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Religion et essentialisme: un air de déjà-vu…

Ousmane Sonko es-tu ibadou rahmane ? Cette question est celle que le journaliste M. Cheikh Yérim Seck a posé au candidat déclaré à la présidentielle de 2019 Ousmane Sonko, lors de la présentation de son dernier livre intitulé “Solutions pour un Sénégal nouveau”. A la décharge de M. Cheikh Yérim Seck, il faut dire que le journaliste ne pose pas de questions pour lui, mais pour les autres. Ainsi s’il y a lieu de s’émouvoir du caractère délibéré et stigmatisant de la question que M. Cheikh Yérim Seck a adressé au candidat Ousmane Sonko, il n’en demeure pas moins que c’est une question qui reflète plus la pensée de l’opinion que celle du journaliste qui l’a posé. En effet ce n’est pas la première fois que l’on entend pincer la corde de l’allusion au rapport entre religion et politique dans les médias. Il faut remonter au début des années 1980 pour entendre la véhémence des toutes premières reproches contre l’islam politique à travers la radio et la télévision. En vérité de telles reproches n’ont jamais cessées.




Lorsque l’essentialisme religieux surgit en politique, le spectacle de sa mise en scène offre un contraste pittoresque des genres et souligne une opposition idéologique encore plus choquante, qui renforce et confirme le fait que l’essentialisme religieux est une faute, un délit, voire un crime. Force est de constater au vue de la question de M.Cheikh Yérim Seck , et sans vouloir verser dans un discours contre-essentialiste stérile, que l’essentialisme religieux est encore plus absurde appliqué au champ politique. De quoi s’agit-il ? S’il ne s’agissait que de ne pas enfermer quelqu’un uniquement dans son identité d’homme politique qui encourage une systématisation des rapports entre l’état et les cultes, il n’y aurait rien à redire. Mais l’essentialisme religieux est bien plus radicale : elle nie la réalité intrinsèque qu’un homme politique puisse encourager une systématisation des rapports entre l’état et les cultes au sénégal. En effet elle nie qu’on puisse être réellement cet homme politique.

Qu’est ce qui, chez le candidat Ousmane Sonko, représenterait une source d’inquiétude et de crainte pour les sénégalais ? Pour répondre à cette question il faut, une fois de plus, remonter à la période de 1979 à la fin des années 80 où l’on situe la naissance de l’islam politique au sénégal. C’est à cette époque que remontent les premières et plus sournoises intrigues de groupes occultes connus, exécutant sans cesse leurs basses manoeuvres pour saper les efforts pour l’unité nationale. Ces forces obscurs ne se sont jamais lassés d’avancer des hypothèses alarmistes tendant à construire des opinions incertaines dans l’esprit de nos concitoyens. En effet la réticence de l’opinion vis à vis d’une conceptualisation des rapports entre la religion et l’état ne date pas d’hier. On a toujours cherché à faire croire aux sénégalais que malgré une longue tradition de sécularisation et de laïcité de l’état au sénégal, les risques, ou les chances de l’instauration d’une république islamique, sont inscrites dans le futur de la république du sénégal. 1




C’est bien là la pensée profonde de l’opinion ou plutôt d’une partie de l’opinion sur laquelle M. Cheikh Yérim Seck a bien voulu inviter le candidat Ousmane Sonko à se prononcer. La réponse du candidat donné en directe à la télévision a été adroite. Mais celle-ci est encore beaucoup plus précise à travers son dernier livre. Parlant précisément des rapports entre religion et état, le candidat Ousmane Sonko souligne que “ ce ne sera qu’en nation soudée, imbibée de ses valeurs et consciente de son identité commune, que nous irons victorieux à l’assaut pacifique d’un monde féroce. Cela passe aussi par une “revisitation” obligatoire des relations entre l’Etat et les Cultes. Ces dernières au nom d’une interprétation singulière et restrictive de la laïcité, ont été confinées jusqu’ici dans des positions informelles. Soyons bien clairs, précise t-il, nous sommes pour la laïcité comprise dans le sens d’un système équidistant des religions, garantissant à chacune d’elles les conditions de sa pleine et libre pratique. Elle est le gage de la stabilité, d’une cohabitation pacifique assise sur la tolérance et le respect mutuel, avec l’encouragement et l’accompagnement bienveillants de l’Etat, abstraction représentative de tous les sénégalais, sans distinction de genre, d’origine sociale, ethnique, religieuse, raciale, géographique, etc..Nous sommes pour cette laïcité-là.. Mais nous ne sommes pas pour la laïcité conçue comme la négation des religions et tout ce qui les symbolise ou en constitue les attributs. Dans notre modèle, poursuit-il, l’Etat n’est pas athée, mais syncrétique. Dans un pays de croyants comme le sénégal, le culte est une demande sociale aussi forte que la santé, l’éducation, l’emploi, les infrastructures, la sécurité…et joue un rôle stabilisateur…S’y ajoute qu’en l’absence d’institutions crédibles et solides depuis l’indépendance, seul le rôle stabilisateur de nos guides religieux de toutes confessions ou obédiences nous a préservés du chaos vécu dans presque tous les pays africains, malgré les crispations et tensions politiques et sociales qui n’ont pas manqué. C’est pourquoi nous optons pour l’institutionnalisation des rapports entre l’Etat et la religion.” 2

A moins de vouloir à tout prix faire le procès du candidat Ousmane Sonko, sa vision des rapports entre religion et Etat ne souffre d’aucune ambiguïté, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle est loin d’être terrifiante. Qu’il existe quelques allumés pensant avoir véritablement une emprise sur le cours des choses, cela ne peut qu’éveiller une fâcheuse impression de déjà-vu, et interpeller sur des pathologies du grégaire. Par ailleurs le débat sur les programmes des candidats à la présidentielle gagnerait en richesse et en sérénité dans l’intérêt des électeurs si, au préalable, l’engagement et l’effort de réflexion nécessaires à sa construction et son élargissement étaient sérieusement engagés par chaque candidat. En effet Il aurait été plus facile pour M. Ousmane Sonko d’attendre de prendre sa retraite politique pour rédiger ses mémoires en espérant peut-être exercer à nouveau sur le public une fascination perdue. En prenant la peine de rédiger tout  un livre pour expliquer aux sénégalais l’ambition et la vision qu’il porte pour le sénégal, il démontre qu’au delà des considérations partisanes, il mérite la reconnaissance, l’estime et le respect de ses concitoyens.




1 Moriba Magassouba “L’Islam au Sénégal. Demain les mollahs ? 1985, p.9, 10.

2  Ousmane Sonko, “Solutions pour un Sénégal nouveau” pp, 207, 208

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