Blog de Cheikh Yerim Seck

M. le juge Dème, l’échec de votre candidature conforte mon édito du 08 mai 2018

YERIMPOST.COM Le 8 mai 2018, quelques jours après l’entrée en politique du juge Dème, j’écrivais l’édito qui suit… L’échec de sa candidature à la présidentielle me donne raison… CYS

 

M. le juge Ibrahima Hamidou Dème, votre entrée en politique est une mauvaise option

YERIMPOST.COM Monsieur Ibrahima Hamidou Dème, le 26 mars 2018, vous démissionniez de la magistrature par une lettre qui fera date dans les annales glorieuses de la République. Un an plus tôt, vous quittiez la position enviable de membre du Conseil supérieur de la magistrature. Toutes les deux fois, les raisons que vous avez évoquées à l’appui de vos décisions ont frappé l’opinion publique par leur pertinence et leur dignité.

Mais, dès que vous avez ôté votre robe de juge, vous avez aussitôt annoncé votre volonté d’arborer à la place le manteau de politicien. Et, ce 5 mai à Thiès, avec tambours et trompettes, vous avez franchi le Rubicon pour pénétrer dans l’arène politique à la tête d’un mouvement. Je pense que vous avez pris la plus mauvaise des options qui s’offraient à vous. Vous auriez pu ouvrir une école de formation aux principes de la République, créer une association de défense des institutions, ouvrir un cabinet de consultation en droit ou sur les questions judiciaires, devenir un avocat défenseur de la liberté des juges…

Vous avez décidé d’entrer dans le segment de notre vie publique le plus brutal, le plus corrupteur, le plus pervers… Le précédent Ousmane Sonko, passé d’inspecteur des impôts à opposant crédible, n’est pas pertinent comme exemple pour vous. Sonko était dans l’anti-chambre de la politique pendant plus d’une décennie à la tête du syndicat des fonctionnaires des Impôts. Il a eu le temps de prendre des coups, d’en donner, de s’aguerrir, d’assimiler les codes d’un monde à part… Inspecteur des Impôts, il a appris à la tête de son parti et fait face au pouvoir des années avant d’être radié de la Fonction publique. La transition s’est donc naturellement opérée pour lui.

Quant à vous, Ibrahima Hamidou Dème, vous tombez comme un novice dans ce jeu de massacres. Vous avez le cuir tendre. Vous risquez de finir dans l’estomac des crocodiles du marigot politique sénégalais. Ils vont vous attaquer, vous déstabiliser, vous étriller, vous décrédibiliser, vous dévorer… Et je crains que vous n’ayez pas les moyens des ambitions de changement que vous portez pour le pays. Eux ont des appareils, de l’argent volé des caisses de l’Etat ou tiré de circuits louches, des apparatchiks experts en coups tordus, des mercenaires qui mobilisent pour eux contre avantages en nature et en espèces… Vous, vous n’avez rien de tout cela. Eux ont un discours fondé sur la manipulation et le mensonge. Vous, dans la droiture du juge imbu de principes, vous ne devez pas pouvoir faire dans ce registre.

Et, si vous vous présentez à la future élection présidentielle, je crains que vous ayez un score minuscule du type de celui qui a humilié et définitivement rayé des personnalités inconnues au bataillon qui par le passé ont cru pouvoir mener la mère des batailles politiques.

Or, votre pedigree personnel aurait pu servir notre démocratie comme force symbolique ou comme contributeur à la masse critique. Et, on ne le dira jamais assez, ce n’est pas que dans la politique que l’on peut être utile. Vigie de la République, sentinelle de la démocratie, puissance d’alerte… sont des rôles plus précieux et plus prestigieux que bien des positions politiques.

Cheikh Yérim Seck








13 Comments

  1. Nous avons les dirigeants que nous méritons et le Sénégal actuel ne mérite hélas pas Ibrahima Hamidou Dème. Mais lui, il aura eu le mérite de faire partie de ce trio ou quatuor de démissionnaires « bien sous tous rapports » qui a amplifié le signal du malaise existant dans le Système. Perde une bataille, ne signifie pas perdre la guerre. A suivre ?

  2. Vous n’avez pas tord; mais cela lui fait une expérience en plus qui va davantage le bonifier. C’est quelqu’un de bien avec des principes et des convictions, qui peut jouer un rôle primordial pour son pays. Nous vous encourageons juge Dème! Demain il fera jour.

  3. Réponse à monsieur Cheikh Yerim SECK
    Dans votre article intitulé : monsieur le juge Ibrahima Hamidou DEME, votre entrée en politique est une mauvaise chose.
    Je suis vraiment surpris par la légèreté de votre réflexion. L’analyse de votre texte me pousse à nourrir des inquiétudes quant à l’avenir de notre cher pays. En substance, vous dites que la politique n’est pas l’affaire des hommes intègres et que les sénégalais doivent être dirigés que par des hommes dont la moralité côtoie les ténèbres de la trahison, de la lâcheté et de la traitrise.
    Quant aux coups tordus le juge Ibrahima Deme en a reçu en tant que magistrat, il en recevra dans la scène politique mais il n’en donnera pas parce qu’il a choisi la manière la plus noble, la plus vertueuse et la plus intelligente de s’engager en politique
    Monsieur Ibrahima DEME n’est pas novice dans le combat syndical comme vous le dites.
    La carrière de monsieur Ibrahima DEME a commencé par le greffe. Métier dans lequel il s’est toujours battu pour l’amélioration des conditions de travail de ses collègues. C’est le même combat qu’il a mené dans la magistrature pour l’indépendance de la justice.
    La conviction de monsieur Ibrahima Hamidou DEME épouse parfaitement celle de Simone De BEAUVOIR quand elle disait que « réconcilier morale et politique, c’est donc réconcilier l’homme avec lui-même .C’est affirmer qu’à chaque instant il peut s’assumer totalement ».
    Rassurer vous monsieur SECK, monsieur Ibrahima DEME a un travail en dehors de la politique, il ne s’est engagé que pour servir son pays mais cette fois ci au niveau décisionnel.
    Nous avons décidé de soutenir monsieur Ibrahima DEME parque que notre intime conviction est que le Sénégal mérite des changements sur tous les plans et il fait partie des sénégalais qui ont osé dire non à chaque fois que la situation l’imposait.
    Les sénégalais auront le choix entre le changement des mœurs politiques et la continuation de la règne de l’impunité choisie, de la dilapidation de nos ressources et de la mauvaise gouvernance à tous les niveaux parce que qu’en dernier lieu ,seul le peuple est souverain.

  4. On peux tout reprocher à monsieur Deme sauf son courage, son patriotisme et son sens élevé d’engagement aux coté du peuple sénégalais. C’est son choix. C’est pourquoi d’autres qui ont choisi de se remplir les poches ne peuvent pas comprendre sa position.

  5. Je persiste à croire que la politique ne doit pas être un moyen d’enrichissement, un instrument de vengeance, ou un facteur de division. De plus en plus, des hommes conscients commencent à comprendre que la gestion de la nation, de la cité, peut se faire avec honneur et dignité. Avant d’être un tsunami, ce mouvement est amorcé par des hommes comme le juge Deme Ibrahima. Ce changement tant espéré se présentera un jour à nos portes, n’en doutez pas.

  6. Vous avec raison CYS . Nous avons besoin de lui comme defenseur des institutions.
    Tous mes encouragements juge DEME mais nous avons besoin de vous ailleurs que dans un parti politique

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