Blog de Cheikh Yerim Seck

Les «dosettes» tuent 4 jeunes aux HLM: JAMRA avait pourtant alerté depuis juin 2011

Quand les médias rapportent qu’un drame poignant, à l’actif de la terrible dosette alcoolisée, dénommée «Jakarta», vient de s’abattre sur la commune des HLM, en faisant quatre (4) morts, des adolescents à la fleur de l’âge, c’est naturellement le cœur en peine que l’on constate que l’histoire a, malheureusement, donné raison à l’alerte que JAMRA, «qui a l’art de tout gonfler», avait lancée depuis le mois de juin 2011, sur les dangers de cette démocratisation à outrance de l’accès aux boissons alcoolisées, aujourd’hui accessibles pour la modique somme de 100 fcfa ! Classés «Quartier rouge» par les services de sécurité urbaine, les HLM, très affectés par le fléau de la délinquance juvénile, sont d’autant plus exposés que les débits de boissons alcoolisées y poussent comme des champignons, au point de tenir la dragée haute à des quartiers voisins, comme Niary-Tally et Castor. Sans toutefois arrivés à la cheville au populeux quartier de Grand-Yoff, qui trône toujours au sommet du podium, avec pas moins de 400 bars !

Dans une déclaration remise à la Presse, le 14 février 2011, le Bureau Exécutif de l’ONG Islamique JAMRA dénonçait la commercialisation, aux abords des écoles, de cette nouvelle liqueur, qui s’avéra porteuse d’une forte teneur en alcool. Trois mois plus tard, JAMRA se réjouissait que sa légitime préoccupation ait eu un écho favorable auprès du vice-président de l’Assemblée nationale, le député Iba Der Thiam qui, à travers une «question d’actualité», en date du 7 mai 2011, a interpellé le Gouvernement, relativement à la vente libre, au détail, de ces sachets alcoolisés, accessible à tous âges.
En «gadgétisant» les emballages de ce breuvage, l’intention commerciale est manifestement d’exploiter sans scrupule la naïveté des enfants, contournant ainsi aisément les alertes préventives que les éducateurs n’ont de cesse de prodiguer à ces frêles esprits, pour leur fortification morale. Ces nouvelles dosettes de boissons au contenu douteux, mais dont le trait commun est d’empester l’alcool, connues sous les labels de «Salañ-Salañ» et «Namp-bi», avaient ainsi, dès 2011, acquis leurs lettres de noblesse, auprès d’une jeunesse dont ces marchands de mirages semblent avoir pris le parti de détruire systématiquement ses repères.
Cette nouvelle liqueur, savamment manufacturée, avait ainsi réussi, insidieusement, à s’établir dans le marché, sans éveiller le moindre soupçon, neuf mois seulement après son lancement. Poursuivant ses investigations, JAMRA réussit à démontrer comment le mercantilisme de certains industriels, exclusivement préoccupés à se remplir les poches, détruisent nos enfants et nuisent à la santé public. En effet, on avait longtemps subodoré que ces dosettes alcoolisées, accessibles à tous, au prix modiques de 100 frs, étaient importées. Après quatre mois d’investigation, la conviction de JAMRA était définitivement acquise que c’était ici, au Sénégal, précisément à Rufisque que ces breuvages étaient conditionnés. JAMRA avait même invité les autorités compétentes à se promener au premier quartier situé à l’entrée de Rufisque (à droite, en revenant de Thiès, après l’usine Sococim), précisément à Colobane 2 Sud. C’est là qu’effectivement opéraient les exploitants véreux de ces sachets d’alcool. Qui, curieusement, disposaient d’une autorisation en bonne et due forme, dont il nous revint que ni le Préfet, ni le Maire n’étaient impliqués dans la délivrance de ce sésame. Alors, question à mille dosettes : qui protégeait le fabriquant de ce maudit breuvage, qui poursuivait allégrement ses activités destructrices, au vu et au su de tous ?
Les populations de Rufisque prirent le relais de ce légitime combat. Coordonnée par le brave Imam de cette localité, Abdou Aziz Ndoye, cette levée de bouclier devait avoir raison de la distillerie, qui ferma ses portes, sur injonction des autorités étatiques. Mais c’était apparemment un recul stratégique pour mieux sauter ! Car la célèbre dosette alcoolisée, popularisée sous le nom de «Namp-bi», à Rufisque, refit «miraculeusement» son apparition, trois mois plus tard, simultanément à Thiès et à Louga, respectivement sous les nouveaux labels de «Salañ-Salañ» et «Jakarta». Ainsi, se poursuivait ce jeu de cache-cache avec ces «whisky du pauvre», devenus de véritables fléaux sociaux, causant de sérieux ravages au niveau des couches vulnérables, tout en constituant une réelle préoccupation pour la Santé et la Sécurité publiques.
JAMRA et MBAÑ GACCE apprécièrent à sa juste valeur l’acte de salubrité publique que posa alors le Gouvernement, à travers l’Arrêté ministériel n°018757 du 18 septembre 2015, portant interdiction de la fabrication, de l’importation et de la vente, sur toute l’étendue du territoire national, de tout breuvage comportant plus 18 degrés d’alcool et au contenant inférieur à 50 cl. La mesure était d’autant plus salutaire que l’Arrêté ministériel avait un effet rétroactif, déjouant ainsi le «Plan B» des distilleries, qui avaient manœuvré ferme pour qu’une dérogation de deux mois leur fût concédée, afin de «leur permettre pouvoir écouler leur restant de stock» ! Mais l’Etat resta ferme sur sa position.
Alors que les éducateurs, pères et mères de familles, venaient à peine de se remettre de ce cauchemar, que leur avaient fait endurer «Namp-bi» et «Salañ-Salañ», voilà que les médias révèlent cette semaine qu’une nouvelle dosette, baptisée «Jakarta», fait des ravages alarmants dans les quartiers populaires, au point d’avoir causé la mort de quatre adolescents, pendant qu’une demi-douzaine d’autres gamins, accros’, seraient «sursitaires». Les vendeurs-détaillants, pour mieux appâter leurs victimes, n’hésitent pas, profitant du sens critique fragile de leurs jeunes victimes, à venter intelligemment, les «mérites» de ces dosettes alcoolisées, en soutenant sans vergogne, sous le regard candide des écoliers, que «mbir mi dafay lééral xél» (ça vous éclaircie les idées) !
En ciblant cette tranche d’âge précise pour leur marketing, les promoteurs véreux de ce maudit breuvage visent un objectif sans équivoque : conditionner dès le bas âge de futurs ivrognes et fidéliser par anticipation une clientèle qui viendra peupler les débits infects de «l’eau de feu». Ayant à son actif des millions de victimes de cirrhose du foie, le fléau de l’alcoolisme, qui est une des préoccupations majeures de l’Organisation mondiale de la santé (Oms), en tant que facteur important de l’absentéisme au travail, des accidents de la circulation et de la criminalité, continue de déstabiliser les ménages, en produisant sous divers cieux de nombreux impotents, qui coûtent des fortunes au contribuable, et sapent les plus vaillantes initiatives de développement économique et social.

Dakar, le 18 avril 2019
Les Bureaux Exécutifs de
JAMRA & Mbañ Gacce
ongjamra@hotmail.com

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