avéré et surement de mon opinion. Je lance un appel à une prise de conscience car la situation que je perçois me fait peur. Et cet appel concerne bel et bien beaucoup de femmes : de la génération actuelle, la mienne.
      Je ne suis pas en train de décrire un Sénégal où il n’y a rien de bon, loin de là. La situation que je décrie est avérée : beaucoup de femmes aujourd’hui comptent sur un (des) homme(s) pour réussir. Combien de femmes envisagent leur réussite à travers le mariage d’un bon parti ? Combien de familles poussent leurs filles dans des mariages qui ne sont tissés avant tout que par des intérêts financiers ? Qui me dira que cela ne constitue pas une réalité dans notre pays ? Et cette situation reflète un état d’esprit, qui si on le laisse persister, ira de mal en pis. Le « mbaraane » est devenu plus qu’une réalité de nos jours. Très souvent ce sont même les parents qui y poussent leurs enfants.
      Notre société voue un culte au luxe et à la belle vie. Mais, pour y arriver, rares sont ceux qui fournissent des efforts réels à la sueur de leur front. Les jeunes croient plus aux raccourcis, à la facilité. C’est cela que je décrie. Et je me suis particulièrement intéressée aux femmes. Car c’est la couche la plus vulnérable à mon avis. Parce qu’on leur fait croire qu’il est normal qu’elles entretiennent cette dépendance financière et émotionnelle vis-à-vis des hommes. Alors que moi je crois que sans le concours des femmes, notre société tournera au ralenti. Il est important qu’elles prennent conscience de leur force, qu’elles s’affirment et surtout qu’elles s’assument. Elles sont nombreuses déjà à le faire ; mais elles sont encore plus nombreuses à refléter une image…de ‘’femmes de luxe’’ voire de ‘’femmes objet’’ selon la célèbre formule d’une artiste sénégalaise de renommée ! Il est évident que notre pays ne saurait emprunter le chemin de l’émergence en laissant en rade une part aussi importante de sa population active, j’allais dire de ses ressources humaines. C’est essentiellement cela le sens de mon plaidoyer.

  2. Mea-culpa. La critique est aisée, mais l’art est difficile. C’est courageux d’exposer sa pensée à la critique. Il ne faut pas trop me prendre au sérieux, car me concernant, je viens juste me divertir et de dégourdir les doigts ici. J’ai même pensé que c’était Yerimpost qui avait écrit ce billet juste pour susciter une réaction.

    Bref, on peut naître et grandir au Sénégal et avoir une mentalité déviante (atypique par rapport à la masse). Ex: Mami qui a fait un jardin huppé, une école bilingue franco-américaine ou franco-arabo-américaine, un lycée privé programme français ou américain, qui s’envole pour une université occidentale et qui revient intégrer un poste dans un cabinet de la République ou une entreprise ayant pignon sur rue grâce aux réseaux de ses parents. Cette Mami qui a grandit avec les réseaux sociaux, Canal et les chaînes du satellite, qui a eu une vie dorée; qui fait ses achats en ligne, des selfies instagram, des snap ou des video youtube où elle montre les dernières techniques de makeup et s’identifie davantage aux filles de Gossip girl qu’à Soumboulou Bathily…
    Mami est très différente de Fatima qui vient d’un petit village nomade, n’a fait une petite partie du primaire avant de rester aider sa maman à la maison et en dehors de la maison, n’a jamais vu une pizza de sa vie et à qui on a donné un mari à 14 ou 15 ans…Mami est différente de Racky qui a cartouché à l’université ou décroché en cm1, qui fait de la coiffure ou un travail domestique qu’elle laisse dès qu’elle a de quoi aller s’amuser au bled lors de festivités où elle espère attirer l’attention de son futur mari, un jeune fougueux qui la fait rêver ou un employeur célibataire ou marié bien nanti. Mami est différente de Racky qui ne rêve que d’être une femme au foyer entretenue ou à qui on ouvrira une boutique… ou de Bocar qui a tiré le diable par la queue toute sa vie et marché des kilomètres pour aller à l’école et à l’université; a eu son premier job vers quarante ans et n’a pu se marier que vers la cinquantaine (si si ça existe).

    Le Sénégal est un melting pot où excepté Dakar en général, diverses communautés se côtoient et cohabitent en harmonie sans trop se mélanger sauf en certains circonstances, en se snobant parfois. Ex: certains regardent de haut ceux qui mangent avec des couverts plutôt que leur main et vice versa.

    Bref, c’est cette partie qui m’a fait tiquer ***« Car oui, très chères, il est très facile de se faire avoir par cette « manipulation sociétale » ; qui consiste à nous faire croire qu’on est moins bonnes, moins pertinentes, moins éloquentes… bref moins fortes et moins charismatiques que les hommes et que c’est à eux donc de penser « carrière » et nous « enfants »*** J’ai une certaine expérience du discours des féministes et je peux dire que le contenu du plaidoyer des féministes africaines diffère de lui des occidentales et des arabo-musulmanes. Au Sénégal, on essaie en général de galvaniser les femmes en leur rappelant Aline Sitoé Diatta, Ndatté Yalla Mbodj ou même le sacrifice de Ngoné Latyr (mère de Lat dior). En Afrique on met en avant le fait que les femmes noires sont fortes car elles donnent la vie, s’occupent du foyer et travaillent pour nourrir leurs enfants. On pense être le sexe fort, car un homme ne saurait supporter les douleurs de l’enfantement. Même la mythologie musulmane au Sénégal rapporte que l’homme s’étant vu imposer la polyandrie par Dieu en est mort tandis que la femme s’est juste évanouie, ainsi les dés ont-ils été jetés. Aussi, le discours ambiant moderne galvanise t-il les femmes. Coumba Gawlo Seck qui chante dans  »Femme objet » qu’il faut deux mains pour nouer un pantalon; Fatou Guéweul qui dit que ce sont les femmes qui tiennent le pays à bout de bras ou le langage courant avec l’expression consacrée « jigueen ju mën goor » (femme plus forte qu’un homme) sont un peu en porte-à-faux avec cette citation, même si dans certains milieu religieux, on interdit encore aux femmes de prendre la parole en public.

    Il suffit d’un benchmarking ou d’une étude longitudinale pour voir que partout où les femmes luttent pour leurs droits en essayant d’employer la force, leur lutte est vaine, voire contreproductive. Elles n’y réussissent finalement qu’avec la ruse et avec l’aide d’alliés (les hommes). Les pays les plus avancés ont des taux ahurissants de violence faite aux femmes. Ils vous diront que c’est parce que nous n’avons pas de statistiques contrairement à eux. Si les OMD ont échoué, c’est en partie à cause du manque d’appropriation. Il faut toujours s’arrimer au contexte et prendre en compte les réalités culturelles afin que l’impulsion vienne aussi d’en bas. Les mentalités bougent au Sénégal.

    Je ne veux pas être trop longue, mais si j’ai un conseil à donner à une petite soeur, c’est de se marier avec quelqu’un de préférence de son milieu (dërem ak dërem gnoye and/coumba ndar Samba ndar, les mariages mixtes c’est faisable mais difficile), ayant les mêmes valeurs, de bonnes valeurs, ou s’en remettre à Dieu, car les hommes d’aujourd’hui moy lolu. Le choix du mari est déterminant dans la vie professionnelle d’une femme, car même si la belle-famille vous met des bâtons dans les roues, un homme juste, bon et ayant de la personnalité vous soutiendra en essayant d’arrondir les angles avec sa famille. Les hommes choisissent soigneusement leur femme, les femmes devraient faire pareil.

    Pensez aussi que si toutes les femmes privilégient un travail contraignant qui est synonyme d’absences répétées, les enfants et la société en pâtiront, car l’émergence ne doit pas qu’être économique (on ne peut être au four et au moulin), sinon, bonjour la décadence. Jusqu’à la fin des temps, rien ne pourra jamais remplacer une mère.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Depuis

° Top
YerimPost

GRATUIT
VOIR