Blog de Cheikh Yerim Seck

L’homme social, phobie de l’homme politique

YERIMPOST.COM Il est terminé, le temps où les Sénégalais dédaignaient participer activement à la vie politique, et laissaient le soin à des hommes et des femmes qui en avaient fait vœu et profession de mettre notre Sénégal sur les rails du développement. D’années en années, de décennies en décennies, lassés de ne voir rien de vraiment réjouissant survenir, et ayant tiré leçon de l’adage qui veut que « si pour toi, la politique est comme un bâton que tu laisses traîner par terre avec dédain, alors ne te plains pas qu’un fou s’en saisisse et te bastonne avec », les citoyens de notre pays se piquent à présent de donner leurs avis et de poser des actes citoyens, en écrivant, en s’associant, en se documentant, en voyageant, et en étant tout simplement plus exigeants sur ce qu’ils attendent des politiciens professionnels et notamment de celui qu’ils ont élu en 2012.




Le 23 juin 2011 est passé par ici et, comme le petit furet, il repassera par là. Si Abdoulaye Wade en a fait l’amère expérience, du haut de sa prétention à vouloir abuser du pouvoir et à croire qu’il pouvait impunément insulter l’intelligence des Sénégalais, cela devrait en réveiller plus d’un, de ces politiciens qui ont fait dogme de la « pensée unique » et vouent aux gémonies toute personne émettant une idée qui s’en démarquerait.

A lire les réactions de ceux qu’on appelle les « fédayins » du pouvoir APR, lorsque des esprits expriment d’autres idées que celles de leur chef, même parfois lorsqu’elles s’en avoisinent, on peut penser que les « hommes politiques » se mettent à craindre le nouvel « homme social », celui qui pense par lui-même, argumente et exige plus d’eux, notamment plus d’égards et de respect. On intimide le chroniqueur Pape Alé Niang parce que ce dernier n’a jamais oublié que dans le mot « impertinence » il y a « pertinence », et que, dans toute société qui avait tendance à s’endormir, un peu de poil à gratter était nécessaire à répandre sur des corps constitués avachis dans l’aisance. Tout dernièrement, Me Alioune Badara Cissé a taclé le gouvernement et appelé le régime en place à mettre tout en oeuvre pour que les Sénégalais ne puissent pas revivre la situation des dernières élections législatives qui, selon lui, est tout simplement inadmissible. le Médiateur de la République, en relevant les dysfonctionnements de l’administration qui portent atteinte aux droits des administrés lors de cette conférence, était dans son rôle de défenseur des droits des citoyens au sens des articles 1, 2 et 9 de la loi de 1999.

Son indépendance est justifiée par le fait qu’il ne peut être d’aucun bord. Il a reçu une volée de bois vert de la part du griot du chef de l’Etat, Farba Ngom, appelant ce dernier à s’en séparer et à le démettre de ses fonctions. On peut se demander pourquoi, sous nos latitudes, les « fous de nos Rois » s’appellent toujours Farba… C’est juste une question…

Les contributions de citoyens penseurs et écrivains, dans la presse et dans les réseaux sociaux surtout, sont traquées par des hordes d’affidés politiques, vociférant d’intolérance à leur endroit, et leurs auteurs toujours taxés de mécontents, jaloux voire de traîtres à la nation. Pas moins que ça…

Les politiques sont énervés par les hommes sociaux et tout bêtement les citoyens qui, selon eux, devraient s’incliner, que dis-je se prosterner devant le génie créateur de leur chef de file. Et, quand l’opposition manifeste, et que la police bombarde de lacrymogènes une école, ceux qui l’ont vécu se voient accuser de procès en sorcellerie par les valets de la Cour du Roi, la seule vérité qui vaille étant celle sortie du Palais de la République. On a la triste impression que ce pouvoir en est là où celui de Wade en était à 6 mois de sa fin. C’en est presque tragique, au nom des espoirs qui étaient nés justement de ce « 23 Juin » devenu tellement symbolique et historique pour le nouvel homme social, celui qui ne crie pas forcément avec les loups, mais dit ses rêves et exige que l’on mette en perspective son meilleur-être. Il convient de se méfier des tremblements de terre, mais il peut y avoir plus violent… Ce sont les tremblements… d’hommes.




Et, pour paraphraser mon collègue Babacar Justin Ndiaye, je transmettrai au pouvoir  ses mots lorsqu’il écrit: « La plus cruelle manifestation de désapprobation d’un peuple, c’est son absence des rues. Qu’il siffle mais qu‘il vienne ! ». Cette leçon de Marcel Achard enseigne que le peuple, barricadé silencieusement dans les maisons et les salons, est terriblement plus à craindre que les grappes de manifestants marchant et hurlant pacifiquement leurs griefs. Dommage qu’un gouvernement de nains politiques ne soit pas en mesure de se hisser à une telle altitude de lucidité stratégique et de clairvoyance politique, pour le comprendre et aviser en conséquence !

Mais, pour nombreux d’entre eux, il est urgent d’attendre… un nouveau 23 Juin. On se souvient de ce qu’il était advenu ce jour-là de l’autre Farba.

Jean Pierre Corréa

 

 

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Depuis

° Top
YerimPost

GRATUIT
VOIR