Blog de Cheikh Yerim Seck

Fusion police-gendarmerie: L’heure a-t-elle sonné ?

(Mamour BA, écrivain, ancien sous-officier de gendarmerie)

Le 11 Septembre 2011, quatre attentats-suicides furent perpétrés aux États-Unis, à quelques heures d’intervalle, par des membres du réseau Djihadiste islamiste Al-Qaïda. Ce qui se solda par un lourd bilan de 2.977 victimes. Comment une aussi grande puissance comme  l’Amérique n’a-t-elle pu prévoir cette catastrophe ?

Dans son rapport intitulé « Nous les Peuples », l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan écrivait : « le monde se dirige vers un nouveau concept dit de « sécurité humaine » : « Alors que naguère il consistait à défendre le territoire contre les attaques extérieures, il s’agit aujourd’hui de protéger les communautés et les individus des actes de violence interne. » Ce nouveau concept englobe sept catégories de menaces qui touchent aux différents domaines d’action : la sécurité économique, la sécurité alimentaire, la sécurité sanitaire, la sécurité de l’environnement, la sécurité personnelle, la sécurité de la communauté et enfin, la sécurité politique.

Cette nouvelle donne rappelle la nature interdépendante du monde et l’interaction entre les peuples et les états. Elle nous projette la lumière de complexité liée aux questions sécuritaires et la nécessité du « Agir ensemble »

Mais, n’oublions pas qu’avant d’être l’affaire de la communauté internationale, les Forces de défense et de sécurité du Sénégal ont pour mission d’assurer la défense nationale et dans ce but, d’assurer en tout temps, en toutes circonstances et contre toutes les formes d’agression, la sécurité et l’intégrité du territoire national et de sa population. Aujourd’hui, c’est en termes d’union économique et d’intégration régionale que se pose la question des alliances militaires dans le monde. « La véritable école du Commandement est la culture générale » disait le Général de Gaulle. Autrement dit : le développement de certaines facultés de l’esprit par des exercices intellectuels appropriés. L’armée, la Gendarmerie et la Police comptent un nombre pléthorique de Généraux, de cadres et d’officiers  supérieurs sorties de prestigieuses écoles : Il appartient à cette classe de plancher sur les questions de sécurité, et faire preuve de plus de rigueur intellectuelle pour poser le débat en termes de solutions à moyens et long termes, face à la menace que constitue l’insécurité humaine dans la sous-région.

2-VERS UNE FUSION DES FORCES DE DEFENSE ET DE SECURITE :

Aujourd’hui, les forces de sécurité  inspirent plus de confiance au monde et les missions qui leur sont confiées sont valorisantes et glorieuses. Par conséquent, ces forces  doivent évoluer et s’adapter aux contextes géopolitiques actuels. Elles doivent contribuer à la stabilité politique et au développement national. Cela passera par une redéfinition tactique du rôle que la police ou la gendarmerie est appelée à jouer dans la construction des nations fortes, libres et démocratiques.

 

L’armée, la police et la gendarmerie sont devenues mixtes partout dans le monde. Ce qui a fondamentalement changé les mentalités dans un milieu traditionnellement réservé aux hommes. L’ère des Nouvelles technologies de l’information et de la communication a fait sauter les frontières résultantes de l’histoire et ouvert les pays d’Afrique à la modernité. Le changement important à l’accès au savoir, la connaissance et la modification substantielle du mode de vie des peuples du monde sont les conséquences majeures induites. Cette mondialisation, devenue irréversible, prend des formes de plus en plus axées sur le changement des sociétés. Dans son évolution, la globalisation a réduit les espaces de vie, les distances entre les hommes et les femmes et la différence entre les peuples. Il n’est pas rare de voir des milliers de gens, ne parlant pas la même langue et les mêmes cultures, vivant dans des continents éloignés, se fréquenter assidument et vivre ensemble dans un virtuel, via internet.

Désormais, les réseaux sociaux sont devenus une réalité médiatique à laquelle il faudra compter. Cet outil des temps modernes a déjà inscrit dans son palmarès ce qu’il est convenu d’appeler : Le printemps arabe, cet événement très médiatisé qui a bouleversé le monde et renversé le puissant régime de Ben Ali en Tunisie. Ces manifestations sont encore fraiches dans notre mémoire collective. Ce fut une belle manière de prouver au monde que par la volonté populaire on peut aspirer au changement  et aux réformes constitutionnelles pour plus de liberté.

Au Sénégal aussi, nous avons connu cette vague de protestation via les réseaux sociaux suite à une forte mobilisation  pour dire non au Président Abdoulaye WADE qui voulait une dévolution monarchique du pouvoir.

Notre monde se place dans un environnement interdépendant qui favorise les menaces transnationales, dans un contexte de  transformations majeures : D’où la nécessité d’un nouveau concept de sécurité et la redéfinition du rôle des Forces Armées et des Forces de sécurité.

Vu la menace de radicalisation des jeunes, et les moyens humains et matériels gigantesques déployés pour lutter contre la criminalité au Sénégal, la question de l’insécurité prend des tournures incontrôlables et très difficiles à cerner. A la menace Djihadiste, s’ajoutent la menace des armes légères en circulation et celle des armes nucléaires.

Aujourd’hui, le défi principal consiste donc à promouvoir une conscience de sécurité et de défense, fondée sur des valeurs partagées entre sociétés civiles et militaires servant dans les forces modernes. Il est évident que face à de telles mutations, le rapprochement entre militaires et civils devient essentiel, les uns et les autres occupant de plus en plus les mêmes théâtres d’opération au service d’une même cause !

Avec l’arrivée au pouvoir du Président Macky Sall et de sa gouvernance de rupture, sobre et vertueuse, le Sénégal, semble s’engager dans une nouvelle voie dite de l’émergence. Mais la paix et la sécurité étant les conditions sine qua non à tout développement, il me semble opportun de regarder en face la menace terroriste à nos frontières et d’assumer les réformes qui s’imposent aux forces de défense et de sécurité. Leurs effectifs  ont presque triplé voir quadruplé en moins d’une décennie et leurs équipements très modernes avec la dotation de moyens aériens modernes et même de drones. Mais l’insécurité continue de se répandre partout.

Ainsi, la question de l’alliance des forces de défense et de sécurité (Police, Gendarmerie, Armées) se pose avec lucidité mais avec acuité au plan interne et externe. Compte tenu de l’ampleur de la tâche qui attend les forces de sécurité en termes de sécurité, le moment est venu de s’adapter aux dures réalités. Récemment, mandatée par la Communauté Economique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), et avec l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU, l’opération « restaurer la démocratie » en Gambie avait engagé le Sénégal et quatre autres pays dans une coalition militaire qui a ramené la paix.

Donc, aucune action isolée ne peut plus être envisagée ni par les états de la sous-région, ni même par les forces chargées d’assurer  la sécurité des personnes et de leurs bien ainsi que la surveillance aux frontières. Ce qui me paraît opportun, c’est que toutes les forces agissent en congrégation, avec des actions cohérentes et bien structurées. Et pour réaliser ce pas, des concertations larges et inclusives et permanentes entre les différents acteurs de la sécurité sont plus que nécessaires.

L’accent doit être mis sur la collaboration franche et non superficielle et de se détourner des sentiments de rivalité. S’il est question de se pencher sur la formation de vrais spécialistes du crime organisé et du terrorisme, il est aussi question d’acquérir plus de moyens de lutte pour contrer ce fléau ayant prit des proportions de plus en plus grandes. Plusieurs pays africains ou voisins du Sénégal tel que le Mali en ont déjà payé un lourd tribut. Pendant ce temps,  le terrorisme et la mafia évoluent dans leur stratégie commune. En tout cas, leur collaboration est devenue quasi-certaine.

L’heure est grave et le peuple attend des propositions concrètes, de nouveaux plans de défense adaptés à la réalité du moment. Pour cela, il est nécessaire de recourir à une solution intégrée découlant d’une solide cohésion interne entre les forces pour conforter la riposte aussi bien préventive que répressive. Un concept devenu moins difficile vu les instruments divers dont nous disposons.

 

Mamour BA, auteur de la femme du diable publié chez harmattan

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=47545

niorodurip123@yahoo.fr

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