Blog de Cheikh Yerim Seck

Lettre de vacances au président Macky Sall: jamais une élection n’a été aussi indécise

Jamais dans le processus d’une présidentielle au Sénégal, une élection n’a été aussi indécise. En 2000, c’était visible pour les observateurs avertis, que le PS et Abdou Diouf allaient trépasser. En 2007, ce fut on ne peut plus lisible que le PDS et Abdoulaye Wade, allaient remporter la présidentielle et obtenir un second mandat. En 2012, c’était perceptible que le PDS et Wade allaient perdre le pouvoir, quoiqu’ils aient pu faire et à n’importe quel prix pour lequel le Peuple était prêt en à payer. En 2019, rien n’est moins sûr pour vous et l’APR, d’obtenir un second mandat avec la cerise du gâteau d’un premier tour, et en même temps et sous le même rapport, on ne sait pas vraiment qui va  »venir », pour qui le vent sera favorable comme votre principal challenger. Si toutefois, une élection présidentielle aura lieu en février 2019…

 

En Politique, tout le talent et tout l’art d’un Décideur au plus haut niveau, c’est de savoir sentir et flairer ses signaux faibles et de bien analyser et décrypter ses temps forts. Sentir et flairer ses signaux faibles pour anticiper et faire de la stratégie sur la stratégie. Analyser et décrypter ses temps forts pour consolider et  »accélérer sa cadence ».





Monsieur le Président, en direction des couches vulnérables du monde rural et du monde urbain, vous avez apporté la riposte attendue, en termes d’économie distributive (Bourse familiale, Pudc, Puma, Transport et Mobilité urbaine, Energie, Maitrise de l’inflation, etc.). Sur le plan du reclassement économique du Sénégal, vous avez jeté les bases de sa mutation dont les résultats positifs seront davantage perceptibles dans les années à venir.

 

Monsieur le Président, un bilan de gouvernement s’apprécie à deux niveaux où vos étiez particulièrement attendu : sur le plan de l’amélioration économique (indicateurs) et sociale (mieux-être) et sur le plan de la gouvernance institutionnelle dont le temps politique en est juste une séquence conjoncturelle.

 

Pour ce qui est de l’amélioration économique et sociale, vos résultats sont encourageants même s’il ya des correctifs à y apporter. Sur le plan de la Gouvernance institutionnelle, malgré quelques secousses et zones de turbulences, elle tient bon.

 

Monsieur le Président, c’est au niveau du Temps politique qui est une séquence conjoncturelle de la Gouvernance institutionnelle, que nous souhaiterons attirer votre haute attention. Durant ces six dernières années, vous avez davantage parlé et répondu à votre opposition politique. Et la classe politique est très minoritaire même si elle a une forte unité de bruit médiatique. Par contre, vous avez peu parlé et répondu aux citoyens dans leur écrasante majorité,  sur votre promesse de la patrie avant le parti, de gouvernance sobre et vertueuse.

 

Monsieur le Président, après avoir conquis de la plus belle des manières le pouvoir, vous avez plus travaillé à le consolider pendant ces six ans et à le reconquérir en 2019, ne prenant pas la pleine mesure à conquérir, à gagner et à ‘’entrer dans le cœur’’ des Sénégalais, vos concitoyens. Comme Wade l’avait fait entre 2000 et 2007 où en termes de réalisations physiques, il n’avait pas encore fait grand-chose et pourtant il a eu droit à son second mandat. Quand en 2012, malgré que Wade en avait fait assez en termes de réalisations physiques et d’économie distributive, il a pourtant perdu le pouvoir parce que dans l’intervalle, Wade était ‘’sorti dans le cœur’’ des Sénégalais, de ses concitoyens, pour avoir tenté un passage en force sous fond de  »dévolution monarchique ».

 

Monsieur le Président, entrer ‘’dans le cœur’’ des sénégalais, ce n’est pas leur distribuer ou leur donner de l’argent à tour de bras. D’ailleurs, ce n’est même pas votre style et les Sénégalais ne vous attendent pas sur ce terrain, surtout que dans la société sénégalaise, l’argent n’est pas une fin en soi, il est seulement un moyen et un canal de communication.

 

Président, ‘’entrer dans le cœur’’ des Sénégalais, c’est essayer tant bien que mal, de rester fidèle, autant que faire se peut, d’avec les fondamentaux de votre programme de campagne sur lequel les Sénégalais vous ont magnifiquement élu. Même si la gestion du pouvoir politique d’Etat est complexe, car, faire de la campagne électorale, c’est faire de la poésie mais gouverner, c’est faire de la prose.

 

Monsieur le Président, en six ans, en termes d’initiatives prises, d’actions menées, de réalisations faites et d’impacts ressentis, votre bilan est accrocheur,  appétissant et vivant. En 2014, nous attirions déjà votre attention, par ce même parallélisme des formes, que   »demain », votre principal adversaire sur la route d’un second mandat, ce sera vous-même et pas votre opposition radicale. Et si par inadvertance il vous arrivait de jouer contre vous-même, cela profitera à un inconnu des bataillons politiques classiques ou à un leader politique constant dans sa démarche et ses prises de position, qui va surgir de nulle part et comme une tempête, risque de vous emporter. L’APR avec. A moins que vous ne soyez poignardé au dos…





Monsieur le Président, la marque distinctive de tout Haut Décideur qui fait dans le Management de la Très Haute Performance, est sa capacité à transformer une situation  »désavantageuse » en une opportunité enviable.

 

Monsieur le Président, sans abuser de votre temps sans doute insuffisant, pour autant l’on vous a fait faire une mauvaise lecture stratégique quant à la gestion d’un pouvoir politique d’Etat, pour autant votre entourage (ministres, conseillers, etc…) ne vous ont pas vraiment aidé dans votre charge de Chef d’Etat et votre fonction de Président de la République, préoccupés pour la majeur partie d’entre eux, à  »exister » pour eux-mêmes et à vous isoler de votre base et des Sénégalais qui ne sont pas membres de l’APR mais qui nourrissent une grande sympathie pour vous et qui vous ont toujours souhaité un plein succès. Sur les six ans de votre premier mandat, vous avez été au four et au moulin, dans la conception stratégique, dans la planification stratégique et dans l’exécution stratégique. Et cela fait forcement désordre pour un Président de la République, Chef de l’Etat.

 

Alors, Monsieur le Président, profitez pleinement de vos vacances, tout en méditant sur ce que Serigne Mourtada Mbacke (RTA) faisait souvent dans sa gestion des Hommes et des Situations.

 

Siré SY

 

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