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La leçon de dignité du Pr Djibril Samb à la jeunesse africaine (Babacar Diop, leader des FDS)

À Guy Marius Sagna, un symbole de refus
« Il n’y a pas de dessein transcendant à l’histoire, il n’y a que les desseins des humains qui font l’histoire maintenant », D. Samb, L’heur de philosopher, III, 2019, pp.109-110.
La lutte actuelle de la jeunesse sénégalaise pour une gestion transparente des richesses
nationales est une lutte pour la dignité. La spoliation des ressources naturelles participe au
processus d’aliénation des peuples opprimés qui subissent « un assassinat des masses » et
« un suicide collectif » (E. Dussel, L’éthique de la libération, 2002, p.241). Cette noble lutte
est un moment de prise de conscience d’un peuple qui se découvre lui-même, comme
exploité et opprimé et qui s’engage dans un nouveau « projet de libération » pour retrouver sa
dignité et sa liberté. Ce mouvement populaire, rempli de jeunesse et d’indignation, a besoin
d’un fondement philosophique et idéologique.
Renouveler les références
Au début des indépendances la jeunesse africaine lisait passionnément Les damnés de la terre
de Franz Fanon, Nations nègres et culture de Cheikh. A. Diop, Discours sur le colonialisme
d’Aimé Césaire, Les âmes du peuple noir de William E.B. Du Bois, Le manifeste du Parti
communiste de Karl Marx et Le Petit Livre rouge de Mao Tsé-toung. Ces auteurs
constituaient une source morale et philosophique pour toute une génération de jeunes
africains. La lutte politique nécessite au préalable un fondement idéologique. En ces
nouveaux temps obscurs, L’heur de philosopher de Djibril Samb doit faire partie des
nouveaux livres de chevet de la jeunesse africaine.
En effet Djibril Samb revitalise la politique dans les cœurs des jeunes déçus. La politique doit
être réhabilitée au sens de politeia. L’enrichissement illégal et la corruption sont des
déviations de la politique au service des intérêts particuliers d’un individu ou d’un clan. C’est
pourquoi, il considère que « l’engagement politique n’est que sacrifice et sacerdoce » (L’heur
de philosopher, II 2018, p.102), au service de l’intérêt général de la communauté politique. Il
ne cesse de le rappeler aux jeunes qui occupent les places publiques (place bardo à Tunis en
2011, place de la nation à Ouagadougou en 2014, place de la Victoire à Kinshasa en 2015,
place de l’Obélisque à Dakar entre 2011 et 2012) pour protester contre une classe politique
corrompue. Afin que le peuple recouvre toute sa dignité, il fait un rappel dont la portée
demeure instructive : « La volonté du peuple est la loi suprême, la loi de la loi » (Samb, 2018,
p.147). L’exercice de tout pouvoir légitime doit avoir pour première et ultime référence la
communauté politique.
Après l’esclavage et la colonisation, les Africains doivent repousser énergiquement le
« brouillard néocolonial » pour une Seconde Émancipation. La lutte pour la libération des
peuples opprimés est toujours actuelle. La domination du centre (les pays du Nord) sur la
périphérie (les pays du Sud) est une réalité de la mondialisation dans sa version néolibérale
qui profite aux multinationales au détriment des peuples. La domination de certaines nations
sur les autres a pour conséquence l’exploitation économique et l’aliénation culturelle. C’est la
raison pour laquelle, Djibril Samb écrit : « Aujourd’hui encore en dépit de son évolution, elle

[l’Afrique] reste capturée par d’étranges puissances financières dans des figures imposées
avec, il faut le concevoir clairement, la participation active de l’État néocolonial, notion trop
vite révisée, mais plus actuelle que jamais » (L’heur de philosopher, III, 2019, p.243). Par
conséquent, la solidarité des nations dominées est nécessaire pour un nouvel ordre mondial
plus juste et plus égalitaire.
Djibril Samb souscrit au respect scrupuleux des libertés de base qui sont inaliénables et
imprescriptibles. Chaque personne possède une inviolabilité fondamentale. Aucun État n’a le
droit de violer les libertés de base des citoyens sous quelque prétexte que ce soit, même au
nom du bien-être de la société. Toujours, dans le même ordre, le philosophe de
l’insubordination écrit : « Lorsque qu’un État ne respecte pas les droits constitutionnels de
ses citoyens, il devient lui-même un facteur de trouble à l’ordre public, mais, s’il les respecte,
il assure la tranquillité publique en même temps qu’il conforte, en toute hypothèse, la
confiance des citoyens dans la légitimité de la puissance publique » (Samb, 2018, p.130).
Lorsque les gouvernants prennent des décisions arbitraires d’interdiction de manifestations
publiques, reconnues par la Constitution, c’est un devoir pour les citoyens de faire face à de
telles dérives afin de sauver les libertés fondamentales garanties par la charte fondamentale.
Un peuple digne doit être intransigeant face à l’arbitraire. Professeur Samb fait l’éloge des
peuples insoumis, jaloux de leur liberté et de leur dignité. C’est la raison pour laquelle, il écrit
: « Un grand peuple est un peuple indocile, de même qu’une belle jeunesse est une jeunesse
indocile » (Samb, 2018, p.178). Ces sublimes propos doivent être inscrits sur les banderoles
des mouvements de protestation qui occupent les places publiques.
Devant une situation d’oppression et de violation flagrantes des droits du peuple, la
désobéissance devient un acte de liberté et de dignité. Lorsque l’autorité interdit les
manifestations des citoyens sans motifs valables, lorsqu’elle choisit d’user de la violence de
la Police pour réprimer sévèrement et injustement des manifestants, c’est un devoir pour les
citoyens de résister face l’arbitraire afin de défendre leurs droits inaliénables. Les
démocraties survivent par la seule volonté des citoyens de vivre dans la liberté et la dignité.
Également, le Professeur D. Samb parle à la jeunesse en lui rappelant ses responsabilités :
« Devant toute oppression, en tout temps et en tout lieu, la désobéissance et la résistance,
pour retrouver la liberté et la dignité, deviennent autant que des devoirs, des droits
imprescriptibles » (Samb, 2018, p.147). Le vieux et sage de Saint-Louis soutient sans
concession : « Tout État qui viole ses propres lois, les détourne ou les contourne pour
assouvir des ambitions temporelles, ouvre le droit à la révolte et donne à celle-ci le caractère
d’une réaction légitime. Il est légitime de se révolter contre tout État ou toute institution qui
ne respecte pas ses propres lois  » (Samb, 2019, p.309).
De tout ce qui précède, on peut soutenir que le Professeur Samb est une source inépuisable
d’inspiration pour la jeunesse africaine. Il considère que les jeunes et les femmes sont les
deux groupes sociaux sur qui l’Afrique doit compter pour précipiter la révolution
démocratique tant attendue. C’est la raison pour laquelle, la voix de la jeunesse doit toujours
être audible et forte, surtout dans une période sombre marquée par la corruption du politique.
Cet environnement de corruption, d’accaparement et de prédation se manifeste par la mise en

avant des intérêts particuliers d’un individu, d’une classe ou d’une caste au détriment de
l’intérêt général de la communauté.
Faire entendre la voix de la jeunesse
Dans cette lutte du peuple pour la sauvegarde et la protection de ses ressources naturelles, qui
pouvait être mieux placée que la jeunesse pour porter ce combat de liberté ? La lutte contre la
corruption est un combat pour la dignité. Il n’y a pas de lutte plus noble que celle de la
défense des ressources naturelles de son peuple contre les spoliateurs internes et externes.
C’est pour cette raison que le Professeur Samb soutient la jeunesse dans cet engagement
citoyen et patriotique. Dans ce sens, il affirme : « La jeunesse doit toujours faire entendre sa
voix sur toutes les questions qui agitent la société. De toutes les forces vives de la société,
elle est potentiellement la plus ouverte au progrès et la plus apte à comprendre les
changements que dicte le cours de l’évolution du monde » (Samb, 2018, p.55).
C’est heureux de constater dans les rassemblements du peuple qui lutte pour sa dignité et sa
liberté, que les étudiants occupent les premiers rangs. Cette jeunesse instruite doit être à
l’avant-garde de la lutte contre la corruption, la spoliation et la prédation des ressources des
peuples opprimés du Sud. Ils trouveront chez le Professeur Samb, les motifs de s’engager
davantage dans ces luttes pour défendre leur avenir que les exploiteurs et les oppresseurs
tentent de le leur voler à travers ces termes : « Aujourd’hui comme hier, comme demain, les
étudiants ont constamment le droit de se révolter » (L’heur de philosopher, I, 2017, p.60). La
révolte est la manifestation d’un peuple qui entre en « état de rébellion » contre l’injustice et
l’inégalité. Les étudiants doivent s’insurger contre toute forme de domination et de
subordination. Dans tous les pays du monde, les mouvements étudiants se mobilisent pour
des causes justes. De ce fait, ils constituent la conscience des nations. Ils doivent rester
fidèles à l’esprit de Mai 1968, qui était un mouvement de liberté et de progrès. Rendant
hommage à la jeunesse engagée dans cet évènement historique, le Professeur Samb écrit :
« La jeunesse scolaire et estudiantine se réveillait brutalement pour dire son mot sur la
marche du temps et sur les affaires de la cité » (Samb, 2019, p.186).
Dans cette lutte, le peuple doit porter la revendication démocratique de la révocation des
mandats politiques dont les détenteurs ne sont plus dignes de confiance pour avoir commis
des fautes graves. Ce sera une grande leçon de démocratie pour tous les peuples africains. La
corruption des institutions est le premier facteur de la mal gouvernance endémique en
Afrique. C’est pourquoi le Professeur Samb soutient : « La leçon fondamentale que l’on doit
retenir, c’est que le peuple, quand il le juge utile, a le droit d’exercer directement sa
souveraineté et de mettre un terme à toute dérive préjudiciable à la bonne marche du pays »
(Samb, 2017, p.55). Ainsi, la révocation devient et reste un acte de souveraineté. L’avenir de
la démocratie est dans la révocation des mandats ainsi que la sanction des dirigeants qui ont
commis des manquements graves dans leur gestion. Professeur Samb en disait : « Il est
nécessaire de prévoir une procédure de révocation permettant […] de mettre fin avant terme
au mandat d’un président de la République indigne » (Samb, 2018, p.203). Au regard du
climat malsain de corruption généralisée des institutions, il est temps de mettre fin à
« l’irresponsabilité tant politique que pénale du président de la République » (Samb, 2019,

p.68). C’est pourquoi, il est nécessaire de réformer l’État, si nous voulons entrer dans une ère
nouvelle. Dans le même sens, le Professeur s’indigne: « Actuellement, l’extrême
concentration du pouvoir entre les mains du chef de l’État, alors même que celui-ci ne répond
d’aucun de ses actes (irresponsabilité politique), fors le cas jamais explicité de « haute
trahison », le transforme de fait en monarque. Ce monarque échappant à tout contrôle, qui
pourrait être guidé par ses humeurs, ses intérêts personnels, familiaux ou claniques du
moment ou par les jeux d’influence autour de son cabinet, représente un danger pour
l’exercice des fonctions véritablement régaliennes de l’État » (Samb, 2019, p.195).
Dans ce combat pour la dignité, le peuple renoue avec une longue tradition de lutte pour la
justice et l’égalité. Professeur Samb ne cesse de nous rappeler que les Chasseurs du Mandé
(depuis 1222) ont proclamés des principes politiques universels qui n’ont rien à envier à
aucune déclaration sur les droits et les libertés. La Charte du Mandé stipule : « Que chacun
veille sur les terres de ses pères ». Ce qui signifie que nous avons le devoir de veiller sur les
ressources de notre pays afin qu’elles profitent à toute la nation, c’est-à-dire, les générations
actuelles et futures.
Conclusion
Lorsque des jeunes viennent à moi, déçus par la politique africaine, comme je le fus moi
aussi, je leur recommande de lire Professeur Samb. Il nous a rendu notre dignité tout en nous
indiquant de ne jamais renoncer à nos « responsabilités de construire un avenir, c’est-à-dire
d’innover et d’inventer » (Samb, 2019, p.334).
Jeunes africains « assoiffés d’émancipation », lisez et relisez Djibril Samb et vous serez plus
enthousiastes à poursuivre la lutte, parce que vous serez plus renforcés, moralement et
spirituellement, intellectuellement et politiquement. Armez-vous de cette pensée
révolutionnaire qui réveille brutalement le peuple des opprimés d’un songe qui dure depuis
plus d’un demi-siècle ! Nous sommes à la veille d’une nouvelle « rébellion des peuples
opprimés et exclus » qui veulent recouvrer leur liberté et leur dignité.
Jeunes africains, participez aux luttes d’émancipation des peuples pour « secouer le joug des
oligarchies dominantes » (Samb, 2019, p.186) qui dépossèdent les nations du Sud de leurs
richesses en les privant de leur dignité. Les peuples opprimés et dominés font irruption à
nouveau dans l’histoire : ils luttent pour une Seconde Émancipation !
Telle est la leçon pleine de dignité du Pr Djibril Samb, depuis sa paisible maison de retraite
de Saint-Louis !
Dr Babacar DIOP, Leader de FDS
babacar.diop1@gmail.com

Chaque génération doit apprendre la démocratie (Babacar Diop, FDS)

« La démocratie est un système perpétuellement inachevé », Enrique Dussel, Vingt thèses de politique.

Depuis plusieurs générations, le Sénégal s’inscrit dans une tradition démocratique qui consacre le pluralisme politique, l’organisation d’élections régulières, la protection des libertés de base : liberté de presse, d’association, d’expression et de conscience. Aujourd’hui, cette démocratie recule à une vitesse vertigineuse. Les tenants de l’actuel pouvoir ont oublié les sacrifices investis par des patriotes et démocrates de tous bords dans les Assises nationales, les luttes épiques du peuple autour du mouvement du M 23, les martyrs de la place de l’Obélisque qui ont donné leur vie pour la survie de notre idéal démocratique. Pour paraphraser Shakespeare nous soutenons qu’il y a quelque chose de pourri dans le Sénégal d’aujourd’hui. L’objet de cette réflexion est de mettre en évidence les menaces graves qui pèsent sur notre démocratie afin d’inviter les citoyens à engager une nouvelle lutte pour la défense du projet démocratique.
I- Le virage autoritaire
L’avènement de Macky Sall au pouvoir en 2012 qui devait correspondre avec un moment d’approfondissement et de « consolidation de la démocratie » a malheureusement débouché sur un processus de « déconsolidation de la démocratie ». Nous assistons à une violation constante, flagrante et persistante des libertés publiques et des consensus cruciaux qui avaient permis au Sénégal de demeurer, au moins une démocratie électorale plus ou moins stable. Aujourd’hui, le pays est plongé dans ce que le professeur Abdoulaye Bathily appelle une « sécheresse démocratique » ou ce que le philosophe Larry Diamond nomme une « récession démocratique ». Le septennat que vient d’achever Macky Sall a été un « long processus de destruction institutionnelle » pour assoir l’hégémonie de son clan politique sur la base de la corruption, du clientélisme et de la manipulation éhontée des institutions. Les acquis démocratiques sont systématiquement remis en cause. Les faits sont graves : l’instrumentalisation de la justice pour des règlements de compte politiques et des réformes politiques unilatérales sans consulter l’opposition et la société civile font légion. On peut citer par exemple la loi du parrainage, la révision du code électoral, la suppression du poste de Premier ministre accompagnée de l’accentuation de la personnalisation et de la concentration du pouvoir entre les mains d’un seul individu. A cette liste s’ajoutent l’organisation d’un référendum avec des réformes substantielles qui modifient notre culture politique sans impliquer les acteurs politiques, l’organisation des élections par un ministre de l’Intérieur partisan, le reniement du président par rapport à son engagement de faire un mandat de cinq ans, la cooptation d’institutions d’électives complètement vassalisées et caisses de résonnance des seules volontés d’un président monarque, la répression violente contre les opposants, l’interdiction des marches et des menaces sur la liberté de presse. Le Sénégal traverse un virage inexorablement autoritaire. Nous sommes au cœur d’une « dictature ouverte ». Par conséquent, le nouveau mot d’ordre est clair : défendre la démocratie. Nous traversons une époque de corruption politique qui affectera toutes les institutions. La « corruption originaire du politique », pour reprendre Enrique Dussel, est le fait que les représentants ou les élus finissent le plus souvent par croire qu’ils constituent eux-mêmes la source du pouvoir politique, en oubliant que la communauté politique est la seule et ultime référence en démocratie. Jusqu’à une date récente, malgré les manquements en matière de liberté de presse et d’expression, on pouvait considérer que le Sénégal était plus ou moins dans une démocratie électorale. Ceci pouvait se concevoir, puisqu’au moins, du point de vue du caractère libre et transparent des élections, notre pays remplissait cet élément fondamental de la démocratie. Avec le processus électoral de 2019, nous sommes passés à ce que Steven Lvitsky appelle « une concurrence inéquitable » qui consacre l’avènement de l’autoritarisme compétitif, dans la mesure où, certes, la compétition électorale est la principale voie d’accès au pouvoir, mais
les règles de la compétition favorisent intentionnellement, démesurément et injustement le pouvoir en place. Le processus inéquitable de prise de décision politique favorise les intérêts particuliers qui contrôlent le pouvoir.
II- Luttons pour un système toujours plus démocratique !
Le tocsin de la démocratie a sonné. Après l’élection présidentielle de 2019, le Sénégal est entré dans un processus très avancé d’« autocratisation » avec un pouvoir qui met en place des règles de la compétition politique qui favorisent uniquement ses intérêts. Les consensus politiques minimaux sur le processus électoral sont démantelés par le régime en place. Le processus de consolidation démocratique a été subitement arrêté pour une aventure de
« déconsolidation » démocratique. Par conséquent, une nouvelle lutte est nécessaire pour sauver la démocratie au Sénégal. En vérité, chaque génération doit apprendre et défendre la démocratie qui est perpétuellement menacée par des tyrans et des félons, des autocrates et des oppresseurs qui rêvent de réduire les peuples au silence afin de les transformer en des bêtes obéissantes. C’est la raison pour laquelle, la société civile et la société politique doivent
construire une synergie nouvelle pour la défense de notre projet démocratique. Cela passera par la mobilisation, l’occupation de la rue et l’envahissement des places publiques. La démocratie s’acquiert par la seule lutte. Selon Enrique Dussel : « La corruption [du politique] est double : celle du gouvernement qui se considère comme le siège souverain du pouvoir, celle de la communauté politique qui le permet, le consent et devient servile au lieu d’être
l’actrice de la construction du politique » (Vingt thèses de politique). Pour la refondation de la démocratie, les forces vives font face à des défis majeurs. Il s’agit d’abord de « reconstruire la confiance dans la politique» afin de mettre fin au désenchantement de la politique que nous vivons. Les hommes politiques doivent respecter les engagements pris durant les campagnes. Les promesses manquées ne feront qu’affaiblir le socle de la démocratie : Pacta servand sunt les pactes doivent être respectés). La démocratie n’est pas seulement procédurale, elle est aussi normative. Le contrôle des médias par des groupes privés occultes tapis dans l’ombre participe à la diversion pour détourner le peuple d’un choix politique judicieux. La corruption de l’information affaiblit la culture démocratique. Ainsi, il s’avère important de réduire le pouvoir des lobbies et limiter la proximité de la politique avec l’industrie. La corruption du politique est toujours une menace sur la démocratie. Nous avons besoin de réformes profondes qui permettent la réduction drastique de l’influence de l’argent dans la politique démocratique. Par conséquent, nous devons reprendre et renforcer l’éducation civique afin de transformer nos enfants en citoyens consciencieux des valeurs de la liberté, de la transparence, de la reddition des comptes et de l’autogouvernement. Il n’y a pas de démocratie sans culture démocratique. L’éducation civique peut constituer un puissant rempart contre les tentations
autoritaires. Nous devons inoculer les vertus de la liberté et de l’autogouvernement à notre jeunesse, revitaliser l’idéal démocratique au sein de la jeune génération. Notre jeunesse doit être portée à l’espoir de la liberté. Il n’y pas de démocratie sans éducation civique, sans « une religion civique » qui fait de la liberté et de l’autogouvernement des dogmes politiques. Notre jeunesse doit participer à la vie de la cité. Périclès disait aux jeunes athéniens : « Un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile ». Donc, nous avons besoin d’éducateurs et d’orateurs pour raviver la flamme de la démocratie et renforcer la culture de la participation démocratique. Selon le professeur Enrique Dussel, la participation est la grande révolution du XXI e , car sans elle la démocratie se corrompt inéluctablement. Par conséquent, des institutions de participations pour contrôler les institutions de représentation sont nécessaires afin de revitaliser et de radicaliser la
démocratie. En plus, les réseaux sociaux constituent, aujourd’hui, un puissant levier à la disposition des
peuples ; ils permettent une démocratisation de la communication en déstabilisant le verrou des médias traditionnels qui travaillent au service de l’ordre autoritaire. Au total, la refondation de la démocratie passe par la reconstruction de l’État de droit, la « reconstruction de l’infrastructure civique » pour protéger les libertés publiques et la culture démocratique. Elle passe par la refondation de l’administration publique pour lutter contre la corruption, le népotisme et le clientélisme. Elle exige aussi la réécriture des règles de la compétition électorale pour des élections libres, équitables et ouvertes afin de préserver la stabilité sociale. Enfin, la reconstruction de consensus forts  est une exigence démocratique. En ce qui concerne le processus électoral, les forces vives doivent porter une plateforme commune pour exiger des réformes politiques substantielles qui prennent en charge la redéfinition des règles de la compétition politique et la création d’une administration crédible des élections et la construction d’organes de contrôle des dépenses électorales pour moraliser la démocratie avec la réduction de l’influence de l’argent sur la politique. Il nous faut des réformes substantielles pour transformer de manière radicale les institutions démocratiques de notre pays. Ces réformes doivent passer par une « discussion argumentative » où les meilleurs arguments seront mis de l’avant. L’organisation des structures d’une institution politique doit être le fruit d’un processus d’accord par consensus auquel toutes les personnes ont participé de manière libre. Il nous faut donc un minimum de consensus sur les institutions pour garantir la gouvernabilité politique.

Conclusion

Au total, nous pouvons considérer que la démocratie a gravement reculé au Sénégal. Le pays est conduit vers un ordre autoritaire. En revanche, c’est la peur seule qui nous empêche de défendre nos droits et libertés fondamentaux. Ce sont les dangers que nous risquons qui nous plongent dans l’inaction. Ce sont les positions confortables qui font de nous les complices des autocrates. Les jeunes générations doivent défendre la démocratie. En vérité, c’est la
démocratie seule qui garantit la dignité humaine. Le jeune philosophe américain Yascha Mounk, au moment de conclure son retentissant ouvrage Le peuple contre la démocratie a écrit ces propos qui s’adressent à tous ceux qui vivent dans une démocratie menacée : « Dans les années à venir, se lever pour défendre ce que nous considérons comme important demandera de plus en plus de courage. Afin d’accomplir ce qu’il faut au moment décisif, il nous faudra accepter de grands sacrifices. […] Il n’est pas possible de prédire ce que sera le destin ultime de notre système politique. Peut-être que la montée de [l’autoritarisme] ne constituera qu’un bref moment, dont on se souviendra avec un mélange d’étonnement et de curiosité dans un siècle. Ou peut-être qu’elle donnera lieu à un changement d’époque, inaugurant un ordre du monde dans lequel les libertés individuelles seront bafouées en toute occasion et l’autogouvernement effacé de la surface de la terre. Personne ne peut nous promettre une fin heureuse. Mais ceux d’entre nous qui nous soucions vraiment de nos valeurs et de nos institutions sommes déterminés à nous battre pour nos convictions, sans égard pour les conséquences. Bien que le fruit de notre travail reste incertain, nous ferons ce qu’il faut pour sauver la démocratie ». La conquête de la liberté n’est jamais un long fleuve tranquille. Nous devons lutter pour un système toujours plus démocratique. Chaque génération doit défendre la démocratie et ainsi contribuer aux sacrifices de son époque.
Dr Babacar DIOP,
Secrétaire général de FDS
babacar.diop1@gmail
Conférence publique prononcée à Rufisque, le 24 mars 2019

Libération de Dr Babacar Diop, Guy Marius Sagna et cie

YERIMPOST.COM   Les activistes interpellés samedi dernier, au moment du vote du projet de loi portant suppression du poste de Premier ministre, viennent d’être libérés. Guy Marius Sagna, Dr Babacar Diop et cie, déférés au parquet en milieu de journée de ce lundi 6 mai, sont ressortis libres de ce face-à-face avec le procureur. Ils avaient bravé l’interdiction de tout rassemblement en centre-ville notifiée par le préfet de Dakar.

URGENT: Des arrestations en centre-ville

YERIMPOST.COM La discussion générale a démarré à l’Assemblée nationale. La plénière bat son plein dans l’hémicycle. Dehors, une ambiance des jours de vote, synonyme depuis un certain temps de tensions, règne. Les forces de l’ordre sont en train de procéder à des arrestations tous azimuts. Babacar Diop des Forces démocratiques du Sénégal (Fds) et Guy Marius Sagna de Frapp/France Dégage ont été interpellés.

Le retour des dictateurs !

« L’ordre souverain du président devenu monarque fait la loi, vaut la loi, est la loi », François Mitterrand, Le Coup d’État permanent, Les Belles Lettres, Paris, 2010.

Le dictateur romain Sylla (138-78 av. J.-C.), déchaîné par la passion des rivalités politiques qui opposaient les différentes familles nobiliaires enferma Jules César (100-44 av. J.-C.) tout en prédisant aux citoyens de Rome les malheurs et les désastres que son prisonnier causera à  la république romaine. L’historien Suétone (69-130 apr. J.C.), dans Vies des douze Césars, nous rapporte que Sylla qui voulait étouffer le jeune César avait finalement cédé devant
l’insistance de ses parents et de ses alliés qui sollicitaient une grâce auprès de lui. Avant de prendre congé de ces ambassadeurs de la clémence et du pardon, il leur dit : « Triomphez et gardez-le, mais sachez que cet homme dont le salut vous est tant à cœur causera un jour la perte du parti aristocratique que vous avez défendu avec moi : il y a dans César plusieurs Marius ». Caius Marius (157-86 av. J.-C.) dont il est question, fut un aïeul de César et rival de Sylla ; il avait nourri dans le passé des aspirations dictatoriales. De la même manière, nous soutenons qu’il y a en Macky Sall plusieurs démons qui conspirent à ruiner la république. Parce que cet homme considère que « pratiquer l’injustice [est] l’unique moyen de faire acte d’autorité » (Salluste, La Conjuration de Catilina). Toute son intelligence politique repose sur la force brutale et aveugle. Il pourrait faire siennes les paroles du poète grec Accius (170-85 av. J.-C.) : « Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent ! » Aujourd’hui, ceux qui l’avaient soutenu découvrent subitement avec stupeur la mégalomanie de l’homme assoiffé de pouvoirs, qui en demande toujours, encore et davantage pour être le seul maître à bord du bateau Sénégal et il pourra manger ses concitoyens à la sauce qu’il voudra. Il pourrait avoir pour devise ce vers d’Homère (L’Iliade, II) : « Qu’un seul règne, qu’un seul soit souverain ! » Par conséquent, comme Hélène pour les Troyens, Macky Sall sera pour notre république, cette « nation revêtue de la toge » (Virgile, Énéide, I), une cause de désastre et de ruine, le brandon de la discorde politique. De toute évidence, l’entreprise de garrotter la république vient du cœur de l’État. Le projet de réforme constitutionnelle de Macky Sall supprimant le poste de Premier ministre nous installe officiellement et constitutionnellement au cœur de la dictature. L’article 52 est plus que dangereux et va être la porte ouverte à toutes les dérives possibles et imaginables. Il dispose : « Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité du territoire national ou l’exécution des engagements internationaux sont menacées d’une manière grave et immédiate, et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ou des institutions est interrompu, le Président de la République dispose de pouvoirs exceptionnels. Il peut […] prendre toute mesure tendant à rétablir le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des institutions et à assurer la sauvegarde de la nation ». Désormais, nous sommes dans une insécurité constitutionnelle totale, à la merci d’un individu qui a lui seul décidera de l’appréciation de la gravité des crises, des vraies crises, des pseudo-crises, des crises provoquées et des crises imaginaires pour prendre les décisions qu’il voudra. C’est pourquoi, contrairement à ce qui été annoncé dans l’exposé des motifs, le président de la République peut bien dissoudre l’Assemblée nationale. Il y a des contradictions et des confusions délibérément entretenues dans le texte proposé aux députés. En vérité, Macky Sall aspire à la dictature suprême. Le dictateur, durant la république romaine, est un magistrat extraordinaire qui détient les pleins pouvoirs (imperium) pour un mandat de six mois renouvelable. Pendant la dictature toutes les autres magistratures étaient suspendues, sauf les tribuns de la plèbe (magistrats élus pour un an afin de défendre les intérêts des citoyens ordinaires) qui exerçaient le « pouvoir populaire » en s’érigeant en bouclier contre les abus de pouvoir. La réforme de Macky Sall peut déboucher sur la suspension de toutes les institutions sans exceptions aucune. Les pouvoirs démesurés et exceptionnels faisaient du dictateur romain, pater patriae (« père de la patrie »), magister populi (« maître du peuple ») et il pouvait s’affranchir de presque tous les contre-pouvoirs pour prendre toutes les décisions qu’il jugeait utiles pour le bon fonctionnement de la république. Le dictateur bénéficiait d’une grande indépendance par rapport au Sénat, il pouvait punir qui il voulait, sans appel ni au tribunal ni au peuple. En plus, il était irresponsable, c’est-à-dire, il ne pouvait pas être poursuivi à la fin de ses fonctions. Ainsi, la charge de dictateur était créée et reconnue par les institutions romaines. Il ne s’agissait nullement d’une prise de pouvoir par la force. Par conséquent, on n’installe pas une dictature, seulement, par un coup d’État militaire. Par un tripatouillage constitutionnel constant qui dépouille toutes les autres institutions de leurs prérogatives de contre-pouvoirs pour renforcer les pouvoirs du président de la République, il est bien possible d’introduire dans les constitutions modernes la charge de dictateur. La présente révision constitutionnelle conférera des pouvoirs exceptionnels à Macky Sall. Elle consacrera définitivement le retour du dictateur et le parachèvement de l’entreprise de « tyranniser l’État » (Philippiques, II) pour reprendre l’expression chère à Cicéron. La seule volonté de Macky Sall est toute la Constitution. Et toute la Constitution du Sénégal est en lui. Ainsi, il ne lui restera qu’à reprendre les propos de Jules César qui prononça un jour avec impudence et mépris à l’endroit du peuple romain : « La république n’est qu’un vain mot, sans consistance ni réalité. – Sylla se conduisit comme un écolier quand il abdiqua la dictature -.Il faut désormais que l’on me parle avec plus de retenue et que l’on tienne mes paroles pour des lois » (Suétone, Vies des douze Césars). En vérité, Macky Sall a plus de pouvoirs que le dictateur de la Rome antique, parce que ce denier avait en face de lui, au moins, le tribun de la plèbe qui était une magistrature sacro-sainte dont toute défiance valait une peine de mort. Les tribuns de la plèbe avaient pour fonction principale de permettre au peuple de préserver sa liberté contre la domination des grands. Ils garantissaient la liberté des Romains. Ils pouvaient porter une accusation publique contre tout abus de pouvoir. Ainsi, ils constituaient un contre-pouvoir solide contre la puissance des grands, « des médiateurs entre la plèbe et le
sénat et un obstacle à l’insolence des nobles » (Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, I). Si Rome est restée une république, elle le doit essentiellement aux tribuns. La force d’une république repose sur l’équilibre des pouvoirs. C’est pourquoi, les Romains avaient mis en place trois institutions qui s’équilibraient : les consuls (les Princes), le sénat (les Optimates) et les tribuns de la plèbe (le pouvoir populaire). Le collège des consuls était sous le contrôle du sénat. Les tribuns pouvaient s’opposer au sénat et aux consuls. C’est ce qui fait dire à Machiavel : « On fit une combinaison de trois pouvoirs qui rendit la Constitution parfaite » (Discours sur la première décade de Tite Live, I). Il devient alors clair que Macky Sall est plus qu’un monarque de droit divin, plus qu’un dictateur romain. À l’image des dictateurs de Rome, Macky Sall concentre entre ses mains les fonctions d’imperator (commandant militaire), pontifex maximus (« grand pontife », commandant des religions), préteur (magistrat chargé de la justice) et consul (collège des deux magistrats qui dirigent le sénat). Avec cette nouvelle Constitution, il aura les pleins pouvoirs qui lui permettront demain de suspendre le Parlement, le Conseil constitutionnel et les différents ordres religieux au nom du « fonctionnement régulier des pouvoirs publics ». Suivant les folies de l’empereur Gaius Caligula (qui régna en Rome entre 37 et 41) dans ses dérives, il pourra décider un jour d’élever son cheval au rang de sénateur dans le prochain Sénat dont la mise en place est annoncée. Le véritable problème que pose cette Constitution de Macky Sall est qu’il n’y a aucun contre-pouvoir face aux pouvoirs exorbitants dont dispose le président de la République. Désormais, le régime politique que nous avons est inclassable. La toute-puissance du dictateur Jules César n’a pas empêché les Romains de défendre leur république. En suivant le parallélisme des formes, le peuple sénégalais doit reprendre la lutte pour la sauvegarde de ses institutions démocratiques et républicaines. Nous devons arracher notre république de ces dangers et complots qui pèsent sur elle. Ce dont il s’agit, c’est la défense de la république, c’est la sécurité de notre vie à tous, de nos biens et fortunes, la sécurité de nos enfants et nos familles. En définitive, seule une Constitution démocratique protège les libertés et la dignité humaines. Lorsque la dictature de César devenait de plus en plus implacable et insupportable pour les Romains, Brutus (85-42 av. J.-C.) adressa une harangue révolutionnaire, restée célèbre et rapportée par Plutarque (Vies parallèles): « J’en veux à mes amis de Rome ; s’ils sont asservis, c’est de leur faute, plus que celle de leurs tyrans, puisqu’ils acceptent de voir se dérouler sous leurs yeux des scènes dont ils ne devraient même pas supporter d’entendre le récit ». Rome est une école pour tous les peuples qui veulent jouir de la liberté. C’est la raison pour laquelle Saint-Just a écrit dans son « Rapport sur la conjuration » (31 mars 1794) adressé à la Convention nationale : « Le monde est vide depuis les Romains ; et leur mémoire le remplit, et prophétise encore la liberté ». Soyons mobilisés comme Brutus et ses concitoyens pour faire barrage à la conjuration actuelle contre la république et la démocratie. Nous devons préférer la liberté avec ses dangers à la tranquillité de la servitude. Le pouvoir arrête le pouvoir, a-t-on l’habitude de dire. Le peuple, le gardien le plus assuré de la liberté, doit user de son pouvoir pour arrêter cette dictature cynique et avilissante. Toutes les républiques sont menacées par la volonté de domination des grands. Elles ne se maintiennent que par la passion des peuples à conserver leur liberté. Nous continuons de croire qu’il y a une grande puissance, une grande force sacrée dans la volonté d’un peuple déterminé à recouvrer sa liberté et sa dignité. Ayons donc le courage de défendre la république.

Dr Babacar DIOP, Secrétaire général de FDS

Lettre à la jeunesse africaine (Babacar Diop, leader de FDS)

La bonne nouvelle nous vient d’Alger. La mobilisation des jeunes et des femmes qui a contraint le président Bouteflika à renoncer à briguer un cinquième mandat, et par la suite à démissionner, constitue une grande victoire pour le peuple algérien et tous les démocrates du monde, même s’il faut rester vigilant pour éviter que les forces réactionnaires détournent la volonté populaire. Nous venons de vivre un évènement majeur et historique qui confirme la marche irréversible des peuples africains vers la liberté et la démocratie. Ce comportement de la jeunesse algérienne force le respect et l’admiration du monde entier. Elle  a fait honneur à la mémoire de Frantz Fanon, d’Ahmed Ben Bella et d’autres héros de la guerre d’indépendance. Les jeunes des autres pays doivent suivre ce bel exemple de résistance et de refus, en faisant barrage aux tyrans sur le continent africain. La lumière qui nous vient d’Alger devra  éclairer, guider et inspirer toute la jeunesse africaine.

Le nouveau mot d’ordre  est  donc clair. La jeunesse ne doit attendre son salut que d’elle-même. Elle doit marcher de manière résolue vers le changement et garder un esprit profondément révolutionnaire pour développer la rupture radicale qui transformera les conditions économiques, sociales, culturelles et environnementales de l’Afrique. La jeunesse ne peut plus se limiter à la contestation. Elle doit aussi avoir une nouvelle option historique : prendre le pouvoir et gérer. Notre jeunesse doit étendre sa force et son dynamisme dans tous les segments de la société africaine. Pour ce faire, elle doit prendre le pouvoir dans les ateliers, les usines, les entreprises, les syndicats, les partis politiques, bref dans la vie économique, sociale et politique. Pour nos jeunes, prendre le pouvoir voudrait dire que c’est eux qui doivent être le moteur des changements et des transformations attendus en Afrique depuis plusieurs décennies.

Pour accentuer ce nouveau processus révolutionnaire, elle doit sortir définitivement de l’indifférence, du scepticisme et de la fatalité afin de construire son avenir.  Elle doit agir et oser inventer des voies du renouveau. Comme dit Gramsci : « Un sceptique n’a pas le courage nécessaire pour l’action ». Alors que, c’est l’action seule qui libère les peuples opprimés. Il est donc temps que les jeunes trouvent leur propre motif d’indignation pour agir et refuser de rester de simples spectateurs.

Les jeunes ont les moyens et le pouvoir de transformer le continent. Nous devons leur donner le sens de la chose politique pour leur permettre d’être de grands acteurs de la révolution citoyenne et démocratique en marche. Franz Fanon écrivait dans Les damnés de la terre : « [P]olitiser c’est ouvrir l’esprit, c’est éveiller l’esprit, mettre au monde l’esprit. C’est comme le disait Césaire : « Inventer des âmes. » Politiser les masses ce n’est pas, ce ne peut pas être faire un discours politique. C’est s’acharner avec rage à faire  comprendre aux masses que tout dépend d’elles, que si nous stagnons c’est de leur faute et que si nous avançons, c’est aussi de leur faute, qu’il n’y pas de démiurge, qu’il n’y a pas d’homme illustre et responsable de tout, mais que le démiurge c’est le peuple et que les mains magiciennes ne sont en définitive que les mains du peuple ».

Nous voulons une jeunesse qui brise toutes les chaînes de servitude afin de revendiquer la pleine liberté, une jeunesse libre et complètement décomplexée qui exprime avec force ses aspirations de changement, une jeunesse solidaire, progressiste et panafricaniste résolument engagée dans la construction d’un futur africain commun, une jeunesse qui refuse la désertion, parce que convaincue que son avenir est à construire sur cette terre africaine, une jeunesse qui refuse la division entre une Afrique blanche et une Afrique noire, une Afrique francophone et une Afrique anglophone. Il n’y a qu’une seule Afrique, celle que tous les Africains habitent. Seul l’engagement citoyen de tous les jeunes et femmes nous permettra de bâtir une Afrique nouvelle à la hauteur de nos rêves et ambitions. Nous pouvons arriver, à travers les organisations de jeunesse, les mouvements sociaux et les opportunités que présentent les réseaux sociaux, à fonder un véritable pouvoir jeune qui ouvrira les portes de l’impossible. Nous pouvons construire un futur radieux et un environnement viable. La jeunesse doit comprendre les défis écologiques pour contribuer à la protection de l’écosystème.

Aujourd’hui, il est nécessaire de créer une solidarité interafricaine, une solidarité de fait, matérielle et idéologique pour renforcer les grandes dynamiques de changement sur le confinent. Nous pouvons envisager la création d’une nouvelle internationale africaine des forces du changement pour soutenir les luttes d’émancipation qui se déroulent en Afrique. Pour les pays francophones, le franc CFA reste et demeure encore une honte. Il constitue les derniers vestiges du pacte colonial. Il n’appartient pas à un ministre de l’économie et des finances de la France de nous présenter les bienfaits de cette monnaie en désignant le Sénégal et la Cote d’Ivoire comme des modèles de la réussite. L’impérialisme ne recule jamais, il se présente toujours sous de nouvelles formes, plus douces, mais plus nocives. Ses intermédiaires sont encore plus présents dans les appareils étatiques.

Aujourd’hui, il faut bien une alternative démocratique en Afrique. Nous avons besoin d’un nouveau projet politique porté par des jeunes et des femmes engagés pour une société nouvelle. Nous devons mener des transformations audacieuses des structures économiques, sociales, culturelles et politiques. Bref, il faut une révolution des consciences. Cela commence par la mobilisation des intellectuels, des femmes et des jeunes qui doivent être les piliers de cette nouvelle révolution. Il est plus que temps de mettre fin aux politiques meurtrières d’un capitalisme international sauvage qui ne travaille que pour une accumulation des richesses entre les mains des multinationales qui pillent les ressources des pays africains avec la complicité d’une classe dirigeante corrompue et à la solde des intérêts impérialistes.  Le fleuve de la justice qui prend sa source dans le cœur de la jeunesse africaine étendra ses eaux pures et douces jusque dans les profondeurs de  la société afin de balayer toutes les iniquités et inégalités.

Nous soutenons  que la jeunesse est toute l’Afrique de demain. C’est à travers elle que vit, respire et pense l’Afrique. C’est à travers elle que l’on lit et scrute l’avenir. Jean Jaurès soutenait que : « Les nations qui ont de grandes réserves vitales ne meurent pas en un jour ni en un siècle ». Les forteresses  tomberont et les peuples reprendront les luttes en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Ce sera le réveil des peuples humiliés du monde. Les évènements se bousculent et nous sommes persuadés que le monde actuel va basculer vers un nouvel ordre plus juste, parce que plus égalitaire.

La jeunesse africaine est en mouvement et l’espoir renaît dans ce continent. Elle  marche vers la conquête des changements radicaux et des transformations profondes des structures sociales, économiques, politiques de l’Afrique. Elle se mobilise en occupant les places publiques dans les grandes villes africaines pour faire entendre la voix de la démocratie ! Elle est devenue la voix audible du peuple garrotté depuis plusieurs décennies par des oligarchies arrogantes et insolentes. Fanon nous invitait à l’espoir  en ces termes: « Heureusement, dans chaque coin, des bras nous font signe, des voix nous répondent, des mains nous empoignent ». La Place de l’Obélisque à Dakar, la Place Tahrir au Caire, la Place Bardo à Tunis, la Place de la Nation à Ouagadougou, la Place de la Victoire à Kinshasa, les rues d’Alger occupées par les jeunes algériens sont devenues les symboles légendaires de cette  nouvelle révolution démocratique. Rendre possible l’impossible ! Voilà l’éternelle tâche de la jeunesse.

Jeunes africains, plus qu’une indignation, vous devez-vous engager résolument pour la révolution  citoyenne et démocratique afin de construire l’Afrique nouvelle. Les attentes sont immenses et vous appellent à porter une nouvelle utopie africaine. Prenez ces propos de Gramsci comme un viatique : « Formez-vous parce que nous aurons besoin de toute votre intelligence, mettez-vous en mouvement parce que nous aurons besoin de tout votre enthousiasme, organisez-vous parce que nous aurons besoin de toute votre force ». Suivez l’enseignement de Cheikh Anta Diop qui vous parle depuis des décennies : « Formez-vous, armez-vous de sciences jusqu’aux dents […] et arrachez votre patrimoine culturel ». Il n’y pas de révolution sans culture révolutionnaire ! L’Afrique impatiente tend ses bras à ses fils. Vous êtes la matière première des changements qu’inspire votre enthousiasme. Jeunes africains, la roue de l’histoire tourne en Algérie. Votre destin est lié à celui des jeunes algériens. Maintenant, il  vous faut une nouvelle grande solidarité africaine. Écoutez encore la parole de Franz Fanon qui disait : « Il faut que vous sachiez que l’avenir de votre existence nationale, la cause de votre liberté et de votre indépendance se trouve en jeu actuellement en Algérie ». Jeunes africains de la diaspora, votre contribution dans cette lutte sera précieuse, vous devez soutenir intellectuellement, matériellement et financièrement toutes les dynamiques de changement sur le continent. Réveillez-vous pour allumer une révolution continentale. Vous êtes les bâtisseurs de l’Afrique nouvelle. Pour conclure, souvenez-vous des propos très actuels de Mamadou Dia, prononcés une semaine avant le très célèbre faux coup d’État de décembre 1962 : « Oui, […] dans sa propre voie, et de son propre pas, l’Afrique est partie et ne s’arrêtera plus ».

Dr Babacar DIOP, Leader de FDS

Dakar, le 04 avril 2019

Contact : babacar.diop1@gmail.com

 

 

 

 

 

Vidéo- Babacar Diop (Fds): « J’ai choisi de soutenir Idrissa Seck car… »

« Pourquoi j’ai choisi de soutenir Idrissa Seck?. J’ai vu en lui toutes les qualités qu’un homme doit avoir pour diriger le pays », a dit le président des Forces démocratiques sénégalaises (Fds), Babacar Diop sous les applaudissements des militants.








Réflexion: Le mouvement étudiant ne meurt jamais !

La nuit tombe encore sur nos universités, mais elle est porteuse en même temps de la résurrection du mouvement étudiant. L’éclipse momentanée avait produit une insécurité pour les étudiants, parce que leur voix était étouffée par la toute puissance de l’administration, allergique à toute contestation et résistance. Nous sommes en année de commémoration du cinquantenaire de Mai 1968 : le symbole est plein de sens. La mobilisation des étudiants dans les différents campus du pays, depuis la mort tragique de Mouhamadou Fallou Sène, le 15 mai 2018, est un cinglant revers pour tous ceux qui avaient prédit la mort du mouvement étudiant. La présente révolte des universités a pour conséquence immédiate la renaissance inattendue du mouvement estudiantin. Le conflit est une dimension irréductible du champ public ; il permet d’ouvrir des horizons nouveaux. Les étudiants ravivent la flamme de la justice dans notre pays. Aujourd’hui, par une ruse de l’histoire, ils se retrouvent de nouveau au devant de la  scène, comme il y a cinquante ans.




Renouer avec l’esprit de Mai 1968

 

Le crime perpétré contre nos universités a réveillé le mouvement estudiantin dans l’accomplissement de sa généreuse tâche historique. Plus jamais, aucun étudiant ne doit tomber sous les balles des forces de sécurité ! Pour le bourreau et le commanditaire de ce crime, nous demandons le châtiment ! Les étudiants demeurent encore à l’avant-garde des luttes sociales et démocratiques. Parce que, le mouvement étudiant reste dans sa vocation originelle une idée de justice, une école de solidarité et de fraternité, une lutte pour l’égalité. Il se veut aussi la conscience critique et démocratique de notre société, car il a horreur de l’injustice. Il a constitué pendant longtemps « les étoiles humaines, les lampes du peuple » abandonné dans l’obscurité. Il a été « un front ferme et résolu de lutte contre l’ordre établi » de l’hégémonie néolibérale. C’est pourquoi, les étudiants doivent  sauvegarder l’héritage des luttes sociales et démocratiques de Mai 1968.

 

Le mouvement étudiant a  représenté une chance immense pour les jeunes venus des classes économiques et sociales inférieures. La contestation des étudiants est un signal d’espoir et d’espérance, car elle est construction d’un ordre nouveau. Une belle jeunesse est une jeunesse qui refuse de s’aplatir devant l’injustice et l’inégalité. L’État ne doit pas écraser les enfants  venus de l’immense pays qui souffre pour  satisfaire les besoins d’une politique néolibérale et antisociale qui répond aux exigences de la Banque mondiale et des institutions financière internationales. Un État démocratique doit être guidé par un besoin de justice et d’équité et non seulement par une hypocrite efficacité économique pour satisfaire les besoins des plus riches. Suivant l’esprit de Mai 1968, les  étudiants doivent continuer de porter plus haut le flambeau des luttes sociales et démocratiques. Mai 68 reposait sur un désir profond d’une société nouvelle.

 

En dépit de quelques erreurs qui ont mené à sa crise, le mouvement étudiant est encore utile et nécessaire, car il offre « la possibilité d’un discours anti-establishment » pour  faire front contre les réformes néolibérales qui sous le mythe de la méritocratie désagrègent notre école et notre université publiques. Il constitue une voix dissidente contre des formes de subordination, d’oppression et de marginalisation dans la société. C’est un instrument pour protéger les faibles et les oubliés du système inégalitaire de l’enseignement supérieur. De l’Europe à l’Amérique latine en passant par l’Amérique du Nord (États-Unis et Canada), les étudiants se mobilisent contre la privatisation de l’enseignement supérieur. Le mouvement étudiant international lutte contre l’augmentation vertigineuse des droits d’inscription dans les universités publiques. Il est inadmissible d’avoir un système dans lequel ne peuvent accéder que les enfants des classes supérieures. Certains brandissent le plus souvent des modèles importés sans examen pour nous les imposer. A titre d’exemple, le revenu moyen des parents des étudiants de Harvard est le revenu moyen des 2% des foyers américains les plus riches. Un tel modèle est injuste, parce qu’il ne fait que renforcer les inégalités de classe. L’accès à l’enseignement supérieur est un droit pour tous. Ceux qui désirent aller étudier à l’université doivent pouvoir le faire quels que soient les revenus de leur famille. Le mouvement étudiant est porteur d’utopie.

 

Les étudiants doivent reconstruire un grand mouvement national capable de porter de nouvelles revendications sociales et démocratiques à l’image de ceux de Mai 1968. Sans les luttes du mouvement étudiant les portes de l’université seraient fermées aujourd’hui à des milliers de jeunes issus de milieux défavorisés. En réalité, les bourses qu’une certaine élite à la solde de ses privilèges égoïstes discrédite a permis à des milliers d’étudiants de faire des études supérieures. Ceux qui n’en ont pas besoin, parce qu’ils sont issus de milieux aisés ne doivent pas stigmatiser les couches inférieures. Dans un pays de 15 millions d’habitants dont 7 millions qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, il faut des bourses pour soutenir les enfants des familles issues des classes subalternes. L’augmentation des bourses est l’une des décisions les plus justes qu’ait prises le président Abdoulaye Wade. Les acquis du mouvement étudiant sont incommensurables devant quelques erreurs qu’on peut considérer comme mineures à l’échelle de l’histoire. Il a participé à démocratiser l’université sénégalaise en se dressant contre les injonctions de la Banque mondiale qui dans sa doctrine néolibérale dévastatrice considérait jusqu’à une date récente l’enseignement supérieur comme un luxe pour les pays en développement. Des milliers d’étudiants ont été sacrifiés sous le régime du président Abdou Diouf pour satisfaire des politiques désastreuses dictées par les bailleurs de fonds. Les portes de l’université ont été fermées à des milliers de famille. Il a fallu de hautes luttes pour les rouvrir aux enfants des classes pauvres. Des générations d’étudiant, « les yeux pleins de larmes » ont vécu l’insulte d’entendre un gouvernement tenir pour politique : « Le Baccalauréat n’est pas un visa pour entrer à l’université ». Aujourd’hui, des gouvernants irresponsables sacrifient froidement les étudiants dans des universités dites virtuelles (Uvs).  En définitive, la science doit participer à réduire et non à augmenter les discriminations économiques et sociales.





Désormais, il faut sortir le mouvement étudiant de son enfermement dans les Amicales des facultés et des Unités de formation et de recherche (Ufr) qui ne gèrent le plus souvent que des intérêts immédiats et égoïstes de quelques délégués. Il y a nécessité de reconstruire de nouvelles unions nationales qui regrouperont les étudiants  de toutes les universités du pays. Voila ce qui doit être la grande tâche du mouvement étudiant sénégalais. C’est de cette manière seulement qu’on reconstruira un « pouvoir étudiant » capable de peser de tout son poids pour se défendre face à des gouvernants engagés dans des programmes de « marchandisation de l’éducation ». Ce serait une belle manière de renouer avec l’esprit de Mai 1968.

 

Ce nouveau mouvement devra être démocratique et pluriel. Il ne pourra survivre que s’il marche sur la base de la démocratie et du pluralisme. La violence est la grande faiblesse du mouvement étudiant actuel. La masse des étudiants doit être associée de manière démocratique et par des débats libres et ouverts à tous à la conception, la défense  et la mise en œuvre des plates-formes revendicatives. Les luttes sociales et politiques se gagnent par la participation et la mobilisation des citoyens. Le mouvement devra inventer des méthodes démocratiques, des instances démocratiques avec des procédures démocratiques permettant la participation de tous les étudiants qui le désirent. Le mouvement étudiant a besoin impérativement de renforcer sa culture démocratique. Une minorité ne pourra plus imposer sa volonté par la violence et par la terreur : ce serait une attitude suicidaire. Seul un mouvement démocratique peut porter des revendications démocratiques. Le mouvement étudiant n’a pas besoin de violence. Sa force principale repose sur l’idée de justice, son désir ardent de construire un monde nouveau afin de permettre à la masse des citoyens d’accéder à l’éducation. Ce combat demeure actuel  plus que jamais.

 

Le mémorial des martyrs du mouvement étudiant

 

Les étudiants Balla Gaye (1978-2001), Mamadou Diop (1980-2012), Bassirou Faye (1992-2014) et Mouhamadou Fallou Sène (1993-2018), partis à la fleur de l’âge, ne doivent pas tomber dans l’oubli. Ce serait impardonnable. Leur mort doit renforcer la conscience de refus d’une jeunesse estudiantine en quête d’un monde nouveau, d’une société nouvelle, mais qui a fini par comprendre que son salut ne dépend que d’elle-même. Les étudiants qui sont tombés dans les campus universitaires au nom de la justice, de l’égalité et de la dignité  sont devenus des héros immortels ; ils appartiennent à l’éternité. Ils devront vivre dans l’esprit de chaque étudiant tant qu’il existera des universités dans notre pays. C’est maintenant à leurs camarades vivants de se consacrer à la grande tâche pour laquelle ils ont donné leur vie. L’avènement d’un monde nouveau rempli de justice et d’égalité doit être accéléré. Écoutons la voix émouvante et éloquente de Pablo Neruda, le poète des peuples opprimés de l’Amérique du Sud, Prix Nobel de Littérature en 1971. Nous lui empruntons ces mots extraits de son recueil Chant général pour rendre hommage aux martyrs de nos universités :

 

« Les pas peuvent fouler ce lieu durant mille ans, / ils n’effaceront pas le sang de ceux qui y tombèrent. / Des voix par milliers peuvent troubler ce silence, elles n’étoufferont pas l’heure où vous êtes tombés. / La pluie ruissellera sur la place et ses pierres, pourtant elle n’éteindra pas vos noms de feu. / Mille nuits s’abattront avec leurs ailes noires / sans détruire  le jour attendu par ces morts. / Le jour attendu par tant d’entre nous / à travers le monde, l’ultime jour de la souffrance. / Un jour de justice conquise dans la lutte. / Et vous, mes frères tombés, en silence, / vous serez près de nous durant ce vaste jour, / ce jour immense, oui, de la lutte finale ».





Le mouvement étudiant a besoin d’« arsenal symbolique » pour développer un nouveau projet qui lui permettra de demeurer un pôle cristallisateur des luttes sociales afin de défendre « Ce que l’argent ne saurait acheter », pour reprendre le beau titre du livre du philosophe américain Michael Sandel. Il doit continuer de représenter les aspirations des milliers d’étudiants sans perspectives pédagogiques et sociales, broyés par un système inégalitaire. Désormais, le mouvement étudiant a ses leaders historiques, ses dates mémorables, ses mythes, ses pénates, ses chansons, son hymne, sa littérature et ses martyrs. Il ne peut plus mourir, il est devenu un patrimoine national. Tous les martyrs sont d’égale dignité. Aucun d’eux ne doit tomber dans l’oubli. Certains ne doivent pas être plus considérés que les autres dans les commémorations annuelles que leur consacrent leurs camarades vivants. Par conséquent, nous demandons la construction d’un Mémorial sur lequel seront inscrits les noms de tous ceux qui sont tombés pour défendre la cause de la dignité d’être étudiant. Il faudra la contribution des meilleurs historiens du pays pour aider à établir une liste exhaustive afin d’éviter des omissions qui seraient cruelles. Ensuite, les étudiants pourront s’accorder sur une seule date qui sera consacrée « Journée nationale des martyrs du mouvement étudiant » afin d’éviter le danger de la dispersion.

Nous jurons sur les noms de tous ceux qui sont tombés dans nos campus  que notre jeunesse verra la justice sur terre. Et ce jour là, nous nous souviendrons de leurs sacrifices splendides. Car, ceux qui ont donné leur vie pour une cause noble et juste méritent de vivre dans nos cœurs et nos esprits. Nous nous inclinons pieusement devant la mémoire de ces morts, désormais entrés dans le martyrologe de nos universités. En conclusion, Les étudiants doivent dépasser la situation de simples révoltés afin de transformer leur indignation en une révolution démocratique, parce que radicale et non-violente. L’immense voix de Jacques Brel, monument de la musique universelle nous rappelle sans cesse dans La Bastille : « L’avenir dépend des révolutionnaires, mais se moque  bien des petits révoltés ».

 

 

 

Dr Babacar DIOP,

Ancien leader du mouvement étudiant,

Secrétaire général  des Forces démocratiques du Sénégal (FDS)

babacar.diop1@gmail.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi nous avons choisi les deux balances de la justice ?

« La justice est réalisable sur terre, compatible avec la nature humaine, sinon la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue », Rima Hawi




Les deux balances de la justice sont le symbole de notre nouveau mouvement politique, Forces démocratiques du Sénégal (FDS). La justice est la pierre angulaire de toute société démocratique. De ce fait, la légitimité de toute magistrature repose sur sa capacité à rendre la justice dans l’équité et l’impartialité. Le sage Al-Maghili invitait les hommes politiques à la justice et à l’équité ; il rappelait en 1498 à l’Askiya Muhammad de Gao : « Tu n’es en effet qu’un esclave (abd mamluk), qui n’a rien en propre. C’est ton Maître qui t’a élevé au-dessus de beaucoup de ses serviteurs pour que tu réformes leur pratique religieuse et leur comportement dans ce monde et non pour que tu sois leur maître et seigneur. Tu es sur toute l’étendue de ton royaume un pasteur et nullement un propriétaire. Tout pasteur est responsable du troupeau de son maître. Réfléchis avant qu’il ne soit tard, car nul n’échappe à la mort ». Dans le même  registre l’envoyé de Dieu Mouhammad (PSL)  affirmait : « Tout chef de tribu sera présenté au Jour du Jugement dans les chaînes : ou la justice l’en délivrera ou l’injustice l’y fera périr ».  Également, Périclès d’Athènes, à la fin de sa vie, confiait à ses proches qu’aucun athénien n’a été victime d’une injustice par sa faute. Combien d’hommes politiques et de magistrats sont-ils prêts à s’inspirer des propos du prophète de l’islam, du sage de Gao et de Périclès ?

Rupture d’égalité

Nous vivons une situation politico-sociale porteuse d’un malaise très profond. L’institution judicaire ne rassure plus nos compatriotes. Le sentiment le mieux partagé est que la justice est ligotée par le régime en place ; elle est rendue non plus au nom du peuple, mais au nom de ceux qui contrôlent le pouvoir politique. Ce qui débouche sur une violation flagrante des droits fondamentaux et inaliénables des citoyens sans qu’ils n’aient la possibilité d’avoir des institutions de recours dignes de confiance pour corriger l’injustice dont ils sont victimes. Nous subissons une atmosphère  porteuse de conflits et de violences.

Les arrestations arbitraires sont devenues monnaie courante. Les procès politiques se multiplient dans une perspective d’instaurer « une politique sans adversaire ». Les règles élémentaires de la démocratie sont systématiquement violées et le droit de vote est devenu sélectif dans notre pays. L’administration a empêché des citoyens de Touba et d’autres villes (Dakar et Thiès) de voter aux élections législatives du 30 juillet 2017, parce qu’ils ne seraient pas favorables au régime en place. Les libertés individuelles et collectives sont confisquées par l’autorité politique.  De ces constats, on peut affirmer sans se tromper que la justice est devenue le bras armé du pouvoir dans son entreprise funeste de liquidation de ses adversaires politiques. L’ostracisme (l’exil politique) jusqu’ici inconnu dans notre système judicaire est devenu une réalité politique. Le droit d’éligibilité est menacé au Sénégal par un pouvoir qui instrumentalise la justice pour mettre en prison ses adversaires.  Des personnalités de l’État, impliquées dans des scandales graves, sont protégées, pendant que de plus faibles qui ont commis des fautes mineures croupissent en prison. Tout ceci donne raison, malheureusement, à Anacharsis (souvent cité parmi les Sept Sages) qui se moquait de Solon (le célèbre législateur d’Athènes): « Tu penses pouvoir réprimer l’injustice et la cupidité de tes concitoyens par des lois écrites. Mais celles-ci ne diffèrent en rien des toiles d’araignée : elles garderont captifs les plus faibles et les plus petits de ceux  qui s’y feront prendre ; mais les puissants et les riches les déchireront ». Les plus pauvres sont stigmatisés dans notre pays et cette situation est à l’origine de la désaffection croissante envers le système judiciaire. La légitimité des institutions politiques se fonde sur leur capacité à produire des décisions impartiales. La justice sélective engendre le chaos politique et social. Un système judiciaire impartial  est la pierre angulaire de  tout État de droit.

Les convulsions politiques viennent  de pouvoirs corrompus qui imposent par la force  des décisions arbitraires. Quand des injustices se répètent sans que les victimes n’aient aucune voie de recours digne de confiance, la société risque de s’embraser dans la violence. Toutes ces revendications constituent une lutte pour l’égalité. Les masses populaires sont à nouveau interpelées. Le Sénégal ne  peut être que dans la démocratie et la liberté.

Qu’est-ce qu’une société juste ?

La  théorie de la justice de John Rawls s’articule autour de deux principes  majeurs :

« En premier lieu : chaque personne doit avoir un droit égal au système le plus étendu de libertés  de base égales  pour tous qui soit  compatible avec le même  système pour les autres. En second lieu : les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de façon à ce que, à la fois, (a) l’on puisse raisonnablement s’attendre à ce qu’elles soient à l’avantage de chacun et (b) qu’elles soient attachées à des positions et à des fonctions ouvertes à tous ».

John Rawls divise la structure de base (les institutions) en deux sphères : l’une politique, à laquelle s’applique le premier principe, l’autre économique, à laquelle s’applique le second principe.

Le premier principe est celui d’égale liberté de tous qui défend la liberté d’entreprise de chacun pour satisfaire ses propres fins. Ce principe de liberté protège l’inviolabilité des libertés fondamentales, ou libertés de base dont chaque individu a le droit de bénéficier. John Rawls indique dans Théorie de la justice, la liste de celles qui sont les plus importantes dans une société : les libertés politiques (droit de vote et d’éligibilité), la liberté d’expression, de réunion, la liberté d’association et de manifestation, la liberté de pensée et de conscience, la liberté de la personne qui comporte la protection à l’égard de l’oppression psychologique et de l’agression physique (intégrité de la personne) le droit de propriété personnelle et la protection à l’égard de la personne et de l’emprisonnement arbitraires.




Ces libertés ne peuvent faire l’objet d’aucun compromis, d’aucun marchandage. Elles sont définitives dans une démocratie. Si une liberté fondamentale est violée, l’Etat de droit s’écroule. John Rawls est radical sur ce point : « Chaque personne possède une inviolabilité fondée sur la justice qui, même au nom du bien-être de l’ensemble de la société, ne peut être transgressée […] dans une société juste, l’égalité des droits civiques et des libertés pour tous est considérée comme définitive ; les droits garantis par la justice ne sont pas sujets à un marchandage politique ni aux calculs des intérêts sociaux ». Donc, la justice repose d’abord, sur  le respect des libertés fondamentales. Sans cela, il n’y a pas d’Etat de droit, il n’y a pas de démocratie. Donc, les libertés de base ont une valeur absolue. Elles ont priorité sur toutes les autres considérations utilitaristes. Les libertés de base doivent être protégées, elles ne peuvent être violées sous quel que prétexte que ce soit. Le premier principe de justice de John Rawls garantit l’Etat de droit. Les magistrats doivent veiller au respect scrupuleux du premier principe de justice.

Le second principe est appelé celui de différence qui stipule que les inégalités dans la société doivent bénéficier aux plus défavorisés (les couches défavorisées, les personnes vulnérables les handicapés, les malades, les vieillards, les jeunes, les femmes). L’Etat doit prêter attention aux plus mal lotis dans la société afin d’éviter de se préoccuper seulement des plus riches et  des plus puissants. Dans cette voie, Franklin D. Roosevelt aimait nous rappeler que la grandeur d’une nation ne se juge pas à ce qu’elle apporte aux mieux pourvus, mais à la façon dont elle traite ceux qui sont le plus dans le besoin. C’est pourquoi, nous sommes pour un Etat démocratique, social et populaire qui protège les droits économiques, sociaux et culturels, qui prend en charge aussi les revendications de reconnaissance. C’est dans ce sillage que le professeur Djibril Samb a écrit dans L’heur de philosopher la nuit et le jour : « Tout ce qui importe pour les membres de la société, c’est que l’Etat, devenu civilisateur, ait pour option […] de répondre à leur besoins fondamentaux (travailler, manger, boire, se soigner, s’instruire et s’éduquer) et d’assurer les conditions de l’épanouissement de chacun et de tous (culture, sport, divertissement). Toutes les ressources publiques doivent être mobilisées et utilisées à cet effet, et non selon les pseudo-programmes de groupes privés qui prétendent remettre à plus tard la satisfaction des besoins des gens ».

Ainsi, même si les gouvernants sont élus, nous ne leur devons obéissance que s’ils respectent la loi et l’esprit de la loi. Sinon, nous n’avons aucune raison de collaborer avec un régime qui ne respecte pas les droits fondamentaux des citoyens, à moins qu’on nous impose d’obéir par le biais de la force et la violence. Dans un cas de figure où le pouvoir use de l’appareil coercitif pour soumettre un groupe ou une personne, le pays quitte le régime démocratique pour tomber dans la dictature. Les citoyens ne doivent obéir qu’aux lois justes. Les magistrats ne doivent rendre que des verdicts justes, équitables et impartiaux. Si la loi n’est pas juste, les magistrats ont le pouvoir de l’interpréter dans le sens de l’approfondissement de la démocratie et de la protection des libertés fondamentales et inaliénables. Il devient clair qu’on ne doit obéissance qu’aux lois justes. La légalité ne suffit pas pour assurer la justice, car  la loi  elle-même peut être injuste. Les tribunaux ne suffisent plus pour dire la justice, car comme nous le voyons au quotidien ils ne sont pas à l’abri d’influences politiques pathogènes.

Si  une loi  n’exprime plus la justice nous lui devons défiance, désobéissance pour montrer notre attachement indéfectible à la justice. Finalement, il s’agit de comprendre que nous ne devons obéissance à une autorité que si elle est légitime, c’est-à-dire si elle applique des règles de droit justes, justifiables et susceptibles d’être acceptées par tous les membres de la communauté politique. En conséquence, de telles règles sont impartiales, ne stigmatisent et ne discriminent aucun membre de la société.




Dans toutes les contrées du monde, l’injustice produit la violence à long terme. La Côte d’Ivoire est un exemple proche de ce qu’elle peut créer comme désorganisation dans une société. Pour cette raison, nous devons tous travailler à éteindre le venin de la violence de l’injustice et de l’inégalité. Les magistrats ont une responsabilité lourde dans la sauvegarde de la paix sociale. L’harmonie et la stabilité sociales ne sont garanties que par des institutions dont les citoyens sont convaincus qu’elles sont équitables et impartiales. Nous soutenons, en dernière analyse que la paix civile est la finalité de la démocratie et de toute bonne justice. Jean Jaurès avait l’habitude de dire : « La justice est plus vaste que l’humanité elle-même ». Pour nous, une société juste est celle qui garantit les libertés fondamentales, celle doté d’un «État civilisateur » défini par le professeur Djibril Samb comme « État de tous et de chacun… État fait pour tous et par chacun, État fait pour tous et pour chacun ». L’État civilisateur est un État démocratique, social et populaire qui corrige les inégalités sociales et économiques pour procéder à une redistribution plus équitable  des ressources et des droits. Forts de tous ces grands principes de liberté et d’égalité, nous affirmons devant la face du monde que la justice est la finalité de notre projet politique. Les deux balances qui symbolisent l’équité et l’équilibre dans notre société resteront un principe immuable par lequel nous comptons gouverner le Sénégal d’aujourd’hui et de demain.

Dr Babacar DIOP,                                          

Secrétaire général Forces démocratiques du Sénégal (FDS)

babacar.diop1@gmail.com

 

 

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