Maux de l’enseignement sénégalais: symptômes et solutions

S’il est l’objet d’un consensus que nos pays ne se développeront qu’avec des
ressources humaines de qualité, conscientes des enjeux, et ceci matérialisé par une
grande part du budget national destinée à l’éducation. Il est aussi une concordance que
des réformes ou rectifications sont idoines à la mise à niveau du système d’enseignement
scolaire et universitaire sénégalais qui va de mal en pie. En effet, l’enseignement
insoutenable ? Est une question quotidienne : entre grèves pécuniaires des enseignants et
des enseignés, le surnombre, les niveaux à la baisse invitant à une révision-
rationalisation des programmes et de la durée sur tout le cursus avec une prise en
compte de la culture locale et générale, mais des débouchés…

Selon l’audit de l’état du système d’enseignement sénégalais, il ressort : une baisse de
niveau, des effectifs pléthoriques, une charge de matières à rationaliser et adapter, un savoir
vivre et éducation civique en perte de vitesse, une baisse de niveau des enseignants avec un
système de recrutement politisé (surtout sous Wade avec le fameux quota sécuritaire)…d’où
une perpétuation de la médiocrité par les élèves devenus maitres, des grèves pécuniaires et
défaut d’inspection surtout en zone rurale d’où un laisser aller chez certains dénoncés par des
villageois, entrée en vigueur tardive et subjective de l’avancement des enseignants selon des
critères à revoir, avec la massification, environnement et salubrité délétères des
infrastructures scolaires surtout au niveau des toilettes publiques, rejet de l’enseignement
public pour le privé malgré que leurs enseignants ont des formations similaires mettant
l’accent sur un défaut de management et de sérieux d’où la récente prise en main de la France
de l’école franco-sénégalaise avec exclusion d’enseignants fréquemment grévistes, non
respect ou respect tardif des engagements de l’Etat lors des négociations, gourmandise des
enseignants malgré une revalorisation des salaires sous Wade et des indemnités par la suite,
programme et cursus à réviser car généralisation excessive et possibilité de gain de temps

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allant de 1 à 2 ans car comme disait le Pr Cheikh Anta Diop : «la jeunesse africaine doit être
impatiente» (ce gain de temps pouvant être reversé notamment en classes préparatoires
scientifiques pour l’université) d’où en perspective plus et mieux de spécialisation et de
filières scientifiques, l’expérience ayant montré que la mémorisation des leçons a des
retombées non durables mieux vaut une pédagogie didactique en culture générale par la
lecture : un cahier de culture générale et locale pour lecture dirigée en classe et à domicile à la
place d’un excès de mémorisation aveugle et sans lendemain (avec des prises d’exemple,
travaux dirigés d’où un cahier ou livre de culture générale pour lecture ainsi beaucoup de
leçons seront remplacées par des exercices pouvant être ludiques et aiguisant l’intelligence
chez les plus jeunes), l’enseignement-remplissage de l’arabe ostentatoire en classe primaire
remplacé par un enseignement de la morale et des pratiques religieuses selon les religions des
apprenants et ici la mémorisation se justifiera car durable par révision pieuse des versets et
préceptes tout au long de sa vie religieuse (christianisme ou islamique) et les cours de
quartiers et à domicile prenant en charge l’enseignement de la langue arabe mais aussi arrivés
aux niveaux supérieurs (collèges et lycées). A ces maux de notre système d’enseignement à
remédier, il faudrait ajouter des innovations pour arriver à la performance voulue par la
généralisation des travaux à domicile dirigés par les tuteurs mais suivis et corrigés en classe
visant notamment à équilibrer la proportion des littéraires par rapport aux scientifiques, le
retour du cahier artistique fait de dessins, récitations, et chants pour détecter précocement les
talents et vocation, l’institutionnalisation du sport et de la gymnastique hebdomadaire dés le
primaire, érection d’un corps d’enseignement dans l’armée comme c’est le cas du corps
médical pour servir dans les zones enclavées comme le stipule la devise armée-nation
-au niveau du moyen, les collèges, là aussi un an pourrait être gagné à ajouter à l’année à
gagner en primaire en assainissant les programmes trop généralistes et souvent sans
lendemain, ainsi entre l’élémentaire et le moyen deux ans seraient gagnées à reverser pour
certains en classe préparatoire post bac pour booster notamment les filières scientifiques et
d’ingénierie au moment où on parle d’environ 75°/° de littéraires quant aux candidats au bac
sénégalais. Aussi, au niveau du moyen-secondaire l’accent pourrait être mis davantage sur les
travaux de recherche à corriger et exposer en classe car l’expérience a montré que ces
exercices permettent une meilleure rétention de l’information et sont un moyen inégalable de
se cultiver et de préparer le cursus universitaire. Dans ce registre de rationalisation des
programmes et cursus, un camarade de classe me disait avoir connu des bacheliers français
qui ne connaissaient pas des courants littéraires que nous étudions et issus de chez eux comme
le parnassien, le naturalisme, le surréalisme…Donc nous autres, loin de vouloir les éradiquer
mais l’information sur ces courants littéraires pourrait passer par une petite introduction de
l’enseignant et des recherches d’approfondissement des élèves, méthode plus bénéfique et
durable que le couper-coller suivi de mémorisation aveugle qui est notre quotidien. Aussi, la
mondialisation exige un bilinguisme institutionnalisé avec un suivi continu des langues
vivantes enseignées dés le collège jusqu’à la fin du cursus universitaire.
-Dés le lycée selon les spécialisations ont peut débuter le parcours en tronc commun (dans de
grandes salles) et cours de spécialisation (en nombre restreint ou travaux dirigés s’il le faut
avec des assistants à l’enseignant principal). Cette dernière option ne sera pas pour creuser le

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déficit d’enseignants, au contraire, il s’agira d’une restructuration-rationalisation des effectifs
et prestations pour une meilleure spécialisation, une correction des effectifs pléthoriques en
lettres, sans négliger la culture générale par des séances de lecture, d’exposé, de travaux à
domicile et dirigés en salle. Dans cette quête de réalisme, le programme fleuve au
baccalauréat dans certaines matières comme l’histoire et la géographie devrait être revu par
une nette distinction de la documentation à mettre à disposition dés le début d’année pour
lecture et recherche par les élèves de la part de cours à mémoriser, ce trop plein servira de
culture générale au lieu de finir aux poubelles par une mise à disposition en fin d’année du fait
d’un arbitrage prioritaire quand on sait que les élèves composent au bac le plus souvent sur les
premières parties des programmes.
-arrivé au niveau universitaire, à 18 ans au lieu de 20 ans avec les deux ans gagnés entre
l’élémentaire et le collège, surtout ceux orientés dans des UFR scientifiques, para
scientifiques ou d’ingénierie pourront faire deux ans de prépa (classes préparatoires) cette
mesure aussi permettra de corriger le surplus de littéraires et permettra un équilibre entre
scientifiques et littéraires. Aussi, du vécu universitaire sénégalais, il ressort à travers la plupart
des cursus et niveaux d’étude un vide temporaire en enseignement qui n’est pas comblé par
des recherches mais des grèves et autres villégiatures. De notre expérience à l’université
Gaston berger de St Louis et à notre récent passage dans l’université de Bambey, on a pu
constater que débutés à temps les enseignements peuvent être bouclés en six mois pour
beaucoup de filières et niveaux d’où l’année est et doit être considérée pour ceux-ci comme
semestrielle. En effet, aux Etats unis beaucoup d’offres d’enseignement universitaires sont
semestrielles permettant soit une rotation des effectifs dans l’année ou une vitesse du parcours
en faisant deux niveaux ou deux formations en une année. Cependant, pour nos pays avec des
difficultés d’orientation, d’hébergement des masses en montée de puissance dans nos
universités, une solution palliative pourrait être de tourner la majorité des effectifs surtout
avec un système LMD promouvant la recherche, la mise à disposition d’enseignements sur
des supports connectés et la pratique en stage ou volontariat en entreprises ou aux bénéfices
des communautés d’où l’année pourrait être chez tous rentabilisée à travers notamment six
mois de cours et trois mois de volontariat ou stage alliant ainsi l’enseignement à la pratique,
un gain en performance. Ce remaniement par le temps est d’autant plus pertinent que comme
cité plus haut le Pr Cheikh Anta Diop déclarait que la jeunesse africaine se doit d’être
impatiente. Cette quête de performance ira aussi avec un contrôle et ou pointage des
enseignants du supérieur qui souffrent d’un excès de liberté.
En plus d’une certaine harmonisation du traitement des fonctionnaires, les enseignants
réclament l’application des accords passés qui étaient pourtant qualifiés de réalistes et
réalisables par le gouvernement (Saourou Séne, secrétaire général du SAEMSS, le syndicat
majoritaire dans l’enseignement).Aussi, le quantum horaire de 900 heures annuel n’a jamais
été atteint. Ainsi, selon l’ex ministre de l’éducation kalidou Diallo: « le syndicalisme
enseignant dans l’espace francophone, plus particulièrement au Sénégal très divisé devrait
s’inspirer du système anglophone très unitaire et pas gréviste ». Fait notable, l’Etat a opté
pour prendre en charge un bon nombre de nouveaux bacheliers dans le privé, un sauvetage
instable dont l’un des bénéficiaires, l’étudiant en licence2, Samba BA indexe les tares de la
disposition et propose une kyrielle de mesures correctives : « Certains instituts préfèrent

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recruter des étudiants en licence3 ou en master qui viennent  dispenser des cours, y’en a qui
n’ont pas un grand espace et les salles de classe ne répondent pas aux normes universitaires,
l’Etat doit respecter les délais de versement des frais de scolarité à ces instituts privés afin
qu’ils puissent s’acquitter de leurs charges : location, indemnités du personnel et des
professeurs mais aussi se lier avec des établissements en mesure de faire face à la tension
financière. Il faut également équilibrer le nombre d’étudiants orientés dans les instituts privés,
assurer leur prise en charge médicale, ériger dans le privé des filières porteuses pour
compenser le manque de personnel dans certains secteurs comme la santé, l’élevage et
l’environnement, mais aussi promouvoir des filières agricoles et techniques dans les écoles
privées ». Au niveau de l’université publique, après l'augmentation substantielle décriée des
frais de scolarité même si compréhensible si elle se répercutait comme un plus pour les
étudiants, mais aussi la révision des critères d'attribution des bourses…le malaise persiste.
D’où s’interroge le journaliste de RFI, Le Guen : ‘’Mais de quoi souffre au juste
l'enseignement supérieur au Sénégal?’’ Un autre, l’étudiant Lopy pointe du doigt une inégalité
des chances. Cet état de fait débouche sur des incompétences couronnées avec notamment des
doctorants qui n’ont pas le niveau de leur niveau.
En somme, l’enseignement sénégalais est en perte de vitesse du fait de causes multiples
qui s’enchainent. Malgré les réformes, la crise persiste hypothéquant l’avenir de la nation
d’où la fédération nationale des parents d’élèves du Sénégal fait part de son impuissance à
travers son secrétaire général Dame Seck. Aujourd’hui, s’il est vrai que des moyens
supplémentaires sont nécessaires avec la massification et le modernisme, beaucoup de ces
déconvenues pourraient être solutionnées grâce à un management ingénieux : notamment par
actionnement des facteurs temps, humain, contenu (les cours), contenant (les infrastructures)
comme y invite du reste la récente sortie du secrétaire général du SAES : «nous faisons avec
un déficit d’équipements, d’infrastructures, et de ressources humaines». Et pour ne pas laisser
aggraver la situation par des grèves à tout bout de champ les ponctions sur salaires constituent
un rappel à l’ordre à saluer. Aussi, l’éducation, l’enseignement étant du ressort de l’Etat, cel ci
devrait faire en sorte que l’école, le Daara, les centres de métiers adaptent leurs prestations
aux âges, compétences, exigences du moment et ou visés des enseignés et du pays, seul
argument valable et distinctif, dans les politiques à la jeunesse. La dimension technologie,
une des courses déterminantes de notre époque pris en compte pour pouvoir arguer d’une
compétitivité, d’une émergence. L’école, l’enseignement malgré tous ses déboires ne sont ils
pas restés le maillon indispensable à ‘’l’assumation’’ par l’homme de sa responsabilité
terrestre, à l’humanisme d’où sa bonne santé : trouver des solutions à ses symptômes est une
priorité.
P B Moussa Kane, doctorant UGB en Aménagement-développement rural,
DEA sciences PO, responsable commission scientifique du mouvement
des étudiants panafricains de l’université de St Louis (MEPUS)

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