Blog de Cheikh Yerim Seck

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Chaque génération doit apprendre la démocratie (Babacar Diop, FDS)

« La démocratie est un système perpétuellement inachevé », Enrique Dussel, Vingt thèses de politique.

Depuis plusieurs générations, le Sénégal s’inscrit dans une tradition démocratique qui consacre le pluralisme politique, l’organisation d’élections régulières, la protection des libertés de base : liberté de presse, d’association, d’expression et de conscience. Aujourd’hui, cette démocratie recule à une vitesse vertigineuse. Les tenants de l’actuel pouvoir ont oublié les sacrifices investis par des patriotes et démocrates de tous bords dans les Assises nationales, les luttes épiques du peuple autour du mouvement du M 23, les martyrs de la place de l’Obélisque qui ont donné leur vie pour la survie de notre idéal démocratique. Pour paraphraser Shakespeare nous soutenons qu’il y a quelque chose de pourri dans le Sénégal d’aujourd’hui. L’objet de cette réflexion est de mettre en évidence les menaces graves qui pèsent sur notre démocratie afin d’inviter les citoyens à engager une nouvelle lutte pour la défense du projet démocratique.
I- Le virage autoritaire
L’avènement de Macky Sall au pouvoir en 2012 qui devait correspondre avec un moment d’approfondissement et de « consolidation de la démocratie » a malheureusement débouché sur un processus de « déconsolidation de la démocratie ». Nous assistons à une violation constante, flagrante et persistante des libertés publiques et des consensus cruciaux qui avaient permis au Sénégal de demeurer, au moins une démocratie électorale plus ou moins stable. Aujourd’hui, le pays est plongé dans ce que le professeur Abdoulaye Bathily appelle une « sécheresse démocratique » ou ce que le philosophe Larry Diamond nomme une « récession démocratique ». Le septennat que vient d’achever Macky Sall a été un « long processus de destruction institutionnelle » pour assoir l’hégémonie de son clan politique sur la base de la corruption, du clientélisme et de la manipulation éhontée des institutions. Les acquis démocratiques sont systématiquement remis en cause. Les faits sont graves : l’instrumentalisation de la justice pour des règlements de compte politiques et des réformes politiques unilatérales sans consulter l’opposition et la société civile font légion. On peut citer par exemple la loi du parrainage, la révision du code électoral, la suppression du poste de Premier ministre accompagnée de l’accentuation de la personnalisation et de la concentration du pouvoir entre les mains d’un seul individu. A cette liste s’ajoutent l’organisation d’un référendum avec des réformes substantielles qui modifient notre culture politique sans impliquer les acteurs politiques, l’organisation des élections par un ministre de l’Intérieur partisan, le reniement du président par rapport à son engagement de faire un mandat de cinq ans, la cooptation d’institutions d’électives complètement vassalisées et caisses de résonnance des seules volontés d’un président monarque, la répression violente contre les opposants, l’interdiction des marches et des menaces sur la liberté de presse. Le Sénégal traverse un virage inexorablement autoritaire. Nous sommes au cœur d’une « dictature ouverte ». Par conséquent, le nouveau mot d’ordre est clair : défendre la démocratie. Nous traversons une époque de corruption politique qui affectera toutes les institutions. La « corruption originaire du politique », pour reprendre Enrique Dussel, est le fait que les représentants ou les élus finissent le plus souvent par croire qu’ils constituent eux-mêmes la source du pouvoir politique, en oubliant que la communauté politique est la seule et ultime référence en démocratie. Jusqu’à une date récente, malgré les manquements en matière de liberté de presse et d’expression, on pouvait considérer que le Sénégal était plus ou moins dans une démocratie électorale. Ceci pouvait se concevoir, puisqu’au moins, du point de vue du caractère libre et transparent des élections, notre pays remplissait cet élément fondamental de la démocratie. Avec le processus électoral de 2019, nous sommes passés à ce que Steven Lvitsky appelle « une concurrence inéquitable » qui consacre l’avènement de l’autoritarisme compétitif, dans la mesure où, certes, la compétition électorale est la principale voie d’accès au pouvoir, mais
les règles de la compétition favorisent intentionnellement, démesurément et injustement le pouvoir en place. Le processus inéquitable de prise de décision politique favorise les intérêts particuliers qui contrôlent le pouvoir.
II- Luttons pour un système toujours plus démocratique !
Le tocsin de la démocratie a sonné. Après l’élection présidentielle de 2019, le Sénégal est entré dans un processus très avancé d’« autocratisation » avec un pouvoir qui met en place des règles de la compétition politique qui favorisent uniquement ses intérêts. Les consensus politiques minimaux sur le processus électoral sont démantelés par le régime en place. Le processus de consolidation démocratique a été subitement arrêté pour une aventure de
« déconsolidation » démocratique. Par conséquent, une nouvelle lutte est nécessaire pour sauver la démocratie au Sénégal. En vérité, chaque génération doit apprendre et défendre la démocratie qui est perpétuellement menacée par des tyrans et des félons, des autocrates et des oppresseurs qui rêvent de réduire les peuples au silence afin de les transformer en des bêtes obéissantes. C’est la raison pour laquelle, la société civile et la société politique doivent
construire une synergie nouvelle pour la défense de notre projet démocratique. Cela passera par la mobilisation, l’occupation de la rue et l’envahissement des places publiques. La démocratie s’acquiert par la seule lutte. Selon Enrique Dussel : « La corruption [du politique] est double : celle du gouvernement qui se considère comme le siège souverain du pouvoir, celle de la communauté politique qui le permet, le consent et devient servile au lieu d’être
l’actrice de la construction du politique » (Vingt thèses de politique). Pour la refondation de la démocratie, les forces vives font face à des défis majeurs. Il s’agit d’abord de « reconstruire la confiance dans la politique» afin de mettre fin au désenchantement de la politique que nous vivons. Les hommes politiques doivent respecter les engagements pris durant les campagnes. Les promesses manquées ne feront qu’affaiblir le socle de la démocratie : Pacta servand sunt les pactes doivent être respectés). La démocratie n’est pas seulement procédurale, elle est aussi normative. Le contrôle des médias par des groupes privés occultes tapis dans l’ombre participe à la diversion pour détourner le peuple d’un choix politique judicieux. La corruption de l’information affaiblit la culture démocratique. Ainsi, il s’avère important de réduire le pouvoir des lobbies et limiter la proximité de la politique avec l’industrie. La corruption du politique est toujours une menace sur la démocratie. Nous avons besoin de réformes profondes qui permettent la réduction drastique de l’influence de l’argent dans la politique démocratique. Par conséquent, nous devons reprendre et renforcer l’éducation civique afin de transformer nos enfants en citoyens consciencieux des valeurs de la liberté, de la transparence, de la reddition des comptes et de l’autogouvernement. Il n’y a pas de démocratie sans culture démocratique. L’éducation civique peut constituer un puissant rempart contre les tentations
autoritaires. Nous devons inoculer les vertus de la liberté et de l’autogouvernement à notre jeunesse, revitaliser l’idéal démocratique au sein de la jeune génération. Notre jeunesse doit être portée à l’espoir de la liberté. Il n’y pas de démocratie sans éducation civique, sans « une religion civique » qui fait de la liberté et de l’autogouvernement des dogmes politiques. Notre jeunesse doit participer à la vie de la cité. Périclès disait aux jeunes athéniens : « Un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile ». Donc, nous avons besoin d’éducateurs et d’orateurs pour raviver la flamme de la démocratie et renforcer la culture de la participation démocratique. Selon le professeur Enrique Dussel, la participation est la grande révolution du XXI e , car sans elle la démocratie se corrompt inéluctablement. Par conséquent, des institutions de participations pour contrôler les institutions de représentation sont nécessaires afin de revitaliser et de radicaliser la
démocratie. En plus, les réseaux sociaux constituent, aujourd’hui, un puissant levier à la disposition des
peuples ; ils permettent une démocratisation de la communication en déstabilisant le verrou des médias traditionnels qui travaillent au service de l’ordre autoritaire. Au total, la refondation de la démocratie passe par la reconstruction de l’État de droit, la « reconstruction de l’infrastructure civique » pour protéger les libertés publiques et la culture démocratique. Elle passe par la refondation de l’administration publique pour lutter contre la corruption, le népotisme et le clientélisme. Elle exige aussi la réécriture des règles de la compétition électorale pour des élections libres, équitables et ouvertes afin de préserver la stabilité sociale. Enfin, la reconstruction de consensus forts  est une exigence démocratique. En ce qui concerne le processus électoral, les forces vives doivent porter une plateforme commune pour exiger des réformes politiques substantielles qui prennent en charge la redéfinition des règles de la compétition politique et la création d’une administration crédible des élections et la construction d’organes de contrôle des dépenses électorales pour moraliser la démocratie avec la réduction de l’influence de l’argent sur la politique. Il nous faut des réformes substantielles pour transformer de manière radicale les institutions démocratiques de notre pays. Ces réformes doivent passer par une « discussion argumentative » où les meilleurs arguments seront mis de l’avant. L’organisation des structures d’une institution politique doit être le fruit d’un processus d’accord par consensus auquel toutes les personnes ont participé de manière libre. Il nous faut donc un minimum de consensus sur les institutions pour garantir la gouvernabilité politique.

Conclusion

Au total, nous pouvons considérer que la démocratie a gravement reculé au Sénégal. Le pays est conduit vers un ordre autoritaire. En revanche, c’est la peur seule qui nous empêche de défendre nos droits et libertés fondamentaux. Ce sont les dangers que nous risquons qui nous plongent dans l’inaction. Ce sont les positions confortables qui font de nous les complices des autocrates. Les jeunes générations doivent défendre la démocratie. En vérité, c’est la
démocratie seule qui garantit la dignité humaine. Le jeune philosophe américain Yascha Mounk, au moment de conclure son retentissant ouvrage Le peuple contre la démocratie a écrit ces propos qui s’adressent à tous ceux qui vivent dans une démocratie menacée : « Dans les années à venir, se lever pour défendre ce que nous considérons comme important demandera de plus en plus de courage. Afin d’accomplir ce qu’il faut au moment décisif, il nous faudra accepter de grands sacrifices. […] Il n’est pas possible de prédire ce que sera le destin ultime de notre système politique. Peut-être que la montée de [l’autoritarisme] ne constituera qu’un bref moment, dont on se souviendra avec un mélange d’étonnement et de curiosité dans un siècle. Ou peut-être qu’elle donnera lieu à un changement d’époque, inaugurant un ordre du monde dans lequel les libertés individuelles seront bafouées en toute occasion et l’autogouvernement effacé de la surface de la terre. Personne ne peut nous promettre une fin heureuse. Mais ceux d’entre nous qui nous soucions vraiment de nos valeurs et de nos institutions sommes déterminés à nous battre pour nos convictions, sans égard pour les conséquences. Bien que le fruit de notre travail reste incertain, nous ferons ce qu’il faut pour sauver la démocratie ». La conquête de la liberté n’est jamais un long fleuve tranquille. Nous devons lutter pour un système toujours plus démocratique. Chaque génération doit défendre la démocratie et ainsi contribuer aux sacrifices de son époque.
Dr Babacar DIOP,
Secrétaire général de FDS
babacar.diop1@gmail
Conférence publique prononcée à Rufisque, le 24 mars 2019

Inventer la démocratie de demain (Par Assane Niang)

Le Conseil Constitutionnel par la proclamation provisoire de la liste des cinq candidats retenus pour les joutes de 2019, vient de parachever un long et difficile périple d’idéalistes du droit.

 Le Sénégal recèle d’impériales prouesses démocratiques, où des élections transparentes et pacifiques ont toujours aboutis à des résultats légitimes et reconnus par la grande majorité des élites politiques et des citoyens.

 Les attitudes, les gestes et les référentiels associés à l’exercice du vote au Sénégal sont le résultat d’un apprentissage long parsemé de luttes vigoureuses et constantes.

La réaction de certains militants à la suite de publications d’informations compromettantes sur l’implication ou non de leur candidat, guillotine la « solution » mirobolante de leur leader. Le patriotisme brandi comme effigie n’autorisera jamais cette saignée noire de la phobie du journalisme d’investigation.

Même si les invectives ne sont plus le lot quotidien des politiques, une forme d’incivilité s’est réveillée à travers le comportement désolant de certains utilisateurs du réseau social pour défendre leurs candidats.

Il y a un théorème tacite en politique : il ne faut jamais insulter les électeurs, même quand ce ne sont pas les vôtres. Même entre adversaires politiques, l’insulte est devenue taboue. Et quand le ton monte, c’est presque toujours l’auteur de la colère qui perd.

Rien ne rallume les énergies, inquiétudes, espoirs, et frustrations relatives à la démocratie autant qu’une élection au Sénégal.

Le Sénégal a fait un chemin ; au regard de la situation chaotique chez certains pays amis en Afrique et ailleurs. Des situations marquées par de tripatouillage des listes électorales, d’étouffement de la concurrence, de trucage des taux de participation, de bourrage d’urnes, d’achat de votes, de multiples votes, et de manipulation des résultats.

Rien ne devra se justifier pour adopter des comportements aux antipodes de la démocratie fussent-ils de l’opposition comme de la majorité. Il nous faudra de façon inclusive soutenir et encourager les efforts de sensibilisation des citoyens en vue de renforcer la confiance publique.

Cette confiance publique va encourager une nouvelle donne à savoir que les élections sont des mécanismes qui permettent de s’assurer que les opinions des sénégalais soient représentés ou que les sénégalais puissent révoquer les autorités qui ne comblent pas leurs attentes à travers les urnes.

 

 

 

 

Que reste-t-il de la démocratie sénégalaise ?

De 1960, année où les soleils des indépendances se sont levés au Sénégal de Senghor et de Mamadou Dia à nos jours, le Sénégal  a connu une histoire politique certes controversée, mais a toujours aspiré d’être en harmonie avec les valeurs et principes sacro-saints fondateur d’une démocratie.

Cependant, ce pays considéré  comme un exemple de transition démocratique en Afrique, est de nos jours secoué de partout allant même jusqu’à pousser certains analystes avertis à s’inquiéter sur l’avenir de sa démocratie (Voir Quand la politique fornique avec la loi, la démocratie s’abâtardit par Babacar Justin Ndiaye)




Ainsi, un bref rappel historique s’impose donc afin de connaitre réellement l’état actuel de la démocratie Sénégalaise.

Du parti unique en passant par l’arrestation de Mamadou  Dia en 1962 et l’exercice de l’ensemble du pouvoir exécutif par le président Senghor à l’institution d’un régime présidentiel en 1963, la vie politique Sénégalaise s’identifiait avec l’action du président Senghor.

En 1974, ce dernier ouvre la voie la plus d’aspirations démocratiques  en instituant un multipartisme limité à quatre courants.

Il a fallu attendre jusqu’en 1981 avec l’accession au pouvoir du président Abdou Diouf pour desserrer  encore  l’étau avec l’instauration du multipartisme intégral ouvrant ainsi la voie à d’autres Sénégalais pour prétendre au droit légitime d’exercice du suffrage universel.

Ceci, dans un contexte ou la majorité des états Africains était autocratique et autoritaire favorisant ainsi l’idée que le Sénégal est un pays avant-gardiste, « une oasis de démocratie »

De 1980 à l’an 2000,la démocratie Sénégalaise était certes toujours dans un stade embryonnaire avec l’arrestation d’opposants politiques(arrestation de Abdoulaye et des principaux leaders de l’opposition en 1988),mais suivait inéluctablement  une dynamique irréversible vers la démocratie grâce notamment à l’aspiration du peuple Sénégalais à plus de liberté, plus de transparences ,plus de contradiction dans l’offre politique ;disons plus de démocratie

C’est d’ailleurs cette dynamique qui a abouti à la première alternance politique du Sénégal avec l’avènement du président Abdoulaye Wade au pouvoir.

Cette première alternance politique intervenue quelques semaines à peine après le coup d’état militaire en Côte d’ivoire réconcilie l’Afrique avec la vie démocratique. Le Sénégal justifie alors son titre de « vitrine démocratique en Afrique »

Il faut préciser au vu de cette réalité décrite et en se référant à d’autres actes (code consensuel de 1992, ONEL organisme indépendant chargé de l’organisation des élections) que l’alternance du 19 mars 2000 est l’aboutissement d’un long processus  de démocratisation au  Sénégal

De 2000 à 2012, le président Abdoulaye acteur majeur de toutes les conquêtes démocratiques sénégalaises dans sa posture d’opposant au régime socialiste, a renforcé considérablement la vitalité démocratique sénégalaise.

Il n y a pas de démocratie sans democrates.Et, le président Wade l’a bien compris. En effet avec lui le Sénégal peut s’enorgueillir d’avoir des libertés d’expressions et même de marches garanties par la constitution qui est la loi fondamentale. Il a aussi beaucoup contribue à l’indépendance et au foisonnement des medias prives, gage d’une vitalité démocratique.

Sous son magistère, la collision des medias prives avec les intérêts du pouvoir n’ont jamais fait l’objet d’arrestation de journalistes .Comprenant aussi que l’alternance politique constitue la norme dans tout système démocratique, le président Wade a, à l’image de son prédécesseur, lorsqu’ ‘il a été démocratiquement battu le 25 Mars 2012 par Macky Sall appelé son vainqueur par voie médiatique pour le féliciter.

Malgré les difficultés inhérentes à tous systèmes, le président Macky a ainsi hérite d’un état ou les socles de la démocratie étaient déjà implantés.

Sept ans après, que reste-t-il de la démocratie Sénégalaise !

L’analyse de la situation au regard des faits et actes poses durant ce mandat est révélatrice d’une démocratie malmenée par un président plus soucieux de briguer un second mandat que de préserver et de consolider le legs démocratique de ses pères.

Selon Paul Austin  « En politique, celui qui n’est pas prêt pour tout n’est pas prêt à rien ». Remplacer tout par un deuxième mandat pour comprendre le jusqu’auboutisme ambiant et galopant de Macky foulant ainsi aux pieds tous les principes et valeurs qui caractérisaient l’exception démocratique sénégalaise en Afrique.

A titre d’illustrations, nous pouvons mentionner  la rupture du consensus dans le processus électoral (Loi sur le parrainage grâce à une majorité mécanique malgré la contestation de l’opposition ;modification du code électoral de manière unilatérale avec l’exigence de la qualité d’électeur pour être candidat à la présidentielle) ;La répression des marches pacifiques aboutissant à la mort de l’étudiant Fallou Sene ;l’emprisonnement d’opposants au régime(Khalifa Sall,Barthlemy Diaz…)et l’exil force de Karim Wade au Quatar




A ces faits qui prouvent que le président Macky Sall a ramené la démocratie Sénégalaise a l’âge de la pierre taillée, il faut ajouter le fait que la justice est de plus en plus soumise au désidérata de l’exécutif amenant ainsi le juge Dème à démissionner d’une magistrature qui a démissionné.

MBAYE SECK Charge de communication UJTL /Mbacké

 

Justice couchée: La démocratie sénégalaise bascule du côté obscur

« Le dernier rempart de la Démocratie vient de voler en éclats, le 18 juillet 2018 »




Le Sénégal entre dans une nouvelle ère le 18 juillet 2018. Tout est possible. Tout peut arriver désormais. Y compris l’irréparable. L’Institution chargée de veiller au respect des droits et de garantir l’exercice des libertés individuelles et collectives s’est effondrée littéralement : un Procureur de la République et des officiers de police judiciaire qui s’accusent mutuellement et se donnent en spectacle, un Juge d’appel qui fait fi du Droit et viole la loi (REGLEMENT N°05/CM DE l’UEMOA ET ARTICLE 55 DU CODE DE PROCEDURE PENALE) pour satisfaire les désirs d’un Prince, un Procureur Près la Cour d’appel (Dakar) qui signe de ses propres mains un réquisitoire auquel il ne croit pas, de hauts magistrats épinglés par la Cour de Justice de la CEDEAO comme étant les principaux d’actes d’une extrême gravité (violation du Droit à l’assistance d’un conseil, du droit à la présomption d’innocence et du Droit à un procès équitable du Député-Maire de Dakar), un procès qui tourne au fiasco politique et judicaire, un Juge, ancien assesseur de la Cour de répression de l’Enrichissement illicite qui dénonce ouvertement la forfaiture du régime visant à éliminer un candidat aux joutes présidentielles de 2019, le 1er magistrat du pays (Président de la République) qui commente une affaire pendante devant la Justice et se comporte comme un irresponsable, un Avocat qui fustige la corruption de certains magistrats, une justice fragmentée entre partisans de l’indépendance de l’Institution (magistrats dignes, intègres et impartiaux) et collaborateurs du « système », etc…

Le spectacle pitoyable auquel nous avons assisté le 18 juillet 2018 est inédit, écœurant et déshonorant pour le Sénégal. Le 18 juillet 2018, ce n’est seulement pas un Député-Maire qui a été arbitrairement privé de liberté : c’est la vitrine de la démocratie sénégalaise qui s’est fracassée sur l’autel du complot politique et judiciaire, du mensonge, de la cupidité et de l’abject instinct de conservation du pouvoir (intérêts bassement politiques). C’est l’Institution de régulation par excellence, le dernier rempart contre l’arbitraire qui s’est affaissé, parce qu’un homme atteint du syndrome d’Hubris (maladie du pouvoir) a décidé de prendre en otage un pays, ses institutions et sa Démocratie pour réaliser son sombre dessein. : obtenir vaille que vaille un second mandat. Envers et contre tout.




Le 18 juillet 2018, le Sénégal a quitté le monde du Droit et dévié de sa trajectoire démocratique pour faire un saut vers l’Inconnu. Pour le pays, c’est l’ère des incertitudes et le risque de basculement vers une forme d’anarchie. Parce que Macky Sall est un risque pour l’Etat de Droit et la stabilité du Sénégal, le Temps du Sursaut Citoyen est arrivé.

Seybani SOUGOU – E-mail : sougouparis@yahoo.fr

 

Rihanna au Sénégal: le droit de dire « non » (Par Adama Sadio ADO)

La démocratie repose sur le débat en lieu et place du combat. La conflictualité (parfois très agressive) des idées fait le charme de ce système politique. Le bouillonnement des idées (liberté d’expression) est le principe d’une société démocratique. En vertu de ces principes fondamentaux des droits humains, la Constitution sénégalaise garantit en son article 8 les libertés individuelles fondamentales conformément à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (DUDH) de 1948. L’article 19 de la DUDH stipule « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ».

Ainsi, les attaques de « démocrates » sénégalais contre des organisations de la société civile s’opposant à la venue de Rihanna au Sénégal sont difficilement acceptables au nom des valeurs démocratiques qu’ils prétendent défendre. Si des idées étaient opposées à celles fondant l’argumentaire de ces activistes anti-Rihanna, on serait bien dans la sève de la démocratie. Malheureusement, le coefficient de subjectivité semble l’emporter sur celui d’objectivité dans nombreuses répliques apportées aux citoyens sénégalais pour qui Rihanna n’est pas la personne indiquée pour venir parler d’éducation aux filles sénégalaises pour deux raisons principales : son orientation maçonnique (un secret de polichinelle) et son penchant pour la nudité alors que l’école est un vecteur de transmission des valeurs de la République et de la société. Certains les qualifient de xénophobes, d’individus rétrogradés, d’autres, par contre, poussent le bouchon trop loin en les taxant d’islamistes-de djiahadistes. Pourtant, la manifestation contre une personnalité publique est une banalité dans une société démocratique. En janvier 2017, plus d’un million de Britanniques ont signé la pétition et des milliers d’entre eux ont manifesté en février de la même année contre une visite d’Etat du président américain Donald Trump en Angleterre. Les Femen perturbent régulièrement les manifestations surtout le traditionnel défilé du 1er mai du Front National de Marine Le Pen en France. Les mouvements antimondialistes se mobilisent régulièrement contre le G8, l’OMC, etc. Après la sortie le 25 novembre 2003 de son clip Tip Drill, des femmes noires et des étudiants américains ont manifesté contre le rappeur Nelly dénonçant ainsi  l’image « dégradante » de la femme noire dans cette vidéo.

A-t-on pour autant attribué le qualificatif de xénophobes aux Britanniques, de personnes rétrogradées aux Femen et antimondialistes ou d’islamistes aux femmes noires et étudiants américains? Ces manifestations de la démocratie que l’on a déjà intégrées dans notre subconscient collectif quand il s’agit de la RADDHO, de la section-Sénégal d’Amnesty International, etc., certains prétendants des valeurs démocratiques refusent la souffrance à accepter à d’autres acteurs de la société civile sénégalaise un principe sacro-saint de la démocratie : le DROIT de défendre dans des conditions prévues par la loi leur vision de société. A y voir de près ce débat prouve ô combien le système colonial français est ancré dans notre habitus. La laïcité, legs colonial résultant de l’histoire endogène de l’ancienne puissance coloniale, n’est point une garantie nécessaire à la vitalité de la démocratie. Aux Etats-Unis, il y est noté un mariage entre la Liberté et la Religion. Et pourtant la démocratie américaine s’en porte mieux que celle française au point de charmer le grand penseur français Alexis de Tocqueville. « Le régime politique américain est aussi sublime qu’inimitable » s’extasie Professeur Ismaïla Madior Fall sur la beauté de la démocratie américaine.

 

Adama SADIO ADO

adosadio@yahoo.fr

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