Blog de Cheikh Yerim Seck

Pétrole: Le Cosmos Sidéral d’un Flou Total

YERIMPOST.COM L’opacité avec laquelle est géré le dossier du contrat devant exploiter nos ressources en gaz et en pétrole est étonnante, voire sidérante. Tout a commencé par un esclandre entre la présidence de la République et le ministre de l’Energie d’alors, Thierno Alassane Sall, dont la démission avait été iconoclaste et nous avait fortement intrigués. Flashback…

Alors que les découvertes au large du Sénégal d’hydrocarbures ont fait tirer aux Sénégalais toutes sortes de plans sur la comète, que la première goutte n’est pas encore sortie même en 3D, et que déjà les polémiques enflent sur qui va en faire quoi et avec qui, que, comme des gens déjà riches, les pontes de notre République se déchirent déjà notre héritage géologique qui gît sous nos pieds. Les puissants, alléchés par cette odeur fétide si agréable à leurs narines exercées, défilent sous nos contrées et font assaut de promesses. Et nous voilà si beaux…

La photo du contrat du siècle est sur le point d’être tirée, scellant notre entrée en fanfare au cœur de l’OPEP, lorsque le ministre de l’Energie donc, qui avait une année durant piloté ce dossier, devant les partenaires venus avec leur dot abondante, face aux divers parapheurs contenant les termes d’un contrat qu’il ne pouvait manquer de connaître, décide de repousser ces parapheurs et de refuser d’en signer les contenus. Macky Sall et son PM ne laissent pas voir leur stupéfaction, virent l’impétrant insolent manu militari du Palais, et du gouvernement par la même occasion, nomment dare-dare le déjà chargé PM ministre de l’Energie, car il faut signer ces contrats quoiqu’il arrive, les hôtes ont bien d’autres chats à fouetter et d’autres derricks à aller percer.

Comme d’habitude, sous nos contrées, une fois retombée l’écume de ce fait inédit, et qu’on ait bien glosé sur les raisons du refus de Thierno Alassane Sall de signer des contrats qu’il avait pourtant eu sous les yeux des semaines durant, les Sénégalais sont passés à autre chose. Pourtant, cette scène est porteuse de bien des interrogations. Quelles sont les clauses qui lui ont semblé inadmissibles à cautionner et à côté desquelles sa signature avait indignité à figurer ? Secret d’Etat dans lequel depuis ce garçon est demeuré enfermé. Par peur ? Par sens de l’Etat ? Par stratégie ? Toutes ces questions concourent à plus encore brouiller les cartes d’un dossier déjà opaque. L’Histoire le dira… un jour… qui sait ?

Pour l’instant, les puits regorgent de petites histoires de polémiques stériles et qui ne renseignent sur rien de qui attend les populations sénégalaises engagées par leurs dirigeants sur des choses et des montants qu’ils sont incapables de leur préciser. Notre sous-sol sera au final prospecté par Total genre Champions League du genre au détriment du Navétanes Cosmos. Pourquoi et sur quelles bases ?

A chaque fois qu’un homme politique, une organisation de la société civile ou un simple citoyen s’est aventuré à poser ces questions, pour considérer que nos gouvernants avaient su protéger ou non nos intérêts nationaux, ils se sont pris une volée de bois vert des fédayins du pouvoir qui n’ont pour la plupart d’entre eux des connaissances en la matière qui n’excèdent pas la couleur de leurs bons d’essence. Pourquoi n’avons-nous pas la dignité d’être informés de la teneur des engagements qui vont nous contraindre sur plusieurs générations ?

Dans toutes les grandes démocraties, et dans bien des pays producteurs, il va de l’intérêt même des gouvernants de divulguer les contrats, parce que, selon un bon sens reconnu, les contrats passés entre les entreprises exploitant les ressources et les gouvernements sont les documents fondamentaux qui énoncent les principales clauses, modalités et conditions régissant les accords conclus dans le cadre de nombreux investissements pétroliers, gaziers et miniers. Les contrats peuvent notamment inclure des informations sur les clauses fiscales, le contenu local, l’impact environnemental, l’infrastructure et le calendrier de production d’un projet – des informations essentielles pour que les citoyens puissent comprendre les obligations auxquelles sont tenus les gouvernements et des investisseurs, en assurer le suivi et en exiger des comptes.

De plus, la divulgation contribue à garantir des approches participatives favorisant le partage des bénéfices. À un niveau plus élémentaire, la divulgation des contrats permet de remédier à la grande méfiance qui règne dans le secteur des ressources naturelles. De plus, elle entretient un climat de coopération entre les parties prenantes profondément investies dans le succès des activités extractives et qui les touchent particulièrement : les gouvernements, les entreprises et les communautés. La divulgation contribue donc à établir des attentes réalistes pour l’ensemble des parties prenantes, permettant en dernier ressort de minimiser la probabilité de conflit. Elle réduit également les possibilités de corruption et de fuite. C’est trop leur demander ?

L’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) encourage la divulgation publique des «contrats et des licences qui énoncent les conditions liées à l’exploitation du pétrole, du gaz et des minerais». Si tout est transparent, pourquoi donc et Total et le Sénégal s’entêtent-ils à ne rien publier des accords qu’ils ont paraphés ? Qu’y a-t-il d’inavouable à ce point ?

On nous enfume avec des «Projets sociaux» aux montants ridicules, mais le plus sombre dans ces contrats a trait à ce qu’ils nomment étrangement le «bonus de signature» dont il est précisé qu’il est «non recouvrable». D’un montant de 2,500 milliards de francs CFA, il ressemble à un vrai dessous de table car le discours officiel est très rodé en la matière. Car si, de droit, le bonus de signature n’existe pas, c’est clair, c’est qu’il est pratiqué en toute illégalité. D’aucuns l’appellent d’un vocable plus simple : «corruption».

Il est souvent évoqué « la malédiction du pétrole ». Jamais aux Etats-Unis. Ou ailleurs où se pratique un contrôle. Toujours la malédiction tombe dans nos pays où une partie des gouvernants s’arroge le droit de tout contrôler et de ne tenir que les proches au courant des enjeux qui plombent leur nation. On en connaît les conséquences. A bon entendeur… Salut…

Jean Pierre Corréa

 

 

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