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Les «deux boîtes noires» du hold-up électoral du 24 février 2019

Est-il réellement juste de dire que les urnes ont rendu leur verdict de la présidentielle du 24 Février 2019 ? Ou bien la vérité ne voudrait-elle pas qu’on dise qu’on leur a fait rendre un verdict qui a été décidé de longue date et minutieusement conduit dans toutes ses dimensions ? Notre profonde conviction est que ce verdict traduit un hold-up de la part de ceux qui avaient la charge de la préparation, de l’organisation et de la conduite de l’élection.
En nous inspirant de la méthode de la boite noire en usage dans la pratique de la navigation aérienne, et en l’appliquant au scrutin du 24 Février, nous interrogeons les faits, et les faits seulement, pour établir la verité du 24 Février 2019.
La boite noire, appelée encore enregistreur de vol, est un dispositif installé à l’intérieur de l’avion qui sert à enregistrer toutes les informations de l’appareil en vol, de son décollage à son atterrissage.
En cas d’accident, c’est l’analyse de cet enregistrement qui permet d’en déterminer les causes.
Dans la pratique, il existe deux types de boites noires : les boites enregistreuses phoniques destinées à enregistrer les conversations du Cockpit et celles, dites enregistreuses de paramètres, chargées d’enregistrer les données techniques du vol.
En cas de nécessité, ce sont ces deux boites noires qui sont remises aux autorités chargées de la sécurité aérienne pour effectuer leur examen devant conduire à l’explication des causes de l’accident. En France, c’est le Bureau d’Enquêtes et d’Analyse (BEA) qui s’en charge.
En appliquant cette pratique à notre sujet on peut bien identifier les deux boites noires en la personne du président sortant, candidat à sa propre succession et à son ministre de l’intérieur.
Le président sortant, candidat à sa propre succession incarne la boite phonique et son ministre de l’intérieur celle des paramètres.
Le président sortant, candidat à sa propre succession, a été ministre de l’intérieur, premier ministre et grand manager de la campagne électorale de Abdoulaye Wade en 2007 réélu dés le premier tour. Ces propos qu’il a eu à tenir depuis le début de son mandat présidentiel sont plus que révélateurs de ce qu’il avait comme objectif pour l’échéance du 24 Février 2019 : un second mandat dés le premier tour, comme en 2007.
Sans état d’âme, il prévenait clairement en proclamant :
– « La présidentielle, j’en fais mon affaire »
– « Je ferai tout pour réduire l’opposition à sa plus simple expression »
– « L’opposition doit subir ma politique, que ça plaise ou pas. »
C’est le Président de la République qui parle avec toutes les prérogatives que lui donne la constitution, de surcroit dans le cadre d’un régime présidentiel hypertrophié.
Les dispositions constitutionnelles font qu’il détermine la politique de la Nation, préside le Conseil des Ministres, nomme aux emplois civils, est le Chef suprême des Armées et nomme à tous les emplois militaires et dispose de la force armée, il nomme le Premier Ministre et met fin à ses fonctions, sur proposition de ce dernier nomme les ministres, fixe leurs attributions et met fin à leurs fonctions, peut prononcer par décret la dissolution de l’Assemblée nationale. Il préside aussi le Conseil supérieur de la Magistrature.
A cela s’ajoutent, d’une part, un budget annuel que lui vote l’Assemblée nationale, sous forme de loi de finances, dont celui en cours fait plus de 4000 milliards de francs CFA avec une allocation de 8 milliards à titre de fonds secrets et, d’autre part, un patrimoine foncier, baptisé domaine national, qu’il attribue à la pelle sans justification.
Telles sont les caractéristiques de la première boite noire du processus électoral, incarné par le président sortant, candidat à sa propre succession.
La seconde boite noire sera celui qui à la charge de l’organisation de l’ensemble du processus et qui n’est rien d’autre que le Ministre de l’intérieur, en la personne de Aly Ngouille Ndiaye, membre de l’Alliance pour la République (APR) parti politique du Président candidat, responsable politique de la coalition Benno Bokk Yakaar du département de Linguère, maire de la ville du même nom.
Répondant aux directives de son camarade président sortant candidat – la boite noire phonique -il se charge des paramètres de la deuxième boite noire.
Sur le plateau de l’émission « Cartes sur table » de la chaine 2STV présentée par Pape Alé Niang le dimanche 25 Février 2018, soit à un an du scrutin du 24 Février 2019, il déclare sans ambages : « J’ai la ferme intention de travailler pour que le président Macky Sall gagne au premier tour. Pour cela d’abord, je ferai inscrire tous ceux qui veulent voter pour Macky Sall. Je m’emploierai pour qu’ils récupèrent leurs cartes d’électeurs et je les aiderai à aller voter pour Macky Sall. » C’est clair, limpide comme l’eau de roche. Les mots clés comme ferme intention, travailler, gagner au premier tour, faire inscrire ceux qui veulent voter pour Macky Sall, récupérer les cartes d’électeurs, aider à aller voter pour Macky Sall, sont autant de paramètres qui vont transformer le ministère de l’intérieur en une usine de fabrique de la victoire dés le premier tour pour Macky Sall. Avec les machines que vont lui donner la Direction de l’administration des fichiers (DAF), la Direction générale des élections (DGE) et le commandement territorial visiblement politisé, placés sous sa responsabilité directe.
Une usine en dehors de tout contrôle extérieur mise en marche pour fabriquer et faire sortir la marchandise de marque « gagner au premier tour » à livrer au soir du 24 Février 2019, selon la volonté du candidat et sous la haute direction du maître de céans, le ministre de l’intérieur, avec sa feuille de route clairement définie : « ferme volonté, gagner au premier tour, faire inscrire tous ceux qui veulent voter pour Macky Sall, leur faire récupérer leurs cartes et les aider à aller voter ». En usant et abusant à satiété des matières premières dont ils détiennent le monopole exclusif sur le marché à savoir : le fichier électoral, les résultats de ses différentes révisions annuelles et la Carte électorale et en s’entourant de garanties par les mesures d’accompagnement prises comme la corruption des structures de supervision et de contrôle du processus tels la DAF, la CENA, la Cour d’Appel et le Conseil constitutionnel, en les transformant en planques de retraités payés à coup de millions ; l’interdiction systématique des manifestations pacifiques de l’opposition en invoquant à chaque fois l’ « arrêté Ousmane Ngom ». La loi sur le parrainage avec l’utilisation de ses fiches comme des niches de promesses ou d’intentions de vote qui ont servi de guide pour leurs campagnes de proximité et de porte à porte, moments privilégiés de distributions des enveloppes bourrées d’espèces sonnantes et trébuchantes et de sacs de riz.
L’arbitre du jeu, le ministre de l’intérieur, l’avait promis avec fermeté et à haute et intelligible voix : Son candidat, le Chef de son parti, président sortant, candidat à sa propre succession, a gagné au premier tour, mais, comme le montrent les révélations des « deux boites noires », tout a été fabriqué de main de maître, à l’insu de ceux qui devaient se déplacer le 24 Février pour aller voter.
Les résultats sortis des urnes ont ainsi été préfabriqués, parce que minutieusement préparés et consciemment mis en œuvre. Les manipulations ont été de tous ordres.
Le Cadre de concertation sur le processus électoral, la Mission d’Audit du fichier électoral 2018, la Mission d’observation et d’imprégnation de certaines expériences de parrainages, le Comité national de suivi électoral et les 5000 observateurs, nationaux comme internationaux du jour du scrutin, n’ont vu que du feu. Quand le processus se déroulait à l’Est, ils ont tous été orientés vers l’ouest. Thomas Boni Yayi, ancien président du Bénin, chef de mission d’observation du jour du scrutin de la présidentielle du 24 Février, vient d’être rattrapé par l’histoire, quand de retour dans son pays, il assiste, impuissant, aux manœuvres tendant à écarter son parti – Les Forces cauris pour un Benin émergent – des élections législatives avant le jour du scrutin, scrutin qui rendra le verdict qu’aura voulu, décidé et officialisé son successeur de président, Patrice Talon.
Quant aux responsables de la majorité présidentielle qui se crêpent le chignon en voulant s’approprier la victoire de leur mentor dans telle ou telle zone, ils gagneraient à faire preuve de beaucoup plus de modestie car ils n’ont servi que de faire valoir. Macky Sall, président sortant candidat à sa propre succession, et son ministre de l’intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, maître d’œuvre de la conduite de tout le processus électoral,
savent d’où provient la victoire sortie des urnes et validée par le Conseil constitutionnel.
A tous ceux qui bombent le torse et revendiquent cette victoire, on peut leur opposer ces propos absolument justes de Mame Adama Gueye : « Les chiffres, c’est ce qui ressort du décompte du jour du scrutin, mais c’est le résultat de tout un processus… le jour du scrutin est le processus d’achèvement de tout un dispositif de fraudes, de manipulations, et de tripatouillage pour parachever un hold-up. » L’étude et l’analyse de nos deux boites noires le confirment parfaitement.

Dakar le 20 Mars 2019

Alla KANE
Membre du SP de Yoonu Askan wi/
Mouvement pour l’Autonomie populaire

Candidat anti-système et de rupture, Ousmane Sonko est la solution

Le 24 Février 2019 sera le jour du scrutin de la onzième présidentielle de l’histoire de notre pays depuis son accession à l’ « indépendance ». Ce sera à moins de deux mois de la commémoration du 59e anniversaire de cette « Indépendance ».

Le Sénégal a aujourd’hui une population de plus de 15 millions d’habitants repartie en 49% d’hommes et 51% de femmes avec une majorité rurale de 55% contre 45% de citadins. Cette population est regroupée en 1.500.000 ménages dont 755.532 agricoles.

La population en âge de travailler – celle âgée de 15 ans et plus – est évaluée à 7.728.868 représentant 58,2% de la population totale.

Cinquante neuf ans d’« indépendance», quatre présidents de la République – Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade er aujourd’hui Macky Sall – quarante ans d’exercice du pouvoir par les socialistes, et dix neuf par les libéraux. Le Sénégal fait partie des vingt cinq pays les plus pauvres de la planète, est membre du groupe des pays les moins avancés (pma), des pays pauvres très endettés (ppte) et des bénéficiaires de l’initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM) avec un classement IDH 2018 de 31/53 en Afrique et 164/189 dans le monde. Le taux d’analphabétisme donne 54,6% de sénégalais qui ne savent ni lire, ni écrire la langue officielle de travail et d’éducation. Et parmi ceux qui sont alphabétisés seulement 29% parlent et comprennent le français qui est la langue officielle.

Le chômage est endémique. Il frappe essentiellement les jeunes. Il est de 18% en zone urbaine. Pour les personnes âgées de 15ans ou plus – celles en âge de travail – le taux est de 15,7%. Pour les jeunes âgées de 15 à 35 ans qui représentent 62,4% de la population active les 12% sont au chômage. Ce sont là des chiffres officiels qui sont loin de traduire la réalité. Chaque année 296.000 jeunes, dont 57% proviennent du monde rural, arrivent sur le marché du travail sénégalais, alors que l’offre ne dépasse pas 30.000 emplois.

Quant à la pauvreté, une analyse du Ministère de l’Économie, des Finances et du Plan datant de 2015 donnent les chiffres suivants : « 25,8% des sénégalais sont très pauvres ; 30,7% sont pauvres ; 41,5% sont moyens ; 1,8% sont riches et 0,2% très riches. ». En faisant la somme des deux premiers taux (25,8 + 30,7) on a 56,5% de sénégalais qui se déclarent pauvres.

Ces réalités sont les bases réelles du désarroi de notre jeunesse qui le pousse à l’aventure de l’émigration clandestine malgré les catastrophes qui l’accompagnent. Une étude du département des sciences humaines de l’IFAN a révélé que 75% des jeunes sénégalais âgés de 15 à 35 ans veulent quitter le pays.

Voilà le Sénégal cinquante neuf ans après son accession à l’ « indépendance », cinquante neuf ans de gouvernance socialiste et libérale. L’image qu’offre notre pays est loin d’être reluisante. Qu’est ce qui peut bien expliquer cela ? Le candidat anti système Ousmane Sonko donne la réponse juste dés le premier chapitre de son livre « SOLUTIONS » intitulé : « A l’origine du mal, un système. » Oui, c’est bien le système néocolonial laborieusement mis en place par l’ancienne puissance coloniale et ses suppôts locaux, à la suite des accords signés en avril 1960 sous le double plan de l’octroi de l’indépendance et de l’adoption d’accords de coopération tenus secrets.

Les phénomènes désastreux relevant de la superstructure partiellement évoquées ci-dessus ne sont que le résultat de l’activité économique reposant sur la base structurelle de l’économie produit du système qui fonctionne depuis cinquante neuf ans.

Le dernier recensement des entreprises par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) a donné 407.882 entreprises, 99,8% sont des Petites et Moyennes Entreprises (PME), ayant un chiffre d’affaires inferieur à deux milliards de francs CFA. 97% sont dans l’informel.

Ce qui traduit la répartition de ces entreprises en deux catégories distinctes : le secteur formel ou moderne dont le chiffre d’affaires est supérieur à deux milliards de francs CFA représentant 0,2% des unités recensées et le secteur des PME au chiffre d’affaires inferieur à deux milliards de francs CFA représentait 99,8% des entreprises recensées. Le paradoxe est que les entreprises du secteur moderne (0,2%) contribuent à hauteur de 92,5% à la création de richesse (2016). Les PME, elles, n’accèdent que difficilement à la commande publique, et ont toujours un taux de mortalité très élevé surtout pendant les premières années d’existence.

Le recensement a également révélé un nombre total de 844.268 personnes employées reparties entre 611.543 emplois permanents et 233.725 emplois saisonniers. Une enquête nationale sur l’emploi dans le secteur formel (ENESF) a conclu à un marché du travail pas très dynamique dans le secteur : seulement 26% des entreprises du secteur souhaitent augmenter leur effectif contre 71,5% qui optent pour le maintien de leur personnel. C’est dire qu’avec le système en place la création d’emplois attendra encore longtemps la mainmise de l’étranger sur notre économie continuera perdurera, le chômage, la pauvreté, l’analphabétisme, l’obscurantisme, les inégalités économiques et sociales subsisteront.

Le système c’est la continuité. L’anti système c’est la rupture. Le système c’est la poursuite du régime néocolonial qui nous régit depuis bientôt cinquante neuf ans, l’anti système c’est l’alternative souveraine et populaire. Le système c’est l’œuvre de ceux qui ont fait voter oui au referendum du 28 septembre 1958, sont à la base de l’éclatement de la fédération du Mali et du coup d’Etat contre Mamadou Dia qui incarnait les nationalismes sénégalais.

C’est ce système qu’il faut définitivement raser. C’est ce à quoi s’attèle la coalition SONKO PRESIDENT. Ousmane SONKO est ainsi le candidat de l’anti système. Ce faisant il est la cible privilégiée de tous ceux qui à l’intérieur comme en dehors de nos frontières, ont des intérêts intimement liés à la permanence du système. Tous les moyens sont aujourd’hui mis en branle pour le diaboliser et le présenter comme un monstre.

Les enjeux du maintien du système en place sont tellement immenses que rien n’est exclu pour faire échouer le candidat anti système, Ousmane SONKO, candidat de la coalition SONKO PRESIDENT.

Heureusement que le candidat anti système en soit très conscient et fait face avec courage et détermination aux adversaires identifiés de la souveraineté nationale et populaire. Ces différents propos le démontrent clairement quand il dit :

  • «Nous sommes des patriotes et nous n’avons le complexe d’aucune puissance étrangère. »
  • «Le Sénégal n’a plus besoin de messie ni de héros, mais d’une masse critique de citoyens conscients et qui ont le courage d’agir ».

Oui agir pour abattre le système et réaliser enfin la vraie indépendance nationale pour un Sénégal nouveau en étant prêt à tous les sacrifices qu’il entrevoit propos tenant ces propos dés son engagement dans l’action politique.

  • «J’ai toujours dit en réunion de bureau politique quand on démarrait notre action politique, que nous avons choisi la voie la plus difficile : celle de s’attaquer au système lui-même. Et tous ceux qui ont eu à s’attaquer à des systèmes de prédation, de criminalité financière, de domination des peuples ont pu perdre leur travail ou être exclus. Ca va de la radiation à la liquidation physique même. »

Dakar le 12 Février 2019

 

 

 

Alla KANE, Membre du SP de Yoonu Askan wi/Mouvement pour l’autonomie populaire.

Immatriculer et codifier pour une réelle réforme foncière

La reforme foncière a de réels adversaires.

Et la position qu’ils occupent dans l’appareil d’Etat ne lui augure aucun avenir prometteur.

Pourtant la reforme foncière demeure la voie royale pour une transformation réelle des conditions matérielles, sociales et culturelles d’existence du monde rural.

La loi relative au domaine national a fini de démontrer qu’elle est la voie ouverte à l’accaparement à grande échelle des terres au détriment des exploitations familiales sur lesquelles repose depuis des millénaires notre pratique agricole.

Pourtant la reforme foncière ne tient qu’en deux mots : Immatriculer et Codifier.

Immatriculer, non au nom de particuliers – groupes ou familles – mais à celui des collectivités territoriales que sont les Communes telles que définies par la loi. La propriété terrienne reviendrait ainsi aux paysans exploitants par le biais des institutions animées par ceux qu’ils auront démocratiquement élus. Ce qui contribuerait à la disparition des relations heurtées auxquelles nous a habitués le domaine national et donnerait leur véritable sens aux dispositions des alinéas un et trois de l’article 25-1 de la Constitution qui stipulent que :

  • « Les ressources naturelles appartiennent au peuple. Elles sont pour l’amélioration de ses conditions de vie. » (alinéa 1)
  • « l’Etat et les collectivités territoriales ont l’obligation de veiller à la préservation du patrimoine foncier » (alinéa 3)

Codifier, ensuite, pour baliser la voie d’une gestion rigoureuse des terres enfin immatriculées et confiées à l’administration des Communes.

Il se traduira par l’adoption d’un Code général du domaine privé immobilier des Communes à l’instar du Code du domaine de l’Etat. Code qui permettra d’en définir la composition, la constitution, les modes de gestion et d’administration ainsi que les modalités de leur mise en œuvre. Enfin une gestion formelle et transparente à la place de celle informelle du domaine national, source de tous les conflits et litiges fonciers qui ne cessent de hanter la tranquillité des paysans cultivateurs qui constituent plus de 65% de la population.

Réaliser la reforme foncière en immatriculant les terres du domaine national au nom des Communes et en codifiant leur administration, telle nous semble être la solution à la problématique foncière de notre pays.

A ceux qui brandissent l’argument de l’incapacité des paysans à pouvoir gérer leur propriété en bon père de famille avec le risque de les voir brader leurs terres et devenir par la suite des ouvriers agricoles, il faut opposer l’argument que ce risque n’existe qu’avec la loi relative au domaine national, cette loi qui date de 1964 donc de plus d’un demi siècle, alors que de profonds changements sont intervenus entre temps. La gestion informelle des terres qui la caractérise est la source permanente de la vente illégale ainsi que de leur accaparement à grande échelle.

Des transformations majeures sont intervenues dans la campagne depuis 1964.

Le monde paysan d’aujourd’hui n’est plus celui de juin 1964. Et il faut parcourir la campagne pour s’en rendre compte.

Les établissements scolaires de l’élémentaire et du secondaire y ont poussé comme des champignons, les associations sportives et culturelles (ASC) des jeunes continuent de s’y multiplier avec les terrains de football de fortune qui les accompagnent. Les fils des paysans sont aujourd’hui dans les campus universitaires et décrochent des diplômes d’études des niveaux les plus élevés.

Tout ce nouveau monde ne demande qu’à être mis dans de bonnes conditions d’activités professionnelles rémunératrices pouvant leur permettre de se fixer dans leur milieu d’origine et de le moderniser. Ces paysans de la nouvelle génération seront bien en mesure de gérer et de faire fructifier leurs terres au lieu de les vendre. Ils se comporteront en véritables propriétaires dignes de ce nom et n’auront d’autre préoccupation que l’embellissement de leur cadre de vie et de travail.

C’est cette conviction qui fonde notre militantisme en faveur de l’accès à la propriété terrienne de nos paysans qui continuent d’être les principales victimes des effets néfastes de l’application de la loi relative au domaine national.

Et cela depuis plus d’un demi-siècle.

Il urge de procéder à une veritable reforme foncière pour régler définitivement les graves problèmes qui s’accumulent en milieu rural. La reforme foncière ne peut ni ne doit plus attendre. Elle repose sur l’immatriculation de toutes les terres et la codification claire et précise de leur gestion.

La propriété terrienne aux paysans devrait en être l’objectif majeur pour enfin mettre un terme définitif aux relations toujours heurtées qui sévissent dans l’espace rural. C’est la voie royale qui mènera à une modernisation apaisée de cet espace.

La paysannerie sénégalaise s’est profondément transformée. Nous avons de nouveaux paysans capables de se comporter en véritables agriculteurs modernes.

Comme le confirme si bien cette révélation du tapage médiatique de la DER faisant cas d’un financement de 25 millions offert à titre posthume à l’étudiant Fallou Sène, originaire de PATAR dans la région de Diourbel pour la réalisation de son projet de pisciculture.

Combien sont-ils aujourd’hui, les fils de paysans qui, comme feu Fallou Sène, sont capables de concevoir des projets et de les mettre en œuvre. Ne constituent-ils pas aujourd’hui le fer de lance de la nouvelle agriculture qui est la base fondamentale de tous les progrès qui concourent à l’avènement d’un Sénégal nouveau ? En cela, ne méritent-ils pas une reforme foncière veritable devant leur garantir l’accès à la propriété réelle de la terre, un facteur irremplaçable dans la conduite de leurs travaux d’agricultures modernes ; une garantie sure de la sauvegarde de leurs terres aujourd’hui exposés à la boulimie insatiable d’accapareurs aussi bien nationaux qu’étrangers?

Plus la reforme foncière retarde, plus nos paysans sont lésés et plus les accapareurs auront la part belle.

 

Dakar le 10 Janvier 2019

 

 

 Alla KANE

Inspecteur des Impôts et

  Domaines à  la retraite

 

Où vont mener ces autoroutes à péage qui sonnent le glas de l’économie populaire ?

Je reviens du Grand Magal de Touba, édition de 2018. J’ai pratiqué, à l’aller comme au retour, l’autoroute à péage Ila TOUBA, prolongation des autoroutes Dakar Diamniadio, Diamniadio Aéroport International Blaise Diagne et Blaise Diagne -Sindia à Thiès.

De chez moi à Dakar, jusqu’à Touba, on roule sans arrêt, loin des villes et centres urbains qui jalonnent cette voie qui relie Dakar à Touba.

Cette chaine d’autoroutes à péage vous amène jusqu’à Touba sans que vous voyez les villes de Rufisque, Bargny, Diamniadio, Sébikotane, Pout, Thiés, Khombol, Ndangalma, Bambey, Diourbel, Ndoulo et Mbacké !

Cela équivaut à un enterrement en bonne et due forme des routes nationales n°2 et 3 qui desservent ces zones du territoire national depuis fort longtemps. On se rappelle la catastrophe en matière de transport terrestre qu’a été le démantèlement des rails et la disparition du réseau ferroviaire qui desservait une bonne partie de l’étendue de notre pays , avec les lignes directes Dakar-Saint Louis et Dakar- Kidira et les bretelles Louga-Linguère , Diourbel- Touba et Guinguinéo-Kaolack. Des trains réguliers et des autorails circulaient quotidiennement en reliant les différentes gares qui jalonnaient ces lignes à la plus grande satisfaction des voyageurs. S’y ajoutaient les trains de marchandises qui contribuaient à la fluidité du commerce et des relations d’affaires entre les régions desservies. Ce trafic ferroviaire intense contribuait aussi au développement des villes traversées ainsi qu’à l’activité économique des différents agents qui s’y trouvaient. Il constituait ainsi le poumon de leur marche cadencée vers le progrès et la modernisation.

En mettant un terme drastique à tout cela, en démantelant carrément ce réseau plus que porteur de développement économique et social, le pouvoir du parti socialiste plongeait ainsi tous les villes et bourgs concernés par le réseau ferroviaire dans un marasme profond dont ils ne se relèveront plus. Comme solution de rechange, les activités économiques se replient dans les gares routières et tout le long des routes nationales à travers le pays.

Le chemin de fer c’était la vie, un facteur de développement économique et social, d’intégration territoriale et d’unification nationale. Il fallait emprunter les trains voyageurs et vivre l’ambiance intérieure pour faire le constat de centre de commerce ambulant qu’ils étaient pour pouvoir mesurer l’ampleur et la

profondeur du vide né de leur arrêt définitif. Il en était de même des gares au moment d’arrivée de ces trains. Quelle animation ! Quelle chaleur dans les échanges ! Pour le temps de leur passage, les gares se transformaient en lieux d’échanges intenses qui avaient un impact certain sur le développement des villes.

De même, les populations guettaient avec impatience le passage du train « Express » qui reliait Dakar à Bamako.

Qui ne se souvient pas du bijou, que constituait l’Hôtel de la gare de Tamba. C’est

à tout cela que le régime du parti socialiste a mis fin avec toutes les conséquences catastrophiques que cela a entrainé.

Ce marasme généralisé a mené à l’ajustement structurel qui lui a été fatidique en mars 2000.

L’Etat hideux que présentent de nos jours les gares ferroviaires à travers tout le réseau symbolise parfaitement l’échec des quarante ans d’exercice du pouvoir du parti socialiste.

Les autoroutes à péage telles que conçues et réalisées sur le terrain vont faire pire. Elles vont installer nos villes et nos campagnes, non pas cette fois ci dans le marasme, mais dans un coma sans espoir de retour.

Les différents tracés enterrent carrément tout le Sénégal qui respirait jusqu’ici.

Le test de la chaine des autoroutes de Dakar à Touba fait à l’occasion du Magal 2018 le confirme clairement.

Les deux autres autoroutes en chantier, celles de Mbour-Fatick-Kaolack et Dakar-Saint Louis dite la côtière ne feront pas exception à ce qui semble être la règle jusqu’ici.

L’autoroute Mbour – Fatick – Kaolack réservera le même sort à la route nationale n°1 en éclipsant tous les villes, bourgs et villages qu’elle traverse. Bonjour les dégâts pour Mbour, Sandiara, Nguekhokh, Tattaguine, Fatick, Gandiaye et Sibassor.

Il en sera de même pour les villes, bourgs et villages de la route nationale n°2 qui subiront le sort que leur réservera l’autoroute dite la côtière qui plongera dans le noir les villes comme Rufisque, Bargny, Diamniadio, Sébikotane, Pout, Thies ,Tivaoune, Mékhé, Kebemer ,Louga etc. La question mérite bien d’être posée. Où nous meneront les autoroutes à péages, ces gouffres à milliards ? Ces milliards du contribuable investis dans des projets qui lui préparent un avenir très sombre. 416 milliards pour l’autoroute Ila Touba sur une longueur de 113km, 227 milliards pour le tronçon Dakar AIDB sur une longueur de 52km.

Et les centaines de milliards qui devront servir au financement des autoroutes Dakar-Saint-Louis dite la Côtière et Mbour/Fatick/Kaolack.

Des centaines de milliards investis avec comme résultat l’asphyxie de l’économie populaire, la mort programmée du Sénégal qui travaille, qui sue, qui ne compte que sur ses propres efforts pour vivre.

Et c’est l’autonomisation de la femme qui en souffrira le plus durement car ceux qui fréquentent les routes nationales savent bien que 99% de ceux qui s’activent tout au long de ces routes sont des femmes. La perte de la clientèle que vont entrainer les autoroutes à péage se traduira par une baisse sensible de leur pouvoir d’achat pouvant même entrainer une cessation de leurs activités productrices de revenus.

Au vu de ces premiers résultats n’est-il donc pas temps de s’arrêter pour revoir l’objectif qui est de réaliser 800km d’autoroutes d’ici 2030 ?

Ne faudrait-il pas partir des routes nationales elles mêmes pour un nouvel tracé pouvant réellement contribuer à booster les activités productives des populations des régions de l’intérieur ?

Un tracé deux fois deux voies parallèles revenant sans doute moins cher avec des résultats beaucoup plus porteurs en matière de développement économique et social. Le coupler avec la reconstitution moderne d’un réseau ferroviaire couvrant tout le territoire national. On aura sans doute ainsi un Sénégal tendant au taux zéro accident. Combien de vies humaines seront ainsi sauvées par la sécurité renforcée des deux réseaux de transport terrestre bien conçus et bien appliqués sur le terrain. Ou alors va-ton continuer de dérouler le programme d’autoroutes à péage toujours dans la foulée de ce que dit bien le Professeur Djibril SAMB, universitaire émérite et acteur bien connu de l’enseignement Supérieur, quand il affirme que « Les infrastructures qui sont réalisées tant bien que mal ne sont que des prétextes et, dans le meilleur des cas, des conséquences induites destinées prioritairement à justifier les immenses décaissements publics. C’est pourquoi les investissements sont réalisés dans des conditions défiant toute rationalité économiques et sans aucun rapport avec la résorption du développement inégal des infrastructures sur l’ensemble du territoire » ?

Dakar, le 15 Novembre 2018

Alla KANE

Inspecteur des Impôts et des

Domaines à la retraite.

Réflexion: Le tiercé gagnant qui fait courir la République









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