Blog de Cheikh Yerim Seck

PROPOS DE MERCREDI: Faux-jouer avec le feu

Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un Homme, mon fils. »
Le premier chef de l’Etat du Sénégal, le président Dia, a placé ces vers de l’écrivain anglais Kipling en exergue d’un de ses ouvrages. Cette leçon de foi, de caractère et d’humilité fut une de ses références essentielles. Elle lui a peut-être inspiré, un certain 17 décembre 1962, la posture dont le Sénégal lui sera éternellement redevable. Victime d’une conspiration politique, il préfère perdre le pouvoir et aller en prison, au lieu d’activer la Garde républicaine qui lui restait fidèle. Il s’expliquera le jour de son procès : « je ne voulais pas faire couler le sang sénégalais juste pour garder le pouvoir ».



Son avocat d’alors, le président Wade, a adopté une posture similaire au lendemain des élections violentes de 1988 : « je ne veux pas prendre le pouvoir en marchant sur des cadavres ». Je fais partie des jeunes radicaux de l’époque qui peuvent témoigner de l’engagement ferme de Dia et Wade à bannir toute violence et à inscrire la lutte de l’opposition dans le cadre des méthodes démocratiques. Au nom de ce principe, le président Wade a accepté d’attendre 12 ans avant d’entrer en possession d’un mandat que les Sénégalais ont voulu lui accorder dès 1988.
Cette posture républicaine de nos hauts dirigeants a construit le Sénégal comme un îlot de paix et de stabilité dans un océan ouest-africain en furie. Nous en sommes orphelins aujourd’hui. Et beaucoup ont peur pour nous, à cause du sans-gêne et de la psychorigidité qui dominent au sommet de l’Etat.
A sept mois de la présidentielle, la violence démesurée et l’impunité des forces de sécurité, la déchéance spectaculaire des magistrats, les changements unilatéraux et injustes des normes du processus électoral, … jalonnent un projet de confiscation sanglante du pouvoir qui s’affiche crûment.
Une idée fixe a conquis les esprits marron : « ce serait une humiliation pour un président de n’exercer qu’un seul mandat ». Un tel déshonneur justifie tous les coups tordus contre la souveraineté du peuple et sa liberté de choisir ses dirigeants. Et rend urgent de « montrer aux opposants à qui ils ont affaire ». On en frissonne !
Devant ce péril imminent, les démocrates s’armeront sûrement des leçons des présidents Dia et Wade en refusant l’initiative de la violence. Mais elles seront certainement débordées par des forces rétrogrades si elles oublient que sans la résistance farouche à l’oppression, l’humanité serait retournée depuis longtemps à l’âge de la pierre taillée.
Une vieille sagesse sénégalaise avertit tout responsable : « à l’heure du bilan, ceux qui avaient alerté à haute voix sont meilleurs que ceux qui avaient tout prévu» ; et « la parole pleure quand elle est prononcée trop tôt ou trop tard ».



08/08/2018
Mamadou Bamba NDIAYE
Ancien député
Secrétaire général du Mps/Selal

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