Blog de Cheikh Yerim Seck

Le «fast-track» ou réaliser le PSE dans l’informel, les confusions sémantiques (Dr. Abdourahmane Ba)

Dans l’allure de composition et recomposition gouvernementales faisant suite à l’élection présidentielle et la confirmation d’un second mandat pour le Président Macky Sall, certaines autorités haut-placées ont fait état de « Fast-track » comme option stratégique de mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent (PSE) dans les cinq années à venir. Nous comprenons bien que l’idée est d’accélérer la mise en œuvre, ou la cadence des reformes et des programmes dans la phase 2 du PSE pour plus de performance dans l’atteinte des objectifs. Cependant, le « Fast-track » n’est pas le concept approprié pour cela, malheureusement. Dans notre pays, on aime souvent utiliser des concepts importés, taillés sur mesure pour impressionner la population et faire semblant de travailler pour faire avancer les choses.

Tout le monde connaît le concept de « Fast-food » qui s’est définitivement installé dans nos mœurs alimentaires suite à l’avancée rapide de la pauvreté surtout dans les zones péri-urbaines, les banlieues. Du point de vue sémantique, le « Fast-track » dans le management du développement n’est pas une option désirable en temps normal. Etymologiquement, dans notre métier de management, le mot Fast-track en stratégie signifie globalement « commencer l’exécution d’une action ou d’un programme alors que la conception n’est pas encore achevée du fait du manque de temps ou des ressources nécessaires. » Le concept de Fast-track a été introduit surtout dans les programmes d’urgence suite à des calamites, lorsque les besoins et les souffrances causées par les crises ne peuvent souffrir de temps de conception et menacent la résilience des populations : on est pressé d’agir pour sauver des vies dans ces cas. Le Fast-track peut aussi signifier le démarrage de la construction d’un immeuble ou autre chose par les composants de base en attendant la fin du travail de l’architecte ou du génie concepteur tout en sachant globalement l’idée de ce que l’on veut faire.

On a eu des exemples de Fast-track dans l’histoire de la gestion des programmes publics au Sénégal. Dans les années 80 du fait de l’explosion démographique des populations d’élèves dans les écoles et collèges avec un nombre limité d’enseignants bien formés, bien conçus à l’Ecole normale supérieure, le Ministre de l’Education de l’époque avait fait recours au Fast-track dans la formation des enseignants plus connus plus tard sous le sobriquet « Ails de Dindes » dans le système éducatif Sénégalais, qui signifie moins de qualité et de rigueur. Fast-track, Fast-Food, ou Fast-talk (parler sans conviction pour convaincre) renvoient tous à l’idée de l’impréparation et de l’improvisation pour gagner du temps ou faire face au manque de ressources. Cela dénote de l’informel dans l’action et le manque de maitrise de ce que l’on veut faire.

Les reformes dont nous avons besoin au Sénégal demandent d’avancer avec des pas mesurés surtout pas dans la précipitation ou dans la « Fast-policy-making ». Construisons des choses solides et durables. N’utilisons le Fast-track que quand c’est nécessaire surtout dans les politiques sociales, les politiques d’aides d’urgence, etc. Pour le reste, adoptons le « evidence-based decision-making » et le « measured-risk-taking » plutôt que le Fast-track. Nous avons même entendu une autorité politique utiliser le concept de Fast-track-management. Ce qui n’existe pas. Le « Fast-track management and organizational behavior » plutôt, renvoie à l’idée de former très vite, dans le tas, des Managers pour contrôler les opérations en l’absence de leaders avérés et expérimentés pour sauver les organisations en périls.

Maintenant que le Gouvernement est composé et que les rôles sont définis, je pense qu’on doit sonner la fin de la recréation, mettre fin à la guerre des concepts et convoquer les acteurs au travail car le chemin à courir est encore long, le manque d’infrastructures criard, le chômage des jeunes est immense, et les reformes nécessitent du courage et surtout de l’expertise, sans compter la nécessite de l’adhésion et du support des populations qui en sont les bénéficiaires ultimes. La politique politicienne et la guerre des concepts ne peuvent développer un pays.

Dr. Abdourahmane BA

Citoyen Sénégalais, libre penseur

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