Blog de Cheikh Yerim Seck

L’année Seck: 2019 ou rien !

Les dernières décennies ont été marquées, au Sénégal comme dans la plupart des pays démocratiques, par une accélération de la montée en puissance des citoyens, électeurs qui choisissent de façon libre et transparente leur candidat dans chaque élection. Celle-ci est perceptible à travers la régularisation continue des procédures électorales, le respect des résultats des urnes et la définition d’un cadre assaini pour permettre aux candidats et acteurs politiques de présenter leurs programmes à un public bien plus large qu’autrefois (avec le pluralisme médiatique, amorcé dans les années 1990, renforcé par le développement des technologies numériques d’information et de communication). Sur la période récente, on la repère également à la hausse du nombre et de la fréquentation des sites internet et des réseaux sociaux numériques par les citoyens.
Parallèlement, le rôle que joue dans la vie politique, les leaders d’opinion et la société civile parait toujours plus influent que jamais. Le jeu politique est aujourd’hui traversé par des techniques et des pratiques qui offrent aux candidats les meilleures possibilités d’accès à la magistrature suprême. Pourtant, au Sénégal, il a fallu attendre l’an 2000 pour qu’il ait la première alternance démocratique. Celle-ci a permis au Pape du SOPI, Me Abdoulaye WADE d’accéder au pouvoir, en remplacement du Président Abdou Diouf, héritier désigné du père de la nation sénégalaise, le Président Léopold Sédar Senghor, 20 ans plutôt. La deuxième alternance démocratique aura lieu 12 ans plus tard, suite à des élections émaillées de violences pré-électorales sur fond de contestations de la candidature du Président WADE pour un troisième mandat consécutif (de trop). Cette élection était marquée par la multiplication du nombre des candidats, qui avaient dépassé, de loin, la dizaine, avec les mêmes programmes et les mêmes visions de la chose publique, offrant une scène politique inutilement disloquée.
Face à l’ampleur de ces candidatures, le champ politique sénégalais s’est réorganisé autour de nouvelles règles de fonctionnement dont le point d’orgue est l’instauration du parrainage pour chaque personne qui souhaite présenter sa candidature à la présidentielle. Ceci a provoqué une floraison de réflexions mitigées, sur le rapport entre d’une part, les acteurs et les institutions politiques et d’autre part, les citoyens, les médias et les journalistes.
Pour cette année 2019, les élections présidentielles au Sénégal se tiendront ce 24 février. Une occasion pour le peuple sénégalais et ses dirigeants de renforcer les acquis démocratiques, priorité de la nation, en élisant un Président dans la transparence et le respect de la démocratie. sur 27 candidats déclarés, cinq sont finalement en lice. Il s’agit de Macky Sall (Président sortant) ; du député à l’Assemblée nationale, le Professeur Issa Sall ; de l’ancien collaborateur du Président Abdoulaye Wade, Me Madické Niang ; d’Ousmane Sonko que d’aucuns qualifient de jeune pousse, révélation de la scène politique sénégalaise et enfin d’Idrissa Seck, challenger naturel et rival historique du Président Sall. En réalité, Monsieur Seck joue sa dernière carte dans un combat royal face à celui qui lui a piqué son plus grand rêve, « être le 4ème Président de la République du Sénégal ».
Économiste respecté, Ndamal kadior (surnom donné à l’ancien Maire de la commune de Thiès et actuel Président du département) est justement le candidat qui offre, selon certains observateurs et analystes politiques, le plus de garantis dans la bataille pour la présidentielle, au regard de ses qualités d’homme d’État, son charisme naturel et son parcours politique. Avec plus de 30 ans de carrière politique, l’homme d’État de 59 ans a tout connu. À 29 ans, il est désigné directeur de campagne de Me Abdoulaye WADE aux élections présidentielles de 1988 ; ce n’est en 2000 qu’il mènera son idole au palais de la République après avoir été ministre du commerce dans le gouvernement d’union nationale, formé par Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, au milieu des années 1990.
Ministre d’État et directeur de cabinet du Président nouvellement élu, Idy (Idrissa Seck) est choisi, deux ans plus tard, pour remplacer Mame Madior Boye à la primature et impulser, à point nommé, une nouvelle dynamique au septennat du Président Wade. Il n’avait que 43 ans. Avec des résultats probants (+5% de hausse du PIB), il quitte la primature suite à des malentendus avec son mentor. Il sera aussitôt accusé de détournement de deniers publics, ce qui lui vaudra un passage de 199 jours en prison. Relâché et blanchi quelques mois avant les élections présidentielles de 2007, il crée son parti, « Rewmi » et devient candidat face au « Maitre ».
Le Maire de Thiès d’alors arrivera deuxième avec près de 15% des voix avant de dégringoler en 2012 (pour non campagne) en arrivant cinquième avec, seulement, 8% des suffrages valablement exprimés. Annoncé mort et enterré politiquement par certains analystes et acteurs politiques qui considèrent qu’il a raté son panier en 2012, ce génie de la politique choisit la stratégie du silence. Parole rare, il est, depuis quelques années, l’homme politique sénégalais dont les sorties médiatiques sont les plus attendues et les plus scrutées.
Installant un nouveau contrat de confiance avec les femmes et les hommes du pays de la « téranga », Idrissa Seck donne peu d’interviews et brille par son absence dans les médias. Il réserve sa priorité au terrain et parcourt le Sénégal des profondeurs afin d’expliquer aux sénégalais que son heure est bien arrivée, qu’il est l’homme de la situation. Stratégie bien payante car l’ancien édile de la ville de Thiès a laissé sous le feu des projecteurs ses concurrents, surtout Ousmane Sonko qui concentre, depuis quelques temps, les critiques les plus acerbes et les attaques les plus insensées du pouvoir en place. Et comme une cerise sur le gâteau, Monsieur Seck a obtenu, depuis ce 30 janvier, le soutien naturel des poids lourds recalés de cette présidentielle. Il s’agit, entre autres, de Malick Gackou, Pape Diop, Amsatou Sow Sidibé, Aida Mbodj et problement Abdoulaye Wade et Khalifa Sall qu’ « il ira chercher en prison » s’il est élu au soir du 24 février 2019.
Reculer pour mieux sauter, c’est « ça » la stratégie de Ndamal kadior dont le silence assombrit, à coup sûr, les railleries qui circonscrivent la scène politique sénégalaise.

Alioune Badara GUEYE
Coly.abg@gmail.com
Doctorant à l’IMSIC (Institut méditerranéen des sciences de
l’information et de la communication) des universités Toulon et Aix-
Marseille

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