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Dialogue de poètes: Notre pays n’est pas dans l’urgence des vautours ! (Amadou Lamine Sall, Sidy Ady Dieng)

MON PAYS N’EST PAS UN PAYS MORT
(Auteur : Amadou Lamine Sall, Poète, Lauréat des Grands Prix de l’Académie Française)
Mon pays n’est pas un baobab nocturne
une herbe noire une fleur froide
un fruit anémique une terre agenouillée

Mon pays n’est pas une route coupée
une chaussée pourrie un ciel boueux

Mon pays n’est pas dans l’urgence des vautours
il est dans la foulée des tigres et
le lion a encore la mâchoire qui brûle et le ventre en flammes

Mon pays n’est pas un pays mort
mais elle est pourtant morte la mémoire
mort le sang dans la case des hommes pressés
et le rêve de ceux qui ont cru dompter l’alphabet court nu dans les rues
et les enfants ne jettent même plus des pierres à ce lambeau de rêve…

Mon pays n’est mort que dans la hâte de ceux qui marchent
sur les chemins de mirage les yeux glauques l’horizon cupide

Mon pays n’est mort que dans les fils de l’impatience
les fils malicieux de la politique les sidéens du pouvoir dans
la malaria et le paludisme des urnes
les fils arqués de la politique les bergers à venir mais si fatigués déjà comme de vieilles Peugeot des années de jazz

Mon pays n’est mort que dans les rois de midi et
les princes des oracles qui mûrissent le trône en eux avant le maïs et l’arachide
les terrasses d’or avant la paille de chaume des toits du Saloum
la chaise de satin avant le tabouret de termitière…

Mon pays n’est mort que dans les fils surdoués des feux de brousse
qui dévorent jusqu’aux refuges des lépreux aux portails fastes des banques
Ce pays mon pays n’est mort que chez les morts d’avant les lampes
car elles arrivent elles arrivent les grandes lampes arrivent les fauteuils de soie les canapés de laine
dans les taudis des banlieues
arrivent les rideaux rouges et pourpres
arrivent les bronzes rares les toiles des enfants d’Oussouye les livres des enfants du Fouta
arrivent les sourates les chants grégoriens les libations
arrivent les femmes les hommes d’un siècle nouveau
d’un temps d’espérance

Mon pays n’est pas un pays mort
malgré les fourmis les fatigues et les cafards
les sommeils lents les réveils taraudés
les souliers usés les chaussettes soumises aux
faims des rats les orteils au vent

Mon pays n’est pas mort
malgré les journaux aux manchettes de fin du monde
l’Afrique décrétée inapte jusqu’à la fin du monde mais enfin
si enceinte de vergers rares
la France comptable de sa tendresse et vivant seule son dépit amoureux
l’Amérique la frousse pleine les yeux mais triomphant dans l’acier de ses bras
Mon pays n’est pas un pays mort
malgré les cuisines vides dans la solitude d’un oignon
d’un sac de riz affaissé à deux grains
d’une bouteille d’huile infidèle à deux cuillères
d’une pomme de terre verdâtre comme d’un méchant quolibet

Mon pays n’est pas un pays mort
une cargaison puante mais une marée haute d’épices et d’encens
il vit ce pays se tourne et se retourne et danse et pleure et chante
dans l’angoisse pourtant infinie que masse une foi infinie
que consolent une cloche un minaret le regard velouté d’une maman infinie

Mon pays n’est pas un pays défunt
il ne porte comme la vie que les pas lourds
d’un soldat endeuillé d’un enfant amputé mais son cœur est de soleil
il ne porte comme la vie que le sourire au gingembre d’une
femme que la beauté honore
il est bien debout mon pays grave beau et fort
Mais il est vrai que les fleurs si belles meurent toujours
un soir… ou est-ce un matin… je ne sais plus…

Reste alors le parfum qu’elles ont laissé
mais puisse ce parfum habiter la nostalgie des aisselles irriguer le vertige
être le remontoir de nos sens de nos vies nourrir l’avenir sinon

Sinon elles seront vraiment mortes les fleurs mortes pour toujours
mortes pour rien mort aussi le triomphe des jours de gloire
et l’oubli monstrueux se lèvera tragique
comme une tendresse décapitée
une malédiction brutale dressée comme une lance…

Mon pays n’est pas un pays mort mon pays n’est pas un murmure
son peuple au front d’étoiles et à la bouche de sel
est un océan qui ne s’annonce plus
une mer haute féconde navigable pour toutes les fraternités du monde

Chacun sait désormais ici pourquoi nous serons toujours vivants
Amadou Lamine SALL

TON PAYS N’EST PAS UN PAYS MORT
(Auteur : Sidy Ady DIENG, Poète, Lauréat 2004 du BSDA, Prix Birago DIOP)
Il n’est pas une fausse et sombre perspective
Une dernière lueur d’une nuit monotone et sinistre
Une lanière usée sur les flancs d’un cheval décharné
Ton pays ne s’embourbe guère au fond des caniveaux
Il s’est érigé depuis longtemps en joyau pur
Ornant la poitrine des majestueuses lingeer

Et derrière le verbe stimulant du griot
Le sang du ceddo bouillonne comme toujours
Ton pays n’est pas un pays mort
Et pourtant l’héritage s’est fané
Perdu dans le courage qui s’effondre
Et l’élégance jetée comme une eau usée
Sur les ruelles boueuses des Parcelles Assainies
Et sur toutes les artères et quartiers se bousculent des hommes
Qui n’ont faim que de bénéfices et de profits sans sueur écoulée
Ton pays n’est pas un pays mort
Il n’est mort que dans les rêves de gloriole
Mort dans ses fils aux bras croisés et à la langue fourchue
Ses fils qui continuent à rouler fiévreusement les dés du pari
Dans les bureaux de vote érigés en casinos
Ce pays n’est mort que pour les caméléons du pouvoir
Ceux qui retournent leur veste avec la prestance du prestidigitateur
Ces hommes qui ont foulé du pied toute mémoire Pour ne s’illustrer que dans le verbe nécessiteux
Ton pays mon pays n’est pas mort
Car il est trempé de la hargne du lion
Et le baobab géant reste gonflé de sève
Je le savais déjà mais je comprends à présent
Pourquoi alors« nous serons ici toujours vivants»
Sidy Ady DIENG

Le scepticisme démocratique: Il y a encore tant de raisons de douter… (Réponse à Amadou Lamine Sall)

Le scepticisme démocratique : il y a encore tant de raisons de douter…

A Amadou Lamine SALL
Poète
Lauréat des Grands Prix de l’Académie française

Cher ami poète et écrivain

J’ai bien reçu le message si riche et si inspirateur que tu m’as transmis comme tu le fais à chaque fois lors de tes articles ou de tes interventions à l’étranger. Je te remercie de la persistance de cette amitié poétique que fortifie de jour en jour le gout de l’écriture, de la pensée et des idées fondatrices. Récemment, en réponse à un de tes textes envoyés par mail, je te disais « Nous, Poètes, nous percevons parfois les choses bien à l’avance». En fait, comme certains grands entrepreneurs et leaders, les poètes peuvent être de grands visionnaires. Mais, je sais que souvent les sceptiques n’y croient pas et en rigolent, oubliant cette phrase qu’on prête à Gandhi : « d’abord ils vous ignorent, ensuite ils se moquent de vous, après ils vous combattent, et puis vous gagnez».

Poète-essayiste, je suis rentré en politique par effraction, ce qui me pousse d’ailleurs à méditer sur un ouvrage intitulé « Entré (s) en politique par effraction, le devoir d’y rester »… Au fond, nos messages et poèmes sont déjà assez « politiques » à l’instar du titre de mon second recueil « Comme un amas de pyramides inversées » dont le dix-huitième poème « Les vents de la démocratie » pourrait rappeler les évènements politiques en cours. Je sais que beaucoup de poètes plaident pour la jouvence et la régénérescence, des qualités dont inlassablement tu fais preuve. Ton article «MACKY SALL II : FACE À L’HISTOIRE ! » va dans ce sens. Tu aurais voulu ce miracle. Je salue donc ce courage de l’optimisme. Cependant, je n’ai pas l’impression que pendant ces sept dernières années, le Président MACKY SALL et son entourage aient fait preuve de l’élégance, voire de la tolérance dont nous rêvions, peut-être à tort: une stratégie offensive tous azimuts, sans relâche, forcément violente pour ceux qui l’ont vécu et mémorisé comme agressive et intolérante. Cela demandera une reprogrammation du subconscient des victimes et ce n’est pas automatique pour tous… Mais qui le fera ? Qui a cette légitimité ?

En fait, je suis tenté de croire que pour le Président Macky SALL et son entourage mieux vaut appliquer la règle « Prudence, mère de sûreté » ! Je sais qu’à l’instar des grands poètes dignes de ce nom, tu es sensible au genre humain et à son sort. Mais je suis sceptique sur ce possible revirement auquel tu invites Macky II. D’ailleurs, tu décris son forcing, sa ténacité, sa têtue persistance par un style si évocateur, voire véridique. Vous lui souhaitez une mue et une si grande capacité de retournement : « … quitter ces fonctions de chef de parti, s’éloigner du pilotage de la justice et consacrer son indépendance effective, instituer un mandat unique assez long (attention: en espérant qu’il ne l’appliquera pas alors à celui qui va démarrer bientôt), une nouvelle forme de gestion du consensus et du dialogue politiques, un gouvernement réduit, une taille de l’Etat rationnalisée, etc. », en somme tout un optimum compatible avec la rationalité managériale. Cela rappelle certaines autres idées que d’incorrigibles sénégalais continuent de diffuser: « c’est (c’était) le premier mandat ; il n’était pas libre ; maintenant avec ce deuxième mandat, il l’est ; avec ce deuxième mandat, il est maintenant à l’abri des pressions de politiciens, de groupes de pression, de transhumants ; il n’a plus rien à perdre, car il serait forcé à partir à la fin de ce deuxième mandat, etc. » Derrière ces affirmations, il y a aussi le débat peu ou mal discuté de ce qu’est la gestion du changement, la capacité à changer, à consolider des coalitions sincères pour l’excellence, les performances et le changement, à mobiliser les énergies, à les convaincre que le statu quo est intolérable, que le moment est venu de tourner la page, d’être disciplinés, toutes choses que cette missive ne peut adéquatement prendre en compte… Ce pari auquel tu invites « MACKY II » est rationnel, avec derrière l’effectivité de bonnes pratiques managériales et de gestion du changement, l’éthique, l’intégrité, la transparence, la méritocratie, un nouveau leadership transformationnel, des vraies réformes institutionnelles, la citoyenneté, etc.

Comme les grands poètes, tu es un visionnaire, tu anticipes et tu vois avant les autres ; mais souvent les gens de la politique politicienne manquent d’élégance et sont prêts à jouer, même sans légitimité, avec toutes les manipulations en leur faveur ; bizarrement, ils sont contents de ce qu’ils ne méritent pas. Et étrangement, ce sont des gens du peuple qui les érigent ainsi en faux héros, qui applaudissent, qui courtisent !

Peut-être, pour des raisons tenant à mon expérience, je suis difficilement influençable à cet égard. En effet, je ne peux qu’être dubitatif ayant tiré les leçons de 30 années de présence au sein des plus hautes sphères de l’Etat sous le « leadership » de trois présidents de la république et ayant vécu tant de faits peu éthiques face aux « flagrants délits » constatés par le corps auquel j’ai appartenu.

Cher ami poète,

Ces jours-ci, j’ai reçu beaucoup de « textos » de sénégalais qui m’ont envoyé ton message. Je prends au hasard quelques réponses que je leur ai fournies :

A l’un d’entre eux, je répondais ceci : « Merci ! J’ai lu le texte d’Amadou Lamine. Macky est-il capable d’une si belle mutation ? Il me semble parfois que les sénégalais sont trop optimistes, trop généreux, oublient et pardonnent trop vite. Personnellement, je ne pense pas… »

A un autre qui m’avait envoyé ton texte, je répondais ceci : « Merci … Je vais lire. J’avais déjà reçu ce fichier d’Amadou Lamine, mais je ne l’ai pas encore ouvert. Je pars de l’a priori que les gens sont optimistes et trop gentils. Mais peut-être à tort, je ne pense pas que la personne changera (dans le sens que vous indiquez). On verra… »

Bien d’autres petits « textos » de ce genre…

Scepticisme ardu, dira-t-on ! Mais comment croire le contraire avec ce deuxième paragraphe de ton texte si subtil qui rappelle tant de faits, d’évènements, de choix, de décisions, de forcings, de refus, etc. Certes, s’il y a quelque chose que quelqu’un comme moi qui suis tombé dans la politique par effraction a appris dans ce monde, mais aussi avec l’âge et l’expérience de la vie tout court, c’est que tout est perception. C’est vrai, en politique, ce sont ces perceptions que nous défendons bec et ongle. Pour certains, ce ne sera pas facile d’oublier les « traumatismes »

Cher Amadou Lamine,

A la limite, j’aurais préféré que ta noble espérance se réalise, que Macky II émerge et ne soit pas une image fugace et lointaine à laquelle succéderait Macky III. Poètes, nous sommes condamnés à vivre entre les deux pôles de la prière et de l’intuition pour croire comme Feu Vayne Dyer, ce grand coach américain, que « la prière, c’est quand l’homme parle à Dieu, l’intuition, c’est quand Dieu parle aux hommes ». Grand poète, le meilleur d’entre nous, par ce message, tu accomplis généreusement ce don de soi aux autres : au fond tu pries, peut-être aussi que ton intuition est le début de futures transformations tant espérées. Tu as ce privilège de la double casquette de la prière et de l’intuition ! Ensemble, nous sommes obligés de dire, de vitupérer, de relancer, d’avertir en pensant un peu comme cela est écrit dans l’acte 5 de la pièce de Jean Desmarets de Saint-Sorlin, « Le visionnaire » :

« il importe fort peu que les ignorants l’entendent ou non, puisque cela n’a pas été apprêté pour eux…. Ce n’est pas pour toi que j’écris, Indocte et stupide vulgaire: J’écris pour les nobles esprits, Je serais marri de te plaire. »

Le grand problème, c’est cela aussi: les nobles esprits, la classe et l’élégance ! On dirait qu’ils sont rares en politique. C’est aussi les ignorants dont parle Jean Desmarets qui refuseront ton message !

Ton coreligionnaire en poésie, Abdou Karim GUEYE, poète-essayiste, Inspecteur général d’Etat à la retraite. Ancien Directeur général de l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature du Sénégal. Auteur des recueils « Les Portes étroites » – « Comme un amas de pyramides inversées » – « Les piroguiers aux millions de rames ».

Prix de poésie européen Léopold Sédar Senghor
 2019: Amadou Lamine Sall, le poète total


  • Amadou Lamine Sall : le poète total. par A. Raphael Ndiaye
Il est de poètes par intermittence ; il est des poètes de tous les instants. Amadou Lamine Sall  est de cette seconde race rare. Il est poète, de la plante des pieds à la pointe des cheveux, il est poète de par tout son corps, de par toute son âme de par tout son être. Amadou Lamine Sall est un poète total ! 
Il naît à la poésie – pour le public – par une aurore dorée, prémices d’une trajectoire fulgurante, précisément avec un long poème, un chant mélodieux, intitulé : Mante des aurores. Nous sommes en 1979 et Roger Dorsinville, Haïtien accueilli au Sénégal par Léopold Sédar Senghor avec le Premier Festival mondial des Arts nègres de 1966, a choisi d’y rester en apportant à ce pays d’adoption son génie d’accoucheur, en littérature, de talents dormants insoupçonnés. Directeur littéraire des Nouvelles Éditions africaines du Sénégal (NEAS), il nous a conté sa rencontre avec le jeune poète, alors âgé de 28 ans. Directeur des bibliothèques publiques de mon pays, j’étais le plus jeune membre du comité de lecture de cette maison d’édition, et témoin du récit qu’il nous fit et que je reconstitue de mémoire.  
Dorsinville avait pressenti l’étoffe singulière qui sommeillait en ce jeune auteur venu lui présenter des œuvres poétiques, dont celle citée supra. Il le renvoie sans ménagement, avec l’ordre péremptoire de se remettre au travail, et l’intention manifeste de blesser son orgueil. Une blessure-catharsis salutaire ! Notre ami se remit au travail toute une nuit et aux aurores, Mante des aurores voyait le jour et inaugurait une parcours poétique, long comme un sentier ensoleillé sans ombre ni pénombre, voilà presque quarante bonnes années. Je fus de ceux, nombreux, subjugués dès les premières lignes de ce long poème :  
« Je t’ai cherchée partout et nulle part entre la fleur et la tige entre le jour et la nuit parmi les rires du sommeil parmi les caresses de l’absence partout et nulle part… » 
Pourquoi la métaphore de la mante, dont le dictionnaire Le Petit Robert dit : « insecte carnassier qui dévore le mâle après l’accouplement » ? L’auteur a pris la précaution de sous-titrer son poème : Le chant reprendra. Et bien loin du carnassier, notre auteur est d’abord et avant tout un chantre de l’amour dans des accents qui émerveillent ! 
Et quel chant, par la symphonie des mots et la fulgurance des images ! Et quel souffle, marqué par une absence de ponctuation et de lettres majuscules au début de chaque nouvelle ligne. Le lecteur en est essoufflé, obligé de s’arrêter pour prendre un grand bol d’air pur, avec une grande et longue inspiration ! Maurice Druon, secrétaire perpétuel de l’Académie française en a témoigné par ces lignes : « Cher Amadou Lamine Sall, merci de m’avoir donné de connaître vos œuvres. Quel souffle, quelle force, quelle image, quel déferlement ! Il y a des accents bibliques dans vos poèmes et de l’épopée dans votre lyrisme » (2014 : 113).  
L’auteur s’en expliquera plus tard : il n’a pas de modèle en matière de versification. Et du reste, dès cette première œuvre, il a tracé ses sillons singuliers, selon une veine dont toute son œuvre témoignera ; une œuvre constellée de longs poèmes, après Mante des aurores : 
- Comme un iceberg en flammes, Poème, NEAS, 1982, 
- Locataire du néant, Poème, NEAS, 1989, 
- J’ai mangé tout le pays de la nuit, Poème, NEAS, 1994, 
- Le prophète ou le cœur aux mains de pain, Poème-chant, Les éditions feu de brousse, 1997, 
– Le berger de la mer Gloire et lumière sur Seydina Limamou Laye Chant-poème, Les éditions feu de brousse, 2005, 
– Le rêve du bambou Poème, Les éditions feu de brousse, 2009. 
Même les œuvres sous-titrées (Poésies), sont constituées de longs poèmes, marqués par une ponctuation sobre, qui obéit au principe du poème-chant ou du chant-poème, deux expressions caractéristiques par lesquelles il qualifie ses œuvres. On a : 
– Kamandalu (Poésies) NEAS, 1990, 
– Amantes d’aurores (Sélection d’œuvres poétiques), Les éditions feu de brousse et Les écrits des forges, Québec, 1998,  
– Veines sauvages (Poésies), éditions le Carbet, France, 2001. 
La production d’œuvres poétiques est élargie par la publication d’anthologies, qui démontrent que l’auteur parcourt la planète poésie à laquelle tout son être demeure ouvert, dont il suit l’évolution de la production, y choisit des œuvres majeures et en assure la diffusion pour un partage d’émotions salvatrices et régénératrices. Cette ouverture attentive à des œuvres autres que les siennes est un marqueur de la générosité de cœur de l’auteur et de sa passion pour la poésie. On a de la sorte :  
– Anthologie des poètes du Sénégal avec la préface de Léopold Sédar Senghor, Paris, le Cherche Midi éditeur, 
– Nouvelle anthologie de la nègre et malgache de langue française avec Charles Carrère, aux éditions Simonici (Luxembourg) 1990, 
– Poèmes d’Afrique pour enfants, Anthologie, préface de Léopold Sédar Senghor, Paris, le Cherche Midi éditeur, 
– La Veille, Anthologie Les éditions feu de brousse – Plumes de la paix, 2013 (à l’initiative de l’Abbaye de Keur Moussa pour en marquer l’année jubilaire, de MAPI et du Cours Sainte Marie de Hann de Dakar). 
Notre Lauréat a illustré également cette passion pour la poésie par la création de la Maison africaine de la poésie internationale (MAPI). L’ordre des mots a une importance capitale dans ses options, car il s’agit de dédier à la poésie, à l’échelle internationale, une MAISON AFRICAINE, afin qu’elle y bâtisse une demeure apte à défier le temps dans sa mouvance incertaine, et dans la diversité des espaces sociologiques et géographiques. Et l’initiateur, en 1990, de la Biennale des Lettres et des Arts, devenue la Biennale de l’Art africain contemporain (Dak’Art), avec l’ampleur internationale que l’on sait, d’instituer une autre biennale : Les Rencontres poétiques internationales de Dakar, dont chaque édition donne aux femmes et hommes férus de culture de son pays et d’ailleurs, une occasion de vivre un festin de la poésie. La dernière nous a valu la participation d’un grand et célèbre marabout du pays de Sall, auquel notre lauréat a fait faire une immersion en poésie, pour en avoir fait l’un de ses distingués invités. Au cœur de la nuit, il produisit en langue nationale wolof – sa langue maternelle – une œuvre qu’il déclama devant un public médusé, dont il sollicitait avec hésitations l’indulgence, pour s’être aventuré dans ce champ si difficile de la poésie. 
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Il est donc de patronyme SALL. Les pérégrinations de ses parents, depuis la vallée du fleuve Sénégal et le Gandiolais  – au Nord du pays – les ont conduits au Saloum au centre-ouest de celui-ci, et il y voit le jour. Ainsi est- il de ce « pays du sel et des peuples salés », selon l’expression de Léopold Sédar Senghor, avec qui il a partagé une grande intimité poétique durant de longues années.  Est-ce cette origine qui donne du sel, du piquant à sa poésie, qui détonne et étonne ? Une certitude : Amadou Lamine Sall a tété, en même temps que le lait maternel, le lait de la poésie, car sa mère a été et demeure, dans ses quatre vingt dix ans, une initiatrice à laquelle, le poète accompli, le poète total voue une véritable vénération ! « Elle est belle, ma mère », clame-t-il à l’endroit de celle qui le fut sans conteste, mais dont le visage est raviné par les années. « Pourquoi la poésie, car c’est elle que j’ai choisi de servir. Posez la question à ma maman, la Peule Binta Diallo. Oui, c’est elle, poétesse de son village natal de Pal qui m’a mis la poésie dans le sang » (2010 : 640). 
Et de poursuivre : « La poésie ne représente pas tout pour moi. Elle va au-delà du TOUT. C’est plus que le TOUT. Elle est ma respiration même. Elle rythme les battements de mon cœur. Elle est le refuge quand l’homme a tout perdu. Elle est l’espérance du monde » (Ibid). 
Sall a partagé l’intimité de Senghor. Il en témoigne dans un ouvrage magnifique : Senghor ma part d’homme (2006, puis 2014). Il nous donne du grand poète, de « l’immense poète » selon son expression, un visage avenant et une figure d’humanité et de simplicité émouvants, masqués par les foncions de chef d’Etat, de président de la République : « Dire que rien ne pouvait prédire que je foulerai un jour la terre de la Grèce, – ô miracle – accompagné de Léopold Sédar Senghor lui-même ! Je me sentais béni des dieux et mes pensées en ces instants allaient vers ma mère, vers l’enfant que j’avais été et qui courait heureux, insouciant dans les rues de Kaolack, sous 40 degrés à l’ombre ! Le destin avait bien un nom » (2006 : 158). 
On ne fréquente pas Senghor impunément, précise-t-il, et le succès de Mante des aurores se refermait sur l’auteur comme un piège dont il devait s’extirper, en étant capable de produire d’autres œuvres du même acabit ou meilleures, sans tomber dans les marques distinctives des aînés. Après avoir retenu la leçon de Dorsinville, le lauréat se rassure : « Ma mère et la poésie orale peule m’aident chaque jour à trouver ma voie qui n’est ni celle de Senghor, ni celle de Neruda, d’Eluard ou de Césaire » (2010 : 642). 
Sa poésie est traduite en Anglais, Espagnol, Catalan, Polonais, Allemand, Macédonien, Serbo-croate, Grec, italien, Arabe, Russe, Néerlandais, Poular, sa langue maternelle, etc. 
Elle a valu à son auteur de multiples distinctions, dont : 
- Lauréat des Grands Prix de l’Académie française, avec la Médaille de vermeil du rayonnement de la langue française, 
- Grand Prix de Poésie de la Ville de Trieste, Italie, 
- Membre de l’Académie mondiale de poésie – Vérone, Italie, 
- Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres de la République du Sénégal 
- Officier de l’Ordre des Arts et Lettres de la République française, etc. 
Il est heureux que le Prix Tchicaya U Tam’si de Poésie africaine, en cette 11ème édition, soit décerné à Amadou Lamine Sall. Senghor avait du poète congolais la plus haute estime, qui affirmait à notre auteur : « Mon cher poète, si on me laissait faire, je choisirais volontiers Tchicaya U’Tam’si pour me succéder à l’Académie française » (2014 : 93). 
Notre lauréat le confesse : il a lui-même eu un compagnonnage avec Tchicaya qu’il ne peut oublier. La disparition brutale de celui-ci, en 1988 à l’âge de 57 ans, l’a encore davantage attaché au poète congolais, dont la photo trône dans son bureau. Tchicaya a participé à son émancipation. L’ayant interpellé avec « l’honnêteté et la franchise qui le caractérisaient », il lui avait martelé : « Arrêtez de parler de Senghor, de Césaire et Tchicaya, bordel ! Et enfin parlez de vous, des autres jeunes poètes. Citez-vous les uns les autres. Prenez en charge votre propre légende» (2014 : 94). 
Je suis heureux que le destin et les responsables du Forum d’Assilah, en particulier son Excellence monsieur le ministre Mohamed Benaïssa, m’aient donné l’opportunité de porter témoignage à l’endroit d’Amadou Lamine Sall avec qui je partage un compagnonnage d’une quarantaine d’années. Lui, le poète total, a fait l’amitié au poète par intermittence que je suis, de publier en 2004, mon recueil de poèmes, Cadences et lagunes. 
Je voudrais exprimer ma profonde gratitude aux mêmes responsables du Forum, de rendre hommage, une fois encore, au Poète Président Léopold Sédar Senghor, après l’avoir fait les 12, 13 et 14 août 1990. Veuillez accepter l’expression de cette gratitude au nom des instances de la Fondation dont Senghor est le parrain.  
Toutes nos félicitations au lauréat de la 11ème édition du Prix Tchicaya U Tam’si de poésie africaine, et longue vie au Forum d’Assilah !  
 Raphaël Ndiaye, Directeur général de la Fondation Léopold Sédar Senghor, Dakar 
 Œuvres citées :  
-Amadou Lamine Sall : 
– Senghor ma part d’homme Les éditions feu de brousse, 2006, 272 pages, 
– Œuvre complète Poésie, Dakar, éditions feu de brousse, 2010, 660 pages, 
– Senghor ma part d’homme Les éditions feu de brousse, 2006, 392 pages, 
-Ethiopiques, revue semestrielle de culture négro-africaine, volume 7, n°1, 1er semestre 1991 : Hommage à Senghor (Forum d’Asilah (Maroc). 140 pages.
  • 
Après avoir rendu hommage – le 13.8.1990 – à Léopold Sédar Senghor, homme de lettres, penseur et humaniste, Président de la République du Sénégal de 1960 à 1980, le Moussem Culturel International d’Assilah réitère son geste, à l’occasion de son 40ème Ce faisant, il s’inscrit dans la longue amitié entre le Sénégal et le Maroc dont Senghor aimait à dire qu’il est sa seconde patrie. Il est vrai qu’il a entretenu avec Sa Majesté Hassan II une amitié chaleureuse. En lui, précisait-il, « j’admire et le chef de l’Etat et l’homme de culture, le grand humaniste africain qui m’a beaucoup appris sur l’histoire et la civilisation de l’Afrique-Mère ». Membre de l’Académie royale du Maroc, Senghor a tenu à entretenir les relations séculaires entre les deux pays et leurs peuples.  
C’est au regard des marques d’attention témoignées à son Parrain que la Fondation Léopold Sédar Senghor est heureuse de mettre à la disposition du Forum d’Assilah, l’exposition « Léopold Sédar Senghor – 1906 – 2001 », réalisée à son initiative pour marquer le 10ème anniversaire de son rappel à Dieu. Puisse-t-elle trouver auprès du large public d’Assilah toute l’attention et le succès qu’on en escompte ! 
     
  1. Raphaël Ndiaye,                                                         B. Directeur Général de la Fondation
  • Léopold Sédar Senghor

Macky Sall II: Face à l’Histoire ! (Amadou Lamine Sall)

Monsieur le Président, c’est donc fait ! Vous êtes de nouveau réélu à la tête de l’État du Sénégal ! Non sans bruit ! Mais les bruits comme les contestations sont consubstantiels à la conquête du pouvoir, jusque dans les démocraties jugées les plus hautes. La démocratie est une femme rebelle! Le terme de « peuple », aussi ! Mais, nous n’avons pas grand choix : « L’onction populaire des gouvernants est pour nous la principale caractéristique d’un régime démocratique. L’idée que le peuple est la seule source légitime du pouvoir s’est imposée avec la force de l’évidence. Il faut choisir entre le principe électif et le principe héréditaire. Le fait que le vote de la majorité établisse la légitimité d’un pouvoir a en effet aussi été universellement admis comme une procédure identifiée à l’essence même du fait démocratique ». Je cite, naturellement, Pierre Rosanvallon dans « La légitimité démocratique. »

 

Monsieur le Président, tout va aller très vite pour vous maintenant. 2024, c’est déjà demain ! Macky Sall sait d’où il vient. Il sait qui il est. Il sait ce qu’il a déjà donné à son pays et ce qui lui reste à lui donner. Il n’a jamais reculé. Il n’a jamais rien lâché ! Il a la mâchoire solide ! Il n’a jamais eu peur ! Il a affronté son opposition hérissée et ne lui a cédé aucun pouce. Le dialogue politique en a pâti ! Peut-être avait-il pensé que « l’on ne peut obtenir des victoires militaires sans faire la guerre » ! Il a écouté anciens et chefs spirituels sans toujours obéir. Ce choix a été le sien ! Il a choisi de ne pas plaire à tout le monde ! Il s’est assumé ! Sans doute qu’il ne cerne pas encore ce qu’il ne faudra pas faire avec ce second mandat, mais il pourrait se décider de faire ce que jusqu’ici, il s’est refusé de faire. Ce sera encore son choix ! Il est seul ! Un Président est toujours seul. L’histoire retiendra la pudeur et la touchante civilité d’un homme, mais aussi le masque de fer, la fermeté et le flegme d’un homme d’État intransigeant qui, impassiblement, presque sans âme, a montré du caractère en déroulant son programme politique. L’opposition avait en face d’elle une statue ! Macky Sall n’est pas souple, dit-on, mais pour autant il n’est pas inexorablement glacial ! Pour peu qu’on le scrute, on lit un homme d’État pétrifiée par la grandeur de sa mission. Ses proches disent que c’est un irrésistible chahuteur, taquin et rieur ! Il faut les croire !

 

Quand Youssou Ndour – artiste étoilé, chanteur conquérant, sacré souteneur et intrépide partisan – fait danser Macky Sall en l’acculant, en le provocant, ce dernier est  fusillé. Laissons-le donc danser ! Un candidat qui danse n’est pas un Chef d’État qui gouverne ! Quand Macky Sall danse, il respire enfin ! Il n’est rien d’autre qu’un homme et nous sommes tout de même les hommes de la danse, comme écrivait le poète, quoique cela puisse irriter ! Provoquant, un sage Sénégalais avouait ceci d’identitaire : « Chaque père de famille garde dans sa maison un « tama », quelque part dans une malle » -le « tama » est un petit tam-tam d’aisselle dont on dit qu’il est l’instrument préféré du diable, irrésistible et inévitable-

 

La priorité, vous la connaissez Monsieur le Président. C’est vous même qui l’avez tout de suite identifiée : la jeunesse ! Elle sera de vos repas tous les jours. Elle vous accompagnera chaque soir au lit. Vous savez que la jeunesse sénégalaise apprend à vivre avec des béquilles. Elle vous attend et comme vous n’avez jamais peur, vous viendrez à sa rencontre.  La continuité sera certes, votre crédo, mais votre longue autoroute à des ponts, des bretelles, des bifurcations. Ne les ignorez pas. Tournez l’angle des rues et des boulevards, pour aller à la rencontre d’autres attentes. Il y aura peu à dire sur vos projets d’infrastructures. Coûteuses ou non, le « bissap » est tiré et il faut le boire ! Chacun y mettra son taux de sucre ou forcé de le boire brut ! Votre ville nouvelle « Diamniadio-KorMarième » -joli nom-, ne rebroussera pas chemin. Après 2024, votre successeur ne pourra plus divorcer avec elle. C’est une femme qui aura donné beaucoup d’enfants qui la défendront les premiers. Votre TER aura fini d’arriver dans le hall de l’aéroport Blaise Diagne. Nous l’espérons.

 

Monsieur le Président, des citoyens admirables rêvent de voir un Macky II bouleverser tous les schémas, même si, dit-on, vous n’êtes pas homme à changer facilement de voiture. Ces citoyens souhaitent que vous fermiez toutes les portes de l’histoire pour 50 ans à tous vos successeurs de demain. Pour cela, vous quitteriez enfin vos fonctions de chef de parti ! Vous mettriez les distances qu’il faut avec le judiciaire pour sauvegarder l’indépendance de la justice ! Vous appliqueriez enfin le statut de l’opposition. Vous réfléchiriez, par un consensus général, à proposer constitutionnellement un unique mandat de huit ans, non seulement pour mettre à l’abri le président de la République de toute prise d’otage politique et libérer les Sénégalais des luttes politiques fratricides pré-électorales. Également, vous réfléchiriez librement à un gouvernement qui aérerait la Salle Bruno Diatta ! Quant à l’Assemblée nationale, évidemment que vous avez besoin de votre majorité pour gouverner. Vous n’y toucherez donc pas, sauf si, surprise, l’homme des classiques grecs, le reposant disciple bien-aimé de Senghor, vous offrait son repos en cédant généreusement le perchoir et vous faciliter la tache dans votre prochain et si urgent jeu de domino ! En somme, tout le monde se demande ce que Macky Sall va finalement faire pour trouver un fauteuil à chacun ! Vous avez gagné avec certains et vous avez perdu avec d’autres, mais c’est ensemble que votre coalition a gagné ! Tous ont montré leur engagement et leur zèle, même si vous savez ce que pèse chacun ! Vous assumerez ! Des citoyens admirables souhaiteraient toujours vous voir mettre de l’ordre dans les grandes directions générales de notre historique administration. Elle a mal ! Libérez-là des partis politiques, tous confondus ! Protégez les soldats de l’Administration et guérissez les de leur parti-pris, de leur égarement moral, de leurs calculs pour prébendes, de leurs ambitions justifiées certes, mais pas en piétinant le mérite et en refusant de faire la queue ! C’est là une pressante et infaillible demande populaire !

 

Monsieur le Président, des citoyens admirables pensent que vous avez la chance d’être enfin un homme politique libre, même si cela n’existe pas. En effet, vous allez exercer votre dernier mandat. Seule votre conscience vous lie ! Vous avez tout donné, dit-on, à ceux qui partageaient votre combat de sept ans ! Vous ne leur devez plus rien, dit-on ! Pas sûr ! Vous pouvez, dit-on encore,  changer « le système » à votre manière, si « système » il y a ! Apparemment, ce qui est appelé « système » et dont le terme fait mouche qu’on le veuille ou non,  c’est la manière de partager et de conférer du pouvoir et de la monnaie à des institutions dont, pour certains, on se passerait volontiers ou à des femmes, des hommes du même clan politique. Mais n’est-ce pas la règle partout, même si cela n’excuse pas les pratiques ? C’est à vous, Monsieur le Président, de décider du mode et du poids que prendra le renouveau, le dégraissage, l’encombrement ! En somme, on vous demande de surprendre, maintenant que vous n’avez plus besoin d’amulettes !

 

Monsieur le Président, n’assistez pas à l’affaiblissement de la culture. Nourrissez les grands chocs esthétiques de l’histoire sénégalaise et africaine des arts, des lettres et de la culture. Placez encore plus la culture au cœur de votre quinquennat. Elle arbitrera votre légende.  Elle seule écrira les plus belles pages de votre vie d’homme d’État. Elle seule vous garantira l’éternité. Elle seule sera votre rempart contre le mauvais temps de l’histoire. La culture est le plus affiné des cadres d’un bel idéal démocratique ! Elle vous donne à « voir clair, vite et loin ». C’est la culture seule, en pensant à Confucius, qui fait que la noblesse de l’esprit est supérieur à la noblesse du sang ! Donnez du poids à la recherche ! Donnez de l’avenir et du savoir à nos universités ! Refondez l’école sénégalaise quel que soit le poids de la douleur ! Protégez encore mieux vos artistes, vos écrivains, vos cinéastes ! Soutenez partout la promotion de l’esprit d’entreprise ! Jeter un pont du retour à toute cette diaspora noire qui a le Sénégal dans le cœur ! Donnez-une respiration à notre mémoire noire commune ! Rendez-plus visible notre patrimoine ! Protégez le patrimoine de la vieille ville de Dakar ! Ne laissez pas assassiner davantage et notre corniche et notre littoral ! Enrôler l’Ordre des architectes pour être votre bras armé ! Créer un Pôle citoyen-État pour l’écologie et la protection de l’environnement ! Prenez le temps de décider souverainement en reconsidérant avec justice et célérité le redimensionnement et la  monstruosité génocidaire du projet de port de Ndayane-Yène-Popenguine-Toubab Dialaw ! Outre vos directives au Conseil des ministres du 12 décembre 2018, d’achever le processus d’érection du Palais des arts et le Mémorial de Gorée, ajoutez-y, comme vous l’avez réussi pour Diamnianio avec un décisif partenariat international, la réalisation de la Bibliothèque nationale et les Archives du Sénégal, un Palais des Beaux-arts avec, en son sein, une École des Beaux-arts, une École nationale de la danse traditionnelle et moderne, une École de la photographie, une École d’architecture. Ressusciter le projet du Mobilier National ! Protégez le livre et soutenez l’édition nationale du livre scolaire auprès de votre ministre de l’Éducation ! Protégez d’urgence les maitres d’éducation artistique et imposez-les afin que la créativité nourrisse l’esprit de nos enfants. Depuis sept ans, le Village des arts s’impatiente de vous recevoir. Le roi Mohammed VI y est passé en dévalisant tous les ateliers ! La culture se nourrit aussi de la présence physique des princes.  Faites revivre le Commissariat aux expositions d’art Sénégalais à l’étranger en reprenant la route du rayonnement de nos arts à l’international. C’est une diplomatie qui n’a pas de prix ! C’est à votre portée ! Inscrivez-le ! Ajoutez des étoiles au Sénégal !

 

Monsieur le Président, montez plus haut que tous et allez vers le dialogue politique. Apaisez le climat ! Cherchez le consensus là où il est indispensable pour l’unité du peuple sénégalais ! Bien sûr, les impasses et les rejets seront sur votre route.  Mais persistez, laissez votre porte ouverte et que votre peuple en soit le témoin et l’arbitre !  C’est cela que l’histoire retiendra ! Notre peuple sait reconnaître la vérité quand il s’agit d’aller vers la paix, l’unité, le respect de chacun. Nos institutions sont le régulateur de notre unité nationale. S’il arrive qu’elles soient indexées, il importe d’agir ! Procédons à l’évaluation de notre code électoral en y adjoignant ceux qui, hier, auprès de Kéba Mbaye le glorieux, avaient pris part à sa rédaction, comme le juge Tafsir Malick Ndiaye, « la montagne tranquille ». Tuons désormais tout soupçon de corruption du suffrage des Sénégalais. Instituons une fois pour toute une autorité indépendante de régulation des élections ! Rénovons partout ou le consensus citoyen et politique nous le demande. Que notre démocratie soit parmi les plus protégées au monde. Ce  jour arrivera ! Alors, pour l’histoire, faites qu’il arrive avec vous Monsieur le Président ! Nous gagnerions du temps ! Le pouvoir, dit-on, est une arme politique surdimensionnée ! Voilà la mauvaise raison qui fait croire que toutes les institutions  « rentrent à l’écurie avec une bonne poignée d’avoine » !

 

Monsieur le Président, faites vite une offre de paix, d’échange, de dialogue, non pas seulement aux 58, 27 % des Sénégalais qui vous ont bâti une maison dans leur cœur, mais aux autres 20,50%, 15,67%, 1,48%, 4,07% dont vous serez le Président. Ne vous lassez pas de travailler pour  la paix et de toujours rechercher la paix. Fermez votre cœur à l’impitoyable loi de l’adversité politique. L’opposition est à saluer. Elle est reconnue par les institutions. Elle participe de la fiabilité de notre démocratie. Nous en avons besoin comme nous avons besoin des gouvernants. Un oiseau a besoin de deux ailes pour voler ! C’est le Sénégal qui vole ! Atténuons nos différents pour voler ensemble ! Si demain le Sénégal devient riche, il faut que les Sénégalais aussi le deviennent. Mais en travaillant. Une fois de plus, 2024, c’est déjà demain ! Partez, Monsieur le Président,  avec un nom aussi grand et aussi beau que votre pays !

 

Ce pays est un pays de foi et de foi qui date. Nous continuerons à prier même si plus que le pétrole et le gaz, nous possédons des puits insondables de sourates et de gisements infinis de prières pour les millénaires à venir. Mais, au-delà des prières et des sourates, nous devons compter sur notre propre travail, notre propre volonté de bâtir une démocratie en sachant que la démocratie ne vaincra pas la misère, mais quelle peut aider à  la rendre moins cruelle dans un partage équitable des biens, dans  la justice.

Monsieur le Président, bonne chance, bonne route et que Dieu bénisse Macky Sall, Idrissa Seck, Ousmane Sonko, Madické Niang, Issa Sall  et ses candidats de demain, hommes et femmes,  qui arriveront pour tenter de poser leur pays au sommet de la montagne !                    ./.

 

Amadou Lamine Sall

Poète

Lauréat des Grands Prix de l’Académie française

Étonnant et reposant peuple sénégalais ! (Amadou Lamine Sall)

 

Les Sénégalais ont voté ce dimanche 24 février 2019 !

 

Finalement, le plus impressionnant, n’est ni la campagne électorale, ni les programmes des candidats, ni la mobilisation des médias, mais la posture du peuple sénégalais. Un peuple serein, souriant, apaisé, flegmatique même. L’on pourrait dire que tout le vacarme des camps politiques et les commentaires interminables des organes de presse, sont bien loin des préoccupations du peuple Sénégalais. Chaque Sénégalaise, chaque sénégalais, sait d’avance pour qui voter.  C’est une intime conviction. Reste la sincérité du scrutin. Nous espérons qu’il l’est, hormis des impairs constatés çà et là. Ces impairs doivent d’ailleurs complètement disparaître de notre processus électoral. Notre démocratie doit être tolérance zéro.  La suite du processus électoral et les résultats promulgués par la Cour constitutionnelle nous édifierons sous peu sur le choix des Sénégalais. La vigilance doit être de rigueur. Les contestations encadrées par la loi soigneusement prises en contact et éthiquement traitées. Nous devons aller vers le sans faute. Ne rien banaliser. Ne rien mettre à pertes et profits comme notre culture nous y pousse souvent, en laissant tout à Dieu ! Nous devons être exigeants ! La victoire finale du candidat devrait être sans tache et reconnue par tous. L ‘élégance et le fair-play sont notre viatique ! Un grand pas est déjà accompli au Sénégal comparé à ce qui se passe en Afrique : nos tendances sont visibles dès le jour du scrutin, avant minuit.

 

Notre longue tradition de la pratique du vote, installe notre pays parmi les plus sûrs, les plus respectés. Nous souhaitons, pour notre part, que cette tradition démocratique se perpétue et s’accélère au point de nous libérer de milliers d’observateurs venus du monde entier nous « scruter » et « veiller », dit-on, à la fiabilité du scrutin. Nous sommes de ceux qui souhaitons que dans les prochaines années à venir, nos élections se déroulent sans observateurs étrangers. C’est cela le signe d’une vraie souveraineté. Nous devons assumer notre démocratie et dire aux autres de nous faire confiance. Nous n’avons pas besoin de baby-sitters pour valider la sincérité de nos élections. Nous sommes nombreux, les hommes politiques compris, à appeler à la libération de nos pays, c’est à dire à gouverner nous-mêmes nos ressources, à protéger notre économie, à donner la priorité à nos entreprises nationales. Dans la même lancée, nous devons nous passer d’observateurs internationaux pour venir nous accompagner dans notre suffrage universel pour le valider face au monde. Pour certains, c’est une blessure ! Le peuple sénégalais est assez majeur, responsable, digne, pour s’assumer et assumer la sincérité de son vote. Que nous sachions, l’Union Africaine n’a été jamais conviée nulle part en Europe pour être observatrice dans une élection européenne ? Cela ferait même rire !

 

En allant voter ce dimanche 24 février 2019, nous nous sommes de nouveau rendu compte que nous étions un grand peuple. Accompagné de mon épouse et de ma maman vieille de plus 90 ans et qui a tenu à voter, je me suis retrouvé fier, si fier de mon pays. Ceux qui siégeaient dans le bureau de vote étaient d’une touchante courtoisie. Autre fait admirable : une maman sénégalaise qui dans la cour du centre de vote, rit avec sa fille en lui disant : « Tu n’as pas accepté de voter pour mon candidat ! Alors, tu t’assumes et ne viens pas demain me demander de te rendre un quelconque service. Vas plutôt le demander à celui pour qui tu as voté » ! C’est cela mon beau pays : un pays de paix et de cœur !

 

Que Dieu veille sur le Sénégal !

Amadou Lamine Sall

Poète

 

Présidentielle 2019- Senghor: L’héritage et le message (Amadou Lamine Sall)

A quelques semaines d’une échéance électorale décisive pour notre pays, en février 2019, écoutons l’éclairage de Senghor. Nous sommes en 1980. Trente neuf années nous séparent de ce que nous allons entendre. Senghor s’apprêtait à quitter ses fonctions de président de la République.
– Je partirai. Ce ne sera pas pour donner un exemple aux autres chefs d’État. Je partirai parce que c’est cela qu’il faudra faire en son temps. C’est comme cela que je m’accomplirai. D’autre part, si je veux donner un exemple, c’est à mes successeurs sénégalais, afin qu’eux aussi, après avoir accompli leur tâche, ils aient le courage de partir. Ma pensée dernière sera pour le Sénégal de l’an 2000. Un Sénégal tourné vers l’avenir. Je passerai mes grandes vacances en France, mais la majeure partie de ma vie au Sénégal. J’ai dit à ma femme où je voulais être enterré : dans le cimetière de Joal. J’ai dit au cardinal Thiandoum, archevêque de Dakar, que, pour mes funérailles, je voulais des chants grégoriens.
– Il est bon que les jeunes nous critiquent. Et qu’ils essaient de nous dépasser. Nous ne sommes pas des classiques, mais des pionniers : après nous viendront les classiques.
– Au Sénégal, l’État s’incarne dans les trois pouvoirs « législatif », « exécutif », et « judiciaire » définis dans la Constitution. J’insiste, en particulier, sur l’indépendance de la Magistrature. Nous avons une organisation dont le modèle est français, mais repensé par nous-mêmes. C’est ainsi que notre Cour Suprême, qui a un rôle majeur dans le contrôle des élections, est souvent saisie par les citoyens. Saisie par les citoyens, plus de 60 fois sur 100, celle-ci casse la décision du Gouvernement pour « abus de confiance », ce qui prouve que nous ne sommes pas encore débarrassés de l’esprit napoléonien de l’administration française.
– L’État, c’est l’autorité souveraine qui s’exerce sur un peuple à travers des hommes et des institutions. La Nation, c’est la volonté commune de vie commune d’un peuple donné. La Nation repose sur l’ethnie. Dans une nation, les gens ont dépassé les différences de race, de religion et de caste.
– C’eût été tentant d’annexer la Gambie. Beaucoup de sénégalais le voulaient. Je m’y suis toujours opposé. Le Sénégal et la Gambie ont réglé parfaitement, parce qu’à l’amiable, leurs questions de frontières.
– Sur le plan politique, la Révolution, ce n’est pas la dictature des intellectuels, ni des travailleurs salariés, ou de l’État inquisiteur, pensant pour nous. La Révolution, pour nous aujourd’hui en Afrique, coïncide avec la démocratie, ce qui suppose la séparation des pouvoirs, le pluripartisme, une justice indépendante et des syndicats libres. La politique sociale doit assurer la justice, la multiplication des emplois et une sécurité sociale qui assure aux plus pauvres la médecine gratuite.
– Le dialogue, pour être efficace, doit se dérouler sur une base d’égalité, non pas matérielle, non même pas politique, mais morale.







– Le chef de l’État doit avoir une vue globale, harmonisé parce qu’équilibrée des choses. Si nous avons nos qualités, nous avons aussi nos défauts. Les Sénégalais ayant été très influencés par la France, ils jugent un peu trop les choses d’après un paramètre européen. Nous passons pour intelligents, mais nous sommes individualistes et légers : nous avons beaucoup perdu du sens communautaire négro-africain. Le laxisme de l’Occident nous a envahis, relâchant la tension soudano-sahélienne de nos ancêtres. Il y a le Peuple sénégalais, un peuple intelligent et courageux au travail comme à la guerre.
– On se sent solitaire comme chef d’État parce qu’on constate que chaque groupe socioprofessionnel, voit d’abord, ses intérêts, que chaque parti vise, avant toute chose, à conquérir le pouvoir ou à le garder. Il faut tout faire et la tâche est immense.
– « La politique » c’était, pour moi, les ambitions personnelles, la « magouille », le mensonge. Je me suis alors toujours référé à la définition de Platon, la politikè, comme l’« art de gouverner la cité » pour rendre les hommes plus prospères et meilleurs. La politique doit reposer sur l’éthique. Je pense, en définitive, qu’il y’a une morale de la politique, voire que la loyauté et l’honnêteté paient. Même si elles ne paient pas, la seule satisfaction qu’on puisse avoir dans son action politique, c’est de rester fidèle aux sentiments de l’honneur et de travailler au développement de son peuple. La politique doit reposer sur la vérité, sur l’honnêteté, sur la loyauté, sur le courage, physique et moral. Il ne faut pas céder sur les exigences morales. Même si l’on doit échouer, car il y a des échecs qui sont positifs. C’est la raison pour laquelle je poursuis, d’une façon irréversible, la démocratisation de l’État sénégalais. Car c’est la démocratie qui peut le mieux servir la vérité et la justice, bref, la morale, et le développement par surcroît.
– La démocratie existait en Afrique, avec débat, c’est-à-dire confrontation des idées, mais elle était « unanimiste » avec un respect insuffisant des droits de la minorité.
– Je pense qu’il faut une démocratie forte, avec un exécutif fort, c’est-à-dire un régime présidentiel avec un chef d’État élu au suffrage universel par le Peuple. Un régime présidentiel doit être franc et non pas honteux. Dans un pays qui pousse la démocratie jusqu’à ses limites extrêmes, jusqu’à sa caricature, avec la multiplicité des partis, où règnent l’individualisme et l’esprit de contestation, le gouvernement d’assemblée instaure l’instabilité. Celui-ci peut être efficace, mais seulement chez des peuples qui sont froids, disciplinés, équilibrés. Un gouvernement d’assemblée ne peut réussir chez les Fluctuants, aux Méditerranéens, aux latins, aux arabo-Berbères, aux Négro-africains.
– Je serai tolérant. Pour quoi, au Sénégal, nous avons modifié, dans le serment du président de la République, la référence à Dieu, puisque, selon notre Constitution, un athée peut être président de la République. Cette tolérance est un des traits de la sénégalité.
– Chez les Sérères, « c’est le ventre qui est noble » : on est noble par sa mère, et non pas par son père. Mon père était catholique. Ma mère animiste, mais elle a été baptisée à la fin de sa vie. Quant à mon oncle Waly Bakhoum, il aimait bien boire, mais il a fini par se convertir à l’islamisme. Et il est mort en bon musulman.
– Dans notre Constitution, nous avons inscrit les libertés religieuses. Mieux : nous disons que les religions sont des moyens d’éducation. Notre État est laïc : il n’y a pas de religion d’État, mais nous coopérons avec les communautés religieuses. Le Gouvernement les aide concrètement à remplir leurs missions.
– Il n’y a pas de préjugés de race ni de religion au Sénégal ; ce qu’il y’a, c’est un sens régional aigu, surtout dans les régions périphériques, jusqu’ici défavorisées par leur éloignement de la Capitale.
– De temps en temps, il y a des grèves sauvages, bien sûr. C’est la paix sociale qui nous permis, en grande partie, de surmonter la sécheresse qui, en 18 années d’indépendance, a sévi neuf fois. La meilleure preuve que nous avons avancé est que, notre revenu par tête d’habitant est passé en 18 ans, de 160 à 420 dollars. Le développement industriel a suivi la paix sociale.
– En général, les « sociétés d’État » n’ont pas été des facteurs de progrès. Notre modèle à l’horizon de l’an 2001, est que l’État fait le plan, organise la vie économique du pays et contrôle. La cogestion entre l’État, les cadres, les employés et les ouvriers me semble être la meilleure solution. Nous mettons l’accent sur l’esprit de méthode et d’organisation comme sur l’enseignement des sciences et des techniques modernes. Ce que révèlent nos enseignements primaires, moyen et secondaire, où la mathématique est la discipline prioritaire. Quant à l’enseignement supérieur, 20% des étudiants s’y dirigent vers des carrières d’ingénieurs et de techniciens supérieurs. Nous avons dans l’industrie, nationalisé les industries monopoles de base, comme la production et la distribution de l’eau, ainsi que celles de l’énergie. D’abord, il faut savoir gérer. L’échec, partout en Afrique noire, vient, essentiellement, de ce que nous n’avions pas appris à gérer.
– S’agissant de la terre, nous sommes revenus à l’ancien droit négro-africain, où la terre ne pouvait être un objet de propriété individuelle ou familiale, mais était propriété nationale au sens de la gens. Le secteur rural passe, dans notre Plan, avant tout autre secteur, l’éducation et la culture exceptées.
– Notre Code de la famille est significatif de l’esprit, nègre et moderne, en même temps, adapté à notre « univers mental » et à nos « sociétés traditionnelles ». Nous avons favorisé la monogamie avec la coopération des autorités religieuses. La polygamie est l’exception et la monogamie, la généralité. Nous avons fait porter notre principal effort sur l’abolition de la discrimination entre les sexes dans la fonction publique. Nous essayons d’avoir une conception dynamique de la « libération de la Femme ». Il ne s’agit pas d’une égalité mathématique, mais d’une égalité complémentaire.
– Comment faire pour garantir l’exercice des Droits de l’Homme ? Je réponds : en organisant une démocratie à l’africaine. Ce qui ne suppose pas, nécessairement, un pluralisme politique et syndical foisonnant, mais au moins deux partis et des élections régulières, mais encore la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, avec, naturellement, l’indépendance de la magistrature. Aujourd’hui, la plupart des régimes africains sont des régimes, sinon dictatoriaux, du moins personnels, où la personne est méprisée.
– Les Sénégalais sont très politiciens, individualistes et débrouillards. De temps en temps un militant de l’UPS formait un parti dissident et attendait qu’on vînt le chercher. Quand les membres du PRA Sénégal sont revenus à l’UPS, nous décidâmes que, désormais, nous n’accepterions plus de discuter avec des dissidents. C’est pourquoi, quand M. Abdoulaye Wade est venu, en 1974, me demander s’il pouvait déposer les statuts d’un nouveau parti, j’ai eu l’impression que c’était du chantage, et j’ai dit « oui ». C’est ainsi que le PDS a été fondé.
– La Constitution issue de l’indépendance posait le principe du pluripartisme. En 1976, nous modifiâmes la Constitution, en reconnaissant trois courants : un courant libéral de gauche, de tendance radicale-socialiste, un courant socialiste et démocratique, que représente le parti socialiste du Sénégal, et un courant marxiste-léniniste, qui se réclame du « socialisme scientifique ». Cependant la réalité est plus complexe. Il y a au Sénégal des conservateurs réactionnaires et des conservateurs libéraux. A l’extrême gauche, c’est un rassemblement hétéroclite. Le Parti africain de l’Indépendance de M. Mahjemouth Diop avait beaucoup hésité. C’est un parti qui avait provoqué des émeutes au lendemain de l’indépendance et dissous de fait. M. Diop nous demanda, si malgré cela, nous pourrions reconnaître le P.A.I. J’ai dit « oui ». C’est un mouvement authentiquement révolutionnaire. M. Diop a écrit des ouvrages sérieux. Je ne dis pas que je suis d’accord avec lui, mais j’ai de l’estime pour son honnêteté intellectuelle et morale.
– Au parti socialiste, mes idées n’ont pas toujours triomphé ; je pense même que le PS est en retard de vingt ans sur mes idées. Mais nous sommes dans un pays en développement, et il ne faut pas multiplier les partis. Sans quoi, on risque de tomber dans l’anarchie. Le Parti socialiste pourra garder le pouvoir longtemps. Indéfiniment ? Non. Il est naturel qu’un jour, un autre parti triomphe.
– Il s’agit, dans le cadre d’un plan de développement, de définir un modèle. Celui-ci devrait tracer une 3ème voie entre les « démocraties parlementaires » de l’Ouest et les « démocraties populaires » de l’Est, sans être nécessairement sociale-démocrate.
– L’instabilité politique tient, à la fois, de l’ethnie et de l’histoire. Comme les Méditerranéens, comme les Latino-Américains, nous sommes, nous Africains, des Fluctuants. Nous avons, tous, une profonde et orageuse affectivité, qui réagit, sans tarder et brutalement à l’évènement. Il s’y ajoute que beaucoup de chefs d’État manquent de culture, n’ont pas assimilé l’esprit de méthode et d’organisation : ils ne sont pas habitués à voir les choses globalement et dans une vision prospective. Les coups d’État militaires sont une conséquence de cette situation. Certains chefs d’État civils ont cédé à la facilité. Ils ont fait de la dictature ou se sont laissé aller à la corruption. Il y a eu des soulèvements populaires, et l’armée est intervenue, qui représente un puissant élément d’ordre et de stabilité dans un pays en développement. Pour le Sénégal, la stabilité provient, essentiellement, de ce que nous avions plus de cadres que les autres États francophones et que nous étions, déjà, habitués à la démocratie. Quand il n’y a pas de démocratie, le seul recours, c’est le coup d’État militaire. Il est évident que les Occidentaux ont favorisé les coups d’état militaires contre des chefs d’État qui se situaient à gauche. J’ai même l’impression que, parfois, la France a favorisé les coups d’État militaires, ou laissé faire, ce qui revient au même. Dans un ou deux cas, c’est l’évidence : elle espérait avoir un partenaire plus docile. Il reste que nous sommes, nous Africains, les principaux responsables de cette situation.
– Après l’indépendance, nous avons noué des relations privilégiées avec la France, tout en diminuant son influence culturelle, mais aussi économique. Les programmes de l’enseignement ont été révisés, avec les manuels, pour mettre l’accent sur l’Afrique.
– Nous avons en 1971, fixé, par décret, la transcription phonétique de nos six langues nationales. Je préside moi-même des commissions qui ont pour tâche de faire un premier travail de séparation grammaticale des mots dans la proposition et dans la phrase. Tout est encore à faire en matière de linguistique négro-africaine.
– Le Sénégal, a, à peu près, aujourd’hui la moitié des agrégés de mathématiques et des docteurs d’État de mathématiques de l’Afrique noire francophone. Nous formons, chaque année, quelques deux cents ingénieurs. Je préside au moins un conseil interministériel consacré à la recherche appliquée comme à la recherche fondamentale.
– L’Europe qui a les sciences et les techniques, n’a pas les matières premières. Nous, nous avons les matières premières.
– Le racisme des Arabes, ce sont les Européens qui l’ont mis dans la tête des Nègres. On embrasse les Arabes, mais quand il s’agit d’enseigner la langue et la civilisation arabes, on trouve que ce n’est pas très intéressant, que ça rapporte moins que d’apprendre l’anglais, le russe, l’espagnol.
– Tous les ans, le 23 octobre, ou moi ou le Premier ministre, nous adressons un message aux Sénégalais pour maintenir leur confiance dans les Nations Unies. Si la Charte de l’Organisation ne nous plaît pas, telle qu’elle est actuellement, nous devons en demander démocratiquement la modification.
– L’Unesco joue un rôle primordial. Il s’agit de la Science et de la Culture, de ce qui est au début et à la fin du développement humain.
– Je crois que Socrate, avec son nez camus et sa façon imagée de s’exprimer par mythes, avait du sang noir parmi d’autres sangs.
– Les films arabes et indiens répondent mieux à notre culture. : ils n’ont pas les défauts du cinéma européen, c’est-à-dire la violence, la drogue, la pornographie. Le cinéma africain d’aujourd’hui, ce ne sont trop souvent que des images à l’européenne. Nous avons de bons cinéastes. Le plus connu est Ousmane Sembène qui se proclame marxiste-léniniste.
– Nous avons remarqué qu’on écrivait de plus en plus mal le français : non seulement les Sénégalais, mais aussi les français.
– D’une façon générale, nous, Sénégalais, sommes contre la dissémination nucléaire. Parce que la voie nucléaire est une voie dangereuse pour le monde. Il nous faut nous engager dans celle de l’énergie solaire.
– Le combat le plus important reste le problème culturel. Le combat n’est pas terminé, et nous aurons, nous du Tiers-Monde, à nous battre encore longtemps, et dur, pour faire accepter nos valeurs. Il faut arriver à un pouvoir égal, mais surtout à une organisation égale d’information entre le monde développé et le monde en développement.
Il y a 39 ans que Senghor nous parlait ainsi !









(Source : Léopold Sédar Senghor, la poésie de l’action, 1980, Éditions Stock)
Amadou Lamine Sall
Lauréat des Grands Prix de l’Académie française

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Ce poème pour mes voeux 2019 à mon beau peuple (Amadou Lamine Sall)

MON PAYS N’EST PAS UN PAYS MORT

 

Amadou Lamine Sall

 

Mon pays n’est pas un baobab nocturne une herbe flétrie une fleur froide

un fruit anémique une terre agenouillée

Mon pays n’est pas une route coupée un pied boiteux une chaussée pourrie au ciel boueux

 

Mon pays n’est pas dans l’urgence des vautours il est dans la foulée des tigres et le lion a encore la mâchoire qui brûle et le ventre en flammes

Mon pays n’est pas un pays mort

 

mais elle s’est pourtant réfrigérée la mémoire

mort le sang bleu dans la case des hommes pressés

et le rêve de ceux qui ont cru dompter l’alphabet court nu dans les rues et les enfants ne jettent même plus des pierres à ce lambeau de rêve

 

Mon pays n’est mort que dans la hâte de ceux qui marchent sur les chemins de mirages les yeux glauques l’horizon cupide

 

Mon pays n’est mort que dans les fils de l’impatience les fils malicieux de la politique les sidéens du pouvoir dans la malaria et le paludisme des urnes

 

les fils arqués de la politique les bergers à venir mais si fatigués déjà comme de vielles « Peugeot » des années de jazz

 

Mon pays n’est mort que dans les rois de midi et

 

les princes qui mûrissent le trône avant le maïs et l’arachide les terrasses d’or avant la paille de chaume des toits du Sine la chaise de satin avant le tabouret de termitière

Mon pays n’est mort que dans les fils surdoués des feux de brousse qui dévorent jusqu’aux refuges des lépreux

 

Ce pays mon pays n’est mort que chez les morts d’avant les lampes car elles arrivent elles arrivent les grandes lampes

 

arrivent la soie les canapés de laine dans les taudis des banlieues arrivent les bronzes rares les toiles des enfants d’Oussouye

 

les livres des enfants du Fouta

 

arrivent les hautes sourates les chants grégoriens les libations arrivent les femmes les hommes d’un siècle nouveau

 

Mon pays n’est pas un pays mort

 

malgré les fourmis les béquilles les cafards les sommeils lents Mon pays n’est pas mort malgré les journaux maladifs Mon pays n’est pas un pays mort

 

 

 

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malgré les fourneaux pâles la solitude d’une pomme de terre Mon pays n’est pas un pays mort

 

il vit ce pays se tourne se retourne danse et pleure et chante dans l’angoisse infinie que masse toujours une foi infinie que consolent une cloche un minaret le regard

velouté d’une maman infinie

Mon pays n’est pas un pays défunt

 

il ne porte comme la vie que les pas lourds d’un soldat amputé le sourire au gingembre d’une femme que la beauté honore

 

il est bien debout mon pays grave beau et fort

 

Mon pays n’est pas un pays mort mon pays n’est pas un murmure son peuple au front d’étoiles et à la bouche de sel est

 

une mer haute féconde navigable pour toutes les fraternités du monde Chacun sait ici pourquoi alors nous serons toujours vivants

 

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Décès de la grande poétesse Mame Seck Mbacké (Amadou Lamine Sall)

Notre cher frère, le journaliste culturel Alassane Cissé, résolu et toujours au front pour nos causes culturelles, vient de m’annoncer ce lundi 24 décembre 2018, la triste nouvelle de la disparition de notre sœur, la poétesse Mame Seck Mbacké.

 

Alassane, je suis loin du pays, hélas. Je lis, venant de toi, la triste nouvelle. Quel choc, en cette fin d’année ! Mame Seck Mbacké: que de souvenirs, que de temps de vie partagée avec Ousmane Sembene à qui elle a donné un magnifique garçon, feu Mamadou Traoré Diop l’irremplaçable, Alioune Badara Béye qui doit être très affecté et je sais à quel point, Ibrahima Sall le plus inspiré d’entre nous, un peu isolé aujourd’hui et pas très en forme côté santé, Nabil Haïdar puissant créateur. Avec Birago Diop, Tra, Bèye, Ibrahima, Sembene, Nabil, le professeur Mouhamadou Kane, Abdou Anta Ka le sanguin et homme de culture hors du commun, notre regrettée sœur la poétesse Fatou Ndiaye Sow, Amadou Guèye Ngom le génial et fin bijoutier des mots, Ken Bougoul la prodigieuse, Cheikh Aliou Ndao, l’intraitable pédagogue, Bilal Fall, l’abeille, aujourd’hui très en retrait de notre espace littéraire sans rétroviseur, Oumar Willane, veilleur et visionnaire. Toute cette superbe et précieuse famille était là, sans oublier notre bien-aimée Aminata Sow Fall, l’éternelle Annette Mbaye d’Erneville. Nous sommes dans la fin des années 70.

 

Mame Seck Mbacké était là. Ce qui vous frappait en premier, chez elle, c’était sa très distinguée noirceur. Une élancée et très belle femme. Ensuite, on retenait son engagement spirituel. Elle était fort pieuse. Fort pudique, avec des valeurs sur lesquelles elle ne transigeait pas.

 

Un jour, il faudra bien s’arrêter et faire non seulement le point, mais aussi rendre hommage à nos femmes, poétesses et écrivaines, dont certaines, comme Ndéye Coumba Mbengue Diakhaté et j’en oublie, méritent un souvenir, un hommage.

 

À toute la communauté des poètes et des écrivains, je présente mes condoléances. Je n’oublie pas Monsieur le ministre de la Culture Abdou Latif Coulibaly qui partage notre espace de représentativité et l’ensemble de ceux qui servent le département. Mes pensées affectueuses à ceux qui, hier aussi, inoubliables, le servaient.

 

Mame Seck Mbacké était mon amie. Elle était ma sœur. Elle restera dans mon cœur, mes pensées et mes prières, pour longtemps. Très longtemps.







Senghor: Dix sept ans qu’il dort sans fin !

C’est le 20 décembre 2001 que vous nous avez quittés : pourquoi ceux que nous aimons meurent-ils ? Que restent-ils de ceux qui voyagent si loin, si près, si ce n’est la mémoire de ceux qui sont encore restés et qui se préparent, eux aussi, pour l’éternelle couette de terre ? Alors, que reste t-il vraiment qui surmonte le temps, si ce n’est les livres d’histoire ? En écrivant ces mots, mon cher poète, je pense à vous, je pense aussi à un autre homme disparu le 4 décembre 2018 dernier, à 16 jours du 17ème anniversaire de votre grand sommeil. Le Sénégal a pleuré Sidy Lamine Niasse, d’une année mon aîné, enfant de Kaolack comme moi. J’évoque sa mémoire ici, car ma maman l’aimait et elle a beaucoup, beaucoup pleuré quand je suis allé dans sa chambre lui annoncer notre deuil. Je n’aime pas voir ma mère pleurer. Que l’on ait de l’estime pour lui ou non, Sidy Lamine était Sidy Lamine. « Amadou, je viendrais embrasser notre maman, bientôt », m’avait-il lancé à la fin du dîner en la résidence de notre ami, l’Ambassadeur de Palestine, Safwat Ibraghith. La Palestine belle et rebelle, se souvient toujours de Léopold Sédar Senghor ! Tous vos successeurs lui ont gardé ce que tu lui avais donné, le premier ! Un héritage qui honore notre pays au sein de la communauté internationale.

 

Si cher poète, comme le temps est long depuis votre grand sommeil ! Et pourtant, vous êtes si présent en nous, avec nous. Pas une année où aux plus reculés des hémisphères, l’on ne vous fête ! Nous rentrons de Paris le 9 novembre 2018 où l’Académie des Sciences d’Outre-mer célébrait, autour de la thématique de la trilogie de la  paix, trois grands noms : Léopold Sédar Senghor, Martin Luther King, Alfred Manessier le peintre. Monsieur Moustapha Niasse, votre ami si fidèle, disciple invincible, en sa qualité de président du Conseil d’Administration de la Fondation L.S.Senghor en était l’invité d’honneur. Maître Boucounta Diallo, Raphaël Ndiaye, directeur général de la Fondation et votre peul qui a migré dans les bras des Sérères, étaient présents au pays de Victor Hugo. C’est comme si vous y étiez et vous y étiez ! Monsieur Gérard Bosio, le fils inconsolé et qui fut votre conseiller, nous y a accueillis. Il s’échine, avec grand mal,  à ouvrir un musée en votre nom où seraient enfin exposées toutes les œuvres du patrimoine que vous lui avez laissées et qu’il garde comme le dernier grenier de mil ! Au même moment, Emmanuel Macron le jeune Président français qui tisse sa légende mais à qui un mouvement populaire sorti de l’exaspération et de la pauvreté, dénommé les « Gilets jaunes », lui ôte ses aiguilles et ses étoffes, pourrit le quinquennat, met la France à nu, face au monde. Le Président français recevait près de 70 Chefs d’État, pour la commémoration du 11 novembre, cent ans après la 1ère guerre mondiale de 14-18.

 

J’ai pensé alors au soldat Senghor, combattant de la seconde guerre mondiale ! Je me souviendrais toujours de mon voyage à Saint Médard en Jalles, non loin de Bordeaux, cette localité où vous aviez été interné comme prisonnier de guerre et dont la médiathèque porte désormais votre nom. Vous imaginant dans ce camp près de 82 ans plus tard, j’ai mesuré en foulant ce sol, combien la grâce divine vous avait préservé de la mort. Plus fascinant encore : jamais en vous regardant gouverner, dire des poèmes, prononcer des discours, manger, dormir, l’on ne pouvait distinguer en vous que vous aviez été un seul jour de votre vie au cœur de cette boue glaciale et sanglante que fut le théâtre de la guerre, en ce temps-là ! Je n’ai jamais vu et entrevu en vous que la lumière ! Ou cachiez-vous donc cette vie antérieure, me suis-je toujours demandé à vos côtés ? Est-ce donc la poésie qui avait tout embelli en vous ?

 

Tiens, le 25 novembre, en entrant dans les locaux de la nouvelle radio « imedia », où j’étais venu prendre part à un débat animé par le teigneux journaliste Alassane Samba Diop, je vous ai trouvé à l’accueil avec Nelson Mandela. Oui, une belle photo de vous et du grand zoulou décorent les locaux de cette naissante station radio ! Bel hommage d’une solide compagnie d’invincibles journalistes, dont Mamoudou Ibra Kane, Antoine Diouf,  Khalifa Diakhaté, entre autres. Vous êtes ainsi dans le cœur d’une nouvelle génération médiatique qui triomphe par sa rigueur et sa qualité.

 

Si cher poète, Monsieur le Président -dans l’ordre alphabétique-, vous assistez de là où désormais votre regard déshabille toutes choses, aux tribulations du Sénégal dans ce qui devait être un moment apaisé de haute responsabilité et qui, sous nos yeux, se révèle comme un tragique théâtre politique de fous et d’hallucinés. La politique et des ambitions démesurées ont rendu méconnaissables notre pays.  Notre chance, cependant, est que le plus grand nombre du peuple Sénégalais reste grand et lucide. Seule l’arène politique est atteinte d’un cancer généralisé. Nous espérons que le suffrage universel, au lendemain des élections présidentielles de février 2019, guérira très vite, au réveil, les plus atteints. Le système fort contesté dit du parrainage a déjà sorti de la chimiothérapie quelques chanceux. Un vent de folie et d’ambition que rien ne semble arrêter, pollue jusqu’à l’eau de nos robinets. Le peuple se tait. La horde des politiciens déferle sur nos vies. Sans respect. Avec une poignante honte. Ce visage là ne ressemble pas à votre pays. Tant pis si nous acceptons cette fatalité. Peut-être mènera t-elle à un jour nouveau, une autre manière de faire de la politique, une autre manière d’être digne.








Votre 4ème successeur bâtit, bâtit, bâtit ! Quelque soit l’adversité, il sera difficile de dire de cet homme qu’il fut un flâneur tenant en laisse une tortue pour installer son pays au cœur de la modernité. Nous lui souhaitons que l’histoire de son héritage ne soit pas d’argile ! Mais nous n’oublions pas que des Chefs d’État africains paient cher pour offrir la pauvreté à leur peuple ! Ce qu’il nous faudrait accélérer serait plutôt l’émergence d’industries productives, génératrices d’emplois et de richesses, exportatrices, sans lesquelles il ne saurait y avoir de véritable pays avancé. Là, se logent nos faiblesses. Il faudra bien résorber ce gap ! L’État seul ne saurait y réussir, mais il doit pousser dans ce sens le secteur privé national et international, dans un partenariat dynamique, qui relaie et complète les actions de l’État.

 

Macky Sall, c’est son nom, cher poète, brigue un second mandat en février 2019. Le temps de vos 20 ans au pouvoir est bien sûr révolu. Je vous vois d’ailleurs en rire ! Vous nous avez toujours confié que vous étiez arrivé au pouvoir par accident et que vous ne comptiez pas y rester longtemps, jusqu’à cette fameuse et si contestée tentative de coup d’État qui changea le temps de votre mandat. Votre 4ème et jeune successeur a fixé la norme à deux mandats de cinq ans. Après lui, nous souhaitons que les Sénégalais approuvent un mandat unique dont la durée restera consensuellement à être fixée, afin d’avancer et d’éviter à notre pays de détestables échéances trop proches les unes des autres qui nous installent dans des campagnes électorales permanentes, sans compter les inévitables compromissions de renouvellement de mandat avec de grosses coalitions politiques qui ne viennent pas que pour boire du thé !

 

Tiens, le Musée des Civilisations Noires dont vous rêviez vient d’être enfin inauguré, 11H,  le jeudi 6 décembre 2018, par l’heureux Président Macky Sall !  Près de 93 ans d’attente, décompte fait ! En effet, que de temps parcouru depuis 1925, date d’évocation de ce projet par un certain Lamine Senghor, puis 1957 avec les assises de Rome autour d’intellectuels et d’artistes, 1966 avec le totémique Festival mondial des arts nègres, 1974 avec le Conseil des ministres spécial de Dakar sur le musée. Quatre dates marquantes révélées par l’actuel ministre de la Culture  Abdou Latif Coulibaly devant le Parlement, le 4 décembre 2018 ! L’inauguration du tant souhaité projet du Mémorial de Gorée attendra combien d’hivernages ? Le Président Sall a dit oui à ce projet dans son discours d’inauguration du Musée et l’a réitéré en lettres d’or au Conseil des ministres du mercredi 12 décembre 2018. Enfin, le symbole de toutes les mémoires souffrantes serait érigé pour  l’histoire  et dans l’histoire des Noirs de toutes les couleurs!

 

Que te rapporter d’autre, cher poète, en ces temps incertains du monde. Les États Unis d’Amérique scalpent les États libres et son invraisemblable et fatidique Président a ouvert des boutiques de linceul le long de ses frontières. La Grande Bretagne lutte contre elle-même et aiguise ses couteaux avec ses propres dents en sortant de l’Union Européenne par le « Brexit ». La Chine continue sa marche jaune devenue jaune-arc-en-ciel, pour dire que ses conquêtes sont devenues grandes. L’Afrique s’organise. Juste le temps encore d’enterrer le reste des Chefs d’État qui l’humilient et la déshonorent ! Mais nulle part dans le monde, la démocratie ne porte des habits de grande lumière. La justice, non plus. Le combat des écologistes s’intensifie, conséquence de l’accélération du réchauffement climatique face à des gouvernants aveugles et suicidaires. La 3ème guerre mondiale est déclenchée : nature contre homme. La fin n’est plus loin ! Au Sénégal nous luttons contre un projet de port monstrueux, une pieuvre géante et puante qui étend ses tentacules de Ndayane à Toubab Dialaw, sur un des plus beaux littoral sénégalais ! Un génocide écologique qui s’annonce si le Président Sall n’y apporte pas la plus précieuse et la plus patriotique des attentions ! Déjà, les catastrophes du port de Bargny-Sendou sont désormais ressenties jusque chez toi, cher poète, à Joal la Portugaise ! Tes vertes vérandas sont menacées par la suie noire des vents noirs de la pollution. La poésie résiste, mais jusqu’à quand ? Mais le temps des poètes n’est pas fini ! Dans l’actualité des réflexions du monde, j’apprends ceci du chercheur américain André Tanenbaum : « Dans le futur, chacun possédera chez soi un terminal connecté à un réseau d’ordinateurs. On pourra faire des référendums spontanés sur des questions législatives importantes. Plus tard, on pourra supprimer les représentants du peuple au bénéfice de l’expression populaire directe. » Par ailleurs, sur un autre sujet de langue et de religion, je partage avec vous ces éclairantes leçons de Fawzia Zouari : « Des élus français confondent l’enseignement de l’arabe avec l’enseignement du Coran. Ils se trompent. L’arabe existait avant le Coran et était une langue de poésie avant tout. De même que bien des musulmans prient sans savoir lire ni écrire. Donc, il n’est point besoin d’apprendre l’arabe à l’école pour connaître et pratiquer la religion (…) le plus grand pays adepte de cette foi, l’Indonésie, ne parle pas l’arabe (…) le musulman peut naître chinois (…) l’arabe est aussi la langue des juifs et des chrétiens d’Orient ».

 

Mon cher poète bien-aimé, dans mes lectures qui m’éloignent de l’environnement médisant et nauséabond de nos politiques, de l’angoisse de nos peuples, j’ai appris que Dieu nous parlait et nous écrivait tous les jours avec des consonnes et que c’était à nous d’y introduire les voyelles, pour tracer et assurer notre propre verticalité vers Lui.

Votre pensée nous manque. Elle nous donnait à boire quand nous avions grand soif !

En ce 20 décembre 2018, 17 ans après votre grand sommeil, sur votre tombe poussent des poèmes que des pèlerins sont venus écrire pour vous et qu’ils n’ont pas voulu signer. Quand arrive le vent, il les essaime dans tout le cimetière de Bel air et les morts les lisent à haute voix la nuit avec Julien Jouga.








Vous ne nous avez jamais quittés !

 

Par Amadou Lamine Sall

Lauréat des Grands Prix de l’Académie française

 

 

 

 

«Croissance», «Décroissance»: Quel modèle de développement pour un autre type de société ? (Amadou Lamine Sall)

Ce que nous vous offrons ici à lire est un partage de nos rencontres avec le monde de l’économie et le travail de chercheurs chevronnés. La curiosité conduit à tout. La passion du savoir, aussi. Nous n’avons d’autre mérite que d’avoir lu le travail des autres et d’y greffer « ce que nous croyons », au regard de la configuration économique de nombre de pays en Afrique, depuis l’indépendance. Bref, nous avons voulu, avec vous, cheminer dans le questionnement, tenter de croire à un autre système de « progrès » pour nos peuples !

La notion de « croissance » économique, dans son système, son concept, ses théories, serait-elle devenue la tombe, à marche accélérée, de notre quête de développement et de bien-être en Afrique ?  Si l’on consulte les définitions contenues dans les livres ou les dictionnaires de l’économie, on apprend que « la croissance économique correspond à l’augmentation de la production de richesses marchandes. On la mesure principalement à l’aide de l’évolution du produit intérieur brut (PIB). Depuis la révolution industrielle, le PIB a évolué marquant des périodes de hausses plus ou moins fortes et de creux plus ou moins fortes » Nous avons finalement appris « qu’à chaque théorie existe sa contre-théorie et même son “paradoxe” ». Nous nommerons ici deux économistes cités dans nos lectures: Robert Solow, prix Nobel en 1987. Pour lui, “trois facteurs sont constatés: le capital (au sens de l’investissement), le travail et la technologie. Il ajoute que s’il n’y a pas de progrès techniques, on ne peut pas avoir de croissance soutenue”. L’autre économiste est Paul Romer, prix Nobel en 2018. “Il a développé en 1986 une théorie de la croissance endogène. Ses travaux ont démonté que le progrès technique est le résultat d’actions intentionnelles de la population, comme la recherche et le développement, et non plus quelque chose qui évolue spontanément.” Selon Romer, “considérer la connaissance et l’information comme une ressource est ce qui crée de la croissance économique. Contrairement aux  autres ressources, la connaissance n’est pas seulement abondante, elle est infinie. “








Au final, la question que l’on se pose est celle-ci: peut-on “mesurer différemment la croissance ?”. On a noté que “le PIB comme seul critère de santé économique d’un pays est de plus en plus critiqué et cela est lié essentiellement au fait que le PIB a été créé à une époque où l’activité était essentiellement agricole et industrielle. C’est une mesure de la valeur de la production d’une économie et le PIB montre ses limites sur 3 points, au moins: le changement de qualité des produits. Les services tels que la compétence du personnel et la qualité de l’accueil. Les produits non marchands comme l’éducation et la santé. Conclusion: il ne faut pas confondre la croissance avec le développement qui lui, correspond à l’amélioration globale du niveau de vie d’une population.” C’est cela d’ailleurs, indique une observatrice, qui a conduit un pays comme la France à voter une loi “qui part du constat qu’il ne suffit pas de mesurer l’évolution du PIB pour rendre compte des progrès de notre société si, en parallèle de sa croissance, notre environnement est détruit et notre bien-être dégradé.” Pour soutenir et éclairer une telle démarche depuis 2016, la Loi française oblige le  Conseil Économique Social et Environnemental de publier un rapport annuel qui donne des indicateurs avant la discussion à l’Assemblée Nationale des orientations budgétaires annuelles. Ces nouveaux indicateurs sont au nombre de dix:

⁃ La cohésion sociale mesurée par 4 indicateurs: les inégalités de revenus, la pauvreté en conditions de vie, le taux d’emploi, le taux de sortie précoce du système scolaire.

⁃ La préparation de l’avenir appréhendée par 4 indicateurs: l’effort de recherche, l’endettement, l’empreinte carbone, l’artificialisation des sols.

⁃ La qualité de vie appréciée par 2 indicateurs: l’espérance de vie en bonne santé, l’indicateur de satisfaction dans la vie. Par ailleurs, notons que L’OCDE a développé son “indicateur du Vivre Mieux (Better Live Index) pour comparer la qualité de la vie dans 38 pays et selon 11 critères, dont: le logement, l’emploi, l’éducation, l’engagement civique, satisfaction, équilibre travail-vie, revenu, liens sociaux, environnement, santé et sécurité. “L’objectif de l’OCDE est de faire participer chaque citoyen au débat sur la mesure du bien-être des sociétés et de leur donner les moyens d’être mieux formés et plus engagés dans les décisions qui influent sur nos vies à tous”.

 

Bien sûr, en Afrique, nos États sont souvent loin de ses objectifs. Nos économistes ne sont pas surtout dans l’innovation et l’audace. Quoique brillants, ils ne sortent pas souvent, dit-on, de leur classique bibliothèque universitaire et des références de leurs maîtres. Il est temps d’opter pour un modèle « accélérateur » de notre développement, mais lequel ? N’évoquons point les ministres des finances africains dont le sommeil est hanté par la colossale masse salariale publique, les caisses noires et fonds politiques à renflouer, les décaissements prioritaires et substantiels relevant de la raison d’État, la fébrilité constante de recherche de trésorerie « liquide, les dettes intérieures qui plombent la marche des  entreprises nationales, la gestion calamiteuse d’une dette extérieure souvent bien dissimulée. Ainsi, l’informel, les ajustements, viennent dérailler le train de l’orthodoxie budgétaire. Voilà comment en Afrique, la maitrise de l’économie devient ingouvernable ! Partout ou presque, nos systèmes pourraient être platement comparés à des détaillants qui achètent chez le même grossiste ! Les multinationales aux gros appétits et fins corrupteurs, les déficits budgétaires, ont encore une longue vie devant eux !

Le linceul n’a pas de poche, dit-on. Travaillons alors pour le seul intérêt de nos peuples, afin que demain, les livres d’histoire rendent la monnaie à ceux qui ont grandi leur continent !

 

Le constat de certains observateurs serait que nos taux de croissance en Afrique sont vite engloutis par des dépenses hors budget, faramineuses. À la vérité, pensent-ils, nos dépenses exagérément « informelles » associées à celles budgétairement inscrites, ne peuvent rivaliser avec des recettes fluctuantes. D’où des taxes tout azimut et des services douaniers mis à très rude épreuve. Nous pensons que si le vocable “croissance “ était une femme, nous aurions en face de nous une bien vieille femme, lamentablement usée et abusée. « Nous mangeons notre croissance et la suçons jusqu’à l’os, avant même qu’elle ne soit établie. », dit l’Ambassadeur de Tombouctou. Voilà pourquoi nous devrions étudier, pensent certains, comment opter pour une nouvelle posture économique, en nous installant dans une expérience de système de décroissance, ou tout autre système innovant. Il s’agirait de ne pas suivre le modèle occidental, mais celui qui sied à nos cultures, en prenant soin de nous débarrasser de tout ce qui contribue aujourd’hui à faire de nous de mauvais gestionnaires. Demain n’appartient pas à Dieu. C’est à nous qu’il appartient, d’abord. A nous de le bâtir et de bien le bâtir.

 

Ce serait dans le système de la  décroissance, pensent certains spécialistes, à tort ou à raison, que l’Afrique construirait plus vite l’avenir de ses peuples. La croissance dans toutes ses élucubrations, formulations et reformulations théoriques, n’aurait finalement servi, depuis nos indépendances, qu’à l’élite politique. C’est elle qui croît, et non les peuples !

 

Disons-le tout de suite: “la décroissance est un concept à la fois politique, économique et social né dans les années 1970 et selon lequel la croissance économique apporte davantage de nuisances que de bienfaits à l’humanité.” C’est le Club de Rome réunissant des scientifiques, des économistes, des fonctionnaires nationaux et internationaux, des industriels de 52 pays qui s’est fait connaître en 1972 par son fameux rapport “The limits to Growth” (Les limites de la croissance). Ce rapport a établi que : “Le projet de la décroissance n’est ni celui d’une autre croissance, ni celui d’un autre développement. Ce dont il s’agit, c’est de  construire une autre société, une société d’abondance frugale ou de prospérité sans croissance.»

Les militants de la décroissance affirment que le concept de croissance est devenu un facteur de crise, un obstacle au progrès, et qu’il est possible d’atteindre une prospérité sans croissance, particulièrement dans les pays dits riches. À la vérité, il s’agirait d’une “désaccoutumance de la croissance”. Une sorte de décroissance du nuisible et de croissance de choses appréciables. C’est une combinaison de “moins” et de “plus”.








Pour s’ancrer dans ce concept de décroissance, nous vous renvoyons à deux ouvrages beaucoup cités dans nos lectures: “Adieu à la Croissance” de Jean Garde et “Décroissance ici et maintenant “ de Fabrice Flipo.  En résumé, « il s’agirait de donner des droits à la nature. Produire moins mais mieux. Pour l’emploi, assurer une balance entre moins d’emplois dans certains secteurs et plus dans d’autres. Rendre gratuit des services comme l’accès à l’eau et l’électricité dans un juste bon usage et taxer fortement les surconsommations. Réduire la pauvreté. Améliorer le développement humain. Fournir un revenu minimum à chacun. Développer les services publics. Pour ce qui relève de l’aspect spirituel, le concept de décroissance interroge la cohérence et l’unité de notre rapport avec le monde. Il interroge les notions d’Être et d’Avoir».

 

Certains observateurs, chercheurs et acteurs du concept de décroissance n’ont pas manqué de souligner que “La vision que projette la décroissance aura peut-être fait sourire certains d’entre nous, tant le monde que cette théorie propose, semble utopique et déconnectée de notre vision marquée depuis dès décennies par le règne de la croissance.” Il reste que la question que pose ce type de système de développent reste ouverte. À nous de savoir le type de société auquel nous aspirons, non pour une minorité mais pour le plus grand nombre. Serions-nous prêts à des changements majeurs de comportements ? La vérité est que les peuples ne décident pas du modèle économique. Ils laissent faire ceux qu’ils ont élus pour les installer dans la prospérité et le mieux vivre. Devons-nous, gouvernants et gouvernés, perpétuer ce cycle, ou faut-il, ensemble, dans une démarche collective, repenser notre développement en lui fixant des axes prioritaires endogènes qui atténueraient une pauvreté têtue, nauséabonde, inacceptable et si indigne d’un continent aussi riche, malgré tout ce qu’il a déjà enduré, donné, payé ? A chacune, à chacun d’y apporter sa réflexion, sa solution. Défense de se taire ! Défense de ne pas agir !

 

Ce qui est accompli depuis l’indépendance n’est pas à minorer, mais reste chétif. Que ce qui reste à construire désormais pèse et se traduise dans la vie quotidienne des plus démunis. Une route qui désenclave est riche de promesses mais elle n’est pas une marmite qui fume pour faire taire les pleurs d’un enfant affamé et consoler un père nu, une mère épuisée de prières.

 

Croissance ou décroissance, d’abord servir le citoyen: se loger, manger, se soigner, travailler, s’éduquer, sont les premiers droits au développement. Aucun autre droit ne prime sur celui-là ! C’est à cela que le système que nous aurons choisi doit s’attaquer. L’Ambassadeur de Tombouctou prévenait: « Le Très Grand Ventre -TGV-, « train » de vie de l’État, doit remorquer « l’âne fatigué» du citoyen. Nos Etats en Afrique comme nos budgets publics doivent donner la priorité à la dignité humaine. Nos élites politiques doivent être mieux éduquées à gouverner avec peu, par respect pour ceux qui n’ont rien. »

 

Nous croyons en l’Afrique. Que personne ne vienne nous dire que nos pays sont mal gouvernés. C’est nous qui les avons mis, sans contrainte et sans fouet, par notre suffrage, depuis les indépendances, entre les mains d’hommes périssables. S’ils se sont faits demi-dieu, ils n’ont jamais été Dieu. S’ils ont réussi, nous devons le reconnaître. S’ils ont échoué, nous devons aussi le reconnaître.  Sans ce courage du constat citoyen, nos Chefs d’États ne seraient rien d’autre alors que le reflet de ceux qui les ont élus. Senghor, lui, avait pris les devants: “Chaque matin, quand je me réveille, j’ai envie de me suicider […] Je n’ai pas tout réussi. Il n’ y a que Dieu pour tout réussir”. En effet, le poids à porter est immense, le remord aussi,  quand on mesure l’espoir de millions de compatriotes qui vous ont tout confié, même si l’on sait que la montagne pour un Chef d’État ne sera jamais totalement gravie. Il reste et il ne faut pas le taire : des dictatures se prélassent encore en Afrique !








Conscients des enjeux auxquels sont confrontées l’économie mondiale et la fragilité éprouvée de nos systèmes de développement en Afrique, ouvrons au-delà des théories économiques, un chemin qui mène à une autre société juste plus équitable, plus humaine !

La vérité, est que nous ne nous développerons pas en nous battant les uns contre les autres. C’est ensemble, en donnant leur place et leurs mots aux plus audacieux dans l’innovation et la pensée, et parmi eux la communauté artistique entre autres, que nous irons vers le changement, le progrès. Si notre monde politique est atteint d’un cancer généralisé, donnons un peu de la place à ceux qui n’ont que la bronchite, pour emprunter la formule à un éminent écologiste.

 

Pour finir par un sourire, l’Ambassadeur de Tombouctou aurait dit : « quand un poète s’aventure dans les filets des économistes, il leur est demandé avec tendresse, de le prendre pour un poisson d’eau douce égaré à vite relâcher dans la rivière la plus proche. »

Notre réponse est que les poètes aiment le sel et n’en meurent pas toujours…

 

                                                                                             Amadou Lamine Sall

                                                                                                            Poète

                                                                   Lauréat des Grands Prix de l’Académie française

  

                                                                          ./.

 

Hommage à Moustapha Ka: Un grand ministre de la Culture est mort ! (Amadou Lamine Sall)

Dans mon essai consacré à Sédar, “Senghor ma part d’homme”, nous avons mis au grand jour l’énorme travail accompli par Moustapha Ka, ce précieux et tranquille serviteur de l’État qui a animé le cabinet du Président Abdou DIOUF avant d’être son Préposé au département de la Culture. Il arrive que le Sénégal oublie et oublie très vite de hauts fonctionnaires qui l’ont servi avec une rare compétence, une rare humilité, une rare discrétion. Il y a peu, tous ensemble, nous consacrions le plus émouvant des hommages à un homme, qui au regard de notre vécu républicain d’aujourd’hui, semblait sorti d’une autre planète que la nôtre. Nous parlons, bien sûr, de Bruno Diatta. Nous en avons eu d’autres, moins exposés, moins visibles, qui travaillaient, se taisaient. Un grand cinéma à ciel ouvert projette des images d’une vague effrayante de serviteurs de l’État ivres de pouvoirs. Le Sénégal ne va pas bien dans la manière de faire de la politique. La politique n’est pas de l’ivresse. On peut faire de la politique et être digne et distingué. Nous en connaissons qui le sont, même s’ils sont peu nombreux. Ceux-là ont été sauvés par leur culture et leur humilité et se sont crées une sorte d’esthétique politique. Une posture noble et racée qui n’entache en rien leur engagement.









Depuis 1976, du ministère de l’Intérieur au ministère de la culture où nous avons servi, nous en avons vu et connu. Des hommes et des femmes admirables, à qui leur fonction ouvrait tant de lumières, mais qui ont choisi l’anonymat. Non, ce pays n’était pas perdu et il ne sera pas perdu. Moustapha Ka qui vient de nous quitter a servi la République. Nous pouvons en témoigner. Il a été de ces esprits brillants et éclectiques qui ont donné au cabinet du Président DIOUF une haute aura républicaine. Nous pourrions passer très vite en révélant sous Abdou Diouf les visages de Babacar Carlos MBAYE, le diplomate velouté, Souleymane Bachir DIAGNE, le Conseiller culturel au verbe qui commerçait avec une puissante et fine pensée. Au cœur des affaires publiques, ces hommes là, comme le résumait Jean d’Ormesson, « peuvent exercer la plus profonde influence sur leurs temps ».

 

Pour que nul n’en ignore, dès sa nomination à la tête de la Culture, Moustapha Ka nous a demandé de venir l’épauler dans son cabinet, alors que nous étions en France, auprès de Senghor, loin du cher pays. Nous nous sommes vite confiés au Président et poète Sérère. Il n’était pas enthousiasmé de nous voir le quitter pour Dakar. Nous finîmes par trouver une formule consensuelle. Nous arrivâmes ainsi dans le cabinet de celui qui vient de nous quitter, sous forme d’un détachement administratif consenti par le ministère de l’Intérieur, département de tutelle. C’est cet homme qui savait beaucoup écouter et qui parlait peu, qui permit de donner au Sénégal deux événements institutionnels majeurs qui ont résisté au temps et qui ont beaucoup évolué, depuis: la Biennale de Dakar  et les Grands Prix  du président de la République pour les arts et les lettres. Il faudra y ajouter le Festival  National des Arts et des Lettres -FESNAC- et l’acquisition de la maison de Birago Diop comme siège de l’Association des Écrivains du Sénégal avec Amadou Lamine Sall comme président. Plus tard, Mbaye Gana Kébé l’inoubliable et Alioune Badara Bèye passionnément engagé, prendront le relais. Sous Abdou DIOUF, la Culture qui, disait-on, mourrait, se mit à revivre. En effet, ne remplace pas Senghor qui veut. Avec Moustapha Ka, notre pays reprenait sa place dans le concert culturel mondial. Sur la scène nationale, Senghor lui-même ne réapparut après son départ volontaire du pouvoir, qu’en 1990, lors de la 1ère édition de la Biennale des Lettres et des Arts de Dakar. En entrant ce matin là dans la salle du Théâtre national Daniel Sorano, le président Abdou DIOUF trouva Senghor assis au premier rang, debout pour l’accueillir avec toute la salle. Ils étaient tous là: Wole Soyinka, Ahmadou Kourouma, Henri Lopès, Bernard Dadié qui approche aujourd’hui de ses 102 ans, Maurice Druon le Secrétaire perpétuel de l’Académie française. Nous avions supplié Senghor de venir prendre  part à ce grand rendez international qui honorait l’Afrique. Nous  avions fait le siège de son bureau, dans l’appartement du 17ème arrondissement de Paris. Toujours et toujours, il nous avait répété sans se lasser: « Mon cher poète, je ne voudrais, en aucun cas, gêner mon successeur ». Au présidium, aux côtés d’Abdou DIOU, son ministre de la Culture Moustapha Ka que nous pleurons, Amadou Lamine Sall, Jean Louis Roy le Secrétaire Général de la Francophonie et le haut Représentant de l’Unesco.

 

Voilà, entre autres faits d’armes, ce qu’ont été les combats gagnés par le ministre de la Culture Moustapha Ka. Dès l’annonce de son grand sommeil, j’ai aussitôt pensé à nos amis qui ont cheminé avec lui: le fantastique Moustapha Tambadou, Ibrahima Guèye, l’ami entier, l’irremplaçable Madieyna Ndiaye qui, comme directeur littéraire des NEAS, critique et implacable dans la sanction, nous a appris, dans l’exercice de la poésie, à prendre le temps de choisir ou le chemin de l’excellence ou le chemin des poubelles. Il nous a attelé à de grands chevaux !

 

Est-il besoin de l’évoquer ? Ce n’est pas nous qui avons fait le constat. C’est l’histoire qui nous l’a légué, en bâtissant la légende d’hommes qui ont marqué leur pays et le monde en servant la République comme ministre de la Culture. Ils sont connus et encore cités aujourd’hui, plus de 40 ans, pour certains. Malraux le ministre des Affaires culturelles du Général de Gaulle dont Pompidou avait chuchoté le nom au têtu et infernal Général en lui disant: « auprès de vous, Malraux donnera du relief au gouvernement ». Il ne s’était pas trompé ! Il a fallu attendre Francois Mitterrand pour voir un certain Jacques Lang inscrire son nom dans l’histoire, sans faire oublier Malraux. Chez nous,  il  faudra bien citer encore un Sérère: Alioune Sène! Depuis, on n’en cite pas beaucoup. On en a plutôt oublié beaucoup, jusqu’à leur nom, pour en dire le moins. Pourtant les moyens n’ont pas manqué. Mais, à bien y penser, comme le diagnostiquait l’incontournable Ambassadeur de Tombouctou: «Ce ne sont pas de confortables budgets qui font un bon ministre de la Culture. Certains arrivent avec une ignorance attendrissante et vous ne savez plus quoi en faire. La magie est ailleurs. C’est d’une autre alchimie dont il s’agit. Quand ce qui gouverne en premier l’homme de culture manque le plus, le mal s’installe. La honte prospère. La culture exige de sortir des cavernes.»

 

Pour notre part, en ce moment de douleur, nous préférons déserter les chemins d’épines du provocant Ambassadeur, pour dire tout simplement, avec respect et humilité, qu’en tout, nous devrions préférer l’esprit à la chair. La culture est la meilleure voie, tout court, pour se défaire du désordre et de l’anarchie, de l’animalité, en un mot. D’autre part, et il ne faut pas le taire, pour un Chef d’État, un engagement culturel est d’abord un engagement politique, ensuite un engagement budgétaire qui aboutit à des réalisations concrètes, visibles, mesurables. C’est cet engagement qui prélevait près de 1% du budget français au profit de la Culture, comme le souhaitait le prince Mitterrand. Cette volonté politique a donné les grandes infrastructures culturelles laissées dans l’histoire et pour l’histoire par le Président Français. Cela a évidemment rendu Jacques Lang fort visible, sans compter la propre audace, la proximité, la popularité de ce ministre cultivé, ouvert, visionnaire  et innovant.

 

Mon vœu citoyen et d’humble petit homme de culture, est que notre président de la République réalise les grandes infrastructures que sont la Grande Bibliothèque nationale combinée aux Archives Nationales, l’École des Beaux arts et des Métiers combinée à l’École d’Architecture. Qu’il créait enfin deux Fonds dédiés avec 1 à 2% prélevés sur les revenus du pétrole et du gaz: le « Fonds des Générations » pour anticiper sur la protection de l’avenir de notre jeunesse dans  25-50 ans. Le Fonds dédié aux infrastructures, dont celles culturelles. Il faut profiter de cette manne pour mettre à l’abri, à long terme, notre jeunesse et la mise en place d’infrastructures de développement dont de moyennes et grandes industries de transformation, sans compter nos propres investissements dans la recherche et les technologies. « Il nous faut des termes de références fixant les clauses incompressibles qui protègent notre souveraineté. Il nous faut une souveraineté permanente sur nos ressources naturelles. Par ailleurs, la transparence chasse l’arbitraire. Il nous faut alors des citoyens organisés qui veillent sur la souveraineté incompressible de notre économie », nous  confiait un éminent fils de ce pays chéri. Cela nous semble être si bien dit ! Nous avons confiance !









Toutes nos pensées vont à la famille de Moustapha Ka. Nous retenons de lui un homme posé, apaisant, instruit, alerte, qui avait fait de l’esprit sa lampe de chevet, son carnet de route, son legs au futur. Il avait rêvé et travaillé pour qu’un État serve et protège la pensée, œuvre pour une société de savants et de créateurs éblouissants. Il était venu donner à l’orchestre du président Abdou DIOUF une nouvelle symphonie culturelle à laquelle le Sénégal ne pouvait pas ne pas répondre, quel que soit le prix de l’ajustement structurel qui se refermait sur le Sénégal sous le régime du Président Diouf.

 

Pour notre part, la Culture restera notre 1er rempart contre toutes les peurs. Moustapha Ka a rempli sa mission. Que notre jeunesse n’oublie pas son nom !

 

Monsieur le ministre: merci. Va, Allah et Son lumineux prophète Mohamed ont déjà mis la table pour toi ! La terre de Touba où tu dors depuis ce dimanche 4 novembre, porte déjà des promesses immenses ! Que cette autre vie que tu entames au ciel, soit mille et une fois plus belle que celle d’ici bas.

 

Amadou Lamine Sall

poète

ancien 1er Secrétaire Général de la Biennale

des Lettres et des Arts sous le défunt Moustapha KA

Les Premiers ministres Justin Trudeau et François Legault visitent incognito les services de l’ambassade du Canada à Dakar, au Sénégal

 

      LES PREMIERS MINISTRES JUSTIN TRUDEAU ET FRANÇOIS LEGAULT

      VISITENT INCOGNITO LES SERVICES DES VISAS DE L’AMBASSADE DU

      CANADA À DAKAR, AU SÉNÉGAL.

 

    Au nom des sans voix et pour un enfer plus climatisé, un reportage d’Amadou Lamine Sall,

                         poète, lauréat des Grands Prix de l’Académie française.

 

Nous sommes le mercredi 29 août 2018. Il fait une canicule à Dakar, capitale du Sénégal. Incapable durant des jours de trouver sur le site indiqué par le Service des visas canadiens, les formulaires indispensables pour toute demande de visa d’entrée au Canada, nous y arrivons enfin, en croyant avoir trouvé le bon fichier. Les formulaires remplis, nous partons au « Centre de Réception des Demandes de Visa » situé au quartier des « Almadies ». Dépôt aussitôt rejeté, puisque les formulaires téléchargés sur le site officiel sont obsolètes, nous dit-on ! Que faire alors ? Réponse: -Cherchez et téléchargez le bon fichier !- Il fut impossible de trouver sur le site indiqué les nouveaux formulaires ! Renseignement pris, le gardien sénégalais préposé à la sécurité nous indiqua une adresse, à deux jets de pierre du bâtiment, où se trouvait une équipe qualifiée pour nous télécharger sans risque le bon formulaire et de nous le remplir avec l’expérience requise. Sans tarder, nous partîmes consulter cette équipe. Il y avait du monde qui attendait en ce mercredi du 29 août 2018. Nous fîmes la queue, mal assis dans une petite baraque torride ou seul un ventilateur pendait juste au dessus de la tête du monsieur qui officiait ! Les visiteurs, eux, étaient laissés à la merci d’une chaleur effroyable ! Quitte à attendre et à souffrir, nous attendîmes sagement notre tour. Au bout d’une heure d’attente, on nous tira de l’ordinateur des formulaires bien remplis. Au vu des documents délivrés, nous nous rendîmes compte qu’il était quasi impossible de trouver et de remplir tout seul autant de paperasses indigestes! Les questions auxquelles il fallait répondre défiaient tout entendement. Non seulement toute votre vie intime était fouillée dans les moindres détails mais celles de vos géniteurs également, mêmes morts. C’était la règle. Le Canada impose des formulaires sans issue, sortis d’un esprit soupçonneux et agressif ! Nous remerciâmes les jeunes sénégalais qui avaient fait de cette petite et misérable baraque leur bureau où trônaient deux ordinateurs et une imprimante asthmatique  Le prix à payer pour le service rendu s’élevait en monnaie locale à 10.000 FCFA, 15,38 euros, 10,24 dollars. Ce travail qui consistait à vous remplir votre dossier de demande de visa, à deux pas du Centre des visas canadiens, était une belle trouvaille ! Tant mieux, s’il aidait de jeunes sénégalais à gagner leur vie, en espérant qu’il n y avait pas un diable de malin Sénégalais ou d’expatrié Blanc se remplissant les poches, « derrière eux », selon la vilaine formule !









Restait à aller verser à la banque -la BICIS-, à deux pas de là, la somme de 41.500 FCFA, 63 euros, un peu plus de 42,52 dollars. C’est coûteux ! Reçu de versement dans le compte de l’Ambassade du Canada en main, retour au Centre des visas. Fouille à l’entrée. Téléphone mobile  «confisqué». Enfin, accès dans le saint des saints. Les agents Sénégalais qui nous reçoivent sont fort aimables. Nous ne voyons aucun expatrié canadien. Partout des Sénégalais face à des Sénégalais. C’est bien joué ! S’il faut s’engueuler, on s’engueulera entre nègres ! Nos formulaires furent scrupuleusement vérifiés. Le dossier était recevable. -Vous avez des photos avec vous ? – Oui, les voici – . Vérification faite, elles n’étaient pas conformes. – Il faut aller vous faire re-photographier, car vos clichés ne sont pas bons ! – Parfait Monsieur, nous nous exécutons! – Nous  repassâmes 45 minutes plus tard, remettre les bonnes photos. L’aimable préposé Sénégalais à la vérification de conformité du dossier de demande de visa canadien, nous demanda d’aller nous asseoir et d’attendre. Cinq minutes après, une aimable dame nous fit signe pour venir la rejoindre. Elle tapota sur le clavier de son ordinateur. Puis elle nous demanda de payer en monnaie locale 1500 FCFA,  2,30 euros, 1,53 dollars.  – Madame, nous avons déjà payé 42,52 dollars pour frais de visa. Cela ne suffit-il pas ?  – Non, répondit-elle, mais la biométrie aussi se paie. – Nous payons ! Elle ne nous remit pas, par contre, un reçu auquel, en principe, nous avions droit. Ensuite, elle nous indiqua gentiment un monsieur -enfin un expatrié canadien- et nous demanda d’aller se présenter à lui. Ce que nous fîmes. Sérieux et solennel comme un garde républicain, il nous dit: -Lisez ceci pour prendre connaissance de vos droits -! Nous lisons le fascicule plastifié. Pour lui montrer à notre tour que nous étions bien sérieux, nous prîmes le temps de tout lire. Nous sentions sa surprise, pour le temps que nous prenions de lire le document dans son intégralité. Sans être dupes, nous savions que sur 50 demandeurs de visa à qui ce document était remis, à peine quarante neuf ne prenaient pas le temps de le lire intégralement. Nous lui retournâmes son fascicule, avec un sourire en cadeau. Il nous invita aimablement à prendre nos empreintes digitales des dix doigts, si notre mémoire est bonne. Nous eûmes même peur qu’il nous demandât onze doigts. Il nous plaça devant un objectif et prit des photos. Fin de parcours d’une matinée d’enfer avec l’administration canadienne à Dakar!

Un ticket abondamment codé et chiffré nous fut remis. On nous dit: – Monsieur, vous attendrez d’être joint sur votre adresse électronique pour venir récupérer votre passeport -.

 

Nous sommes le 12 septembre 2018. Depuis le 29 août, notre demande de visa avait été introduite et toujours pas une convocation depuis 14 jours. Notre départ approchait. Depuis le Québec, les organisateurs nous joignaient chaque jour pour s’enquérir de l’état de notre demande de visa, car plus le temps passait, plus le billet d’avion devenait plus coûteux et les dates fluctuantes. Nous leur avons alors indiqué que nous renoncions au voyage, car un visa ne valait pas tant de peine et qu’un ami, sur place, irait nous représenter à la cérémonie de remise du Prix que le Québec nous décernait par le Festival international de poésie de Trois-Rivières ! Nous avons été tant de fois au Canada, que nous pouvions, cette fois-ci, ne pas y retourner ! Jusqu’ici, la seule réponse par courriel du Service des visas Canadien demeurait une réponse automatique, invariablement formulée: [Si l’information est disponible sur nos sites OU que l’étude de votre demande se déroule dans les délais, nous ne répondrons pas à votre demande].On ne pouvait pas être plus clair, plus distant ! En somme tout était verrouillé. Même en urgence, vous ne pouviez ni voir, ni interroger, ni parler à personne. Voilà le circuit du visa canadien dans toute sa froideur, sa stupéfiante inhumanité ! Il serait intéressant de savoir ce qui se passe dans les consulats de nos « parents » Européens ! Tout n’y serait pas non plus rose !

Il y a urgence que Messieurs les Premiers ministres Trudeau et Legault mettent en place une commission de révision totale des procédures glaciales et meurtrières de demande de visa imposée aux ressortissants africains. Le devoir du Canada-Québec serait plutôt de bâtir une politique de proximité et d’ouverture intelligente, pour sauvegarder son image. Aucune politique d’immigration, quelles que soient ses contraintes, ses mesures de protection et de sécurité économique, ne devrait nous éloigner d’une approche humaniste et civilisée !

 

Très soucieux du retard de la délivrance de notre visa, nous sommes allés directement à l’Ambassade du Canada, située près de l’Assemblée nationale du Sénégal. Nous expliquâmes notre malheur. Réponse des agents Sénégalais à l’accueil: – Allez sans tarder voir auprès du Service Annexe non loin d’ici. Vous leur expliquerez votre situation. – Arrivé à destination, nous attendîmes dehors, en plein soleil, sans abri, près de 45mn. Nous accédâmes enfin à l’intérieur de l’Annexe. Derrière, croulant sous des enveloppes, un admirable agent Sénégalais nous écouta longuement. Puis, il nous affirma que malgré le long temps d’attente, notre date de voyage était encore couvert par le temps requis pour délivrer le visa. Nous accusons le coup. Il était difficile de lever la voix devant l’élégance et la politesse  de ce Monsieur!

 

Nous sommes le samedi 22 septembre 2018. Sur notre téléphone mobile vient de s’afficher un message que nous attendons depuis «un siècle»: – Votre passeport a été transmis du bureau des visas canadiens le 20 septembre 2018, au Centre de Réception des demandes de Visa Canadien. – Le lundi 24 septembre, 14h, nous nous présentons auprès dudit Centre. Nous trouvons du monde. Des ventilateurs brassaient l’air chaud sous une tente clémente. Nous nous présentons à notre tour au guichet pour la remise, enfin, de notre passeport. – Monsieur, votre passeport n’est pas encore arrivé dans nos services. – Nous faillîmes nous évanouir ! Alors, contenant poliment notre rage, nous tendîmes le contenu du message officiel qui nous convoquait à venir retirer notre passeport. – Oui, Monsieur, mais il n y a rien ici.-  Que faire alors ? Réponse: « Retournez au 226 de la rue Émile Zola, au centre ville d’où vous venez, et voyez avec l’Annexe de l’Ambassade du Canada si votre passeport n’y est pas. Ici, il n y a rien, malgré le message que vous avez reçu. » Ne sachant plus à quel « Service Canadien» nous vouer, nous repartîmes vers le centre ville de Dakar. Arrivé au n° 226, nous  rendîmes compte aux vigiles postés devant la porte de notre déconvenue. -Patientez, nous allons nous renseigner.- Nous restâmes dehors, sous la chaleur. Trente minutes passèrent. Le vigile sortit enfin et aimablement nous murmura: – Monsieur, ils ont vérifié, mais votre passeport n’est pas ici. Ils ne doivent pas vous dire que votre passeport est ici alors que le Service dit qu’il l’a bien envoyé chez eux-. Nous  tombions  des nues ! Comment pouvait-on travailler dans un tel désordre dans les Services d’une Ambassade et pour le pays qu’ils représentaient ? Et pas un expatrié canadien, un chef ou petit chef, à qui parler. Tous cloitrés et barricadés dans leur bureau, au frais ! Comment s’adresser à des vigiles ? Quoi leur expliquer, en plus qu’on les voyait craintifs, ces pauvres que l’on pourrait virer pour la moindre faute ? Nous décidâmes de résister et de ne pas quitter les lieux, tant que nous n’avions pas une réponse de ce qu’était devenu notre passeport !

Au bout d’une interminable attente et des échanges de coup de téléphone « entre le Canada des Almadies et le Canada de la rue Émile Zola », pour le dire de cette manière, on nous fit savoir que le passeport avait été enfin retrouvé au Centre de l’Organisation internationale des Migrations, le Centre d’où j’étais parti. Soumis à 26 jours de procédures, de labyrinthes, d’impasses, de silence, de frustrations et de dépit, c’était la fin d’un parcours d’enfer invraisemblable digne d’une série noire ! Nous sommes sortis en pièces détachées de cette demande de visa canadien, pour le dire ainsi et moins fort. Nous étions si étonnés, si secoués, si surpris par tant de cloisonnement, de tâtonnements et d’amateurisme d’un si grand et beau pays !

 

Nous aimons le Canada. Nous chérissons du fond du cœur le Québec. Nous y comptons partout des amis chéris. Nous avons une très grande admiration pour ce que les poètes et hommes de culture du Canada-Québec, ont apporté au monde! Ce pays là ne peut pas continuer à donner ce visage triste et sidérant à travers ses représentations à l’étranger chargées de la délivrance de visas. Nous n’avons rien contre ces pauvres fonctionnaires expatriés canadiens qui ne font, finalement, que le boulot qui leur est dicté. D’ailleurs, on ne les voit jamais, on ne les entend jamais. Ce sont des anonymes enfermés dans leur bureau, devant leur machine, et qui rentrent tranquillement à la maison le soir. Leur niveau de culture africaine et leur niveau intégration ? Jugeons avec imprudence, qu’ils devraient être sans doute beaucoup trop faibles pour le plus grand nombre, presque inexistants, pour leur en vouloir. Et puis, la vérité, est que ce sont bien « les en-haut de en-haut » à Ottawa et Montréal, qui, politiquement, décident ! Cette façon d’administrer doit changer !

 

Les Africains, et c’est un peu dans leur culture, se sont donnés et le bonheur et le risque d’essaimer de par le monde, de voyager, d’aller connaître et pénétrer les autres cultures et civilisations, en sachant que toutes les cultures sont belles et qu’elles sont à respecter. Ils ont fait sien ce que Senghor aimait répéter: « Quand deux peuples se rencontrent, ils se combattent souvent, mais ils se métissent toujours ». Et puis, le grand homme de culture Jean d’Ormesson n’avait-il pas écrit de manière provocatrice ceci: « Nous sommes tous des Africains modifiés par le temps » ? Et nous ajoutons, nous, avec un sourire figé: il est temps que l’Afrique soit modifiée par ce temps qui a modifié tous les autres. L’Afrique des abominables dirigeants politiques, s’entend !

 

Nous, nous avons appris à connaitre le Canada-Québec, c’est à dire ce qui distingue cette confédération à l’étranger et de par le monde, surtout notre cher Québec. Cette confédération a connu des hommes politiques historiques comme le papa de l’actuel Premier ministre du Canada: le charmant et futé « Trudeau junior ». Comme ses merveilleux artistes inoubliables que le Sénégal a accueillis, dont Marie Denise Pelletier et Éric Lapointe, au-delà de la diva Céline Dion que nous espérons voir un soir au pays de Wassis Diop, Youssou Ndour, Baba Maal et l’apaisant Ismaël Lô. Nous n’oublierons pas d’omettre cette suavité du parler québécois avec cet accent chantonnant qui vous brosse la gorge, l’audace et la créativité de ses vibrants  poètes qui ont donné à cette belle femme qu’est la langue française, des enfants de l’oxygène.  Nous n’évoquerons pas ici la Francophonie, cette fille si belle et si malade, cette fille où nous avons si mal ! Cette confédération du Canada-Québec qui abrite tant de fils valeureux, Jean-Louis Roy et Gaston Bellemare sont à citer, n’a pas le droit de ressembler à cette froide misère culturelle et humaine découverte dans sa glaciale administration des visas !

 

Nous avons beaucoup hésité à écrire et à publier ce reportage. Mais nous le faisons pour ces milliers de demandeurs de visas en Afrique qui n’ont pas de voix. Nous le faisons pour le respect et l’affection que nous avons pour le Canada et le Québec. Il est difficile de se taire quand des murs se lèvent et que personne ne veut les voir. Nous n’avons cherché à blesser personne, à nuire à personne. Nous cherchons à construire des ponts. Nous cherchons des cœurs où habiter. Nous sommes des chercheurs d’espérance. Espérons que nous ne sommes pas venus frapper à des portes closes qui ne s’ouvriront jamais. Un proverbe africain nous dit « que l’on ne peut pas raser la tête de quelqu’un, en son absence ». Voilà pourquoi les deux Premiers ministres du Canada et du Québec ont été invités à nous accompagner dans cette recherche de visa.









Dans les pays supposés développés, on entend toujours dire qu’il n’y a même plus d’eau à boire en Afrique. Qu’il n’y a que la misère à boire. Et voilà que nous découvrons par nous-mêmes que ses pays supposés riches du Nord ont une misère plus terrifiante encore à boire que l’Afrique ! Les enfants de l’Afrique qui la  quittent ne la quittent pas parce qu’elle est pauvre  -elle est trop féconde pour être pauvre- mais parce qu’elle est plombée par ses dirigeants politiques qui dévalorisent son image et la mettent à genoux avec le soutien de l’Occident qui y trouve son compte ! Le Canada-Québec ne peut plus se permettre de nourrir un système bloqué sur lui-même. Il est grand temps d’agir, de réformer, d’humaniser sans perdre de sa sécurité et de son indépendance. Le Canada-Québec a une histoire, puis il a créé une histoire. Il doit créer un nouvel humanisme et non se « tribaliser » ! Nous savons tous que cette confédération est née, dans son histoire, d’un prodigieux métissage. Il y a des millénaires, d’abord des Amérindiens, les 1ères nations comme on les nomme aujourd’hui. Puis vinrent des Français, des Britanniques, des vikings, des Normands, des Basques, des Portugais, des Vénitiens. C’est bien cette multiculturalité qui a fondé le « pays de Canada » !









Gardez cette richesse, Messieurs Justin Trudeau et François Legault, car la chance et le miracle vous sont donnés de  diriger de  beaux, très beaux peuples ! Détachez votre part de continent de cette fosse commune nauséabonde qui, pour l’instant, vous entoure, en attendant le retour d’une Amérique, d’une grande Amérique éternelle et toujours admirable quand elle se souvient et qu’elle redevient elle-même!

 

C’est une amie, une grande poétesse de chez vous, Nicole Brossard,  qui écrivait ceci de joli et de si vrai:  « Le futur a des yeux de femme ». Oui, pour nous le Canada-Québec a des yeux de femme ! De grâce, ne les crevez pas !

 

Amadou Lamine Sall

poète, humble et respectueux citoyen africain demandeur de visa

 

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L’insoutenable et dommageable posture d’Air Maroc! (Amadou Lamine Sall)

SITE AÉRONAUTIQUE -aviation civile-

L’insoutenable et dommageable posture d’Air Maroc!

L’essayiste et poète sénégalais Amadou Lamine Sall a reçu l’un des prix littéraires les plus prestigieux d’Afrique : le prix Tchicaya U Tam’si, il est lauréat des Grands Prix de l’Académie Française avec la Médaille de vermeil du rayonnement de la langue française, Officier de l’Ordre des Arts et Lettres de la République Française.

 

Amadou Lamine Sall était de passage au Québec en Octobre dernier à l’occasion du Festival international de la poésie de Trois-Rivières. Il nous livre dans la lettre que nous publions sa mésaventure lors du vol retour avec la compagnie Royal Air Maroc.

 

 

Amadou Lamine Sall

Nous avons volontairement et respectueusement omis le terme « Royal » accolé à “Air-Maroc”, car nous avons une très haute estime pour le souverain marocain, un profond et affectueux respect pour le peuple du Maroc.









Cette compagnie qui fait la fierté de l’Afrique et de nous tous Africains, peut aussi faire notre honte. Ses tares sont les suivantes par ordre alphabétique: manque chronique de rigueur dans la programmation et la planification de ses vols; retards intempestifs sans excuse et rarement justifiés auprès de ses passagers; manque de communication avec ses clients, ceux là mêmes qui la nourrissent ; froideur et morve; manque d’élégance et de savoir servir; mépris même, quand le client ose réclamer ses droits; rétorsion d’informations quant aux droits des passagers.

 

Nous écrivons cette pénible lettre pour informer les autorités marocaines, avec respect, des inacceptables déboires vécus précisément le samedi 13 octobre 2018, à l’aéroport Trudeau de Montréal, au Québec. Voilà les faits : convoqués deux heures avant le décollage du vol AT207, pour Casablanca, nous arrivons à l’aéroport Trudeau de Montréal, à l’heure. La file est longue. Des murmures vont et viennent que le vol du soir est annulé. Finalement, il est bel et bien annulé et nous n’avons pas été joints pour en être informés, d’avance. Il va faire presque 23h. Où aller? Pourquoi le vol est annulé? Pourquoi les passagers n’ont pas été informés à temps avant de quitter qui leur maison, qui leur hôtel? Et que faire pour ceux qui ont des rendez-vous importants, ceux qui devaient prendre une correspondance ? Personne ne répond. Dans les environs, aucun agent de la Royale Air Maroc fiable pour donner la moindre explication. Deux gentilles bonnes dames esseulées au comptoir de la compagnie, sont crispées. A leur mine, elles font pitié car incapables d’informer juste. Elles l’avouent.

 

Un passager marocain explose de colère. À juste titre! Pour réponse, une dame sortie de nulle part, fait appeler la police. Celle-ci arrive vite. Nous l’entourons en grand nombre pour lui donner la raison de la colère de tous et non pas d’un seul homme. Avec un calme admirable, la policière dit comprendre que cette situation n’aurait pas dû avoir lieu, si chacun avait fait son job. Nous lui fîmes savoir alors, que nous réclamions le minimum: un hôtel où dormir, au regard du préjudice subi. C’est peu demandé d’ailleurs, d’autant qu’un dédommagement serait envisageable conformément aux nouvelles règles qui régissent le secteur. Le comptoir marocain ne se hâte pas à émettre des tickets d’’hébergement. On entend même dire ceci: « les hôtels sont pleins ». Puis, au bout d’une demie heure, on commence timidement à indiquer des noms hôtels et des numéros de portes où aller attendre une navette de l’aéroport Trudeau.

 

Une question revenait sans arrêt, posée par les passagers laissés en rade:

« Le vol de ce soir qui est reporté pour demain dimanche 14 octobre, partirait à quelle heure? Réponse du comptoir de la RAM: « Pour le moment, nous ne savons rien. Il devrait en principe partir demain lundi 15, vers midi. Soyez là à 7h 50 du matin. » Un passager lance alors ces propos: « je viens d’avoir une information qui révèle que l’avion est bien là, mais que l’équipage est fatigué pour prendre en charge ce vol vers Casablanca ». Sans blague? Un autre passager informe de ce qui suit: « Il y a maintenant des mois et des mois que le personnel de la Royale Air-Maroc fait une grève perlée. La compagnie étouffe cette grève pour sauver son image. La vérité est que cette compagnie est un véritable merdier où seuls les bénéfices comptent. Les passagers ne comptent pas, surtout le bétail africain. On s’en fout! Les travailleurs de la RAM n’en peuvent plus et personne ne les écoute. Elle ne respecte rien, de surcroît aucun droit international relatif aux droits des passagers. Les Canadiens devraient leur interdire de voler dans leur ciel.». Sévère réquisitoire ! Vrai ou faux, le pus est là, le mal semble profond.

 

Notre constat est sans appel: la RAM a très mauvaise presse. Il est temps d’agir, au moins arriver au respect des vols programmés et dont les billets ont été vendus. Déjà, l’option de la compagnie dont nombre de vols partent de nuit, sans compter l’horreur des temps d’escale avec un minimum de 6 h d’horloge, est difficile à supporter. L’attente est épuisante, inconfortable, pour un pauvre passager du Sahel qui n’a pas été informé qu’il a droit à une chambre d’hôtel !

 

A la RAM, un passager africain confie ceci: « On fait tout pour vous cacher que vous avez droit à une chambre d’hôtel à partir d’une certaine durée d’escale. On ne viendra jamais vous le dire et jamais on ne viendra vous chercher pour vous remettre un ticket d’hôtel. A vous de trouver le filon, sinon on vous laisse errer comme un diable dans un inconfort total. C’est comme s’il semblait qu’une directive était distillée discrètement, pour faire des économies, payer moins d’hébergements face à des passagers désinformés, ignorants. Nous en avons été nous-mêmes les victimes ! Honteux !”, conclut-il !

 

Tel est notre récit douloureux et notre cri de détresse pour sauver l’image d’un pays merveilleux comme le Maroc et une compagnie qui fait, malgré tout, la fierté de notre continent, jusqu’au jour où vous vivez par vous même le cauchemar ici décrit et vécu. L’on dit que des milliers de voyageurs grugés, frustrés par la RMA restent dans le silence, sans porter plainte, vaincus par des formalités rébarbatives et dont la réponse serait hypothétique. Ce qui se passe à la RAM n’est plus acceptable. On ne peut plus laisser prospérer un tel drame dans le concert moderne et avancé des performances de la gestion aéroportuaire mondiale. Le Maroc mérite mieux et peut faire mieux.

 

Cette paresse et ce mode cahoteux de gestion des vols et des passagers de la RAM sont entretenus sans jamais être dénoncés et sans jamais être punis. Ce manque chronique de méthode et d’organisation, ce camouflage, ce non respect de ceux qui font vivre la compagnie, ce mépris presque pour le client, doivent être très vite endigués. Le Maroc est un grand pays. Son souverain est aimé, son peuple apprécié. La RAM ne doit pas offrir le Maroc en pâture, le discréditer et l’insulter. Et c’est bien le cas, hélas !

 

Des ressortissants marocains, passagers dépités et malheureux comme nous, insultant tous azimuts dans leur succulente langue arabe dans le hall de l’aéroport de Montréal ce samedi 13 octobre 2018, nous ont confié ceci: « Au Maroc, tout se sait. On sait tout mais on ne fait rien. C’est devenue une culture. On laisse pourrir. Chacun finit par s’y retrouver.» Tout le hall a pouffé de rire! Nous, nous ne voulons pas croire à cette fatalité. Nous refusons d’y croire par respect pour le Maroc, par respect pour son peuple, par respect l’Afrique.









Dernier fait à évoquer: au vol retour de la RAM sur le trajet Montréal-Casablanca, le dimanche 14 octobre 2018, décollage à 12h annoncé puis reculé à 13h 35, nombre de passagers ont fait 6 h de vol, assis dans un siège face à un écran défectueux, éteint. On ne pouvait ni regarder un film, ni avoir la possibilité de lire un livre, un magazine, “la lampe de lecture” au plafonnier étant inactive, parce que connectée à l’écran télé résolument éteint! Le problème signalé aux hôtesses est resté sans réponse durant les 6 h de vol Montréal-Casablanca ! Bravo encore la RAM !

 

Par ailleurs, si bizarre que cela puisse paraître, le Commandant de bord est resté muet au décollage de Montréal, sur les informations météo, temps de vol, heure d’arrivée. Bouche cousue mode RAM! Par contre, que le personnel de bord était généreux en sourires, disponible, souriant! Un peu de soleil qui s’était fait rare jusqu’ici !

 

Sauvez cette compagnie, Majesté, car c’est vous qui en êtes le miroir et vous êtes un beau miroir ! Nous continuerons à aimer le Maroc. Il est difficile de ne pas aimer le Maroc.

 

NOTA: Après une escale de 7h à Casablanca, en provenance de Montréal, un autre vol par correspondance nous attend le lendemain, avec une très courte nuit d’hôtel. Espérons qu’il décollera à l’heure! Inshalla!

 

 

Amadou Lamine Sall

 

 

L’Afrique, la Francophonie à Érevan, le Rwanda ! (Amadou Lamine Sall)

Et si nous goûtions le pays de Kagamé et son expérience réussi de développement global ! Pourquoi ne pas croire qu’un pays anglophone, hier membre de la famille francophone, peut donner une nouvelle vie à l’Organisation Internationale de la Francophonie ? Celle-ci n’est pas ce qu’elle devrait être. Elle n’a pas surtout besoin de renaître. Elle a besoin d’être réinventée. Le Rwanda est devenu une référence en Afrique et dans le monde. Un pays qui comptait si peu et connu pour sa mémoire souffrante, est aujourd’hui respecté et loué sur la scène internationale pour ses réussites. On peut tout dire de Kagamé, sauf qu’il a réussi à faire d’un pays tragique, un pays solide, uni et retrouvé. Son patriotisme le sépare de nombre de chefs d’Etat africains. On raconte ses faits d’armes. On sait, par exemple, comment il a refusé à une grande firme automobile mondiale de s’installer chez lui, le temps d’envoyer à l’étranger, en formation, de jeunes Rwandais qui, devenus ingénieurs et hauts techniciens qualifiés, sont revenus au pays. Alors seulement, il a dit oui, vous pouvez maintenant venir vous installer chez nous, mais à la condition que certains secteurs de votre firme installée chez nous, soient confiés à des Rwandais qui en ont acquis la compétence. Ce n’est pas autrement que certain pays, comme la Chine, ont agi avec des multinationales comparées à « Auchan » ou « Leclerc », en France, en leur imposant des conditionnalités: vous vous installez, mais à 50-50. Les décideurs chinois savaient que leur marché était fort convoité pour leur milliard de consommateur. A part égale 50-50, au bout de quelques années, les chinois avaient installé à côté des firmes étrangères, leur propre supermarché national et le tour était joué ! Après la Chine, deux seuls autres gros marchés mondiaux sont inscrits dans le futur pour les investisseurs et pour les multinationales: l’Afrique et l’Inde. L’Afrique ne peut plus continuer à subir la loi des marchés occidentaux et américains. Aux lendemains de la colonisation, le marché mondial était désorganisé, trafiqué, et l’Europe en a profité royalement, pendant des siècles. Aujourd’hui, le jour s’est levé et le monde est mieux structuré, mieux régi. On peut se défendre et être défendu. Alors, que l’Afrique se réveille donc et qu’elle gère de très près ses ressources en négociant plus patriotiquement avec les pays développés et les firmes internationales et capitalistes. La Chine nous a montré le chemin. Le Rwanda n’a pas tardé à comprendre et à agir pour d’abord protéger ses intérêts. C’est cela le mérite de Paul Kagamé. En définitive, si extraordinaire que cela puisse paraître, nos pays ont besoin d’autorité, d’ordre, de discipline, pour un certain temps, au moins. Kagamé n’est pas un tendre. Son pays est dans le rouge dans le domaine des droits de l’homme. Il est même dans la dictature. Mais certains se demandent si nous n’avons pas besoin de cette « dictature », sorte d’autorité disciplinaire, pour que nos pays s’alignent dans la rigueur de la gestion, la discipline des populations, le travail, le respect du bien public.









Quand j’observe mon pays au quotidien, citoyen dans la rue, je ne puis espérer son développement sans une autorité forte. Des compatriotes sont allés jusqu’à proposer des brigades en civil qui, mêlées aux populations et automobilistes, veilleraient sur la discipline, le respect, la bonne conduite. Faire et agir de sorte que la société soit la vigile d’elle-même. Que chaque citoyen égaré sache qu’il est regardé d’un œil moral. Ce n’est pas enfreindre la liberté d’autrui. Ce qui se passe au Sénégal dépasse tout entendement. Le développement, ce n’est point le moi-moi, partout et toujours. L’éducation du citoyen compte. Un pays n’est pas une poubelle. Un trottoir n’est pas une boutique. Un rond-point n’est pas un marché. Une auto n’est pas un jouet. Un feu rouge n’est pas une entrée de bar. Le respect des règles d’une posture citoyenne, c’est comme à l’entrée d’une église, d’une mosquée. On s’y prépare. On rassemble sa foi avant d’en franchir la porte. Oui, la liberté n’est pas une loi individuelle imposée aux autres. Oui, la démocratie occidentale n’est pas imposable en tout chez nous. Quelqu’un me disait que la chancelière allemande Angela Merkel était à son 5ème mandat et que personne ne ruait dans les brancards ! A chacun sa pratique de la démocratie ! Certes, mais il faut savoir raison garder ! Ce qu’il nous faut retenir en Afrique, c’est que les droits de l’homme commencent d’abord par le droit au développement, c’est à dire manger, se soigner, se loger, se vêtir, bénéficier de l’éducation, travailler. Ce que l’Occident nous a légué comme héritage politique et institutionnel, doit être repensé, adapté à nos réalités sociales et économiques. Ce qui compte, c’est de penser en Afrique au plus grand nombre qui ne mange pas à sa faim, ne travaille pas, ne va pas à l’école, n’a pas d’eau courante ni d’énergie pour s’éclairer, pas même de latrines. Ce qui compte, ce sont des hôpitaux pour soigner les plus démunis qui meurent aux portes des urgences faute d’un ticket d’entrée, faute de quoi aller acheter l’ordonnance prescrite avec du coton, des seringues. Même le minimum sanitaire manque. Ce qui compte, c’est de construire des écoles et que l’école publique donne sa chance à tous et d’abord aux fils des paysans et des pauvres. C’est l’État, et personne d’autre, d’abord, qui a cette charge ! Je me rappelle la grande peine du Président Senghor, quand retiré du pouvoir, il apprit que son successeur avait fait fermé les internats. Lui qui avait tant fait pour les fils des paysans qui se retrouvaient seuls dans les grandes villes, en était meurtri !

 

Par ailleurs, lisez bien dix fois ce qui suit, retenez-le, rappelez-vous en chaque matin. Écoutez ce qu’un brillant fils de l’Afrique, Ben Marc Diendéré, nous écrit: « La promesse de la nouvelle ère digitale n’aura pas lieu si les pays africains ne satisfont pas à la première condition de l’économie numérique qui est de reprendre le contrôle des fréquences de spectre du continent […] Elle devient impérative et doit être sans appel. Les réseaux de télécommunications sont à comparer à l’introduction du chemin de fer dans la révolution industrielle au début du siècle dernier. On parle ici de la souveraineté des infrastructures de télécommunication (satellite, fibre optique, etc.). L’expérience accélérée du contrôle des infrastructures de télécommunications et de la manne qu’elles représentent pour des pays comme la Nouvelle-Zélande et l’Australie, le Canada, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, le Brésil, le Venezuela, l’Inde et la Chine, n’est plus à démontrer. Ces infrastructures sont sources de revenus pour les États, d’accroissement de la compétitivité entre les entreprises et d’innovation pour les populations. Que ce soit dans la livraison des services aux citoyens ou le développement des entreprises, les infrastructures robustes et de plus en plus performantes sont la promesse d’un changement réel de paradigmes pour les citoyens et les entreprises au cœur de la création et la gestion de richesses. À qui appartiennent les réseaux de télécommunications africains, qu’ils soient satellites ou par câblodistribution ? La question mérite d’être posée en ces temps de livraison de services mobiles et numériques douteux, d’infrastructures à rabais aux citoyens et entreprises du continent […] Le continent a perdu la souveraineté de sa surface. Là aussi, une ébauche de carte nous laisserait sans voix. Et que dire des airs, c’est-à-dire tout ce qui est de l’ordre de l’aéronautique et de l’aviation commerciale? Un véritable désastre de transport. Il est plus difficile à un Africain de l’Ouest de se rendre à l’est du continent que de se rendre en Chine. Situation anormale s’il en est une. Ce que l’ère numérique implique, c’est la bataille du spectre et avec elle, les infrastructures de dernières générations. Cette richesse invisible, tracée sans consultation des Africains, dans des codes immatériels, a aujourd’hui une valeur incommensurable. Celui qui contrôle son spectre, contrôlera son développement en éducation, en culture, en santé, en environnement et dans le domaine de la sécurité de ses citoyens. Reprendre le contrôle des fréquences de spectre a rapporté aux gouvernements américains, aux Européens, aux Asiatiques et aux Latino-américains des centaines de milliards de dollars. Des sommes pharaoniques qui ont servi à accroître la compétitivité et l’innovation des entreprises. Tous ces Mégahertz et leurs bandes de fréquence qui couvrent le ciel africain, ont besoin de retrouver leurs propriétaires: les Africains. Le spectre c’est comme le pétrole et l’or, ressources qui font courir le monde. L’anarchie actuelle de la propriété, des redevances collectées ou non liées aux droits de licences, que ce soit dans le domaine de la mobilité ou dans l’omniprésence des radios et télévisions internationales sur le continent, combinée aux actions isolées des pays, laissent le terrain aux cupides et ouvrent la voie à un piège d’aliénation qui gardera les pays africains dans la spirale de dépendance financière, culturelle et donc d’une domination économique qui sera encore plus forte dans l’ère numérique. Que l’Union africaine demande à chacun des pays de faire un état des lieux de son spectre et de le présenter à ses citoyens et à l’Union dans des délais immédiats. Que des enchères individuelles ou collectives se tiennent rapidement dans les pays, mais avec la particularité que des entreprises locales en consortiums ou en partenariats en soient les fiduciaires responsables et imputables. Les règles de propriétés étrangères en matière de télécommunications qui prévalent dans les pays occidentaux, doivent l’être aussi en Afrique. »

Dans une autre posture toute combinée à nos spectres, notre Président de la République, devrait faire étudier très vite comment créer un Fonds national dénommé « Fonds-Générations » directement géré par le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan et qui bénéficierait d’un pourcentage conséquent, entre 2 à 3% des revenus tirés du pétrole et du gaz. Ce Fonds serait une sorte de trésor de guerre pour les générations futures. Le proverbe le dit: « C’est quand on est jeune que l’on va ramasser le bois pour se chauffer quand le grand âge arrive ». C’est à l’État d’anticiper et de protéger sa jeunesse pour aujourd’hui et demain, dans un monde improbable et incertain. Nos hommes politiques doivent avoir cette vision de l’avenir. D’autres fonds de soutien pourraient être crées autour des gigantesques revenus générés par les grands groupes étrangers de télécommunications et de téléphonie mobile installés dans nos pays. Un Fond dit « Fond Grand-père », connu dans certains pays d’Amérique, devrait pouvoir être mis en place et définir ses cibles à soutenir et à protéger. Trop d’argent est gagné sans que l’on pense mettre en place des sortes de greniers, des « titres fonciers pour l’avenir » tirés des revenus des investisseurs et de nos partenariats au développement qui construisent autoroutes, routes et rails avec des clauses sur 30 à 40 ans.









Dans un autre domaine comme celui de l’agriculture, l’expérience québécoise est révélatrice d’une extraordinaire créativité et d’une solide vision. « Le modèle de la « Coop fédérée » est à étudier, révèle toujours Monsieur Ben Marc Diendéré, Vice-président de l’Organisation canadienne-québécoise d’agriculteurs fondée en 1922 et qui regroupe 100 000 membres et génère aujourd’hui 9 milliards de chiffre d’affaires. Il précise: « L’agriculture au Canada est structurée par région. Elle est au cœur de la vie des populations et en adéquation avec la politique agricole commune de proximité. Celle-ci permet une mutualisation tout en maintenant et en renforçant les capacités d’exploitation. C’est une économie de partage basée sur une économie sociale équitable. L’Afrique, avec ses atouts naturels, est à même de transposer ce modèle qui permettra de nourrir chacun de ses habitants à sa faim. ».

 

Mon séjour au Québec au nom de la poésie, m’a ouvert l’esprit sur d’autres sujets de partage dont l’Afrique a besoin d’entendre et ses leaders politiques, avec.

 

Pour conclure et revenir au sommet des 84 États membres de la Francophonie -on comptera plus tard le nombre de présents- qui se tient à Erevan, en Arménie, en ce jeudi 12 octobre 2018, la ministre des Affaires Étrangères du Rwanda anglophone et du charismatique Paul Kagamé, vont aisément vers une victoire, pour remplacer la Haïtienne, la Très Honorable ancienne Gouverneure du Canada devenue Secrétaire Générale de la Francophonie par une élection fort heurtée, il y a 4 ans, face à l’écrivain Henri Lopès du Congo. Nous apprenons qu’en francophonie, « la population totale compte 900 millions de personnes, dont 284 millions de francophones ». Louise Mushikiwabo -il faudra apprendre désormais à prononcer ce nom chantonnant- occupera probablement le prochain fauteuil de notre maison qui a en partage la langue française. Seule la Francophonie pouvait nous offrir un tel scénario presque surréaliste: élire une anglophone à sa tête ! On ne trouvera pas meilleure concession en diplomatie, meilleur esprit de dépassement ! Les lois de la politique sont impénétrables et le Président français Emmanuel Macron qui a soutenu très tôt cette candidature, nous cache un secret ! Le Canada et le Québec quant à eux, par des communiqués maladroits et tardifs, ont déclaré ne plus soutenir leur candidate Michaëlle Jean, à quelques jours du Sommet. Glaciale, fébrile et inélégante démarche diplomatique ! Là aussi, se cache une manœuvre «secrète» !

 

Retenons l’essentiel, c’est à dire l’avenir de cette organisation dont on a du mal à mesurer la vraie visibilité et qui manque cruellement de moyens financiers pour remplir ses missions. «Jeune Afrique» nous apprend, avec le sourire, que «la somme due par le Rwanda à l’OIF à la date du 06 avril 2018 s’élevait à 110.088 euros, -soit près de 71 millions 557 mille 200 FCFA-. Ce montant correspondait à des versements non effectués au titre de la contribution statutaire du pays en 2014, 2015, 2017 et 2018. L’ensemble des sommes dues (arriérés et contribution de l’année 2018) a été réglé au mois de mai, au moment de l’officialisation de la candidature de Louise Mushikiwabo ». Jeune Afrique ajoute du piquant: « Le président Paul Kagamé ne parle pas le français, même s’il le lit et le comprend […] Quant à Louise Mushikiwabo, elle est aussi à l’aise en français qu’en anglais […] La langue du travail, du management, est désormais sans discussion l’anglais. Maintenant quand les Rwandais veulent se dire les choses, ils le font en kinyarwanda ». Voilà la photo finale du pays qui arrive à la tête de la Francophonie. Mais n’est-ce pas vrai aussi que quand les Sénégalais veulent se dire les choses, ils le font en wolof ? Mais Macky Sall parle quand même le français et le parle au pays de Senghor ! Mais rendons justice au Rwanda: C’est Jeune Afrique qui nous révèle ceci: C’est la France, le 23 février 2018 à Bruxelles qui propose au président de la Commission de l’Union Africaine, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, la candidature de la Rwandaise Louise Mushikiwabo. Informée, cette dernière parle de « surprise et de plaisir ». Le président Kagamé se donne le temps de la réflexion et tarde même trop à donner une réponse claire. Emmanuel Macron en parle au roi du Maroc le 10 avril à Paris. Le 29 avril à Brazzaville, à la fin d’un long tête-à-tête avec Paul Kagamé, un proche du souverain marocain confie ceci: » C’est nous qui avons convaincu les Rwandais d’accepter l’offre française. » Le 28 juin, au 31ème sommet de l’UA à Nouakchott, Louise Mushikiwabo reçoit le soutien officiel du comité des candidatures.

 

En un mot, c’est la France qui aura installé « sa » candidate à l’OIF. Peut-être qu’elle laissera aux autres y installer un Administrateur général, c’est à dire celui ou celle qui aura le poste le plus stratégique en main, dans l’ombre: la gestion et la trésorerie de l’organisation. Si la France y désigne encore « son homme », ce serait de trop, car « elle est minoritaire dans la Francophonie » comme le soulignait audacieusement Alain Decaux !

 

Nous ne pouvons pas douter, malgré tout et au-delà de tout, que la nouvelle patronne de l’Organisation Internationale de la Francophonie, apportera de l’autorité, de la créativité et donnera sa part à l’Afrique, car c’est l’Afrique, en nombre, qui, finalement, nourrit cette langue française presque en haillons en France, en dehors de ses poètes, écrivains, artistes, créateurs ! Le Québec lève des soleils chaque matin avec des mots qui illuminent la langue française. Le Président français devrait commencer par le commencement: faire revivre les alliances françaises de par le monde face à cette forte demande du français.









Si le Rwanda fait de la Francophonie ce que le Rwanda est devenu à force de travail, d’exigence, d’excellence, de solidarité et de vigilance pour la mémoire, alors la Francophonie prospérera et rayonnera comme il y a longtemps, très longtemps quand un illustre fils du Québec la gouvernait: Jean-Louis ROY.

 

Montréal (Québec), le 8 octobre 2018

Amadou Lamine Sall

Poète

Lauréat des Grands Prix de l’Académie française

 

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Amadou Lamine Sall interrogé au Québec sur la situation de l’Afrique

CONFÉRENCE ANIMÉE PAR MONSIEUR JEAN LOUIS ROY, ANCIEN SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA FRANCOPHONIE ET ACTUEL PRÉSIDENT DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA GRANDE BIBLIOTHÈQUE  ET DES ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBÉC.
          LE POÈTE A ÉTÉ INTERROGÉ SUR LA SITUATION POLITIQUE, ÉCONOMIQUE, SOCIALE ET CULTURELLE PRÉSENTE DE L’AFRIQUE. IL A ÉTÉ INTERROGÉ SUR SON CHEMINEMENT POÉTIQUE, SUR SA POSTURE FACE À SENGHOR COMME HOMME D’ÉTAT ET COMME POÈTE, SUR L’ÉMERGENCE D’UNE NOUVELLE GÉNÉRATION DE POÈTES SÉNÉGALAIS ET AFRICAINS. ÉVOQUANT LE CONTINENT AFRICAIN, LE POÈTE A FAIT L’HISTORIQUE D’UN LONG PASSÉ ESCLAVAGISTE ÉTENDU SUR TROIS SIÈCLES ET, SANS RÉPIT, LA COLONISATION QUI S’INSTALLE ET QUI, ELLE AUSSI, ACCOMPLIT SES RAVAGES ET SA DÉCULTURATION.







     AMADOU LAMINE SALL PARLE D’UN MIRACLE AFRICAIN QUI S’EST TRADUIT PAR UNE RÉSISTANCE INVRAISEMBLABLE ET ADMIRABLE FACE À TANT DE SIÈCLES DE SPOLIATION, DE TUERIE, D’EXPLOITATION MEURTRIÈRE, DE DÉPORTATION, D’EFFACEMENT DES MÉMOIRES. IL SALUE UNE AFRIQUE « PRODIGIEUSE » AUJOURD’HUI EN PLEINE MUTATION AVEC DES SOCIÉTÉS CIVILES DYNAMIQUES, DES LEADERS POLITIQUES NOUVEAUX, HORMIS QUELQUES ENCLAVES HONTEUSES OÙ DES CHEFS D’ÉTAT S’ARCBOUTENT ENCORE AU POUVOIR. LE POÈTE SÉNÉGALAIS A FORTEMENT SALUÉ LA POLITIQUE CULTURELLE DU SÉNÉGAL AVEC UN APPUI FINANCIER BUDGÉTAIRE IMPORTANT POUR LA CRÉATION LITTÉRAIRE ET LE RENFORCEMENT DES BIBLIOTHÈQUES EN LIVRE ET EN LECTURE, MÊME SI CET EFFORT EXCEPTIONNEL EN AFRIQUE DEVRA ÊTRE MIEUX STRUCTURÉ POUR PLUS DE RÉSULTATS. IL S’EST FÉLICITÉ DE LA CRÉATIVITÉ SÉNÉGALAISE ET AFRICAINE, EN NOMMANT LA BIENNALE DE L’ART AFRICAIN CONTEMPORAIN ET LA MISE EN PLACE DE GRANDS PRIX NATIONAUX POUR FOUETTER LA CRÉATIVITÉ LITTÉRAIRE ET ARTISTIQUE. IL A PARTICULIÈREMENT INSISTÉ SUR L’EXIGENCE DU SÉNÉGAL DE SE DOTER D’UNE GRANDE BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. IL A DIT SON ÉMERVEILLEMENT POUR CELLE DU QUÉBEC QU’IL VIENT DE VISITER ET QUI DONNE TOUT SON POIDS AU SAVOIR, A LA PRÉSERVATION DES CONNAISSANCES ET DES MÉMOIRES. IL A SALUÉ LES CONTENUS ET LES ESPACES CRÉES AU COEUR DE  CETTE BIBLIOTHÈQUE; JUSQU’AUX HANDICAPÉS QUI Y ONT LEUR PLACE POUR ACCÉDER AUX PLAISIR DU LIVRE ET DES JEUX ÉLECTRONIQUES.
           LE POÈTE SÉNÉGALAIS A RAPPELÉ COMBIEN LES VALEURS CULTURELLES NATIONALES AFRICAINES ÉTAIENT LES PREMIERS FONDEMENTS D’UN VRAI DÉVELOPPEMENT ENDOGÈNE, PRENANT EN COMPTE LES RÉALITÉS DES PEUPLES ET DES SOCIÉTÉS. IL A RAPPELÉ COMBIEN IL ÉTAIT NÉCESSAIRE DE BÂTIR DES PONTS ET NON D’ÉLEVER DES MURS. QUE L’EUROPE ÉTAIT RETOURNÉE AU TEMPS DES CAVERNES AVEC SA POSTURE FACE AUX MIGRANTS. QUE PERSONNE NE POUVAIT ARRÊTER AVEC SES SOLDATS ET SES BARBELÉS LES LOIS DE LA VIE, DE LA RENCONTRE DES PEUPLES. QUE, COMME SENGHOR AIMAIT À LE RAPPELER, « QUAND DEUX PEUPLES SE RENCONTRENT ILS SE COMBATTENT SOUVENT, MAIS ILS SE MÉTISSENT TOUJOURS ».
          LE POÈTE SÉNÉGALAIS DEVANT UN PUBLIC QUÉBÉCOIS ET DES AFRICAINS DE MONTRÉAL VENUS L’ÉCOUTER, A DIT QUE DANS LE FUTUR ON SE SOUVIENDRA DE CETTE BARBARIE DES NATIONS BLANCHES FACE AUX MIGRANTS, ET ON SE DEMANDERA MÊME À QUOI ELLE RESSEMBLAIT, CAR LE MONDE AURA CHANGÉ MÊME SI ON A DU MAL À Y CROIRE ET LES HOMMES SUR LA TERRE PLUS GÉNÉREUX ET PLUS CIVILISÉS QUE LEURS PRÉDÉCESSEURS. IL A ÉMIS LE SOUHAIT DE VOIR LA TERRE ÊTRE PLUS PROMETTEUSE POUR CEUX QUI ONT LA CHANCE DE L’HABITER. IL A DIT QUE « L’HOMME N’ÉTAIT PAS PLUS ANCIEN QUE LE MONDE ET QU’IL PORTAIT SON PROPRE AVENIR ». IL A LOUÉ SA MAMAN QUI LUI AVAIT DONNÉ LE SANG ET LE LAIT DE LA POÉSIE. IL A DIT COMBIEN LES LANGUES NATIONALES SÉNÉGALAISES PORTAIENT DE GRANDS POÈTES ET DE GRANDS ÉCRIVAINS. IL A SOUHAITÉ QUE LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DU SÉNÉGAL QUI A PERSONNELLEMENT SALUÉ LE PRIX INTERNATIONAL DE POÉSIE QUI LUI A ÉTÉ DÉCERNÉ AU QUÉBEC, À TROIS-RIVIÈRES, EN LE LUI EXPRIMANT AVANT SON DÉPART DE DAKAR, PUISSE METTRE EN PLACE UN « FONDS D’AIDE À LA TRADUCTION », AFIN QUE NOS CRÉATEURS EN LANGUES NATIONALES PUISSENT ACCÉDER AUX GRANDES LANGUES INTERNATIONALES COMME L’ANGLAIS, L’ESPAGNOL, L’ARABE, LE MANDARIN. IL A PRIÉ ET RÉPÉTER QUE LE SÉNÉGAL DEVAIT SE DOTER D’UNE GRANDE BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, SANS PLUS TARDER. QUE LE PROJET EXISTE MAIS QU’IL TARDAIT À PRENDRE FORME. PLUS DE 800 PERSONNES PAR JOUR FRÉQUENTENT ET VISITENT LA BIBLIOTHÈQUE DU QUÉBEC. C’EST APAISANT POUR UN PAYS OÙ TANT DE PERSONNES SE RÉVEILLENT LE MATIN POUR ALLER LIRE, SE CULTIVER, FAIRE DES RECHERCHES, ÉCRIRE DES THÈSES, MÉDITER, PENSER, SE NOURRIR L’ESPRIT! UNE BOUCHE DE MÉTRO SE SITUE SOUS LE BATIMENT DE LA BIBLIOTHÈQUE ET UN ESCALIER DONNE DIRECTEMENT ACCÈS AUX ESPACES. IL A SOUHAITÉ QUE LES HOMMES POLITIQUES EN AFRIQUE PRENNENT EN RESPECT LA CULTURE, LA PENSÉE, L’ÉDUCATION, EN UN MOT. IL A DIT QU’IL N’EXISTAIT PAS DE PAYS SOUS-DÉVELOPPÉS, MAIS DES FEMMES ET DES HOMMES SOUS-DÉVELOPPÉS, C’EST À DIRE SANS CULTURE ET SANS ÉDUCATION. QUE L’ON NE POUVAIT PAS BÂTIR UN PAYS SUR LE NÉANT! LA CONFÉRENCE S’EST ACHEVÉE SUR DES ÉCHANGES FORT ENRICHISSANTS AVEC LE PUBLIC.
UÉBEC, LE MARDI 8 OCTOBRE 2018.







Regard sur le discours de l’hommage national du président de la République (Amadou Lamine Sall)

Il est 22H 01 au Québec ce samedi 29 septembre 2018, 2h 01 du matin à Dakar. Je suis loin de mon cher pays, venu prendre le Prix international de Poésie qui m’est décerné. Je viens de lire l’hommage intégral du Président Sall à Bruno Diatta. Je pèse mes mots: indicible! Bouleversant! Ce texte m’a fait «trembler», pour utiliser un mauvais français, faute de mieux ! Deux séquences relevées. Le Président cite Rûmi. « Élève tes mots pas ta voix. C’est la pluie qui fait grandir les fleurs et non le tonnerre.» / Puis il dit lui-même, parlant de Bruno Diatta, je le cite dans le texte: « L’essentiel n’est pas dans le verbe, mais dans l’acte qui demeure.»





J’ai beaucoup hésité pour écrire sur Monsieur Bruno Diatta. J’ai bien fait de rester silencieux. Le silence est le plus puissant des hommages en pareille souffrance nationale. Pour moi, Bruno était une île. Il est venu servir son pays et comme un soldat sous les drapeaux, il a servie et il s’est tu au prix d’un idéal sacré. Il a accordé toutes les guitares, depuis Senghor. Et la musique fut belle.  Que Dieu guide son prédécesseur et IL le guidera !

 

A Madame Thérèse Diatta, l’épouse, je dis: toi tu sais et moi je sais. Tu sais combien je t’ai toujours été attaché. Je sais combien tu me la rendu. Je n’oublierais jamais ton immense peine à la mort de notre ami commun, l’inoubliable et éblouissant peintre  Souleymane Keïta que tu chérissais tant et avec lequel, ensemble, nous tentions de mieux rêver le monde. Permets-moi, fort affectueusement, de te prendre ici dans mes bras.

 

Que l’on dise au Président que son hommage à Bruno Diatta doit être imprimé et distribué. Toutes nos instances diplomatiques doivent recevoir ce texte. Il devrait pouvoir être encadré et affiché dans la salle du Conseil des ministres qui porte désormais le nom de Bruno Diatta. Ce texte ne doit pas être oublié. Il doit rester vivant non dans la mémoire des hommes, mais dans l’actualité des hommes d’aujourd’hui et de demain. Le président de la République doit laisser cette marque.

 

Cet hommage n’est pas seulement un hommage. C’est un « continent de l’esprit » qui réconcilie la République avec la plus haute marche du devoir accompli.

 

Je ne crois pas que le Président va rester le même homme après la mort de son ministre et ami Bruno Diatta.

 

Qu’on lui dise bravo pour ce verbe qui fonde et imprime l’acte d’un homme dans le marbre. À tout jamais. Bruno est heureux là où il dort. La mort a un nom: la vie ! Les deux sont liées. Comme un couple.





J’ai rajouté quelques mots au texte original ici revu et augmenté, envoyé par Watsapp à mon frère Abdoul Aziz Diop, Conseiller Spécial, qui m’a informé vouloir le publier sous forme épistolaire avec sa touchante réponse, à moi faite, également par Watsapp. Dans mon envoi je lui écrivais « Dites au Président ». Qu’il en soit remercié et qu’Allah couve le Sénégal.-

 

Amadou Lamine Sall

         poète

Regard sur le discours de l'hommage national du président de la République (Amadou Lamine Sall)

Il est 22H 01 au Québec ce samedi 29 septembre 2018, 2h 01 du matin à Dakar. Je suis loin de mon cher pays, venu prendre le Prix international de Poésie qui m’est décerné. Je viens de lire l’hommage intégral du Président Sall à Bruno Diatta. Je pèse mes mots: indicible! Bouleversant! Ce texte m’a fait «trembler», pour utiliser un mauvais français, faute de mieux ! Deux séquences relevées. Le Président cite Rûmi. « Élève tes mots pas ta voix. C’est la pluie qui fait grandir les fleurs et non le tonnerre.» / Puis il dit lui-même, parlant de Bruno Diatta, je le cite dans le texte: « L’essentiel n’est pas dans le verbe, mais dans l’acte qui demeure.»




J’ai beaucoup hésité pour écrire sur Monsieur Bruno Diatta. J’ai bien fait de rester silencieux. Le silence est le plus puissant des hommages en pareille souffrance nationale. Pour moi, Bruno était une île. Il est venu servir son pays et comme un soldat sous les drapeaux, il a servie et il s’est tu au prix d’un idéal sacré. Il a accordé toutes les guitares, depuis Senghor. Et la musique fut belle.  Que Dieu guide son prédécesseur et IL le guidera !
 
A Madame Thérèse Diatta, l’épouse, je dis: toi tu sais et moi je sais. Tu sais combien je t’ai toujours été attaché. Je sais combien tu me la rendu. Je n’oublierais jamais ton immense peine à la mort de notre ami commun, l’inoubliable et éblouissant peintre  Souleymane Keïta que tu chérissais tant et avec lequel, ensemble, nous tentions de mieux rêver le monde. Permets-moi, fort affectueusement, de te prendre ici dans mes bras.
 
Que l’on dise au Président que son hommage à Bruno Diatta doit être imprimé et distribué. Toutes nos instances diplomatiques doivent recevoir ce texte. Il devrait pouvoir être encadré et affiché dans la salle du Conseil des ministres qui porte désormais le nom de Bruno Diatta. Ce texte ne doit pas être oublié. Il doit rester vivant non dans la mémoire des hommes, mais dans l’actualité des hommes d’aujourd’hui et de demain. Le président de la République doit laisser cette marque.
 
Cet hommage n’est pas seulement un hommage. C’est un « continent de l’esprit » qui réconcilie la République avec la plus haute marche du devoir accompli.
 
Je ne crois pas que le Président va rester le même homme après la mort de son ministre et ami Bruno Diatta.
 
Qu’on lui dise bravo pour ce verbe qui fonde et imprime l’acte d’un homme dans le marbre. À tout jamais. Bruno est heureux là où il dort. La mort a un nom: la vie ! Les deux sont liées. Comme un couple.




J’ai rajouté quelques mots au texte original ici revu et augmenté, envoyé par Watsapp à mon frère Abdoul Aziz Diop, Conseiller Spécial, qui m’a informé vouloir le publier sous forme épistolaire avec sa touchante réponse, à moi faite, également par Watsapp. Dans mon envoi je lui écrivais « Dites au Président ». Qu’il en soit remercié et qu’Allah couve le Sénégal.-
 
Amadou Lamine Sall

         poète

Réflexion du jour de l’Achoura, année musulmane 1440 (Amadou Lamine Sall)

Je voulais parler à Dieu. J’ai insisté autant que je pouvais. IL a fini par me répondre. IL m’a dit qu’IL était très pris, mais pas loin du Sénégal. Qu’IL avait trop à faire. Qu’IL n’avait pas dormi depuis mille ans. Que les êtres humains depuis qu’IL les a créés, ne lui avaient laissé aucun répit. IL me dit que j’étais parmi les moindres victimes de la vie et qu’il en existait qui avaient la priorité plus que moi. IL me dit que j’avais à mes côtés une personne à qui IL avait confié sur terre une mission que LUI-MÊME remplissait moins qu’elle. Que j’étais déjà un privilégié sans le savoir et de cesser, dès lors, à trop LE solliciter. Qu’il me fallait donner toute priorité à cette personne dont IL me dira le nom. Que celle-ci avait Sa confiance. Que LUI-MÊME aurait rêvé en avoir une comme elle, pour mesurer combien la vie pouvait être belle en la servant. Je lui avouais que j’étais fort pressé de connaître le nom de cette personne dont IL parlait avec tant de considération et d’énigme. Il dit alors: « Allez au pied de votre maman. C’est là que tous les oasis, tous les lacs, tous les océans, tous les soleils, toutes les lunes, tous les déserts, toutes les montagnes, toutes les forêts, toutes les étoiles, toutes les banques ont déposé leurs trésors. Et sur ces trésors, j’ai MOI-MÊME encore étendu des pagnes d’or, de diamants, de rubis et de saphirs. Vous n’avez point besoin de MOI tant que sur ses genoux vous posez votre joue et caressez ses cheveux. Faites la rire le plus souvent et votre vie sera plus joyeuse que le rire d’un enfant, le baiser de votre épouse, plus succulente que la datte à la fin du jeun, plus désaltérante que le zam-zam, plus juteuse que la mangue du matin. Votre Dieu est tout proche. Nous nous reparlerons -je vous le promets- si seulement vous réveillant un jour, vous  ne trouvez plus ses pieds où vous agenouiller, ses genoux où poser votre amour. JE viendrais seulement alors à vous, vous écouter, mais le poids du bonheur ne sera plus le même. Si, en effet, j’ai désiré une maman que je ne pouvais pas avoir comme vous, c’est pour vous dire ce qu’elle représente et ce quelle seule peut donner, au-delà de MOI. Vous ne blasphèmerez point en répétant cela au monde. Mangez, buvez, abusez de son amour! Enivrez-vous d’elle! Elle vaut plus que les sources de lait de mon Paradis. Elle est votre premier paradis et à nul autre pareil. »

 

Et Dieu s’en alla. Le silence s’installa longtemps, très longtemps en moi. Pour le rompre, je dois vous dire bonne fête d’Achoura en cette année musulmane 1440  et qu’Allah couve notre pays et garde le monde dans la paix des cœurs et des esprits et la fraternité des peuples et des nations.



 Amadou Lamine Sall

                                                                                                 Poète

                                                          Lauréat des Grands Prix de l’académie française

                                                                        ./.

 

 

Amadou Lamine Sall remporte une autre distinction internationale en poésie

Maison Africaine de la Poésie

Internationale

-mapi-

 

 

POUR INFORMATION

 

Le poète Amadou Lamine Sall a été désigné au Québec, Trois-Rivières, comme lauréat du Prix international de Poésie Fernando D’Almeida.

 

Il recevra son prix à Trois-Rivières, au Québec, en octobre, dans le cadre du Festival International de la Poésie de Trois-Rivières qui se tiendra du 28 septembre au 7 octobre 2018.

 

Après l’Académie française, l’Italie avec la ville de Trieste, la Roumanie, le Maroc avec la ville d’Assila, c’est le Québec qui consacre le poète sénégalais déjà entré dans le dictionnaire.

 

Quatre vingt -80- poètes provenant de vingt cinq -25- pays dans le monde, seront présents au Québec. Plus de trois cents activités couvrant la musique et les arts visuels, figurent au programme de ce plus grand festival de poésie au monde avec celui qui se tient à Medellin, en Colombie.

 

En marge de son séjour, le poète Amadou Lamine Sall est l’invité de la Grande Bibliothèque et Archives nationales du Québec, autour d’une conférence-débat animée par son Président-Directeur Général Jean-Louis Roy, ancien Secrétaire Général de la Francophonie.

 

Dakar, le 10 septembre 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les leçons d’Etat de Napoléon (Amadou Lamine Sall)

Avec ce Partage 3, nous accostons au port, ou presque, de nos lectures d’hivernage 2018. La pluie tombe, enfin, même peu, sur Dakar. Puisse-t-elle s’accentuer avec la générosité du ciel et la mansuétude de l’horloge commandant de belles récoltes.

 

Nous savons tous qui est Napoléon Bonaparte. Né le 15 août 1769 à Ajaccio, il est mort le 5 mai 1821 sur l’île de Sainte Hélène. Il est militaire, général dans les armées de la 1ère République française née de la Révolution. En 1804, il fut sacré empereur par le pape Pie VII. Il réorganisa et réforma durablement l’État et la société française. Sa trajectoire politique fut étonnante. On n’oubliera pas qu’il renforcera le régime colonial en Outre-mer et rétablira l’esclavage en 1802. Après l’arrestation et la mort causée par le froid de Toussaint Louverture au fort de Joux, la guerre de St-Domingue conduira à la victoire des Noirs et des Mulâtres et à la proclamation en janvier 1804, de la 1ère République noire d’Haïti. Homme d’État à la fois fort contesté et fort aimé, une tradition romantique fit de Napoléon un « grand homme ». Admirateurs et détracteurs s’annulent par leur zèle. Napoléon ne fut ni un dieu ni un monstre. Des écrivains et poètes de renom ont célébré sa stature: Élie Faure, Victor Hugo, Balzac, Stendhal, Musset, mais aussi Dostoïevski, Tolstoï.




Nous avons lu une œuvre saisissante, signée d’Arthur-Lévy: « Napoléon intime », 549 pages, préfacée par l’auteur lui-même le 1er septembre 1892 et éditée en 1936. Ce sont les enseignements et les extraits tirés de notre lecture et de l’exercice du pouvoir de cet homme d’État contrasté, que nous vous offrons ici. A vous d’en tirer vos propres leçons à la lumière de notre histoire contemporaine, 197 ans après.

 

DE L’HOMME ET DE L’HOMME D’ÉTAT NAPOLÉON: « L’homme qui dictait des lois à l’Europe ne pouvait, chez lui, mettre un chien à la porte […] une dualité du caractère: autoritaire, inflexible, altier, réservé dans ses rapports publics; de l’autre, aimable, enjoué et cordial. Cette dernière attitude est celle de l’homme qui, né loin des grandeurs, se livre aux joies entrevues dans son enfance […] Ce serait être trop exigeant envers la nature humaine que de demander à un homme de rester insensible à l’offre qu’on lui fait de consolider sa puissance, d’exhausser sa grandeur […] Napoléon avait plus de mal à gouverner sa famille que son empire […] Il est dans la discussion, calme, attentif, ayant toujours l’air de vouloir s’instruire, et ne s’irritant pas de la contradiction […]  Il retardait son déjeuner de deux heures pour ne pas interrompre une conversation, lors même qu’elle n’était pas faite pour lui plaire […] il provoquait la contradiction, il tolérait tout, aucune objection ne pouvait l’indisposer, et c’était presque toujours celui qui l’avait contrarié avec le plus de force qu’il appelait à dîner avec lui. Il savait supporter avec une grande noblesse la contradiction sur ses idées les mieux arrêtées […] Aux malades, il disait « Il faut tranquilliser votre esprit; c’est le meilleur moyen de guérir le corps ». Il possédait les rares qualités de tendresse, de charité, de mansuétude, de cordialité acquises par lui, dès l’enfance, et grandies par la pauvreté, l’isolement, les amertumes et les souffrances de sa jeunesse. Chez l’enfant malheureux comme chez le puissant empereur, à ces deux pôles de la hiérarchie sociale, c’est, avant tout, le désir de consoler les autres qui tient la première place dans son esprit […] Est constant chez Napoléon, l’esprit de justice et de reconnaissance pour les services rendus, que, même après leur mort, il s’inquiète de ce qui a été fait pour honorer la mémoire de ceux qui lui ont été dévoués […] Cependant, la dominante de son caractère était de n’avoir peur de personne, de se préoccuper fort peu de ce qu’on penserait de sa manière d’agir. Il était intransigeant avec les lois de la discipline. Il ne craignait pas de prendre publiquement des mesures qui étaient plus propres à lui aliéner qu’à lui attirer des sympathies […] Il avait l’art de rendre la confiance aux désespérés, l’art de transformer le dénuement en prospérité, la débandade en cohésion, l’art d’arrêter les dilapidations, l’art de contraindre à l’honnêteté. Voué par sa naissance aux luttes de la vie, il lui suffit d’obéir à son tempérament d’homme laborieux, rebelle au découragement, esclave du devoir scrupuleusement rempli […] Nature essentiellement inquiète, comme tous ceux qui ont connu la misère, Napoléon, malgré la grandeur des résultats acquis, croirait tout perdu s’il manquait une minute à la discipline d’un travail assidu […] Général, commandant d’armée, chef d’État, il s’impose d’autant plus de labeur que sa position est haute. Il était en possession de tous les secrets de l’art militaire. La rigueur de sa nature développée par son éducation militaire est telle, qu’il se jugerait indigne de commander quoi que ce soit, s’il ne savait l’exécuter lui-même […] De nuit, quand il fallait tenir les conseils des ministres pour des obligations courantes toute la journée et que tout le monde tombait de lassitude autour de lui, Napoléon s’écriait: « Allons, allons, citoyens ministres, réveillons-nous, il n’est que deux heures du matin, il faut gagner l’argent que nous donne le peuple français. » Esclave avant tout de son devoir, il se refusait à mesurer ses forces. Il aimait dire: « J’aimerais plus de repos, mais le bœuf est attelé, il faut qu’il laboure. » […] La grande lacune de Napoléon dans son rôle de chef, c’est de n’avoir pas pu imposer une inflexible autorité à son entourage immédiat, d’avoir été bon jusqu’à la faiblesse pour des hommes qui ne recherchaient que la faveur.

 

DE LA PARITÉ CHEZ NAPOLÉON: « Il avait toujours détesté les femmes prétendues beaux esprits. Il leur faut soigner leur ménage et leurs enfants sans se mêler de ce qui ne les regarde pas. Quant à leur ingérence dans le gouvernement, il la repoussait en disant: « Il vaut mieux que les femmes travaillent de l’aiguille que de la langue, surtout pour ne pas se mêler des affaires politiques. Les États sont perdus quand les femmes gouvernent les affaires publiques ».

 

DE LA PROTECTION DES ARTS ET LETTRES: Napoléon faisait tous ses efforts pour conserver à la France la suprématie artistique qu’elle avait acquise dans le monde. Au ministre concerné, il s’en prend et dit: « La littérature a besoin d’encouragements. Vous en êtes le ministre; proposez-moi quelques moyens pour donner une secousse à toutes les différentes branches des belles-lettres qui ont de tout temps illustré la nation […] Il est quelques hommes de lettres, dix ou douze, qui ont montré des talents pour la poésie. L’inconvénient du moment actuel est qu’on ne forme pas d’opinion en faveur des hommes qui travaillent avec quelque succès. Un jeune homme qui a fait une ode digne d’éloge et qui est distingué par un ministre, sort de l’obscurité, le public le fixe, et c’est à lui de faire le reste » […] La poésie était le seul goût littéraire et artistique qui s’accusât un peu chez l’Empereur. Ses préférences littéraires sont exclusivement pour la tragédie et parmi les poètes tragiques, il met Corneille au-dessus de tous. Aussi, quand on lui propose de servir une rente de 300 francs aux descendants de l’auteur du «Cid», Napoléon répond: « Ceci est indigne de celui dont nous ferions un roi. Mon intention est de faire baron l’aîné de la famille, avec une dotation de dix mille francs.» […] Il dit à Goethe, « vous devriez écrire « la mort de César », mais d’une manière plus digne et plus grandiose que ne l’a fait Voltaire. » Quand il s’occupait des choses de théâtre, c’était avec une extrême minutie, jusque dans les détails de l’administration théâtrale […] Napoléon déclarait, par ailleurs, « que de tous les beaux-arts, la musique est celui qui a le plus d’influence sur les passions. » Il se passionna pour l’artiste lyrique Grescentini qu’il fit venir à Paris avec de forts appointements et lui remit l’ordre de la Couronne de fer, au grand mécontentement des généraux. En peinture, il commandait beaucoup de tableaux, mais avouait son ignorance. En art, il aimait « les genres tranchés » aussi bien dans les lettres, la peinture et  la sculpture que dans l’architecture, le vêtement et l’ameublement. Il restera l’homme qui a dépouillé l’Italie de ses richesses artistiques pour les transporter dans les musées de Paris.




 

DES INSTITUTIONS ET DE LA STABILITÉ: Napoléon est à l’origine de la construction et de la création de la Bourse de Paris et de ses principales réglementations. Il institua le fameux Code civil. Il créa la Légion d’honneur; il construisit « l’arc de triomphe de l’Étoile en 1806, pour en faire le point de départ d’une avenue triomphale traversant le Louvre et la place de la Bastille […] Napoléon fit aménager la capitale. Il fit percer les rues de Rivoli, de Castiglione et des Pyramides ainsi que numéroter les immeubles de Paris. Il ordonna la liaison entre le Louvre et le palais des Tuileries et la finition de la cour carrée du Louvre  qui devient un musée. Il fit construire trois ponts: le pont des Arts,  d’Austerlitz et d’Iéna. Il fit embellir le jardin du Luxembourg et créa le jardin des Plantes. Enfin, il fit aménager le cimetière du Père-Lachaise. Il soutient les industries d’art en créant en 1804 le « Garde Meuble ». La nouvelle Constitution qu’il fait rédiger, renforce le pouvoir exécutif au détriment du pouvoir législatif, crée une administration centralisée, organisée en directions et ministères spécialisés et uniformisés. Ces institutions solides permettent un renforcement de l’autorité de l’État, font revivre la France. Les caisses de l’État sont renflouées. Il stabilise le paysage politique en pacifiant  le pays et garantit ainsi l’inscription dans la durée de son gouvernement […] le culte est rétabli, la liberté du travail est assurée; le Conseil d’État est institué; la Banque de France et la caisse d’amortissement sont créées; le Trésor public est garni; les rentes et pensons sont payées en numéraires; l’industrie et le commerce redeviennent florissants; des tribunaux équitables et respectés rendent la justice; les cours d’appel sont fondés; des armées formidables et disciplinées sont organisées […] Napoléon était le premier levé, le dernier couché dans son empire. « Je me couche à huit heures et suis levé à minuit ». Pour le général Napoléon, les revues n’étaient pas des cérémonies décoratives. Il visitait lui-même les sacs de plusieurs soldats, examinant leurs livrets, les interrogeant sur leur prêt. Passant devant le front des troupes, il déboutonnait l’habit, regardait le drap, tâtait lui-même et inspectait la chemise, regardait si la toile en était bonne, interrogeait le soldat sur ses besoins, sur ses goûts, et cela, il le faisait à chaque soldat. Il leur montrait l’étendue de sa sollicitude.

 

NAPOLÉON ET L’ISLAM: Arthur-Lévy, l’auteur de ce « Napoléon intime » que nous lisons pour vous, parle peu du général Bonaparte et de ses rapports avec l’islam dans sa très célèbre campagne d’Égypte. C’est en allant puiser dans d’autres sources, que nous vous offrons les extraits qui suivent et qui nous ont paru révélateurs de l’esprit des grands Blancs conquérants, implacables et rusés: « L’intérêt de Napoléon pour l’islam semble être dicté par le contexte. La campagne d’Égypte a été préparée sur le même mode que celle d’Italie, c’est-à-dire en espérant provoquer un ralliement des populations locales à la cause française. Dans l’objectif de ce ralliement, tout est fait pour que les Égyptiens en majorité musulmans se sentent valorisés. Napoléon déclare d’ailleurs à ses soldats à bord du navire l’Orient le 22 juin 1798 que « Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahométans […]. Ne les contredisez pas; agissez avec eux comme nous avons agi avec les Juifs, avec les Italiens;  ayez des égards pour leurs muftis et leurs imams, comme vous en avez eu pour les rabbins et les évêques ». Le 17 juillet 1789 il s’adresse aux notables de la province d’Aboukir et prononce ce qui s’apparente à une déclaration de foi à l’Islam: « Il n’y a pas d’autres Dieux que Dieu et Mahomet est son prophète ». Cependant, si l’acte de conversion à l’Islam est définitif lorsque la chahada est prononcée, le croyant doit démontrer sa sincérité et sa détermination. Aucune autre source ne permet d’affirmer qu’il s’est converti à l’Islam. Napoléon est fasciné avant tout par l’Orient. Il met en avant la proximité des religions chrétienne et musulmane lorsqu’il dépeint le prophète: « Mahomet […] qui marche si près sur les traces du christianisme, et s’en éloigne si peu ». Analysant de la manière la plus ingénieuse les deux religions de l’Orient et de l’Occident, il disait que la nôtre était toute spirituelle, et celle de Mahomet toute sensuelle; que les châtiments dominaient chez nous, c’était l’enfer et ses supplices éternels, tandis que ce n’était que récompenses chez les musulmans: les houris aux yeux bleus, les bocages riants, les fleuves de lait; et de là il concluait, en opposant les deux religions, que l’on pourrait dire que l’une était une menace, elle se présentait comme la religion de la crainte; que l’islam, au contraire, était une promesse, et devenait la religion des attraits ». Pour Henry Laurens, si l’intérêt de Napoléon envers l’islam a été inspiré par des préoccupations politiques, il a néanmoins été « réellement fasciné par l’islam et par l’Orient [et] son admiration pour l’islam se porte essentiellement sur ce créateur de sociétés qu’est le prophète Mahomet ».





Pour conclure avec nos propres mots, nous revenons à Napoléon, maitre de la France et de l’Europe, l’homme d’État exceptionnel, au célèbre et génial général d’armée dont une légende dorée illumine le parcours. Bien sûr que tout n’a pas été doré ! Pour les soldats qui partageaient ses mémorables et sanglants combats et batailles sur les continents et au-delà des mers, toujours « a éclaté, selon la belle formule de François Coppée, un drame sublime de souffrance et de fidélité ». Pour les humbles citoyens français, loin des canons, loin des chevauchées, de la bravoure et de la mort, seul comptait « la gloire » de la France. Pour notre part, disons à la lumière de ce que nous vous avons ici offert comme lecture et comme probable découverte, que ce qui compte, si haut que puisse vous porter le destin, c’est l’humilité, la dignité, la probité, le courage de rester pauvre quand on est au sommet du pouvoir. Par ailleurs, ne jamais condamner un prince que sur le témoignage de ses ennemis. Ce qui salit, ce n’est pas le mensonge. Le mensonge n’est pas durable. Ce qui salit, c’est quand le vrai jour apparaît et que l’on découvre que tout n’était que masque ! Ce qui doit compter c’est l’amour pour votre pays, le respect pour votre peuple, l’attention au tracé de votre histoire, votre légende, quand arrive le soir et que vous êtes dépossédé de vos fonctions et de vos privilèges! Forcer son destin ne force pas l’histoire d’une vie ! Dès l’entame, « toujours transporter en haut, les vertus d’en bas » ! Il ne doit pas s’agir seulement de régner. Il faut savoir fonder ! Fonder avec à la main, près de son sac de sable et de pierres, la probité, l’éthique, la justice !

 

Amadou Lamine Sall

Poète

Lauréat des Grands Prix de l’Académie française

 

 

 

 

Lectures d’hivernage/ Partage 2. Et si l’Afrique méditait les leçons sur la construction de l’Europe? (Amadou Lamine Sall)

Nous poursuivons de vous offrir une lecture laissée à votre réflexion. Nous restons avec Jacques Attali  et son ouvrage: C’ÉTAIT FRANÇOIS MITTERRAND.

Il m’a semblé qu’à travers ce que vous allez lire, l’Afrique, ses dirigeants politiques, s’entend, pourraient tirer des leçons de ce que François Mitterrand nous confie, même si nous savons  que nombre de nos Chefs d’État « lisent » peu, encore que nous sommes polis, qu’ils s’informent beaucoup, par contre, mais ne retiennent apparemment que ce qui pourrait nuire à leur pouvoir. Les fiches des renseignements généraux sont leur « lecture » préférée. Le plus désespérant et le plus cruel, c’est le manque de vision, c’est à dire travailler pour les générations de demain, construire pour demain.





« Dès notre rencontre, l’Europe fut entre nous un sujet de désaccord. […] élevé dans la méfiance de l’Allemagne et la passion de l’Amérique… le projet européen ne faisait pas partie de mon héritage… François Mitterrand protestait: « Mais l’Amérique est ignare, sans mémoire ! On s’y ennuie. Vous avez tort de ne pas vous intéresser à l’Europe. C’est l’avenir de votre génération ! »… Il aimait à rappeler qu’il avait été l’un des rares hommes politiques français  à participer au congrès de La Haye de 1948, qui en fut l’acte de naissance… Il écrivit, par exemple, en 1972, dans sa chronique hebdomadaire dans le journal socialiste L’Unité : « Les Américains, par leur monnaie, ont dominé l’Europe qu’ils avaient délivré par les armes. Les Européens s’émanciperont par leur monnaie s’ils savent s’en donner une. »… Lorsqu’il accéda au pouvoir, l’Europe ressemblait encore à celle des années 1950… A l’ouest la Communauté économique européenne, composée de dix membres, allait très mal: La France était économiquement exsangue; l’Allemagne tentée par le pacifisme… la Grande Bretagne, crispée, sur l’idée que l’Europe n’était qu’un club, avait obtenu un remboursement de l’essentiel de sa cotisation; l’Espagne, le Portugal, les pays nordiques frappaient à la porte, et personne en France, à droite comme à gauche, ne voulait d’eux […] dès le premier sommet européen auquel il assista, à Luxembourg, en juin 1981, il proposa de progresser dans la voie d’une harmonisation du droit social des différents pays. Il fut très mal reçu […]  A partir de 1984 et jusqu’en 1988, François Mitterrand lança nombre de projets dont certains constituèrent encore l’architecture de l’Europe d’aujourd’hui; ils concernent le grand marché, la technologie, l’élargissement, la monnaie, la défense, les droits sociaux, la structure institutionnelle. A chaque fois le président français en fit des d’abord des projets franco-allemands qu’il réussit ensuite, avec l’aide Jacques Delors, à « vendre » aux autres sans trop mettre à mal leur susceptibilité  […] Après le lancement du projet de « guerre des étoiles » par Ronald Reagan, il me laissa négocier, dans la perspective du sommet du G7 suivant à Bonn, la création d’une Communauté technologique européenne qui devint le projet « Euréka », et il expliqua: « Mobiliser ses entreprises, mais aussi ses chercheurs, ses universitaires afin qu’ils sentent que leur avenir est sur notre continent , et qu’ils aient toutes les opportunités d’y travailler sur les recherches de pointe… Ce fut -c’est encore- un formidable succès d’où sortent, entre autres avancées proprement européennes, le déchiffrage de la carte du génome et les logiciels de transfert de données sur Internet […] Le 24 mai 1984, dans un discours au Parlement européen,  François Mitterrand lança l’idée d’une Europe politique qui allait conduire, huit ans plus tard, au remplacement de la Communauté économique par une union politique. L’année suivante, il demanda aux Allemands, qui tenaient par-dessus tout à une coopération militaire avec la France, d’accepter simultanément une coopération monétaire. L’une se concrétisera par la création de la brigade européenne; l’autre par celle de l’euro. Le couronnement de cette action de relance fut la signature, le 28 février 1986, de l’Acte unique, traité initié par Jacques Delors et visant à l’ouverture, le 1er janvier 1993, d’un grand marché intérieur où les biens, les capitaux, les services et les personnes pourraient circuler librement, créant ainsi  un espace économique de trois cent soixante dix millions d’habitants. La compétence communautaire se trouva élargie aux domaines de la recherche et du développement technologique, de l’environnement et de la politique sociale. Pour François Mitterrand, l’Europe ne devait pourtant pas se réduire à un tel grand marché; l’Acte unique n’était pas, pour lui, une fin en soi, mais une étape nécessaire sur la voie de la monnaie unique […]

Pendant son premier mandat, i esquissa aussi -en vain- d’autres pistes de possibles progrès européens. « Je ne veux pas d’une Europe où le capital ne serait imposé qu’à moins de 20%, tandis que les fruits du travail le seraient jusqu’à 60% ! » Puis, en faveur de l’Europe sociale, il plaida: « Sans Europe sociale, les citoyens s’éloigneront de cette construction… Et, s’il le faut, nous la ferons sans les Britanniques ! » Enfin: « Faire l’Europe sans le concours des travailleurs serait une façon de la faire contre eux. »

[…] Le 25 août 1987, à Latché, il confia à Felipe Gonzales: «  Les Allemands transposent dans l’économie leur volonté de domination, avec sa traduction la plus évidente: la monnaie. Le Mark est ce qui manifeste la puissance de l’Allemagne. »… « Le deutsche Mark est la force nucléaire de l’Allemagne. » Il avait raison: le Mark était le seul élément de l’identité allemande dont ce pays était encore en droit d’être fier …

[…] Le 15 avril 1991, venu en ami clore la cérémonie d’inauguration de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement –BERD- en présence de tous les chefs d’État des pays membres, je raccompagnai François Mitterrand jusqu’à sa voiture… je n’étais plus, désormais, son collaborateur, je ne trouvai rien à lui dire, si ce n’est, la gorge nouée: « Je ne resterai ici que deux ans. Et puis je serai souvent à Paris. Je viendrai vous voir toutes les semaines. » Il me prit dans ses bras pour la première fois, puis monta dans sa voiture…

[…] Il posa un jour sur son bureau une photo de la tombe de ses parents à Jarnac… il me disait: « C’est là que je veux aller.»… Il souhaitait, pour son dernier voyage, rejoindre ses parents en Charente… Quand je lui demandais s’il croyait en Dieu, il me répondait qu’il admettait l’idée d’un principe ordonnant  toute chose… « La foi n’est pas rationnelle. Il est tout à fait possible de croire en Dieu et en la science en même temps. La libération politique et scientifique de l’homme est tout à fait compatible avec la foi » … « Je crois qu’on a besoin de prières, c’est à dire de rechercher une communication par la pensée avec quelque chose de plus haut […] Il me dit un jour: «Ce que je peux espérer de mieux, c’est de revoir ma mère. Vous savez, en 1981, c’est la chose qui m’a consolé quand j’ai cru mourir: j’allais la retrouver… […] « Je crois aux forces de l’esprit. Je ne vous quitterai pas. »

[…] Le 8 janvier 1996, à bout de forces, il choisit d’aller au-devant de sa mort, au-delà de la douleur et du néant, vers ce qu’il espérait être le sourire de la liberté. »





« C’ÉTAIT FRANÇOIS MITTERRAND » de Jacques Attali, que je lisais et que je partage ici avec vous. La pluie n’est pas encore au rendez-vous sur Dakar. Prions. Nous croyons, nous aussi,  aux forces de la prière.

 

Malgré l’émotion avec l’histoire de cette fin de vie d’un Chef d’État qui n’était pas « commun », parce qu’il avait fait de l’esprit et de la pensée le fondement de son exercice du pouvoir, avec cet autre grand esprit à ses côtés que fut Jacques Attali, un glouton de la connaissance, nous avons assisté  avec ces extraits, à la  construction de l’Europe. L’Afrique, avec  ses grands et petits chefs d’État,  doivent méditer la pensée et la praxis de François Mitterrand: un érudit, un ami des livres, un penseur, un fin et implacable politique, un puissant visionnaire.

 

Sous la plume de Jacques Attali, retenons de la bouche du président français, ceci: « Les Américains, par leur monnaie, ont dominé l’Europe qu’ils avaient délivré par les armes. Les Européens s’émanciperont par leur monnaie s’ils savent s’en donner une. ». Le débat sur le franc CFA n’aurait  pas dû exister. C’est l’une des plus grandes forfaitures de l’histoire de l’humanité. Nos chefs d’État le savent tous, mais ils doivent prendre le temps de faire avec, prendre le temps de se défaire de leurs chaines. Les peuples ne vivent pas le même temps  de révolte que les princes. A l’intérieur du système, autre chose les gouverne, les retienne, les anesthésie, les rend tiède. Mais notre système monétaire, tel qu’il est, est dans son ultime temps de vie. La France le sait. Agitée, troublée, elle veille dans la peur. Elle travaille à retarder les pendules. Ses meilleurs experts y travaillent. Pour elle, ce n’est pas seulement une affaire de monnaie. C’est une affaire de sécurité nationale. Comme Mitterrand le disait du Mark allemand, parions que la parité du FCFA avec l’euro, est également comme une « sécurité nucléaire » pour Paris. Cette parité que la France gouverne, est le seul trésor de guerre qui lui reste de son passé colonial. Elle le défendra. Elle ne cédera pas. Pourquoi céderait-elle si l’Afrique, comme une belle femme, s’offre sans fixer de prix ? Pour les pays de la zone CFA, ils savent qu’un fauve qui guette « ne tousse pas ». Jeux de dupe. Jeux de ruse.

 

Depuis Kwamé Nkrumah, Cheikh Anta Diop, Senghor, des concepts opératoires décisifs qui ont forcé l’admiration de la pensée, ont démontré que l’Afrique ne se construira pas, si séparément, chacun traite avec l’Europe, l’Amérique, l’Asie. « Le défi de l’Afrique, ce n’est pas de se débarrasser de la France », de la Belgique, de la Grande Bretagne, de l’Amérique ou de l’Asie. Le défi de l’Afrique c’est de s’occuper de l’Afrique, de la respecter, de la rendre digne. C’est avec nous, entre nous, que le développement de nos peuples commencera. Bien sûr, la coopération, le partenariat international est inévitable. C’est la configuration de l’économie mondiale et ses interactions qui le commandent et l’imposent à tous les États du monde, riches ou pauvres. Mais laisser l’incendie et la faim chez le voisin, n’est pas recommandable. Il nous faut le courage de bâtir l’Afrique ! Pour cela, sachons d’abord que si on ne produit rien, on ne vend rien. Une dynamique de développement, c’est abriter  d’abord un minimum d’infrastructures industrielles. Si tout nous vient d’Europe, d’Asie en produits manufacturés et souvent à partir de nos propres produits, où est la plus value ? Ce débat est d’ailleurs si connu, si rabâché, que nous sommes dans l’ennui. L’Afrique s’épuise dans les compétitions politiques, les intrigues politiques, des élections à longueur d’années et toujours contestées et à risque ! N’est-ce pas une honte pour l’Afrique de faire toujours appel à des  « observateurs », des « superviseurs », telles que l’Union Européenne, l’OIF  -que fout-elle d’ailleurs dans ces merdiers ?-. L’Union Africaine est-elle appelée en Europe pour observer des élections, même dans les pays du Nord les plus misérables ? Les tenants du pouvoir comme les tenants de l’opposition qui s’affrontent en Afrique, partagent cette honte, cette crasse hideuse! L’Afrique doit mettre fin à ce système qui l’avilit, le rabaisse, l’humilie, le déresponsabilise, le colonise encore plus. En Afrique, l’asservissement est devenu un préalable à la politique. C’est en Europe, en Amérique, que les hommes d’État, biberonnés à la politique,  vont  chercher de l’eau bénite.  L’Afrique serait le seul continent où l’Europe a encore un excédent moral ! Elle même en rit ! Elle rit de ce « yaourt que l’Afrique a, à la place du cerveau » ! Très peu de chiens ont mordu nos peuples. Seuls des dirigeants politiques l’ont fait, pour le dire autrement qu’une grande artiste Outre-Atlantique !





Méditons ce combat de François Mitterrand pour une Europe unie, une monnaie unique, une grande Europe du développement et de la défense des droits de l’homme, là où elle a failli le plus. L’Afrique ne fait pas mieux dans ce domaine, sinon pire ! Elle est en avance dans la forfaiture et l’impunité ! Mais, la vie ne peut se passer de l’espoir !

Lectures d’hivernage/Partage 1: Rwanda: Historique d’un génocide… et «Francophonie» (Amadou Lamine Sall)  

Mes lectures m’ont conduit à ce 1er partage et à quelques libres réflexions. D’autres suivront avant les récoltes de nos paysans à qui nous souhaitons un bel hivernage et des greniers pleins de promesses.

 

Lisons d’abord les extraits qui suivent. Ils sont révélateurs d’une Afrique qui se construit et se déconstruit avec, toujours pas loin, l’œil des Grands Blancs, comme aimait à les appeler Senghor. Et pourtant, les temps changent !

 

« Derrière les tragédies africaines auxquelles François Mitterrand fut confronté à la fin de son second mandat: le Rwanda. Il était extrêmement furieux qu’on lui prêtât une responsabilité dans le génocide des Tutsi qu’il avait, au contraire, voulu éviter.




Comme le Zaïre et le Burundi, le Rwanda ne faisait pas partie de l’Empire français. Après l’Allemagne et la Belgique –qui avaient administré le pays jusqu’à la fin des années 1950 avec les minorité tutsi, propriétaires de troupeaux-, c’étaient les Hutu, agriculteurs sédentaires, qui exerçaient le pouvoir depuis l’indépendance.

Le président rwandais Habyarimana –un Hutu-, au pouvoir depuis 1973, se tourna vers la France, seule des ex-puissances coloniales à maintenir une aide destinée à l’Afrique. Il semblait un homme de bonne volonté, hostile aux extrémistes hutu et tutsi. Quand François Mitterrand arriva au pouvoir, Habyarimana y était encore, colosse débonnaire et brutal, qui me sembla toujours soucieux d’éviter les problèmes avec ses voisins du Burundi, de l’Ouganda et du Zaïre. A la fin des années 1980, nombre se Tutsi fuirent en Ouganda, d’où ils cherchèrent à « reconquérir » le Rwanda. En octobre 1990, le Front patriotique du Rwanda qui les regroupait, sous la direction de Paul Kagamé -Tutsi, membre de la famille royale du Rwanda, réfugié depuis son enfance en Ouganda-, tenta de reprendre le pays en franchissant la frontière ougandaise. Les exactions commencèrent. François Mitterrand voyait là avant tout une lutte d’influence entre francophonie et anglophonie et entre la France et les Etats-Unis. Les Tutsi lui paraissaient  avoir choisi, majoritairement, le camp américain, m’expliqua-t-il un jour: « Il y a des massacreurs chez les Hutu comme chez les Tutsi, et en plus, Kagamé est l’homme des Américains. Les Tutsi veulent, par les Grands Lacs, détruire notre influence en Afrique centrale.» Il expédia un détachement pour protéger et évacuer les ressortissants français. Puis il maintint ces troupes sur place et poussa à un accord entre les belligérants. Le 3à janvier 1991, il écrivit au président rwandais Habyarimana: « Le conflit ne peut trouver de solution durable que par un règlement négocié eu une concertation générale dans un esprit de dialogue et d’ouverture.» Le conflit parut en passe de s’arranger: cessez-le-feu, nouvelle Constitution, neuf partis politiques en lice et, en avril 1992, un gouvernement de transition. Mais les extrémistes des deux camps ne désarmèrent pas; en février 1993, le Front patriotique du Rwanda lança une nouvelle offensive, à parti de l’Ouganda; le Conseil de sécurité des Nations Unis déploya quatre-vingts observateurs « à la frontière entre l’Ouganda et le Rwanda pour vérifier qu’aucune assistance militaire (n’était) apportée aux factions en lutte.»

Les troupes françaises étaient toujours présentes au Rwanda. Le 21 août 1993, grâce à l’assistance de la France -qui venait de passer en cohabitation-, des accords de paix furent signés à Arusha, en Tanzanie, entre le Front patriotique du Rwanda et les Forces armées rwandaises. Ils organisaient le partage entre les deux camps et préparaient le retour à Kigali d’une partie des exilés tutsi.  Le Président du Front patriotique du Rwanda, Paul Kagamé, adressa à François Mitterrand « ses remerciements les plus sincères pour le rôle joué par la France ».

Mais la situation demeura tendue entre les communautés. Les Tutsi du Rwanda étaient considérés comme des collaborateurs par le Front patriotique et comme des traîtres par le gouvernement rwandais. Des armes continuèrent à circuler en vue de renforcer les deux factions. Les civils s’armaient pour se protéger.  Le 27 septembre, François Mitterrand, très inquiet de la tension entre ces communautés, écrivit au nouveau président américain Bill Clinton: « Si la communauté internationale ne réagit pas rapidement, les efforts de paix risquent d’être compromis. » Le 5 octobre, le Conseil de sécurité créa une mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda, composée de deux mille cinq cent cinquante Casques bleus appartenant à vingt-trois pays différents, ce qui permit à la France, conformément aux accords d’Arusha, de retirer ses propres troupes du Rwanda.

Le 6 avril 1994, l’avion transportant le président Habyarimana explosa à l’atterrissage à Kigali. La responsabilité de cet attentat n’set pas encore clairement établie: des Tutsi voulant se venger ? Des Hutu souhaitant un prétexte pour déclencher le massacre ? Le lendemain, commença un véritable massacre des Tutsi, en présence d’une mission  des Nations unies réduite à l’impuissance. Pour inciter les paysans hutu à massacrer leurs voisins tutsi, les autorités leur promettaient  les terres de leurs victimes. ? Près d’un million de Tutsi périr ainsi entre avril et juillet 1994. Des Hutu furent également massacrés un peu plus tard, en représailles, quand  Paul Kagamé prit le pouvoir au Rwanda. La communauté internationale resta comme paralysée pendant deux mois. François Mitterrand et le gouvernement Balladur tentèrent d’obtenir des Nations unies qu’elles s’interposent. Après trois mois de discussions vaines, l’opération Turquoise, décidée en juin 1994 avec l’aval du Conseil de Sécurité de l’ONU et mise en œuvre en août avec la participation de cinq mille militaires français et cinq cents militaires africains, créa  une « zone humanitaire sûre » à partir du Zaïre. Cela permit de sauver quelques milliers de vies. Mais le mal était fait: le génocide avait eu lieu; son ombre ternissait injustement le gouvernement d’Édouard Balladur et la fin du second mandat de François Mitterrand, qui enrageait qu’on lui fît porter la moindre responsabilité  dans cette tragédie.

Au même moment, une pièce similaire se jouait sur un autre théâtre: celui de l’Europe divisée. Car la désagrégation des dictatures en Afrique faisait écho à celle qui commençait en Europe de l’Est puis dans les Balkans. Elle allait réaliser, beaucoup plus vite que prévu, les prévisions de François Mitterrand: l’Allemagne allait être réunifiée, la Yougoslavie se démembrer et l’Union soviétique disparaître de la scène de l’Histoire ».

 

Voilà  donc ce que Jacques Attali nous raconte, dans son ouvrage: « C’ÉTAIT FRANÇOIS MITTERRAND », publié aux éditions Fayard, en octobre 2005.

 

Voilà le Rwanda et l’histoire « courageusement » racontée de son génocide.

La question demeure sur les sempiternelles responsabilités engagées ou non de la France. Vous tirerez votre propre réponse de ce que vous avez, ici, lu.

 

Le Rwanda, malgré ce drame sans nom, mais avec des visages, s’est relevé et se construit pas à pas, avec succès, exigence, mais surtout autorité -l’autorité peut ne pas être synonyme de dictature. Mais méditons toujours cet échange: « Il n y a rien.» – « Tu n’as pas regardé assez longtemps », lui répondit-il-.





Paul Kagamé, sec et charismatique, aura pour le moment brisé l’obstacle de la division. Son mérite est immense. Il y réussira encore plus en ne quittant pas des yeux le rétroviseur et en ayant toujours le courage d’être juste et équitable. Mieux encore: le courage d’être pauvre. Sinon, la paix, la stabilité, le progrès, rebrousseront chemin. L’histoire, avec. Il n’existe pas de plus beau lever de soleil, qu’un peuple amoureux de son Président ! Mais à ce dernier de toujours se souvenir du proverbe qui dit: « Même assoiffé d’amour, on n’embrasse pas le porc-épic ».  Savoir également que l’on ne reste pas en tant que chair. On reste en tant qu’esprit. La probité, le travail, sont l’avenir d’un Chef d’État !

 

Quant à la candidate du Rwanda pour le poste de Secrétaire Général de la Francophonie, pourrait-elle ramener, de nouveau, un jour,  ce pays « lustré » et aujourd’hui tant chanté, dans le giron de l’espace francophone, déserté avec audace et fracas ? L’Union Africaine aurait béni Louise MUSHIKIWABO, en n’oubliant pas les « trahisons internes » à venir, et le Président Emmanuel Macron, avant tous, et certainement pas en faisant la sieste, a très tôt salué et apporté son soutien au Rwanda. Les chemins de la politique sont impénétrables !

 

La bonne formule serait de voir un jour -qui ne viendra sans doute jamais- le Sommet des Chefs d’État de la Francophonie qui élisent en conclave le Secrétaire Général en s’étripant souvent, innover enfin, en sortant de la politique et du copinage, pour désigner par un appel à candidatures libres, avec un haut jury et un cahier des charges élevées, un patron de l’Organisation Internationale de la Francophonie -OIF-, pour mener à bien ses missions, d’abord et ensuite au service des peuples, avant celui des politiques, que l’on sait incontournable.  Ils feront longtemps encore « la pluie et le mauvais temps ». C’est changer qui est difficile ! Le confort ne fait pas suer ! L’OIF doit changer de « peau » ! Elle a fait son temps avec les si chétifs  impôts des peuples du Sud.  Et pas même un visa ! Quant aux contributions  du Nord de moins en moins riches, elles  « tournent de l’œil », comme on dit. Ni suffisantes ni pérennes ! Bref, l’enthousiasme s’est enfui ! Sauve qui peut, ou presque !





A bientôt pour le « Partage 2 » de nos lectures d’hivernage.

Amadou Lamine Sall

Poète

 

./.

 

 

 

 

 

À M. le président, pour alerter sur le monstrueux projet de port de Ndayane (Amadou Lamine Sall)

À MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DU
SÉNÉGAL POUR ALERTER SUR LE MONSTRUEUX PROJET DE
PORT DE NDAYANE

Par
Amadou Lamine Sall
Président de l’Association

A la suite du passage de notre Association pour la Défense, la Protection et la Sauvegarde Écologique du site de Ndoungouman et Alentours, comme invitée de l’emblématique émission télévisée « diakaarlo » du vendredi 20 juillet 2018, pour montrer du doigt et des jambes le projet du port de Ndayane confié à DP World, nous apportons ici, encore, avec respect, des éclaircissements sur la lutte de notre Association contre ce monstre de « porc ».

Il est de notre devoir de lutter contre ce projet qui, s’il était réalisé, serait un véritable génocide écologique et environnemental. L’histoire le retiendrait et pour longtemps, très longtemps, comme tel. Le Président ne mérite pas une telle page d’histoire ! Son legs n’est pas inscrit dans cette nuit noire. Il a déjà beaucoup fait, même s’ il reste encore à faire. Il en sera toujours ainsi dans la vie des peuples.

Le port de Ndayane, ce sont:
– 3600 hectares de surfaces, de terres spoliées dont 600 hectares 1ère phase, 1200 hectares 2ème phase, 1800 hectares 3ème phase. Des dépôt de containers, des voies de chemins de fer, des routes et plus de 1200 camions jour.

– Un nombre incalculable de populations, de foyers, de ménages « déportés » – c’est le terme juste -. Où donc reloger tant d’êtres humains qui n’ont commis aucun tort et qui ne cherchent qu’à vivre, qu’à travailler ?

– Sont impactés par ce port: des écoles, des complexes hôteliers et touristiques, des infrastructures artistiques, des périmètres maraîchers, des centres de formations et d’expérimentations agricoles, le grand complexe de la Fifa inauguré il y a quelques années à coups de milliards d’investissement, le célèbre pèlerinage marial annuel de Popenguine menacé dans ses accès, le plus grand théâtre de verdure au Sénégal créé par Gérard Chenet et connu du monde entier explosé, les sites marins de reproduction des baleines explosés, les innombrables espèces forestières explosées. Inquiétant: même la résidence présidentielle de Popenguine ne serait pas épargnée par l’impact !




– Et ce port, il faut en informer tous, dépasse Ndayane pour s’étendre jusqu’à Toubab-Dialaw. Un véritable monstre qui dévore tout, en mer comme a l’intérieur des terres. Voici un exemple concret de ce que serait le port de Ndayane: c’est comme si l’actuel port de Dakar occupait toutes les terres jusqu’au rond-point de Colobane ! Surréaliste, non ?

– Il est prévu l’installation d’une digue d’un kilomètre dans l’océan dont les conséquences seraient imprévisibles et non maitrisées, comme c’est le cas douloureux, aujourd’hui, à Saint-Louis du Sénégal.

A près de quelques kilomètres sur le même littoral un autre port sème déjà la désolation: celui de Bargny-Sendou. Et sur le même site une centrale à charbon dont les premiers dégâts ont fait le tour du monde. La chaine de télévision TV5 Monde, vient juste de lui consacrer un reportage poignant et retentissant qui fait le tour sur la toile et fait bondir de colère tous les défenseurs de l’environnement dans le monde.

Comment comprendre l’érection d’un pôle urbain comme Diamniadio, le joyau du président de la République, et son encerclement par des engins de la mort: le port minéralier de Bargny. La centrale a charbon de Bargny. La cimenterie de Rufisque. L’usine à plomb à deux jets de pierre de l’Hôpital des enfants. Et demain le port à containers de Ndayane-Yenne-Popenguine-Toubab Dialaw dont la secrète occupation partirait du littoral jusqu’aux portes de la route nationale, et à trois pas de l’aéroport Blaise Diagne. Presque de la science fiction !

Nous ne souhaitons pas, nous ne voulons pas que le président de la République laisse faire un tel malheur. Nous sommes conscients des efforts qu’il a consentis pour un Sénégal meilleur. Nous voulons qu’il nous laisse un bel héritage et non que des cimetières sur le littoral. C’est notre prière et nous savons combien Dieu veille sur Macky Sall et comment Il lui a forgé son chemin de lumière !

L’enjeu est tellement triste et mortel, que nous serions prêts à croire que le Président n’est pas correctement informé de la réalité de ce projet de port. L’histoire de notre pays nous a démontré qu’un président de la République ne sait pas toujours tout. Alors, Monsieur le Président, prenez vous même ce dossier en main ou posez-le entre les mains de votre intraitable et « bien propre » Premier ministre !

Notre Association a, en sa possession, les plans, les études, les arguments des experts. En face, pour l’État comme pour le concessionnaire DP World, c’est silence radio. Nous ne demandons qu’a être convaincus de la nécessité de ce port à Ndayane -Yène-Popenguine-Toubab Dialaw, car ce port couvre toutes ces localités en mer comme dans les terres ! Des études l’attestent !

Il est triste que l’on doive se référer toujours au président de la République pour résoudre tous les problèmes du Sénégal. On lui demande non seulement de gouverner mais également d’administrer. Mais un homme, quel qu’il soit, n’est pas Dieu !

Notre association remercie:
– Le ministre de l’Environnement du Sénégal qui nous a reçus.
– L’archevêque de Dakar qui nous a reçus et écouté longuement.
– Le Recteur de Popenguine qui nous a reçus.
– Le Grand Serigne de Dakar, Chef de la communauté léboue, Abdoulaye Mactar Diop, qui nous a reçus avec émotion et une grande affection.
– L’imam de Touba-Dialaw que nous avons reçu à Ndougouman..
– Les populations de Touba-Dialaw qui ont pris part à notre forum d’informations sur les impacts du port qui va de Ndayane jusqu’au delà de la très célèbre école des sables de notre patrimoine artistique mondial: Germaine Acogny. Un riche échange a suivi avec les populations.
– Le cabinet en charge des études d’impacts environnementaux dont le siège du cabinet mère est basé à Londres, commis et payé par DP World, le concessionnaire du port de Ndayane. Avec ce cabinet qui est venu nous rendre visite, nous avons eu des échanges d’une extrême importance.
– « Greenpeace » Sénégal qui nous a saisis.
– La radio communautaire très suivie de Ndayane qui nous a interviewés.
– Les nombreux réseaux mondiaux de défense de l’environnement qui travaillent avec nous, chaque jour et relaient notre combat.

Nos contacts se poursuivent pour informer juste, d’abord au Sénégal. L’international suit notre combat et nous sommes admiratifs devant ceux qui épousent notre cause et nous soutiennent de leurs voix! Mais c’est bien Macky Sall qui décidera souverainement! Et nous savons qu’il décidera sans bruit. Et tant mieux!

Pour rappel, c’est en 1990 déjà, que nous avions fondé une association pour la défense de l’environnement et de l’écosystème à Toubab-Dialaw, précisément a partir du village dénommé Ndougouman.
Gérard Chenêt, poète, sculpteur, m’avait fait découvrir dans les années 1987 cet espace unique en biodiversité. Nous avions alors décidé de demander au président de la République de l’époque, Abdou Diouf, de classer cette zone.

Et le projet du port de Ndayane est arrivé, des décennies après. Notre association, tout naturellement, est montée à l’assaut de ce projet monstrueux qui va tout détruire.

Disons-le tout de suite: le développement, nous le voulons, le souhaitons. Mais pas n’importe quel développement, surtout un développement qui spolie, qui humilie, qui exile des populations, qui arrache des natifs à leur terre, qui ment à une jeunesse assoiffée d’emplois, qui prend aux pêcheurs leurs biens, aux femmes leurs emplois sommaires. C’est cela le projet du port de Ndayane s’il était réalisé!

Dire également, avec force, qu’il ne s’agit pas et qu’il ne s’agira jamais de s’attaquer a un Gouvernement, à un chef d’État. Nous aimons notre pays. Nous respectons notre Gouvernement. Son chef, élu par le peuple sénégalais, est un homme pour lequel nous avons, du moins pour ma part, un très affectueux attachement et qui date. Mon respect est entier. C’est pour toutes ces raisons et pour d’autres, que nous souhaitons que ce projet de port de Ndayane soit consciencieusement revu et interrogé avec prudence.

Notre association a été républicaine. Nous avons commencé par le commencement: aller rencontrer les autorités étatiques pour les informer du danger et les inviter à ne pas commettre un crime écologique. L’État doit être respecté. Nous le respectons. Mais respecter l’état, ce n’est pas se taire, laisser faire, mourir sans dire mot.

Nous sommes des citoyens et comme tels, notre droit est de participer au débat du développement. Il ne s’agit pas de petits bourgeois venus s’installer les dimanches en bordure de mer. Ce débat là n’est porté que par de vilains ignorants, de petits et obscurs politiciens sans vision, des caisses de résonnance qui font honte à notre pays, qui abaisse notre si fragile démocratie. Repensons au mot de Camus : « la démocratie ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité ».

Que l’on vienne donc voir les emplois créés par ces habitants du samedi que l’on montre d’un doigt coupé par l’immoralité et la corruption ! Nous ne sommes pas non plus des « politiques », au sens nauséabond et partial du terme. Nous ne politisons pas notre lutte contre ce projet de port. Nous regrettons même que ce débat tombe à un moment sensible où nous marchons vers des élections présidentielles. Nous n’appartenons à aucun parti politique en combattant ce projet. Notre parti, c’est notre responsabilité citoyenne! Nous l’assumerons sans trembler et sans renoncer à rien !




Pour toutes ces raisons nous invitons les décideurs à prendre le temps de voir en profondeur les conséquences désastreuses de ce port de Ndayane. Il ne sert à rien de se presser et d’aller contre le mur et contre l’histoire.

Une fois de plus, nous ne combattrons pas le développement. Ce que nous combattons, c’est le mal-développement. C’est l’accaparement par des multinationales de nos ressources, de nos terres, de notre patrimoine, de notre dignité. Nous sommes sûrs et persuadés que Monsieur le Président de la République partage ces mêmes valeurs et jusqu’au bout. Pour ma modeste part, je n’en doute pas. Alors que l’État prenne le temps d’échanger avec les populations de Ndayane, de Yène, de Popenguine, de Toubab-Dialaw. Prenons le temps d’interroger nos propres experts et non toujours ceux des autres, afin de mesurer les dégâts irréversibles.

C’est de l’avenir des populations et de l’avenir de leurs enfants dont il s’agit. L’aéroport international de Ndiass dont nous saluons la modernité et les perspectives, n’a pas donné des emplois, comme promis, aux enfants de Ndiass. Ces jeunes le manifestent en brûlant sans cesse des pneus sur les routes qui mènent a l’aéroport.

Il s’agit juste de communiquer juste, de communiquer avec courage et honnêteté, et non de tenir toujours de fausses promesses. Ce que l’État décide de faire, il le fait. Nul ne pourrait l’en empêcher. Il en a la force, les moyens et les pouvoirs. Il peut imposer sa volonté à tous. Mais il n’a pas toujours raison sur tout et sur tous! Il ne peut surtout avoir raison sur l’histoire !

Dp World, « patron » du projet du port de Ndayane, ne fournit aucune réponse a nos questions. C’est leur méthode. C’est leur règle de riche. C’est le camouflage. C’est le « laisser pourrir ». C’est le mépris des « autochtones, les nègres » -oui, laissez-nous choisir les vrais termes-. Leur stratégie: pas besoin de communiquer. Nous avons l’argent. Nous avons l’État avec nous. Nous avons de quoi faire taire tout le monde. Nous savons que ceux qui s’agitent ne sont qu’une misérable minorité de poètes et d’écrivains perdus, d’artistes de merde, de pêcheurs paresseux, d’hôteliers en faillite, de professeurs et de maitres d’école désenchantés, de maraîchers d’un soir, de femmes marchandes de cacahuètes et de poissons pourris.

Voilà le livre rouge de Dp World partout dans le monde des pays pauvres. Non, notre pays n’est pas ce pays que l’on humilie. Non, le Président Macky Sall n’est pas le berger endormi et ivre de lait d’un troupeau meuglant et sans pâturages.

Par ailleurs, allez donc visionner la vidéo du port de Lomé, au Togo, qui fait le tour des réseaux sociaux. Vous serez pris de vomissements. C’est le même modèle que Dp World, avec la bénédiction de l’État du Sénégal, veut imposer au Sénégal.

Le discours connu et éprouvé des multinationales -elles peuvent être utiles mais en sauvegardant notre souveraineté- c’est d’écraser tout. Acheter tout. Humilier tous. Mais nous avons nos gouvernants qui peuvent être plus dignes que Dp World, plus patriotes, plus vigilants sur l’avenir de leurs populations.

Mahammed Boun Abdallah Dionne, particulièrement, et pour le nommer sans crainte, est de ceux-là et je l’assume ici, en mon nom, mesurant la hauteur, l’éthique, la rigueur, l’exigence et l’honnêteté du chef du Gouvernement. Entre Dieu et un « certain » État, il choisirait Dieu. Même si un État est un tout, soudé, cohérent, solidaire et secret ! Je n’oublie pas, non plus, ce que « la raison d’État » peut dicter, au-delà de tout et de tous ! Je fais simplement confiance à mon pays pour défendre mon pays !

Tant pis si nous sommes naïfs parce que certains croient que l’argent achète et conquiert tout et que ce port serait déjà marché conclu ! Nous ne voulons pas y croire un seul instant ! Mais si l’État cédait et si son chef laissait faire, ni l’un ni l’autre ne sortiraient indemnes de l’histoire de ce génocide.

Déjà le port de Bargny-Sendou en cours de réalisation inaugure des impacts catastrophiques qui se font déjà sentir jusqu’à Joal !

Nous leur faisons confiance et nous leur demandons de « fouiller » ce dossier du projet de port de Ndayane. Nous leur demandons de renoncer au choix de ce port synonyme de mort, de ruine, d’exil, d’errance, de déracinement, et de souffrance.

Le nom et l’histoire de la vie du chef de l’État devraient pouvoir échapper à cette page sombre et durable que laisserait la construction de ce port. Son héritage, nous le voulons digne, exemplaire, humain, juste, durable dans les livres d’histoire et la mémoire de son peuple, de nos enfants, de l’Afrique, du monde.

Ne jamais oublier les pages de l’histoire. Elles ont déterré des tombes à elles toutes seules, sans pelle ni pelleteuse !

Nous ne sommes rien d’autre que des hommes et nous passons. Mais parmi ces hommes qui crient aujourd’hui ici, parmi ces femmes, parmi cette jeunesse des hommes de demain, des pages seront écrites pour témoigner et ces pages resteront que rien n’effacera.
On ne peut pas a la fois prendre à des populations déjà cruellement démunies et « leur mer » qui les nourrit et leurs terres qui les abritent avec leurs enfants.

Nous savons qu’il existe un prix à payer pour le développement, mais pas n’importe quel développement. Nous prenons le risque et faisons le pari ici, que le président Macky Sall n’enterrera pas nos rêves et nos espoirs.
Si nous nous sommes trompés, nous saurons en témoigner et nos enfants avec et pour longtemps.

Que personne ne nous reproche de faire appel au président de la République, de le citer, de louer ce que nous croyons qu’il a déjà réalisé de bien pour notre pays. Pourquoi devrait-il être politiquement tabou de reconnaître les réussites de quelqu’un , sans taire ses échecs ? Mais que personne ne nous reproche, non plus, de lui demander avec fermeté, mais respect, de reculer sur un projet mortel, douloureux, sinistre, dont les enjeux de développement sont loin d’égaler la cruauté des conséquences sociales, économiques, environnementales.
Les pré-travaux et sur le terrain et en mer, déjà en cours de prospection avec Dp World, doivent être stoppés. C’est le premier signal attendu !

Notre côte vers Saint-Louis est si libre, si grande, si dégarnie, qu’un port pourrait y être envisagé, en mesurant toujours les dommages. Mais Dp World, selon les experts, ne voudrait pas trop s’éloigner de la région de Dakar encore moins de l’aéroport Blaise Diagne. Ses investissements seraient encore plus lourds !

Puisse le président de la République ne pas porter demain le lourd fardeau d’un port destructeur qui polluerait ses souvenirs et prendrait en otage l’histoire de sa présidence. Puisse t-il prendre grand soin de ses propres choix de développement, afin de ne pas faire porter des haillons à sa légende.




Déjà, ses grands travaux, depuis 2012, l’honorent et l’élèvent ! Et ce n’est pas fini !

Nous, nous ne demandons qu’à vivre, être libre ! Est-ce beaucoup demander ?

Amadou Lamine Sall
Président De l’association

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Maison Africaine  de la Poésie: Amadou Lamine Sall lauréat du Prix Tchicaya Utamsi        

   Maison Africaine  de la Poési e           

                Internationale                      

                       -mapi-

 

 

POUR INFORMATION





Le poète Amadou Lamine Sall a été désigné comme lauréat du Prix Tchicaya Utamsi de la poésie africaine, pour l’année 2018.

 

Il recevra son prix à Assila, au Maroc, en juin, en marge du Forum international sur l’intégration africaine.

 

Le jury écrit que ce prix lui est remis « en tant que poète référence de la poésie sénégalaise et africaine, par son parcours intellectuel, sa qualité poétique et sa dimension humaine ».

 

L’ancien ministre marocain Mohamed Benaissa avait déjà annoncé la nouvelle de ce grand prix au Président de la République, lors de son audience avec ce dernier,  à Dakar.





Dakar, le 18 juin 2018

 

 

 

 

BP : 22032 Dakar-Ponty / Sénégal

               Tél : 221 / 78 187 13 93 – mail : mapi236@gmail.com /

           Récépissé n° 8503/M.INT.DAGAT/DEL/AS du 27 octobre 1995

 

 

 

 

 

Note de lecture: Monsieur le Président, nous avons lu votre livre ! (Amadou Lamine Sall)

D’abord, souhaiter, avec respect, que cet ouvrage publié chez Michel Lafon et admirablement bien conçu techniquement -le même éditeur, en son temps, du Président Wade- que votre ouvrage donc, dont le premier tome fait ici l’objet de notre humble lecture, soit publié un jour, si cela était envisageable, en livre de poche, pour être accessible au plus grand nombre des Sénégalais lettrés, avec des versions dans les langues nationales. Puissent les trois tomes, si cela pouvait également être envisagé, être  rassemblés en un seul tome afin de servir de « livre rouge » pour l’histoire. Nous souhaitons que ce travail puisse être confié, le moment venu, s’il était validé, à un rigoureux collectif d’éditeurs sénégalais.




Nous avons pu donc, Monsieur le Président, parcourir le premier tome de vos réflexions, sous le titre: « CONVICTION RÉPUBLICAINE Discours sur le développement ». Vous avez choisi le singulier à la place du pluriel. C’est encore plus puissant. Et d’ailleurs, la République n’est qu’une ! Vous y évoquez les institutions, la gouvernance, la paix, la sécurité, le développement et d’autres thèmes non moins prégnants qui touchent à la vie de la nation et les questions brûlantes qui tiennent éveillées la communauté internationale. Permettez-nous de saluer bien affectueusement votre Conseiller Spécial Abdoul Aziz Diop. Homme apaisé, respectueux et érudit, qui, après notre récital poétique musical au centre culturel français le 8 mai 2018 dernier -animé par l’Orchestre Symphonique du Sénégal créé par Modou Kara Mbacké, orchestre, hélas, très peu connu- nous a remis, en public, votre ouvrage. Celui-ci est attirant par sa  couverture flamboyante illustrée par une reposante photo de notre Président que nous aimerions voir souvent avec ce visage sucré et rieur qui fait tant de bien, loin des tempêtes et des orages politiques et qui contraste avec celui grave et solennel dont nous nous sommes habitués. Charge oblige !

En nous remettant votre ouvrage, notre frère Aziz, comme il sait le dire avec élégance, nous a invités à un échange contradictoire constructif, au seul bénéfice de notre pays et du renforcement de sa démocratie. C’est à cet exercice que nous tentons ici de répondre, non comme un expert infaillible et prétentieux, mais comme un citoyen libre et fort humble qui porte cependant « souverainement » son regard sur sa société dont il entend battre chaque matin, chaque soir, le cœur social, économique, culturel et politique souffrant. Nous sommes peu nombreux sans doute,  de ceux qui croient que les peuples ne devraient pas seulement retenir de leurs gouvernants leur échec à ne pas les rendre prospères et heureux. L’intérêt général devrait primer, à condition que celui-ci ne serve pas outrancièrement, en premier et toujours, les gouvernants. Cette image est hélas la plus répandue.

Mais venons-en justement à votre ouvrage, Monsieur le Président, votre ouvrage qui porte votre programme théorique de gouvernance, c’est à dire les petits et les grands discours qui tracent votre vision globale et expriment vos vœux de servir et votre peuple et l’Afrique et le monde, dans une pratique de gouvernance qui réponde à ce que la meilleure des démocraties puissent offrir. En un mot, comment le contenu théorique de votre riche ouvrage s’est-il traduit dans la pratique de votre 1er mandat ?




Dans votre Avant-propos, vous évoquez d’abord «votre plume » en ces termes : « …je ne me sépare jamais de ma plume. Je m’en sers tout le temps pour signer un avis, un arrêté, un décret…je m’en sers aussi pour écrire ou pour corriger ce que j’ai demandé à mes collaborateurs de rédiger… A force d’écouter, d’entendre, de lire, de relire, de corriger et d’écrire moi-même, l’idée de systématiser certaines de mes prises de position engageant la collectivité toute entière m’a plus d’une fois traversé l’esprit… ». Et puis vous évoquez le formidable travail de conviction du Secrétaire général de la présidence de la République, le ministre Maxime Jean Simon Ndiaye, qui vous a poussé à « dissiper un doute » au terme duquel vous affirmez ceci: «… l’essentiel de mes adresses sur tous les thèmes d’intérêt général peut enfin être mis à la disposition du public ». Vous ne manquez pas aussi de saluer « l’esprit d’équipe », « la contribution exceptionnelle » de votre Secrétaire général et de votre Conseiller spécial Abdoul Aziz Diop « à la conception et à la réalisation » de votre ouvrage. Bel hommage ! Touchante humilité !

Vous résumez vos ambitions démocratiques en écrivant ceci: « Sous l’éclairage du Siècle des lumières, c’est en effet un enfant de la France, Montesquieu, qui enseignait que contre les risques d’abus du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. Il en est ainsi parce que c’est dans la vertu de la séparation et de l’équilibre des pouvoirs que l’idéal de démocratie s’incarne et se revitalise à l’épreuve du temps ». Vous êtes au Sénat français le 20 décembre 2016 quand vous prononcez ces mots. Cette confession semble vous tarauder tout le long de votre ouvrage et tout le long de vos nombreux discours et prises de paroles au Sénégal et de par le monde. Le renforcement de la démocratie vous préoccupe. Vous écrivez, parlant du renforcement de l’État de droit en Afrique: « Parce qu’il ne s’agit pas seulement de textes à adopter et d’organes à créer, mais surtout de réticences à vaincre et de comportements à changer ». Comme vous avez raison, mais les évolutions vont à dos d’âne en Afrique et les gouvernants en sont les premières abominables causes! Et sans tarder vous ajoutez que « Dans ce combat inachevé sur plusieurs fronts, il est fort utile d’engager le débat, d’échanger nos points de vue et nos expériences respectives pour améliorer nos perspectives ». Hélas, l’Union Africaine aurait dû être un de ces puissants réceptacles. Elle ne l’est point comme elle devrait l’être et c’est triste, sinon désespérant, depuis près de 60 ans d’indépendance ! Pour notre part, il serait utile de faire le bilan du chemin parcouru au Sénégal, non pas d’ailleurs seulement sous votre 1er mandat, mais depuis les longs mandats de Senghor. Ce bilan ne saurait être fiable que s’il est porté avec rigueur et honnêteté par les organes et organismes indépendants de compétence nationale, africaine et internationale, hors du gouvernement, même si c’est son rôle de porter dans la continuité de l’État ce bilan, hors des partis politiques claniques. Partout, nous devons  apprendre à nous soumettre à l’évaluation, au-delà du seul travail des gouvernements qui ne s’arrêtent souvent qu’au satisfecit face aux performances et résultats de nos institutions, face au respect ou non de notre démocratie. Il y faut beaucoup d’indépendance, beaucoup de vertus, beaucoup de courage et d’engagement au service du peuple, beaucoup de responsabilité. Pour plaider et convaincre d’une gouvernance juste et éthique, il faut à un Chef d’État ou un gouvernement beaucoup de renoncements, de dépassements, de courage. Il est rare dans la gouvernance mondiale, quel que soit le pays, qu’un Chef d’État ou qu’un gouvernement mette également en exergue ses failles, ses échecs, ses fautes. Et pourtant, comme cela ferait du bien aux gouvernés d’entendre de ceux à qui ils ont confié leur destin, qu’ils n’ont pas tout réussi et qu’il leur faut encore travailler davantage.

Il a été réconfortant de vous entendre dire et témoigner à propos de la « Charte de gouvernance démocratique » établie par les « Assises nationales » pour un « Sénégal nouveau », et dont vous précisez que vous l’avez signé après vous en être imprégné: « Cinq ans après mon élection  à la Présidence de la République (…) il convient de montrer que mon discours et mon action, à défaut d’une conformité parfaite qui ne tiendrait pas compte de ma propre trajectoire et des réalités politiques, économiques et sociales de 2012, cadre avec l’essentiel des indications phares de la Charte ». Des observateurs pointus et libres vous diraient: « Non Monsieur le Président ! Vous avez plutôt choisi ce qui vous était essentiel. Votre référendum du 20 mars 2016 a fait un tri partial, même si des acquis indéniables ont été conquis, comme la généralisation de la candidature indépendante à tout type d’élection. Cela, l’histoire le retiendra. » Vous écrivez et ajoutez encore ceci: « Les signataires de la Charte comme moi ambitionnaient de « mettre un terme à la tendance à la concentration excessive des pouvoirs à la Présidence de la République » et « à toute immixtion du Président de la République dans le fonctionnement du législatif et du judiciaire ». Les Sénégalais jugeront ou ont déjà jugé si vous avez donné suite ou non « à la concentration excessive des pouvoirs à la Présidence de la République, sans compter l’immixtion du Chef de l’État dans le législatif et le judiciaire. » Pour cette dernière, on pourrait vous demander pourquoi avoir renoncé à vous décharger de vos fonctions de Président du Haut Conseil de la Magistrature et de laisser la justice se gouverner au lieu d’être gouvernée ? Pourquoi, par ailleurs, le statut de l’opposition entériné par le Référendum tarde t-il encore à être concrétisé dans les actes ? N’est-ce pas s’arrêter à la théorie et aux bons vœux que de penser également qu’une Assemblée nationale largement acquise à la majorité présidentielle, évaluera sans état d’âme les politiques publiques mises en œuvre par votre gouvernement ? Quelque chose coince dans le mécanisme, mais ce qui coince pourrait ne pas toujours  relever de vous, car tout pouvoir rêve de détenir les moyens de sa gouvernance et tant mieux si vous avez la majorité à l’Assemblée nationale, ce qui vous permet de mettre en œuvre votre politique de développement comme élu légitime du peuple qui attend beaucoup de vous ! Demain, d’autres, arrivés au pouvoir, mettront sans doute « toute » la Charte en application. La suite des « réalités politiques » -c’est votre propre expression- démontrera si les propositions les plus audacieuses et les plus innovantes des « Assises nationales » donneront une démocratie plus avancée, avec des pouvoirs qui enfin arrêtent des pouvoirs. Revenant à l’indépendance de la justice, telle que l’on croit qu’elle le sera mais surtout qu’elle s’exercera, vous avez reçu en ce mois de mai 2018 un rapport des corps de la justice, dont on ne connaît pas la suite que vous allez lui réserver. Attendons de connaitre la fin de l’histoire.

Tout le monde ou presque rêve de l’indépendance des juges, sans savoir ce qu’il en adviendra. N’en vivons nous pas déjà un avant-goût, sans oublier les hurlements de l’opposition face à une Cour constitutionnelle se réclamant trop souvent,  avec agacement, « non compétente » ? La justice n’est-elle pas déjà indépendante quand on sait que l’article 92 de la Constitution prescrit, comme vous le rappelez d’ailleurs vous-même à la page 42, que « Les décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d’aucune voie de recours » ni de la part du président de la République, ni de l’opposition, ni d’un quelconque citoyen ? Pourquoi, pour éviter le soupçon de partialité des juges et celui de la mainmise du Chef de l’État sur eux, ne pas partager équitablement leur nomination  entre le président de la République et le chef de l’opposition reconnu par la loi, ou toute autre formule impartiale ?
Vous avez, par ailleurs, donné votre explication sur votre renoncement à la promesse de vivre un quinquennat à la place d’un septennat. Vous écrivez, page 43, « …le Conseil constitutionnel considère que le mandat en cour au moment de l’entrée en vigueur de la loi de révision, dont la durée, préalablement fixée dans le temps, et par essence intangible, est hors de portée de la loi nouvelle ». En un mot, votre promesse a été vaincue par la loi constitutionnelle. La polémique a été pénible, mais entre votre promesse et la loi, vous avez choisi la loi. Sur les pages d’histoire de votre vie de Chef d’État, cette posture a déjà son signet. La postérité jugera. Aujourd’hui, nous sommes des acteurs trop près du feu, pour  être sans doute  équitables.

Monsieur le Président, êtes-vous au courant qu’un étrange personnage parcourt le pays et tient un langage singulier et énigmatique aux foules qui l’écoutent: « Dites au Président que des enfants trop vite grandis racontent l’histoire admirable d’un guide qui avait tenu un testament moral mais que les lois de la République ne lui avaient pas permis d’honorer. Alors, tenaillé par l’éthique, il décida sans que personne ne sut le prévoir ni l’imaginer, de ramener à « trois » tables les « cinq » qui lui étaient dressées, quand il remporta son second mandat. Il avait ainsi tenu à rétablir sa souveraineté morale propre sur celle de la République et démontrer aux hommes, contrairement à ce qu’ils croyaient, que sa parole était d’or et que cette fois-ci, c’est lui qui avait imposé son verdict aux lois, attristé ses partisans, dérouté ses adversaires, ému son peuple aux larmes, ce peuple qui en le réélisant pour un second mandat, ne lui avait pas tourné le dos comme on voulait le faire croire » !

Nul élu à la magistrature suprême ne saurait tout réussir au cours de ses mandats constitutionnels ! Les premiers comme Senghor, moins formés en économie mais maitrisant la prospective et la méthode, ont bâti à la fois une république et une nation, installé des fondamentaux, c’est à dire des valeurs, une discipline, une rigueur, une autorité républicaine, une morale et une éthique de gouvernance d’où étaient exclus le pouvoir de l’argent mal acquis, la médiocrité érigée abjectement en promotion, le manque hilarant de culture et de finesse d’un si grand nombre d’hommes politiques. Oui, c’est un poète  -et les poètes font sourire- qui a érigé le Sénégal en République, qui lui a donné un hymne national et un drapeau, mis en symbiose toutes les spiritualités, forgé une école et une université au savoir-faire et au savoir-être retentissants, érigé et proclamé une armée nationale invincible, inapte a commettre des coups d’État militaires, parce que tenue par des officiers et des sous-officiers formés au latin et au grec en plus des mathématiques et de la physique. Une république était posée pour résister, à ce jour, à tous les séismes, jusque sous Macky Sall. Mais le temps faisant, le Sénégal a changé, muté même. Et c’est là, Monsieur le Président, que nous comprenons mieux vos inquiétudes quand vous invoquez Montesquieu pour que « le pouvoir arrête le pouvoir », à moins que ce ne soit le peuple qui arrête le pouvoir.

Tous les Présidents sénégalais ont écrit des livres. Vous venez de poser théoriquement dans un livre les fondements de votre gouvernance politique, en reproduisant et laissant parler vos discours. Senghor avec sa série des « Liberté » et par une haute et fine réflexion à la fois politique, idéologique, sociale, philosophique même, avait défini ses champs d’actions. Abdou Diouf a écrit ses mémoires qui ont fait polémique. Il a choisi le moins réflexif en nous racontant dans un fauteuil son parcours singulier et si rare, qu’il ressemble à un conte de fée !  Abdoulaye Wade a porté rageusement le combat panafricaniste de l’Afrique. Il a beaucoup théorisé et indiqué des chemins de sortie du colonialisme comme du néocolonialisme. Il fut un redoutable débatteur. Professeur comme Senghor, ils sont allés tous les deux taquiner les forces et les ruses de la pensée et des idéologies dominantes.

Mais revenons à vous, à votre ouvrage, Monsieur le Président.
Votre livre est dédié, comme vous l’écrivez, à vos  concitoyens. Avoir pensé à eux, est un acte républicain touchant. Ils vous ont mis là où vous êtes aujourd’hui. C’est eux également qui décideront en février 2019 de vous garder ou non au pouvoir.




Vous vous prononcez sur l’Administration sénégalaise en commençant fort votre propos: « Ce n’est qu’avec la vérité et la franchise drapées d’un courage résolu, que l’on vainc les hésitations et les résistances. » Et vous assénez sans faire trembler votre plume: « Les agents de l’État doivent adopter le culte du résultat, et cultivez davantage la probité, la loyauté, l’humilité, le respect et la courtoisie. » Vous dites: « S’adapter pour être une administration de développement ». Nous savons tous, hélas, ce qu’est devenue l’Administration sénégalaise. Elle a sombré ou presque, comme l’école sénégalaise. Le Président Abdoulaye Wade n’y était pas allé par quatre chemins. Son raccourci était  détonnant: « On a jamais vu une administration développer un pays ! ». Et paf ! Comment guérir et faire face à ce mal ? La réponse n’est pas aisée. Elle trouve son malheur dans ce que sont devenues nos écoles d’administration dans la formation des cadres de la hiérarchie A et B. Le niveau n’y est plus, dit-on, à tort ou à raison. Il s’y ajoute nos postures culturelles propres dont certaines desservent plus qu’elles ne servent l’Administration. On ne travaille pas, on fait semblant de travailler. Et puis vient la corruption, ce cancer âpre à extirper que de maigres salaires face à des ambitions démesurées, des « paraître » et des charges sociétales vaniteusement assumées, nourrissent. L’honneur et la probité ont baissé les armes. Il s’agit non de vivre mais de survivre et à tous les prix. On a égorgé tout sentiment de honte, assassiné toute dignité. Il faut alors réformer l’Administration, Monsieur le Président, la rapprocher des usagers dans vos propres choix de mots: « l’efficacité », la « simplicité », la « performance ». Il faut en effet  la moderniser pour qu’elle puisse échapper à l’appétit féroce de ceux qui se servent au lieu de la servir. Il s’agirait de procéder à une véritable révolution où les responsabilités seraient renversées afin de faire de l’usager l’arbitre, le veilleur de jour, pour une Administration plus surveillée, plus transparente, plus pratique, moins honteuse et irresponsable. Innovez Monsieur le Président ! Vous en avez le pouvoir et la charge ! Déménager vos ministères à Diamniadio est déjà une révolution ! Donnez en location au privé le building administratif rénové, ancien siège « fédéral » de vos ministères. Il rapportera à l’État des dividendes pour sa trésorerie qui tirerait moins la langue. Sous la même formule, avec des clauses d’occupation souveraine chaque fois que de besoin, délestez l’État de certaines charges et faites rentrez de l’argent dans ses caisses. Nous pensons à la cession des stades L S Senghor, Demba Diop, le Grand Théâtre, la future arène de lutte, le Centre international Abdou Diouf.

Quand vous évoquez votre politique et votre vision de l’agriculture sénégalaise, on se plaît à vous lire. Et là, vous avez réussi Monsieur le président de la République, sans doute parce que vous avez fait le bon choix en nommant un ministre hors des partis politiques, donc moins distrait, moins concentré, moins soumis et moins envahi par la terrifiante fourmilière du parti, mais surtout un ministre reconnu par la communauté internationale et dont l’expertise a été saluée par nombre de fonctions pointues occupées dans le domaine de la recherche, par nombre d’universités et d’académies de par le monde. L’agriculture est un poumon fragile et il est le premier moteur, avec l’industrie, du véritable développement. Vous le dites d’ailleurs si bien: « En premier, la modernisation de l’agriculture (…) sera bâtie sur notre vision d’une agriculture multifonctionnelle au triple plan de la sécurité alimentaire, de la génération de revenus pour les populations rurales et de la protection de l’environnement ». Dans la difficile lutte contre le chômage, donnez des bras à l’agriculture, attirez la jeunesse vers elle, non seulement en la formant à court terme, mais en offrant des emplois à cette multitude qui attend devant les interminables théières ou entassée dans des amphithéâtres bouchés, en créant des projets comme: « Un hectare, dix jeunes ! ». Il s’agit d’affecter des terres à un groupe de jeunes, dans toutes les régions du Sénégal, et de les accompagner pour un temps dans leur exploitation, avant de les laisser s’autogérer à la sueur de leur front !

Votre ouvrage, Monsieur le Président, aborde, encore une fois de plus, les institutions, la gouvernance, la paix, la sécurité, le développement. Vos discours reproduits sur chacun de ces axes donnent dans votre livre un éclairage heureux. Pour ce qui est de la paix comme de la sécurité, vous avez accompli de grandes avancées. La Casamance que nous aimons tant s’était tue. Ce n’est que « récemment », quand vous avez évoquez la rébellion dans un de vos messages à la nation, que le feu a repris, si étrangement, comme si les deux étaient forcément liés, comme certains observateurs l’ont relevé sans trop y croire. Mais la paix, vous la cultivez. Elle est sincère en vous. Prions mais travaillons encore plus pour la conforter, pour l’installer durablement depuis l’indépendance, dans notre pays. Mais la paix, Monsieur le Président, cher écrivain, c’est aussi la justice. Il ne peut exister de paix sans justice. Il ne peut exister également de justice sans liberté. Alors, pour vous protéger, pour installer le président de la République hors de tout soupçon d’ingérence, et pour donner l’exemple en Afrique et au-delà, prenez la mesure de l’histoire en répartissant courageusement et noblement le pouvoir, pour votre gloire, afin que celui-ci arrête réellement le pouvoir, comme vous l’écrivez vous-même et comme vous le souhaitez, malgré les obstacles qui ne manquent pas pour vaincre cet adage qui dit que « le pouvoir ne se partage pas » !

La sécurité est de nos jours inséparable du terrorisme. Vous vous prononcez en écrivant ceci: « …le terrorisme a tendance à se sanctuariser en Afrique, parce que ses cerveaux, agissent en réseau, considèrent le continent comme le ventre mou du système international ». Tout est dit ! L’on susurre dans les salons des Grands Blancs à Dakar, que le Sénégal, depuis Senghor, est doté du meilleur système de renseignements à la dimension de ceux des pays les plus développés. Ce système que vous avez renforcé en femmes et hommes de terrain et équipé des plus performants outils technologiques, veille sur nous et préserve notre pays du grand mal. Notre défense nationale est notre premier bouclier de sécurité !

Vous évoquez dans votre livre un sujet qui fait polémique et qui heurte certaines consciences dans une Afrique indépendante depuis près de 60 ans: la monnaie unique ! Vous écrivez: « Il est tout aussi nécessaire de résoudre l’équation que pose la pluralité de monnaies dans un espace dont la vocation est de se constituer en marché commun. » Puissiez-vous faire de ce combat, votre combat. Il est de ceux que l’histoire retient. Le FCFA disparaîtra avec sa parité avec l’euro. C’est programmé, inéluctable ! ll reste seulement d’en connaître l’échéance, mais cela est inscrit dans l’histoire de nos pays vers une indépendance monétaire, mais en phase et en harmonie avec les exigences de la politique monétaire internationale et ses organes de contrôle et de régulation. Ce qui appelle un temps d’organisation, de gestation, de mise en place des meilleurs mécanismes. Ce qui est fait est fait et appartient à une histoire coloniale qui s’est imposée à nous. Maintenant, sans hâte, sans rage, mais avec lucidité et un engagement inflexible, il s’agit de sortir de l’étau, de nous appartenir et non d’appartenir aux autres. Vous y avez votre part, Monsieur le Président et l’histoire -encore elle- vous épie.

A propos d’histoire et de postérité justement, vous proclamez, en poète et en homme de paix -page 131- de faire « retentir le chant des rameurs, la mélodie des pasteurs et la romance des agriculteurs ». Alors, prenez beaucoup plus de soin à nos côtes, à notre littoral, à notre corniche, à notre architecture, à la création de bois de ville, d’espaces verts. Veillez à ce que vos services compétents n’abattent plus des arbres centenaires dans Dakar.  L’Avenue Lamine Guèye en est l’horrible théâtre aujourd’hui. Par ailleurs, et surtout, ne laissez pas construire  le port à containers de Ndayane à près de huit kilomètres de celui déjà en chantier de Bargny Sendou et dont les tragiques répercussions marines se font déjà sentir jusqu’à Joal ! Vous commettrez avec ce port de Ndayane un génocide écologique et environnemental unique dans l’histoire. Votre pire ennemi ne vous souhaiterait pas de laisser un tel drame dans l’histoire de votre pays, Monsieur le Président ! Allez voir par vous-même, sur le terrain, aves les populations, l’étendue du prochain désastre, vous qui, par vos fonctions, habitez la résidence présidentielle de Popenguine impactée par ce monstre de port qui s’étend jusqu’aux côtes de Toubab-Dialaw et occupe plus de 3850 hectares à l’intérieur des terres pour installer des entrepôts. Nous ne combattrons pas le développement, mais nous combattrons un développement qui apporte la mort, les maladies, le dépouillement, l’exil, la ruine des patrimoines, l’effacement des mémoires. Renoncez à ce port en ces lieux ! La côte et le  littoral vers Saint-Louis du Sénégal vous offrent un océan géant moins habité par les baleines qui viennent se reproduire à Ndayane-Popenguine-Toubab Dialaw, des terres vierges moins fécondées par une nature miraculeuse et unique, moins occupées par les agriculteurs, les pêcheurs, les maraîchères, les infrastructures hôtelières au prix d’énormes investissements, les entreprises culturelles cotées à l’international. Ce projet de port, en un jour, effacera des pages et des pages d’histoire et de patrimoine d’un des paradis de sable et de plage, le seul accessible à 45 minutes de trajet de Dakar, ce qui est un miracle ! Non, vous ne serez pas ce tueur, Monsieur le Président ! Vous ne lui ressemblez en rien ! Vous êtes plus grand que lui, plus humain que lui !

Votre ouvrage, Monsieur le Président, est plein de lunes et de soleils. Mais vous savez qu’il pleut, que les orages sont là, que les matins portent des angoisses, que nos enfants pâlissent en songeant à leur avenir, que les soins de santé sont un luxe, que nos prisons sont pleines et qu’elles sont des mouroirs, que l’école décline. Puissions-nous voir l’avenir apporter les correctifs nécessaires et les sacrifices indispensables. Bref, comme vous l’écrivez si bien et si justement dans votre ouvrage, il s’agit de réussir « le pari irréversible de combattre les injustices sociales (…) de faire passer le Sénégal d’une logique de réduction de la pauvreté à celle d’émergence économique. »

La page 276 clôt votre livre. Comme pour tout résumer, vous dites, par un solide et lucide plaidoyer: « Parce que c’est dans l’ignorance, la pauvreté et l’exclusion sociale que certaines causes d’instabilité trouvent un terreau à leur éclosion. C’est dans ce terreau qu’il faut éliminer les germes du mal (…) Autrement, nous aurons traité les symptômes en laissant de côté la maladie ».

Monsieur le Président, refaites la route, mais sans chaussure, de votre théorie à la pratique de votre projet de gouvernance. Si vous marchez sans écorchure, que personne ne vous fasse pourtant croire que la route est lisse !

En espérant que vous produirez d’autres livres, nourrirez d’autres réflexions contemporaines, en espérant que vous continuerez à encourager la vie de la pensée et à la protéger dans tout son éclat et toute sa liberté, je conclus cette très humble et très sommaire note de lecture de votre tome 1, en repensant à mes lectures de Dostoïevski. Il disait que « Le besoin spirituel le plus élémentaire du peuple russe est la nécessité de la souffrance ». A quoi l’Ambassadeur de Tombouctou, souriant, répond avec ironie, comme à son habitude, que « le besoin matériel le plus élémentaire du peuple sénégalais est la nécessité de l’abondance ».

Bref, gouverner, Monsieur le Président, c’est souffrir ! Écrire, c’est se révéler !

Amadou Lamine Sall
Poète
Lauréat des Grands Prix de l’Académie française

Dieu sera au Sénégal en 2019 ! (Amadou Lamine Sall)

Amadou Lamine Sall

poète

Lauréat des Grands Prix de l’Académie française

Nous sommes des croyants. Que personne ne nous en veuille. Musulmans ou chrétiens, nous croyons en Dieu et  en Sa miséricorde. Nous croyons à Sa capacité de changer un destin, même si nous devons être les premiers à  nous occuper de notre vie, à l’organiser, à la protéger, à assumer nos erreurs et nos fautes. L’enseignement de toutes les religions part et aboutit à l’amour et non au mal. Il  nous arrive de faire face à des leçons de vie dont l’exceptionnalité nous charme, nous interroge, nous intrigue et nous donne à penser ou à croire que quelque chose d’autre gouverne le monde. C’est nourri de cette foi, de cette force qui apaise et fait enjamber les montagnes, que nous interrogeons aujourd’hui le présent de notre pays et que nous interpellons la classe politique et le peuple Sénégalais. Personne ne fera ce pays à notre place. Même Dieu. Avant Lui, il est de notre mission d’abord de le construire. Si nos cœurs sont sans taches, nos vœux dénués de pensées négatives  et  nos buts  de sentiments de vengeance, il est possible que nous puissions atteindre ce dépassement généreux de nous parler, de nous écouter , de trouver ensemble, sans péril, le chemin d’un consensus qui rassemble et qui donne confiance en l’avenir.




Le Sénégal d’aujourd’hui est résumé, à tort ou à raison, par mon ami l’Ambassadeur de Tombouctou, ainsi qu’il suit: il y avait l’esprit et le masque. L’esprit a quitté le masque. Il ne reste plus que le masque.

Pour ma part, il y a Dieu et il y a nous. A chacun sa partition. Mon ami l’Ambassadeur de Tombouctou revient pour m’en donner la plus belle des leçons : vous sélectionnez vos graines, vous les mettez en lieu sûr pour les conserver. Et vous attendez le temps des semences. Ce temps arrive mais il ne pleut pas encore. Vous finissez par aller dans votre champ afin de mettre vos graines sous terre. Votre mission est accomplie. Reste celle de Dieu, de la Providence, car c’est Dieu qui donne la pluie selon la ligne de notre foi, c’est Lui qui fait germer la graine et c’est Lui qui fait mûrir votre champ. Il est Le Maître des cycles. Et quand vous savez observer, vous constatez que le bourgeon qui sort de terre est si douillet, si fragile, qu’un doigt de bébé pourrait l’écraser. Et pourtant, ce bourgeon si laineux a surgi de terre sans  peine. D’où lui est venu cette force qui l’a fait traverser une couche de terre? Ce n’est rien d’autre que la partie de la mission qui incombe à Dieu, à la nature, dit-on. Et quand votre graine pousse et grandit, d’autres herbes surgissent toujours aux alentours. La pousse de votre graine est à vous mais vous n’avez pas semé l’herbe folle qui pousse autour. Elle est là pour d’autres « êtres » que Dieu a crées et qu’il faut nourrir, comme vos bêtes de labour ou de pâturages.

 

Telles sont les merveilles de la vie. Telles apparaissent les  rôles dévolus à Dieu et ceux qui nous sont propres. Notre responsabilité propre et non celle de Dieu, est de mettre sous terre notre graine. Si vous ne semez pas, vous ne récoltez pas. Si vous ne jouez pas, on ne vous appellera pas pour vous dire que vous avez gagné à la loterie. De même, c’est à nous de bâtir notre pays ou de ne pas le bâtir. Par ailleurs, n’en voulons pas à la jeunesse. Lui en vouloir c’est en vouloir à la marche du monde. Elle chemine avec son temps. Oui, autrefois, si vous chassiez les oiseaux de votre champ, les oiseaux s’envolaient. De nos jours, si vous chassez les oiseaux de votre champ, c’est le champ qui s’envole avec les oiseaux. Le monde a subi des mutations et toutes les jeunesses du monde aussi.

 

Pour que le prophète Mohamed  ait pu nous montrer la voie royale, il a fallu que le Coran naisse ! De même Jésus et le nouveau testament. Ceci pour dire que notre pays doit se trouver un Nouveau Livre Citoyen et Républicain, trouver une nouvelle voie fondatrice d’un État nouveau, réinventer la responsabilité publique, la responsabilité sociétale d’un peuple, afin que « la politique » ne soit plus montrée du doigt comme un système partisan, corrupteur, carnivore, qui impose sa loi à tout et à tous, mais un système qui unit. Pour qu’un nouveau Sénégal surgisse, il faut une fin de l’histoire. Il faut que les Sénégalais d’aujourd’hui ouvrent une nouvelle page de leur histoire. Qu’ils mettent fin à la gouvernance close de la politique. Le système du parrainage des candidats aux prochaines élections présidentielles de 2019 et qui secoue tant notre pays, s’il est bien conduit et consensuel, pourrait nous ouvrir demain les portes d’une nouvelle gouvernance. Ce sont les mauvais systèmes politiques qui nous montrent le chemin des bons systèmes républicains. Voilà pourquoi, ensemble, au-delà du seul pouvoir et de la seule opposition politiques, nous devrions associer dans les grandes décisions institutionnelles de notre pays la société civile, les sociétés religieuses, les collectivités locales, les associations de femmes et de jeunes, les universités, le barreau. En somme, ratisser large pour avoir non seulement le meilleur consensus mais les meilleures propositions pour les meilleurs mécanismes de régulation et de prévention et dans la durée et dans la qualité et la performance. Ne pas s’enfermer entre politiciens. Les Sénégalais ont leur mot à dire. L’Assemblée nationale reste le terminus. C’est de cette manière qu’il faudrait concevoir nos lois, nos révisions constitutionnelles. C’est de cette manière que notre Code de la famille est née et il  est là pour  longtemps.

 

Le parrainage, pour revenir à lui, devrait laisser dans l’histoire le nom d’un Président qui a changé la donne pour que tous soient égaux devant le suffrage universel, mais à condition qu’un consensus large et fort le valide pour le solidifier et l’installer dans la postérité. En un mot, ne pas donner raison à ceux qui pourchassent la suspicion. Par ailleurs, c’est à l’opposition de ne pas laisser à une seule hirondelle de faire le printemps, car le parrainage est un printemps et ce printemps nous le voulons. Il nous fera du bien, en donnant sa chance à chaque Sénégalaise, chaque Sénégalais. Il nous sortira de l’étau et de l’éternité au pouvoir des seuls tenants de partis politiques. Puisse l’opposition prendre sa place dans l’appel au dialogue au nom du bien-être institutionnel de notre République et laisser le peuple Sénégalais prendre acte de la contribution de chacun. Le système démocratique qui posera cet acte, aura vaincu le « mauvais infini ». L’opposition doit inscrire son nom dans cette marche de l’histoire politique du Sénégal. L’on nous a appris que la politique est comme le football : on ne fait pas la passe à l’adversaire. Mais ici, il ne s’agit pas d’adversaire, il s’agit d’écrire autrement une nouvelle page de l’histoire de notre démocratie. Il s’agit de poser constitutionnellement les jalons d’une alternance démocratique où tous les Sénégalais ont leur place. Instituons alors, ensemble, ce parrainage dans la confiance et le consensus et que l’histoire de notre pays puisse un jour s’écrire autrement. Reste à trouver, toujours ensemble, les mécanismes qui soulageraient le Trésor public et le moyen d’assurer le vote à chaque citoyen qui aurait satisfait aux exigences requises. Mon ami l’Ambassadeur de Tombouctou a, quant à lui trouvé la solution: que chaque candidat finance lui-même et ses affiches de campagne et son propre bulletin mettant ainsi les caisses de l’État au repos! Les Sénégalais s’occuperont du reste, dans l’urne ! Être président a un coût qu’il faut assumer, tranche le plénipotentiaire !

 

Ne reculons pas. Avançons et surtout ensemble. C’est de la crédibilité de notre démocratie, de notre capacité à aller à la rencontre de la chair même de notre pays, dont il s’agit et de la place que ce pays a acquis désormais au cœur des plus apaisées démocraties du monde. Ne ruinons pas nos acquis démocratiques. Si l’opposition a un fossé à franchir, rêvons que le président de la République lui tende la main et réciproquement, sans que ni l’un ni l’autre ne perde son honneur, ne fourvoie à sa mission, ne renonce à ses idéaux, ne cède ses droits. Le pouvoir comme l’opposition doivent se retrouver là où le peuple sénégalais les convoque: le développement, la formation de notre jeunesse, la sauvegarde de notre dignité et de notre identité nationale.

 

Aucun Président ne peut prétendre tout réussir, tout régir. Aucune opposition ne peut prétendre tout contester, tout réinventer. Aucune force de l’opposition ne peut pousser le pouvoir au suicide ou à l’humiliation en tenant à le faire céder sur ses choix de développement. C’est son droit, sa légitimité. Il gouverne. Mal ou bien, c’est lui qui gouverne. Aucun pouvoir ne peut réprimer, marchander l’élan légitime d’une opposition vers le pouvoir. Cependant, c’est ce à quoi aspire et désire le peuple Sénégalais qui doit rassembler les deux camps et leur imposer une obéissance commune du jeu démocratique dans l’élégance, le devoir du respect mutuel, la responsabilité sous l’œil vigilant de l’Histoire.

La démocratie peut-être une tragédie ou tout court une grande plaisanterie, une honteuse farce, quand elle emprunte son visage à la défaite de toute morale, au triomphe de la ruse et du gain. Notre pays n’a pas ce destin, ne veut pas de ce destin et n’aura pas ce destin.

 

Dans ce pays, pour peu l’on croirait que Dieu a pris de longues vacances, loin de nous. Et le Diable jamais. Lui, il serait resté. Sans Dieu, sans éthique, sans valeur, sans humilité, comment « mettre notre âme à l’abri »? Quelque chose nous gifle et nous serions prêts à tendre l’autre joue. Quand on veut tout laisser à Dieu, le Diable finit par prendre la plus grosse part. Ce pays n’est pas une auberge de suicidés et de morts. Mais le malheur peut arriver. Il arrive partout où la justice doute ou se couche ou demeure injustement fusillée, ou le pouvoir flamboie, ou l’opposition arme ses soufflets au moindre feu, ou le peuple arbitre dans le silence. Cette justice d’aujourd’hui prise entre deux feux, dans un enfer de mitraillettes, sans savoir ni où se réfugier ni comment sauver son honneur, personne ne viendra la sauver, si ce n’est elle-même ! Elle tient entre ses mains finalement apparues fragiles, le verdict de sa propre histoire. Mais ne l’oublions pas : la justice, même celle de Dieu, est toujours une épreuve !

 

Citons les, sans peur: Senghor, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade, Macky Sall. Quatre hommes politiques, quatre Sénégal, quatre temps du monde, quatre héritages. L’histoire est écrite pour les trois premiers. Elle est en train de s’écrire pour le 4ème Président. L’encre n’a pas encore séché. Il serait temps, disent nombre de Sénégalais, qu’après le 5ème ou au plus tard  le 6ème Président du Sénégal, qu’une femme ou qu’un homme, à équidistance des clans et des partis politiques traditionnels, gouverne à son tour notre pays. La vérité, par ailleurs, est qu’il y a bien longtemps que nous aurions dû aider un président de la République à cesser d’être l’otage de la politique marchande et des loups qui rôdent autour des palais. Il s’agissait, très tôt, d’instituer un mandat présidentiel unique de 7 à 8 ans. Cela aurait permis, dit-on, à l’élu suprême de gouverner sans être l’esclave de quelque groupe que ce soit et sans corde au cou Cela aurait aidé le président de la République, quel qu’il soit, à être libre, à n’être l’otage de personne. A la vérité, un Président est fragile. Comme tout humain, il a besoin des autres. Le schéma actuel a largement démontré combien un second mandat à briguer met en danger notre démocratie, notre économie, met un Chef de l’État en grande vigilance face à une coalition, une majorité présidentielle à rassurer, à protéger, car son destin est celui de sa majorité. Rien de plus normal. Pour survivre, il faut être ensemble. C’est la loi de la jungle mais nous ne voulons pas tenir, par respect, l’espace politique comme une jungle. Nul ne peut en vouloir à un quelconque homme politique de tout mettre en œuvre pour gagner son combat électoral, dès lors qu’il lui est permis de se présenter au suffrage universel. On me rétorquera oui, mais dans la transparence. Nous répondons oui, bien sûr dans la transparence, car nous sommes naïvement de ceux qui croient qu’une abeille ne peut accoucher que du miel. Pour dire que nous sommes dans une présomption de dignité morale et de respect des urnes. Le président de la République, pour le nommer, est constitutionnellement habilité à se présenter et se présentera. Seul le peuple Sénégalais décidera de l’issue des élections et il protégera sans faiblesse et son vote et son choix. Nous croyons que tous ceux qui se  présenteront en 2019 devant les Sénégalais, accepteront le verdict du peuple. Nul ne pourrait, non plus, en vouloir demain à un Dieu qui a trop à faire ailleurs que de venir s’occuper de ce que les Sénégalais peuvent décider sans Lui. N’ayons pas peur. Faisons-nous confiance. Veillons ensemble. Soyons grands et dans la victoire et dans la défaite.

 

L’heure n’est pas grave, mais le dialogue s’impose. Le président de la République, le premier, parce que tel est le poids noble de sa charge, malgré une opposition batailleuse, bien installée dans son rôle et décidée de ne pas en bouger, doit s’élever, se dépasser, se libérer de l’étau quoique légitime de son camp politique et de ses partisans, pour donner un gage à celui qui est le seul maître, le seul souverain et le seul à trancher pour tous : le peuple Sénégalais. Pour cela, son appel au dialogue doit être constant, généreux, sans répit, sans contrainte. Si personne n’y répond, les Sénégalais apprécieront, prendront acte. Mais toujours s’élever, communiquer, prendre le peuple à témoin. Notre pays mérite de poursuivre sa marche vers le progrès, la liberté. Nous sommes un grand peuple. Ce peuple a mûri. Il sait attendre. Il sait arbitrer. Il n’est pas pressé mais peut se réveiller pressé, quand on viole son honneur, quand on humilie son histoire. Le peuple sénégalais sait tout. Il sait trier le vrai du faux. Il sait se taire mais il tranche toujours. Penser ou travailler pour le tromper est chimérique. Il faut lui faire confiance et le laisser faire. Il sait mesurer le poids moral des gages. Quand on lui prête sans taux usurier, il rembourse plus que ce qu’on lui a prêté. Cela s’appelle rendre justice. Je ne souhaite à quiconque de l’affronter, lui faire subir l’injustice et le déshonneur. On le paie cash et deux fois. Et puis, on ne définit pas pour lui ce que sont la justice et le déshonneur. Il possède son propre dictionnaire.

 

Dieu sera présent au Sénégal en 2019, pour dire que ce pays ne brûlera pas. Ne brûleront que ceux qui ont déjà allumé dans leur cœur les flammes de la haine et de la division. Le Sénégal est plus grand que lui-même. Les Sénégalais sont sereins et prodigieux. Nous n’avons cessé de répéter que tant qu’il existera dans ce pays un bout de minaret, l’ombre d’une croix, nous nous réveillerons toujours avec le soleil. Ici, dans mon pays, tant qu’il y a le ciel, il y a toujours la certitude qu’un oiseau y passe. Nous sommes armés pour survivre à toutes les peurs. Ce pays est d’or. A chaque épreuve, éclairons-nous aux feux ardents longtemps allumés avant nous par des êtres exceptionnels, des apôtres du refus, du bien et de la foi. Ce n’est pas vrai que leurs prières ont séché, que nos fétiches sont morts, que notre sol est souillé et stérile. Les fronts de nos mères restent des diadèmes. Ceux qui sont souillés sont ceux qui sont vaincus sans combattre et qui ont remplacé Dieu et la dignité par l’argent, l’avidité, la cupidité, la servilité.

 

Que le respect, la mesure, la paix, soient notre première mosquée, notre première église. Il est plus courageux de faire la paix que de faire la guerre, dit l’adage. N’oublions pas non plus « qu’il n y a pas de liberté sans droits de l’homme. Pas de droits de l’homme sans la paix. Pas de paix sans justice ». L’État, c’est nous tous ! Que l’on cesse enfin de se combattre en proclamant: « je ne mens pas, c’est la vérité qui se trompe ». Apprenons à additionner et non à soustraire. Ce qui doit arriver, arrivera, malgré l’argent des uns, malgré la bave des autres. La fortune ou le mépris n’a jamais garanti l’exercice du pouvoir. L’insulte et l’adversité irrespectueuse n’ont jamais garanti la conquête du pouvoir. Le verdict n’est ni dans les coalitions, ni dans les moyens financiers des uns ni dans les diatribes des autres. Le verdict est dans l’expression du suffrage des seuls Sénégalais, à condition que ces derniers soient dignes de leur pays, de leur histoire.

 

Nous sommes des millions à aimer, à chérir notre pays le Sénégal et avec nous des peuples et des pays de par le monde qui nous vouent respect et affection. Et parce que nous l’aimons notre pays, pouvoir comme opposition compris, et que son avenir nous préoccupe, que nous devons nous unir, mettre nos forces non au service d’un seul camp, mais au service de tous. Confortons notre démocratie. Aidons les autres qui nous regardent à mieux nous aimer. Soyons dignes de ce que ce grand petit pays nous a jusqu’ici laissés en héritage!  Que personne ne nous fasse croire que nous sommes devenus le produit du néant. Ne tournons pas le dos à notre vrai miroir. Regardons-le en face !

 

 

Amadou Lamine Sall, poète militant

YERIMPOST.COM Ci-dessous un auto-portrait…

Amadou Lamine est d’abord poète. Il est le créateur et le Président de la Maison Africaine de la Poésie Internationale – MAPI – et Président des Biennales de poésie de Dakar dont la 6ème édition aura lieu du 24 au 29 novembre 2008 à Dakar. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie traduits dans plusieurs langues : Anglais, Espagnol, Polonais, Allemand, Macédonien, Serbo-Croate, Grec, Arabe. Son œuvre poétique a fait l’objet de court métrage pour le cinéma en Europe. Ses œuvres sont aux programmes de nombreuses universités dans le monde et font l’objet de thèses de fin d’études. Amadou Lamine Sall a été comme conférencier l’invité des universités de Dakar, d’Edimbourg en Ecosse, de Montréal au Québec, de Fredericton au Nouveau Brunswick Canada, de l’université York à Toronto, de Wells dans l’Etat de New York, de l’université du Liban à Beyrouth. Léopold Sédar Senghor a dit de lui « qu’il est le poète le plus doué de sa génération ». Amadou Lamine Sall est membre de l’Académie mondiale de la poésie dont le siège est à Vérone en Italie. Il est lauréat des Grands Prix de l’Académie française. Il occupe actuellement les fonctions de Commissaire à la réalisation du projet du Mémorial de Gorée. Il est sans conteste de ceux qui font avancer le Sénégal.

Hamidou Dia dans le sommeil (Amadou Lamine Sall)

Le moment le plus difficile, c’est quand tout est fini, qu’il faut repartir, quitter le cimetière, suivre la foule, et te laisser seul, couché, solitaire et la nuit qui va tomber dans un lieu où personne ne souhaite rester. En te laissant là, je me suis souvenu des vers du poète Federico Garcia Lorca: Mais voici qu’il dort sans fin / Voici que la mousse et l’herbe/ Avec des doigts infaillibles/ Ouvrent la fleur de son crâne.

Un bel et superbe esprit a été contraint au sommeil. Hamidou, comme tu étais brillant, comme tu étais généreux et conciliant ! Le Président de la République, dans son hommage devant ta dépouille silencieuse mais bruissante, dans cette cour venteuse de l’hôpital Principal en ce dimanche 4 février de cette année 2018 qui commence et qui nous fait pleurer déjà, a dit quelque chose qu’il aurait pu ne pas dire de cette manière, mais il l’a dit et bien dit et c’est important: que tu étais un homme quine connaissait pas ce qu’était la méchanceté. Qu’un homme d’État choisisse ce mot »méchanceté » dont il témoigne qu’il t’était inconnu, ne doit pas être pris pour la simple parure d’un discours funèbre. Oui, notre pays a besoin d’extraire ce mot de son cœur pour construire, apaiser et croire au destin de chacun.

Combien de fois tu es allé au combat au cabinet présidentiel pour t’enquérir d’un dossier qui tardait à ressortir ? Tu suivais avec beaucoup de générosité les requêtes difficiles que tu arrivais toujours à introduire, après t’être bien informé pour mieux leur trouver une issue heureuse. Tu donnais aux courriers adressés au président de la République toute l’attention requise, même si un Président ne pouvait pas donner suite à tout et que tout ne devait pas non plus lui être soumis. Tu savais aussi couvrir ton Président quand tu jugeais irrecevable une requête, sans que celui qui en attendait une réponse ne soit ni déçu ni frustré, quand on connaît l’orgueil et le jugement hâtif de nos compatriotes. Tu étais un fin diplomate, un homme qui recherchait toujours la mesure et le bien dans le respect de l’autre. Notre espace culturel, littéraire et artistique, tu le savais, était fragile, susceptible, démuni, intolérant et prompt à la sentence, chacun ne servant souvent que ses intérêts. Tu savais tout contenir, tout réguler, installer l’espoir et insuffler l’excellence. Tu manqueras beaucoup au Président Sall qui t’aimait et appréciait ton esprit serein, pétillant, engagé, convaincant, apaisant. Tu donnais du relief à son cabinet culturel par ton nom, ton parcours, la solidité de ta formation, ta vaste culture, ton humanisme si doux. Oui, le Président a raison de dire que tu ne connaissais pas la méchanceté. Ceux qui savent ne peuvent pas être méchants !

Pourquoi Saldé n’a pas bercé ton repos, Saldé-mayo Tébégout, que tu aimais tant et dont tu parlais tant, et qui comme tu l’a écrit: « ne cesse de m’habiter sans désemparer » ? Je ne sais.

J’ai lu que tu avais écrit ceci: « La mort est le souvenir poussiéreux de la vie ». Et si la vie était plutôt la défaite même de la mort, quand on laisse derrière soi des œuvres et des actes d’une invincible matérialité ? Tu as dit et écrit aussi que « le cœur des vivants est le plus sûr tombeau des morts ». Mais les vivants finissent toujours par mourir ! Mais aussi, sans savoir comment elle fait, la vie reprend toujours le dessus sur la mort. Là est la mansuétude du Divin !

Pourquoi les audiences fatales et le livre de la mort n’ont jamais de fin et laissent sans cesse des chaises vides et des pages blanches numérotées mais qui se remplissent toujours ? Je suis rentré à la maison la tête basse, les pieds lourds, bien triste et bien seul ce dimanche 4 février, quand après t’avoir confié à Dieu et prié Mohamed de dîner avec toi pour ta première nuit dans l’au-delà et dans l’au-dessous. Toute la nuit, pour revisiter tes écrits, ta pensée, je me suis réfugié dans ton livre: Écriture et liberté/ Entretiens et Fragments littéraires, préfacé par ton oncle, le tranquille et reposant Cheikh Hamidou Kane. Je l’ai beaucoup regardé alors que tu étais couché devant nous, enveloppé dans un beau pagne ensoleillé. Son visage et son cœur ne faisaient qu’un. Sa peine était sans nom. En préfaçant ton livre ici cité, en parlant de ton talent immense, il a écrit que « Ce sortilège est l’œuvre d’un magicien sans pareil, mon neveu Hamidou Dia ». Quelle fierté, quelle tendresse du noble Diallobé quand il nous dit encore: « Qui peut se vanter d’avoir mieux que moi?».

Hamidou, il n’est pas possible de clore ce bref hommage d’un poète qui, depuis le Canada-Québec au temps où tu y rayonnais et que je t’y retrouvais, puis Paris à Présence Africaine, enfin Dakar beaucoup plu tard, de ne pas offrir ici au monde, des trésors sortis de ta plume, pour magnifier devant ton peuple, devant l’Afrique, la puissance de ta pensée, de ton engagement. Tu dois être lu. C’est ma prière dans un temps du monde où les poètes, les écrivains, ne sont plus lus. Tu réponds à tellement de questions de notre temps et du temps de notre peuple, que ces quelques extraits de toi, doivent être connus et médités. On parlait de toi comme d’un « intellectuel dérangeant ». Tu as affirmé que « l’universitaire n’est pas forcément un intellectuel ». Quelle humilité, quel courage!
Le grand poète et écrivain haïtien René Depestre voyait en ta génération « des sherpas qui nous guident sur les pentes himalayennes de la vie mondiale actuelle ». Mais, dit-il, il y a « l’incomplétude de la condition humaine et les hommes d’espoir gardent un sens tragique de la vie ». Ma nuit du dimanche 4 février a été en ta compagnie, en compagnie de tes écrits et mes pensées ne quittaient pas ta tombe fraîche en bordure de l’allée.

Voici mis en relief, pour toujours te garder en mémoire, tes engagements, tes doutes, tes inquiétudes, tes certitudes, tes choix, tes espérances, bref ton génie: la poésie française est dans un état de délabrement et d’essoufflement. Aujourd’hui, les grands noms de la poésie africaine sont infiniment plus significatifs que les poètes français dont on ne peut pas citer un qui soit connu de nos jours. /Dans la poésie on ne peut pas tricher. Le roman permet de tricher. /Mettre sa gloire littéraire, sa santé, sa liberté, pour défendre une cause. C’est cela l’acte fondateur de ce que l’on appelle intellectuel. Il est plus commode d’être dans la posture de l’opinion que dans celle de la pensée. / L’intellectuel n’est pas celui qui est instruit et est à distinguer de l’universitaire. D’ailleurs, souvent les universitaires ne sont pas de bons intellectuels même s’ils en ont produit d’excellents. / L’intellectuel a une fonction critique (il arrive qu’il se trompe). La condition pour l’être, c’est d’être libre dans sa pensée, dans son écriture, mais également dans son comportement. / La civilisation occidentale est aujourd’hui saturée et n’est pas porteuse d’alternative crédible. / Une civilisation de l’universel repose sur les apports de chacun. Nous, Africains, avons quelque chose à apporter à la civilisation de l’universel. / L’Europe avait le choix entre Descartes et Pascal. Elle a choisi Descartes dans une logique de maîtrise de la nature qui a conduit à un formidable développement technique. Ce choix cartésien a conduit à une perte de spiritualité. Si l’Europe avait choisi Pascal, elle serait dans une autre direction. /Une civilisation commence à mourir quand l’homme ne peut plus rencontrer l’homme. / Si nous voulons faire de l’Afrique une nouvelle Europe, alors, comme le dit Fanon, il vaut mieux confier nos destinées aux Européens. /

Dans un échange avec Babacar Touré, tu écris le 13 octobre 2004:Nous sommes en passe de devenir la 1ère puissance mondiale de la parole. Nous avons érigé, puisque c’est toujours la faute à l’autre, l’irresponsabilité, le renoncement intellectuel et l’affaissement éthiques en vertus. / Les Sénégalais constituent le principal problème du Sénégal… puisqu’il est difficile de demander à l’excellence de se manifester quand sa voix est noyée dans la clameur; quand elle est tenue en laisse par une médiocrité gluante, reptilienne, prédatrice, lépreuse, intellectuellement trépanée, bruyante, hautaine, dangereusement habile «à habiller son inaptitude radicale d’aphorismes falsifiés et frelatés». Pourtant, il y a des hommes et des femmes de valeur et de vertu dans ce pays: j’en connais qui sont de purs joyaux et dont j’espère qua la voix croîtra quand la clameur décroîtra. Les Sénégalais sont joueurs, toujours en représentation: «ils jouent à» être patriotes, pieux, honnêtes, penseurs, politiques, travailleurs, intelligents, etc, en florentins impénitents.Ils sont plus attentifs à leurs petits calculs, leurs vastes haines, leurs grandes jalousies, leurs petites mesquineries, leurs grandes manœuvres,leurs petites combines.

Tu poursuis: Personne n’est dupe, mais tout le monde fait semblant. L’important, et nous y sommes passés maîtres, est de contrôler notre image publique, spécialistes que nous sommes du grand écart, au risque de la déchirure musculaire, entre le propos public mensonger et les maladroites vérités de la rue. Ce jeu spéculaire gangrène le pays pis que la pire des plaies d’Égypte. Non, nous ne sommes pas si beaux que ça, si solidaires que ça, si travailleurs que ça, si fraternels que ça, si patriotes que ça; mêmes les libres- penseurs ont de singuliers oublis. Il y a par exemple beaucoup de prieurs dans notre pays: il y en a combien d’authentiquement pieux ? / Notre société est une société violente, d’une violence sourde, diffuse et fielleusement intolérante. Fourbe et dissimulatrice. Il s’agit de faire volte-face; de nous faire face. Sans fioriture, ni manœuvre dilatoire. De nous dire la vérité. Cela nous grandirait, cela aurait de l’allure. Nous avons besoin de nous arc-bouter sur des valeurs revisitées, ancrées dans notre histoire. Nous avons besoin de fraternelles utopies et de grands métarécits: nous ne pouvons pas entrer dans la postmodernité en faisant l’économie de la modernité. Notre peuple est un peuple dramatique, au sens hugolien du terme. Son élite est à son image. Entre forclusion, sécularité et extraversion. Pour sauver le Sénégal, faut-il en venir à privatiser l’État, extrader l’élite et abolir le peuple ? Il faut, ici, être clair: je n’en veux pas à ce peuple mien.Je suis seulement atterré par son refus -dans lequel les responsabilités de l’élite sont grandes- de se faire peuple en intégrant une citoyenneté active et responsable dont l’alternance avait semblé donner quelques lueurs. Ces élites -dont il faut assurément instruire sans complaisance le procès- sont-elles à notre image ou sommes-nous à leur image ? Du haut jusqu’au bas de l’échelle sociale, tout le monde clignote à droite et tourne à gauche, comme nos chauffeurs de taxi et nos cars rapides sans marche arrière ! La société sénégalaise est malade de ne plus savoir d’où elle vient ni où elle va.

A Babacar Touré tu dis: Tu me demandes de te dire ce quifrappe à la porte des générations après nous. Qu’est-ce qui va leur échoir ? Qu’est-ce que nous leur transmettrons ? Je pressens que ces générations courent de graves dangers s’il n’est pas mis fin à cette sulfureuse engeance, si nous ne nous empressons pas « de mettre nos âmes en lieu sûr ».

Dors Hamidou, dors en douceur. De ton héritage nous ferons des graines pour les générations futures. Puissent ton épouse, tes enfants avoir la force de vivre ton absence. Mission ici accomplie si cher ami, si cher frère.

Amadou Lamine SALL, Poète et Lauréat des Grands Prix de l’Académie française

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