Lettre Ouverte au Procureur de la République (Par Malang Fadera, citoyen sénégalais)

Monsieur le procureur de la République, un devoir citoyen m’exige d’exprimer ma déception et ma
frustration suite à votre point de presse de ce mercredi 12 Juin 2019 dont les gens attendaient une
fermeté, impassibilité et la volonté d’éclairer la lanterne des sénégalais sur une question qui engage
la vie d’une nation.
C’est quoi cette comédie ?
Sur vos propos linéaires, vous avez évoqué trois dossiers qui intéressent tous les sénégalais.
Il s’agit de l’affaire Pétrotim, du Coud et de Fallou Sène.
Mais que faire du rapport de l’IGF (Inspection Générale des Finances) sur les 29 milliards du
PRODAC ?
Que faire des rapports qui ont épinglé Siré Dia de la Poste et Cheikh Kanté du Port autonome de
Dakar ?
Que faire des rapports de l’ARMP sur les marchés gré à gré relativement au code des marchés
publics ?
Que faire des rapports de la cour des comptes qui ont épinglé des dignitaires du régime ?
Loin de négliger et de prendre à la légère le dossier Fallou Sène, mais l’évocation de cette affaire n’a
d’autre but que de nous détourner du débat pétrolier.
Rien d’extraordinaire n’existe sur une infraction commis par un militaire.
En fait, les infractions militaires sont définies et sanctionnées par le code de justice militaire qui
incrimine certains comportements particuliers. Les militaires qui commettent des infractions de droit
commun sont jugés comme les particuliers ; si c’est dans l’exercice de leur mission, comme vous
l’avez évoqué Monsieur le Procureur, ces infractions sont qualifiées d’infractions mixes et donc
assimilées aux infractions militaires.
Monsieur le Procureur, vous n’avez manifesté aucune volonté de ce dossier depuis le 19 mai 2018
malgré de nombreuses manifestations d’étudiants de l’UGB. Et depuis cette date, vous n’avez reçu
l’ordre de poursuites que quand le débat sur le pétrole alimente tous les citoyens.
Ah mais, non, Monsieur le Procureur de la République, je vous prie de respecter l’intelligence des
sénégalais.

Monsieur le Procureur, qu’est-ce qui vous empêche depuis des années de vous autosaisir sur le
dossier Sahel aviation, une compagnie aérienne attribuée à Aliou Sall ?
Qu’est-ce qui vous empêche de vous autosaisir sur le dossier Banque de Dakar ?
Monsieur le Procureur de la République, qu’est-ce qui vous empêche de vous autosaisir sur l’affaire
Bictogo avec les Visas biométriques ?
Qu’est-ce qui vous empêche de vous autosaisir sur l’affaire Arcelor Mittal qui s’évalue à des
milliards ?
Monsieur le Procureur, qu’est-ce qui vous empêche de vous autosaisir sur la réfection du building
administratif que les gens soupçonnent de surfacturation ?
Qu’est-ce qui vous empêche de vous autosaisir sur l’affaire du TER dont on a vécu des révélations de
taille d’un député au parlement ?
Et même sur ce dossier pétrolier, vous avez attendu être saisi par le Ministre de la justice pour
enclencher ce feuilleton judiciaire qui ne donne aucun espoir par rapport aux résultats attendus.
Comment puis-je vous faire confiance alors que je me rappelle encore de vos menaces et celles de
Boune Dionne d’emprisonner tous ceux qui se permettront de parler du pétrole.
Comment puis-je vous faire confiance alors que tous vos actes concrets vont dans le sens de mettre à
l’aise Macky Sall ?
Comment puis-je vous faire confiance en sachant que vous faites bien et très vite votre travail si Buur
Fatick souhaite que le dossier soit diligenté ?
Le cas Khalifa Ababacar Sall est une preuve vivante de cette affirmation.
Dans ce même alignement, dois-je vous faire confiance avec cette volonté de tailler sur mesure tout
ce que Macky souhaite en tenant compte de sa déclaration malheureuse et indigne d’un Chef d’Etat
le jour de la Korité et celle du Ministre de la justice qui est votre patron ?
Monsieur le Procureur de la République, votre appel aux témoignages volontaires donne les
prémisses d’une enquête théâtrale. Votre démarche est tout sauf sérieuse.
Et nous avons suivi Me Moussa Sarr souligné que c’est sa première fois dans sa carrière d’avocat qu’il
a entendu parler d’appel à témoins.
Monsieur le Procureur de la République, inutile de menacer le peuple avec l’article 223 du code
pénal sur la publication du rapport de l’IGE qui ne doit être rendu public qu’après décalcification ?
Au contraire, nous attendons de vous d’aller jusqu’au bout sur le décret d’approbation signé par
Macky Sall alors que le rapport prônait l’annulation du contrat signé.
Monsieur le Procureur de la République, la justice sénégalaise traverse l’un de ses pires moments
depuis l’indépendance, une belle occasion se présente pour soigner cette cicatrice citoyenne sur leur
justice qui symbolise la balance.
Monsieur le Procureur, lavez l’honneur de cette justice en perte de crédibilité sur le plan national et
international.
Monsieur le Procureur, lavez l’honneur de cette justice que les sénégalais assignent une fonction
ludique, comique et théâtrale.

Monsieur le Procureur, écoutez la voix du peuple qui réclame désespérément justice sur ce dossier.
Ecoutez la voix grinçante de votre jeunesse qui voit en ces ressources naturelles une solution contre
l’émigration clandestine qui enregistre des morts dans le désert et dans la méditerranée.
Ecoutez votre jeunesse qui voit en ces ressources naturelles la solution contre le chômage des
200.000 jeunes diplômés que le Sénégal produit chaque année.
Ecoutez la voix de votre peuple qui voit en ces ressources une solution à l’éducation et à la santé.
Monsieur le Procureur, mes larmes citoyennes sur nos ressources naturelles ne trouveront
consolation que derrière une justice responsable, impartiale, équitable et indépendante.

Malang FADERA, Citoyen sénégalais

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