Blog de Cheikh Yerim Seck

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Lettre à la jeunesse africaine (Babacar Diop, leader de FDS)

La bonne nouvelle nous vient d’Alger. La mobilisation des jeunes et des femmes qui a contraint le président Bouteflika à renoncer à briguer un cinquième mandat, et par la suite à démissionner, constitue une grande victoire pour le peuple algérien et tous les démocrates du monde, même s’il faut rester vigilant pour éviter que les forces réactionnaires détournent la volonté populaire. Nous venons de vivre un évènement majeur et historique qui confirme la marche irréversible des peuples africains vers la liberté et la démocratie. Ce comportement de la jeunesse algérienne force le respect et l’admiration du monde entier. Elle  a fait honneur à la mémoire de Frantz Fanon, d’Ahmed Ben Bella et d’autres héros de la guerre d’indépendance. Les jeunes des autres pays doivent suivre ce bel exemple de résistance et de refus, en faisant barrage aux tyrans sur le continent africain. La lumière qui nous vient d’Alger devra  éclairer, guider et inspirer toute la jeunesse africaine.

Le nouveau mot d’ordre  est  donc clair. La jeunesse ne doit attendre son salut que d’elle-même. Elle doit marcher de manière résolue vers le changement et garder un esprit profondément révolutionnaire pour développer la rupture radicale qui transformera les conditions économiques, sociales, culturelles et environnementales de l’Afrique. La jeunesse ne peut plus se limiter à la contestation. Elle doit aussi avoir une nouvelle option historique : prendre le pouvoir et gérer. Notre jeunesse doit étendre sa force et son dynamisme dans tous les segments de la société africaine. Pour ce faire, elle doit prendre le pouvoir dans les ateliers, les usines, les entreprises, les syndicats, les partis politiques, bref dans la vie économique, sociale et politique. Pour nos jeunes, prendre le pouvoir voudrait dire que c’est eux qui doivent être le moteur des changements et des transformations attendus en Afrique depuis plusieurs décennies.

Pour accentuer ce nouveau processus révolutionnaire, elle doit sortir définitivement de l’indifférence, du scepticisme et de la fatalité afin de construire son avenir.  Elle doit agir et oser inventer des voies du renouveau. Comme dit Gramsci : « Un sceptique n’a pas le courage nécessaire pour l’action ». Alors que, c’est l’action seule qui libère les peuples opprimés. Il est donc temps que les jeunes trouvent leur propre motif d’indignation pour agir et refuser de rester de simples spectateurs.

Les jeunes ont les moyens et le pouvoir de transformer le continent. Nous devons leur donner le sens de la chose politique pour leur permettre d’être de grands acteurs de la révolution citoyenne et démocratique en marche. Franz Fanon écrivait dans Les damnés de la terre : « [P]olitiser c’est ouvrir l’esprit, c’est éveiller l’esprit, mettre au monde l’esprit. C’est comme le disait Césaire : « Inventer des âmes. » Politiser les masses ce n’est pas, ce ne peut pas être faire un discours politique. C’est s’acharner avec rage à faire  comprendre aux masses que tout dépend d’elles, que si nous stagnons c’est de leur faute et que si nous avançons, c’est aussi de leur faute, qu’il n’y pas de démiurge, qu’il n’y a pas d’homme illustre et responsable de tout, mais que le démiurge c’est le peuple et que les mains magiciennes ne sont en définitive que les mains du peuple ».

Nous voulons une jeunesse qui brise toutes les chaînes de servitude afin de revendiquer la pleine liberté, une jeunesse libre et complètement décomplexée qui exprime avec force ses aspirations de changement, une jeunesse solidaire, progressiste et panafricaniste résolument engagée dans la construction d’un futur africain commun, une jeunesse qui refuse la désertion, parce que convaincue que son avenir est à construire sur cette terre africaine, une jeunesse qui refuse la division entre une Afrique blanche et une Afrique noire, une Afrique francophone et une Afrique anglophone. Il n’y a qu’une seule Afrique, celle que tous les Africains habitent. Seul l’engagement citoyen de tous les jeunes et femmes nous permettra de bâtir une Afrique nouvelle à la hauteur de nos rêves et ambitions. Nous pouvons arriver, à travers les organisations de jeunesse, les mouvements sociaux et les opportunités que présentent les réseaux sociaux, à fonder un véritable pouvoir jeune qui ouvrira les portes de l’impossible. Nous pouvons construire un futur radieux et un environnement viable. La jeunesse doit comprendre les défis écologiques pour contribuer à la protection de l’écosystème.

Aujourd’hui, il est nécessaire de créer une solidarité interafricaine, une solidarité de fait, matérielle et idéologique pour renforcer les grandes dynamiques de changement sur le confinent. Nous pouvons envisager la création d’une nouvelle internationale africaine des forces du changement pour soutenir les luttes d’émancipation qui se déroulent en Afrique. Pour les pays francophones, le franc CFA reste et demeure encore une honte. Il constitue les derniers vestiges du pacte colonial. Il n’appartient pas à un ministre de l’économie et des finances de la France de nous présenter les bienfaits de cette monnaie en désignant le Sénégal et la Cote d’Ivoire comme des modèles de la réussite. L’impérialisme ne recule jamais, il se présente toujours sous de nouvelles formes, plus douces, mais plus nocives. Ses intermédiaires sont encore plus présents dans les appareils étatiques.

Aujourd’hui, il faut bien une alternative démocratique en Afrique. Nous avons besoin d’un nouveau projet politique porté par des jeunes et des femmes engagés pour une société nouvelle. Nous devons mener des transformations audacieuses des structures économiques, sociales, culturelles et politiques. Bref, il faut une révolution des consciences. Cela commence par la mobilisation des intellectuels, des femmes et des jeunes qui doivent être les piliers de cette nouvelle révolution. Il est plus que temps de mettre fin aux politiques meurtrières d’un capitalisme international sauvage qui ne travaille que pour une accumulation des richesses entre les mains des multinationales qui pillent les ressources des pays africains avec la complicité d’une classe dirigeante corrompue et à la solde des intérêts impérialistes.  Le fleuve de la justice qui prend sa source dans le cœur de la jeunesse africaine étendra ses eaux pures et douces jusque dans les profondeurs de  la société afin de balayer toutes les iniquités et inégalités.

Nous soutenons  que la jeunesse est toute l’Afrique de demain. C’est à travers elle que vit, respire et pense l’Afrique. C’est à travers elle que l’on lit et scrute l’avenir. Jean Jaurès soutenait que : « Les nations qui ont de grandes réserves vitales ne meurent pas en un jour ni en un siècle ». Les forteresses  tomberont et les peuples reprendront les luttes en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Ce sera le réveil des peuples humiliés du monde. Les évènements se bousculent et nous sommes persuadés que le monde actuel va basculer vers un nouvel ordre plus juste, parce que plus égalitaire.

La jeunesse africaine est en mouvement et l’espoir renaît dans ce continent. Elle  marche vers la conquête des changements radicaux et des transformations profondes des structures sociales, économiques, politiques de l’Afrique. Elle se mobilise en occupant les places publiques dans les grandes villes africaines pour faire entendre la voix de la démocratie ! Elle est devenue la voix audible du peuple garrotté depuis plusieurs décennies par des oligarchies arrogantes et insolentes. Fanon nous invitait à l’espoir  en ces termes: « Heureusement, dans chaque coin, des bras nous font signe, des voix nous répondent, des mains nous empoignent ». La Place de l’Obélisque à Dakar, la Place Tahrir au Caire, la Place Bardo à Tunis, la Place de la Nation à Ouagadougou, la Place de la Victoire à Kinshasa, les rues d’Alger occupées par les jeunes algériens sont devenues les symboles légendaires de cette  nouvelle révolution démocratique. Rendre possible l’impossible ! Voilà l’éternelle tâche de la jeunesse.

Jeunes africains, plus qu’une indignation, vous devez-vous engager résolument pour la révolution  citoyenne et démocratique afin de construire l’Afrique nouvelle. Les attentes sont immenses et vous appellent à porter une nouvelle utopie africaine. Prenez ces propos de Gramsci comme un viatique : « Formez-vous parce que nous aurons besoin de toute votre intelligence, mettez-vous en mouvement parce que nous aurons besoin de tout votre enthousiasme, organisez-vous parce que nous aurons besoin de toute votre force ». Suivez l’enseignement de Cheikh Anta Diop qui vous parle depuis des décennies : « Formez-vous, armez-vous de sciences jusqu’aux dents […] et arrachez votre patrimoine culturel ». Il n’y pas de révolution sans culture révolutionnaire ! L’Afrique impatiente tend ses bras à ses fils. Vous êtes la matière première des changements qu’inspire votre enthousiasme. Jeunes africains, la roue de l’histoire tourne en Algérie. Votre destin est lié à celui des jeunes algériens. Maintenant, il  vous faut une nouvelle grande solidarité africaine. Écoutez encore la parole de Franz Fanon qui disait : « Il faut que vous sachiez que l’avenir de votre existence nationale, la cause de votre liberté et de votre indépendance se trouve en jeu actuellement en Algérie ». Jeunes africains de la diaspora, votre contribution dans cette lutte sera précieuse, vous devez soutenir intellectuellement, matériellement et financièrement toutes les dynamiques de changement sur le continent. Réveillez-vous pour allumer une révolution continentale. Vous êtes les bâtisseurs de l’Afrique nouvelle. Pour conclure, souvenez-vous des propos très actuels de Mamadou Dia, prononcés une semaine avant le très célèbre faux coup d’État de décembre 1962 : « Oui, […] dans sa propre voie, et de son propre pas, l’Afrique est partie et ne s’arrêtera plus ».

Dr Babacar DIOP, Leader de FDS

Dakar, le 04 avril 2019

Contact : babacar.diop1@gmail.com

 

 

 

 

 

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