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Mame Makhtar Guèye: Portrait d’un militant des « valeurs

Mame Makhtar Guèye, comme l’Ong Jamra au sein duquel il milite depuis plus 30 ans pour la préservation des « valeurs », ne fait pas l’unanimité. Il le sait et s’en accommode. Portrait d’un censeur qui a pourtant croqué la vie à pleines dents.

Si Youssou Ndour avait sorti « Wommat » 25 ans plus tard, Mame Makhtar Guèye aurait pu à juste titre incarner le rôle de « Gorgui », personnage principal du tube de l’album mis sur le marché en 1994. Et pour cause. Lorsqu’il a tiré sans sommation sur la série « Maîtresse d’un homme marié », on lui a reproché d’avoir eu la gâchette facile. Et lorsqu’il a baissé son arme pour enfiler son habit de médiateur entre Wally Seck et Imam Ahmadou Makhtar Kanté, la censure populaire l’a taxé de « laxiste ». Il a été lapidé.

« Lorsque nous avions croisé le fer avec les responsables de la série ‘Maitresse d’un homme marié’, dans toutes les plateformes des réseaux sociaux, le refrain était le même : ‘ces gens de Jamra sont méchants. Pourquoi l’Ong n’a pas engagé le dialogue avant de porter plainte ?’ On nous traitait de tous les noms, rembobine-t-il. Ayant tiré des leçons de cela, quand l’affaire Wally a éclaté, nous avons privilégié le dialogue. Et ces mêmes personnes, reviennent pour dire qu’il ne fallait pas dialoguer avec Wally car c’est un multirécidiviste. »

C’était le 15 juillet 2019. Un après-midi d’hivernage. Chaud et ensoleillé. Assis au côté du chanteur Thione Seck, au milieu d’une poignée de « Gouney Wally yé » (fans de Wally Seck), et devant une nuée de micros et les caméras, Mame MakhtarGuèye joue à la colombe. À cet instant précis, il était en train de mettre en péril sa réputation de vigie des valeurs islamiques. À la fin de la conférence de presse à la laquelle il n’était pas convié, celui qui se dit « mandaté » reçoit une pluie de quolibets sur la tête : « Il a vendu son âme au diable ! », « Il a été soudoyé par Wally Seck ! »…

« Deux poids deux mesures »

Le président exécutif de Jamra, Imam Massamba Diop, qui aurait pu déployer le parapluie de protection, se démarque de la position de son chargé de com. « Je n’ai pas mandaté Mame Makhtar Guèye à cette rencontre », précise-t-il à L’Observateur. La veille déjà, Imam Massamba Diop menaçait de publier la liste des homosexuels sénégalais si Wally Seck ne retirait pas sa plainte contre imam Kanté. Un durcissement de ton qui ne souffrait donc une médiation précoce, sans condition ni préalable.

Jamra a beau tenté, par la suite, de recoller les morceaux, à renfort de communiqués de presse, le malaise s’était installé entre ses deux responsables. La cohésion au sein de l’Ong islamique en a pris un coup.

Pour beaucoup de Sénégalais, face aux supposées tendances pro-LGBT de Wally Seck et la « perversité » promue par la série à succès, Mame MakhtarGuèye a fait du « deux poids deux mesures ». Radical ici, indulgent là. « L’héritier » d’Abdou Latif Guèye proteste. Pour se justifier, il balaie tout uniformisme, préférant un traitement des affaires au cas par cas. Soit. Mais ses détracteurs lui rétorquent que l’acte du jeune « Faramarene », qui s’est affiché dans un concert avec un tee-shirt LGBT, est nettement plus grave que les séquences typées « érotiques » de « Maîtresse d’un homme marié ».

Loin du tumulte de ces événements, Mame Makhtar Guèye recouvre ses esprits dans le calme de son domicile sis à la cité Djily Mbaye, près de l’océan. Il reçoit Seneweb dans un costume africain vert-menthe qui moule sa silhouette longiligne. Occasion de rappeler que Jamra, fondée en février 1983, n’est pas à ses premiers combats. « Le fait que les gens fassent un focus sur ‘Maitresse d’un homme marié’ me parait inapproprié. C’est comme si Jamra croisait le fer pour la première fois avec des responsables (coupables ?) de dérives audiovisuelles », se plaint-il.

Canal+, Walf, Sen tv…

Les états de service de l’Ong ? En août 2000 déjà, elle avait tenu la dragée haute à la chaine française Canal+ qui diffusait en clair (18h-20h) la fameuse série Confession érotique dont le titre repoussait les bornes fixées par Jamra. A l’époque, Mame Makhtar et Cie avaient, au terme d’une marche nationale de protestation, le 19 août 2000, déposé deux mémorandums. L’un sur la table de Me Babacar Kébé, défunt président du Haut conseil de l’audiovisuel (Hca), ancêtre du Cnra, et un autre sur la table du ministre de la Culture de l’époque, Mamadou Diop Decroix. La chaine française finira par capituler en arrêtant la diffusion de la série, à la suite d’une sanction financière.

D’autres chaines, cette fois-ci sénégalaises, subiront les affres de Jamra pour les mêmes raisons. Ou presque. Il s’agit de la Sen Tv avec son émission de téléréalité Kawtef et Walf Tv en 2010 qui avait défié l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp), à l’époque dirigée par Nancy Ndiaye, en diffusant Business du sexe, un reportage chez la vieille « rallongeuse » de sexe à Diassap (Thiès). Ces chaînes privées ont toutes finalement abdiqué, face à la ténacité de Jamra. « C’est donc la preuve que Jamra a été très ‘indulgent’ avec ‘Maitresse d’un homme marié’ de même qu’avec Wally », ronronne Mame Makhtar Guèye.

Faux jumeau

La vie de Mame Makhtar Guèye, 66 ans, ne se résume pas à l’activisme. L’homonyme du père de Me Mame AdamaGuèye, rejoue le film d’une vie pleinement vécue, avec une enfance dorée dans le Dakar-Plateau des années 1950-1960. Une adolescence branchée et une maturité très tôt affirmée. Né « le même jour, le même mois et la même année, dans la même concession familiale » que son cousin Mame Adama, mardi 19 mai 1953, Mame Makhtar partage quasiment la même trajectoire que son faux-jumeau.

Trois années après leur naissance, un troisième cousin très « turbulent » vient rejoindre la famille. Il s’agit du défunt Abdou Latif Guèye, né en 1956. « Il y a beaucoup de gens qui croient que Latif et moi sommes de même père et même mère, confesse-t-il. Le père de Latif, El Hadji Abbas Guèye, le père de Me Mame Adama Guèye, El Hadji Makhtar Guèye et mon père, El Hadji Malick Guèye son de même père et de même mère. On a tous grandi dans la maison familiale à l’ex-rue Thiers, angle Maginot (actuelle rue Amadou Assane Ndoye, angle Lamine Guèye). On vivait tous dans la même concession familiale. »

Mame Makhtar et ses cousins on grandi dans une grande ferveur religieuse et confrérique (tidiane), car leur concession abrite l’actuelle Zawiyah El Hadji MalickSy de Dakar. « Mon grand-père, El Hadji Mbaye Guèye, Moukhadam d’El Hadji Malick Sy a cédé 50% de son titre foncier à son marabout pour qu’il y érige l’actuelle Zawiya de Dakar. Ainsi, notre maison familiale jouxte la Zawiya. »

A l’époque, la maison faisait office de Daara. Beaucoup de gens nés au plateau ont fait leur apprentissage du coran chez les Guèye. En raison des effectifs pléthoriques, le maitre coranique, Serigne Mamadou Dièye a été obligé de créer une annexe chez Serigne Babacar Sy, sur la même rue. Pas question de rater la moindre prière.

« Boy town »

Mais cette ferveur religieuse ne les empêchait pas de mener une vie de « Boy-Town ». Des week-ends d’apprentis mareyeurs à Terrou Baye Sogui, aux virées nocturnes dans les Pëncc Lébous de Ndakarou pour suivre les traditionnelles cérémonies de circoncision (Kassac, en wolof), en passant par les soirées ciné (El Mansour, Al Akbar), les premières cigarettes et les soirées dansantes…, les « frères » Guèye ont croqué leur jeunesse à pleines dents. C’était l’époque des hippies. Le style James Brown ou Wilson Picket, coiffure afro-chemises à fleurs-pantalon pattes d’eph, faisait fureur.

Mame Adama, très grand gardien de but, était la star de l’équipe du quartier. Mame Makhtar, quant à lui, pieds carrés, n’avait même pas une place au bout du  banc des remplaçants. Mais en dehors du terrain, le jeu s’équilibre. « Avec Mame Adama, on a eu la même trajectoire en tant que bambins. On a fréquenté l’école de la rue ex-Kléber, se souvient-t-il. Après l’entrée en sixième, Adama est allé au lycée van Vollhenoven (actuelle lycée Lamine Guèye de Dakar) et moi au lycée Technique Maurice Delafosse. »

Quant à Latif, rebelle de naissance, il s’est taillé une réputation de meneur de grève qui a failli impacter ses études. « Latif était tellement turbulent qu’au primaire, on l’a envoyé à l’école Paille d’arachide à Soumbédioune, raconte son cousin un brin moqueur. D’ailleurs, après son cycle primaire il a été exclu du Lycée Lamine Guèye pour sa turbulence. Il était toujours parmi les meneurs de grève. Il a été finalement inscrit dans une école privée. »

Abbas Guèye

L’ancien vice-président de l’Assemblée nationale était tout simplement « invivable à l’époque ». Mame Makhtar ne supportait pas « les excès » de son jeune cousin. Malgré leur complicité, il n’hésitait pas à lui infliger une correction bien méritée après des tentatives vaines de le rappeler à l’ordre.

Après son cycle primaire, Mame Makhtar Guèye a grandi à Fann-Hock chez son oncle Abbas Guèye, le père de Latif, qui l’a pris sous son aile pour lui épargner les trajets en « Car rapide » de Maurice De Lafosse au centre-ville. C’est sous l’influence de cette figure de proue de la lutte syndicale d’avant-indépendance, député socialiste, colistier de Senghor (Bds) lors des élections législatives de juin 1951, que Mame Makhtar choppa le virus du militantisme qui se transformera plus tard en activisme religieux. Son poste de secrétaire général du syndicat des industries chimiques, corps gras et entreprises connexes affilié à l’Union des travailleurs libres du Sénégal (Utls) du défunt député Mamadou Fall Puritain, il le doit à son oncle qui lui avait présenté ce dernier.

Titulaire d’une bourse d’étude (1981) de l’Acct, ancêtre de l’Oif, Mame Makhtar Guèye, à l’instar de son cousin Mame Adama, partit en France pour des études de droit, dépose sa valise en Belgique pour des études supérieures dans le domaine des Ntic en balbutiements à l’époque. Entre les rigueurs de l’hiver et une petite bourse de 150 mille par mois, il boucle difficilement ses six interminables années d’études en Europe. « Je n’avais pas la possibilité de venir en vacances, se rappelle-t-il. A l’époque, les billets d’avion coutaient cher et ma bourse n’était pas consistante. »

Modernisateur du Cices

Diplômes en informatique de gestion, en organisation des entreprises et en droit commercial en poche, Mame Makhtar fait une « escale » de deux ans à l’Institut africain d’informatique (Iai) de Libreville avant de revenir au bercail.

« J’ai déposé plusieurs demandes d’emplois. J’ai eu la réponse d’Air Afrique, Grand moulin de Dakar et le Cices » confie l’informaticien. Mais, en homme de challenge, il choisit le Cices (en janvier 1989) où il fallait « informatiser tous les départements à partir du néant ». Après six mois d’étude de faisabilité et un petit budget de 10 millions pour équiper et informatiser tout le Cices, il finit par relever le défi. Il sera ainsi promu chef du service informatique du Cices. Poste qu’il occupera pendant 19 ans avant d’être nommé par Abdoulaye Wade président du conseil d’administration du Cices de 2008 à 2013.

Mame Makhtar Guèye est monogame (marié en 1990) et père de trois enfants (deux filles un garçon). Il faut dire que la vie n’a pas toujours été tendre avec ce membre de la lignée des Grands Serigne de Dakar, du côté de sa mère. Il a perdu deux de ses enfants, décédés très jeunes.

« Le garçon, Mbaye Diop Saly Guèye, homonyme du père du ministre Ndèye Sally Diop Dieng, est décédé d’un cancer des os, le 19 mars 2011 à l’âge de 19 ans. L’autre fille, Mame Binta Guèye est décédé à l’âge de 4 ans en 1994 de maladie infantile », confie Mame Makhtar Guèye d’une voix posée. La « rescapée » comme il la surnomme s’appelle Fatou Bintou Guèye, elle a 17 ans et vient de décrocher son Bfem.

Sénégal: Une marche contre la série «Maîtresse d’un homme marié»

YERIMPOST.COM Mame Makhtar Guèye de Jamra a annoncé, hier, sur la 7TV, que son organisation va organiser une marche contre la série «Maîtresse d’un homme marié» dans les jours à venir, pour dénoncer, dit-il, cette «œuvre qui pervertit les jeunes et promeut la fornication et l’adultère».

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