Blog de Cheikh Yerim Seck

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Direction Du Protocole Des Affaires Étrangères: COD Secret! (Pathé Mbodje)

Sauf peut-être avec l’ambassadeur de Cuba, en décembre 2017, personne n’a souvenance d’une intervention publique de Chérif Oumar Diagne au Sénégal. Encore moins de l’avoir vu organiser personnellement une cérémonie d’adieu à un ambassadeur.

 

Depuis son arrivée à   la  tête à la direction du Protocole du ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur, l’ambassadeur Chérif Oumar Diagne, Conseiller des Affaires étrangères principal de classe exceptionnelle, s’est voulu d’une discrétion sans égale : jamais un mot, jamais un geste de trop.

 

Si quand même, sur le même chapitre du départ, avec celui dont il est coreligionnaire et camarade de promotion : le 13 mars 2018, l’ambassadeur Chérif Oumar Diagne, ami et condisciple de l’auteur, est revenu sur le mérite du ministre Mankeur Ndiaye d’avoir écrit sur leur bien commun, La Place, autrement dit le ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur. Ils y étaient ensemble depuis trois ans, le ministre ayant quitté avec le gouvernement Dionne II de septembre 2017 et ayant pris du recul pour rassembler ses souvenirs.

Chérif Oumar Diagne a en effet le culte de l’amitié, qu’il cultive dans le bonheur comme dans le malheur ; et quand on se penche sur son long cursus, on devine aisément le nombre de ses compagnons de route : de l’enseignement secondaire  au lycée Blaise Diagne aux études supérieures au Canada avant l’École nationale d’Administration et de la Magistrature(Énam), la route est longue, parsemée d’embûches ; il en garde le meilleur, dans la joie comme dans la peine. Il assume ainsi l’histoire ancienne et récente, comme lors des obsèques du Premier minitre Habib Thiam de Dagana où il marquera sa présence par une discrétion qui lui va bien.

Pétri de culture, tombé par hasard dans la documentation et l’archivage, il est passé maître dans l’art de la  codification, c’est-à-dire de tout savoir, de tout enregistrer, de donner une identité à tout, de classer selon la valeur et, en bon administrateur, d’en dévoiler le minimum possible.

 

Tombé sous le charme du Protocole comme on entre en religion, il a malgré tout tenu à affûter ses armes sur le terrain de la diplomatie dans cette Afrique de la royauté Ashanti avec juridiction au Bénin d’un légendaire Christophe et Nicéphore Soglo.

Chérif Oumar Diagne a la haute main sur le protocole d’État et les manifestations internationales auxquelles participe le Sénégal ; son titre officiel est sans équivoque à ce propos : Ambassadeur, Directeur du Protocole, des Conférences et de la Traduction au ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur.

Le culte du secret est la loi du milieu : c’est de ce même cercle qu’est parti Ousmane Tanor Dieng au milieu des années 80, jeune conseiller diplomatique, auprès du président Abdou Diouf ; on le connaît aussi digne détenteur de secrets qu’il n’a jamais trahis, même au plus fort de l’adversité avec Me Abdoulaye Wade. Bien au contraire.

La diplomatie, tout un art…du secret !

Pathé Mbodje

Promesses Électorales et Réalités du Pouvoir (Pathé Mbodje)

Le « No Money, No Job » du Premier mai est d’autant plus surprenant qu’il n’est pas sans rappeler les promesses électorales du candidat Macky Sall de créer un million d’emplois s’il était réélu. Mais cela, c’était en février. Le Sénégal devra pourtant doubler ses effectifs en rationalisant, c’est-à-dire en misant sur le tout numérique, afin de disposer d’une réelle administration de développement.

a douche écossaise du président Macky Sall en ce Premier mai fête le travail… au repos : pas de nouvelles créations d’emplois, du moins pour l’État dont ce n’est le rôle et, devant les pressions du Fonds monétaire internationalpas de hausse de salaire prévue non plus, toujours dans la Fonction publique.

Parce qu’il y a manque et l’institution internationale veille ; déjà, en octobre 2018, le Fmi avait averti sur un probable trou béant dans les finances publiques avec « la baisse de recettes notées en septembre et un manque à gagner de l’ordre de 115 milliards de francs Cfa d’ici la fin de l’année » (Michel Lazare, chef de mission pour le Sénégal). Le président Macky Sall  a reconnu le Premier mai dernier le manque à gagner en plus de « dérèglements » dans le système de « rémunération » en fonction du niveau d’études.

 

Le ministère de la Fonction publique a alors cherché à « mettre en œuvre une politique appropriée de rémunération dans l’administration publique, s’appuyant sur une organisation optimale et une gestion rationnelle et valorisante des ressources humaines », avec à l’esprit  la lutte contre « une relative démotivation des agents, ce qui a affecté la qualité des prestations de service public » (1). Il faudra juste éviter le piège des années 80.

 

Vers la fin des années 80 en effet, le Sénégal s’était essayé à une restructuration de son système bancaire et de son effectif avec un dégraissage de l’Administration forte à l’époque de 65.000 fonctionnairesLes départs négociés et mal réussis ont bouleversé la vie sociale, culturelle et économique : l’Éducation (échecs, abandons), la Santé (mentale surtout), la cellule de base de la société ont connu des bouleversements d’autant plus appréciables que les institutions de Bretton Woods (Banque mondiale et Fmi) avaient imposé des programmes d’ajustement qui ont déstructuré les sociétés africaines pour longtemps et dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui : la dislocation de la famille, la distanciation des relations sociales et le souci de se réaliser ailleurs face à la délicatesse de la situation socio-économique,

La question que se posent certains hauts fonctionnaires est celle-ci, en réaction au discours va-t-en guerre du Premier mai dernier : le Sénégal peut-il soutenir qu’il a trop de fonctionnaires (130.000) pour une population de 15 millions d’habitants ? Répondre par la rémunération fausse toute étude sérieuse qui privilégierait  ainsi la toute puissance de l’État (napoléonien) avant la satisfaction de besoins primaires des administrés.

 

Passée la période de la campagne et de la présidentielle de février 2019, le chef de l’État reconnait sur le tard que la gabegie des années libérales s’est maintenue durant le septennat : le Sénégal compte plus du double de personnel administratif que sous Abdou Diouf (130.000 fonctionnaires pour 15 millions d’habitants), paie aujourd’hui mille milliards de salaire annuel, en dehors du coût de l’État (2.000 véhicules achetés durant cette période de libéralisme outrancier pour 500 milliards de Cfa, 40 milliards pour le carburant et les lubrifiants, en dehors de l’aspect papivore de l’administration).

Mais si, au fond, le problème de l’administration résidait plus dans le contact avec le citoyen et les frictions qui en résultent dans le service public ?

En partant du ratio et de l’impact du travail des fonctionnaires et/ou agents de l’État, certains analystes invitent à étudier ces relations  depuis Fongolembi avec, par exemple, l’agent des services agricoles dont le paysan sénégalais ne peut se passer, jusqu’à l’hôpital où « on a l’impression que tout le monde est malade parce qu’il n’y a pas assez de médecins » ou, dans un autre exemple, dans le secteur de la Justice « où l’on peut croire qu’il n’y a dans ce pays que des problèmes devant les tribunaux ». Parce que le Sénégal manque de personnel, contrairement à ce que l’on veut faire croire ; il suffit d’ailleurs de réentendre l’Union des Magistrats le 3 mai dernier sur les causes des longues détentions préventives contre lesquelles elle veut se battre.

 

Le Sénégal devrait donc doubler son effectif administratif pour un meilleur service à la communauté…et dégager les moyens pour ces nouvelles rubriques, tel que le veut le bon droit administratif. La question ne serait plus alors ce que ces fonctionnaires coûtent au contribuable pour un service moyen, mais « combien les fonctionnaires rapportent-ils à l’État au quotidien ? »

 

Le tout numérique au Cap-Vert, en Ile Maurice et au Rwanda, par exemple, a donné une administration des plus performantes et des plus économiques ; l’Ile Maurice est ainsi unanimement reconnue comme « le pays le plus avancé dans l’administration économique de l’Afrique » ; elle est ainsi le premier pays africain à avoir une longueur d’avance sur les autres en matière d’administration électronique. Selon l’E-Government Development Index (Egdi), cette île située à l’ouest de Madagascar a surclassé l’Afrique toute entière. Le rapport commandité par la Banque Mondiale salue ainsi l’informatisation de l’administration depuis les années 90. (https://www.techenafrique.com/2017/10/afrique-lile-maurice-le-plus-avance-dans-ladministration-electronique).

D’autre part, « En misant sur le numérique, le Cap-Vert a réussi de grands bonds en avant. L’objectif étant de palier le manque d’infrastructures, d’assurer la continuité géographique dans le pays pour relier les différentes îles et impliquer sa forte diaspora composée de 1,7 million de personnes. Une vraie volonté politique qui se reflète sur les performances de l’administration et de ses systèmes lesquels sont organisés en fonction des besoins du citoyen depuis sa naissance jusqu’au décès. De ce fait, tous les citoyens bénéficient du même niveau de service et d’accès égal à l’information ».

Le Cap-Vert mène aujourd’hui le peloton de tête en Afrique de l’Ouest à l’E-Government Development Index (Egdi) qui mesure la quantité et le périmètre des e-services publics, et il est 4ème au classement à l’échelle du continent africain. Cette année, le Cap-Vert n’a pas manqué le rendez-vous 2019 du « Mobile World Congress », le plus grand salon du mobile au monde, tenu à Barcelone du 25 au 29 février 2019. » (Source : CIO Mag, 6 mars 2019).

Privatiser, comme au Rwanda ?

Enfin, avec la société RwandaOnline, le gouvernement dirigé par Paul Kagamé s’est lancé depuis 2014 dans la digitalisation de la totalité des services publics de l’Etat en créant Irembo, un service de e-gouvernement pouvant réduire l’écart entre les 11,8 millions de citoyens rwandais et l’administration, en quelques clics. « Au Rwanda, nous bâtissons notre économie grâce aux technologies ». Une mutation qui inspire déjà plusieurs pays d’Afrique parmi lesquels le Ghana, l’Ouganda ou encore le Bénin qui suivraient de près les résultats de l’expérience Irembo.

Dématérialiser les relations entre l’administration et les citoyens est donc une étape essentielle vers la bonne gouvernance, faute d’une gouvernance vertueuse ; il conduit ainsi à réduire les risques de circulation des moyens financiers et à tendre vers l’unicité des caisses.

Pathé MBODJE, M. Sc,
Journaliste, sociologue
Parcelles assainies, Unité 10, Villa N° 276, Dakar, Sénégal, tél (+ 221) 775952161

 

Macky Sall se cherche un homo senegalensis nouveau (Pathé Mbodje)

Macky Sall aura besoin de plus de dix mandats de cinq ans pour voir se réaliser ses vœux du 3 avril dernier : la naissance du Sénégalais nouveau, respectueux de l’autorité et du bien commun.

 

Devant les menaces de déstructuration de la société sénégalaise, Macky Sall a visité les pères fondateurs de la sociologie pour essayer de retrouver la paix perdue, sa paix intérieure qui devrait passer par la naissance d’un nouvel Homo Senegalensis, respectueux de l’ordre et du bien-être collectif.

 

 

Le thème choisi fort opportunément est ainsi une réponse à l’effritement observé depuis les années 80 et qui s’est exacerbé avec la dernière présidentielle du 24 février : à l’effondrement de quelques bastions s’est ajoutée une dévalorisation morale de l’homme, dans sa valeur générique, par la diffusion de fausses informations, pour accélérer volontairement la césure entre les populations. Dans un excès de désespoir, le président de la République a malencontreusement forcé la sauce militaire : « Forces de défenses et de sécurité  dans l’éducation à la citoyenneté et l’unité nationale » renvoie à une solution d’autant plus d’autorité que l’expérience se vérifie déjà dans la formation universitaire. L’éducation n’étant pas la socialisation, Macky Sall essaie de se rattraper par le noyau de base, la famille, oubliant l’enseignement de Michel Crozier : On ne change pas la société par décret.

 

Des majors comme Karl Marx (esclavage et colonialisme) à Rousseau (le contrat social) en passant par le solidariste Emile Durkheim pour l’entente favorable au développement (De la division du travail social), le président de la République a essayé, dans son discours à la Nation de 3 avril dernier, detrouver l’idéal-type wébérien : le rappel d’une citoyenneté faite de devoirs et de droits est consubstantiel à tous ses discours tenus à date, du 3 avril 2012, au dernier de ce mercredi ; il rejoint le civisme d’Abdou Diouf, dans des moments de troubles sérieux de fragile équilibre social. Dans un premier temps, c’est le clou de la négligence qui a été fatal au royaume de Ndoumbélane quand le forgeron, par négligence, cupidité ou paresse, a mal ferré la monture du roi qui perd ainsi son pays.

Sans se soucier de la cause, Macky Sall déplore les effets d’une mauvaise citoyenneté qui se veut sans responsabilités ou ingratitude envers l’autorité et l’absence du souci de la collectivité.

Macky Sall invite à un retour aux sources à un moment où  l’autorité (parentale, politique) perd tout son poids quand elle n’a plus le pouvoir qui faisait sa force : l’argent ; la paupérisation continue de populations de plus en plus démunies a eu des effets jusque dans l’environnement physique, moral, mental avec un relâchement préjudiciable. D’habitude, la justesse d’une décision vise à assurer la sécurité du citoyen qui en reconnaît la nécessité et l’opportunité. L’évolution a démontré le délitement des sociétés sénégalaises depuis les années 80 et l’accélération de la pauvreté devenue arme de propagande électorale (Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté, yoonu yokute, par exemple). Aujourd’hui que l’individuel prime sur le collectif, le regard sur le passé avec l’histoire du Sénégal traduit également une recherche désespérée de repères quand l’individu social refuse toute autorité.

 

Le président de la République n’en est pas la cause. Un certain empirisme renseigne sur les cycles d’entropie économique favorables aux troubles sociaux :1929 qui donnera Hitler des années 1939-45, les guerres de libération de peuples sous domination demandant plus de dignité culturelle, la crise pétrolière des années 70 et les difficultés de cohabitation actuelles ayant conduit à un extrémisme préjudiciable à la détente internationale ; ce cercle vicieux détériore les conditions économiques et les droits individuels et collectifs, comme depuis les attentats contre les Tours jumelles.

 

Au Sénégal, les dures années Diouf ont fait la richesse de Wade et, conséquemment, le pays « Macky » du début des années 2010 : sous le conseil des institutions internationales, les pays du Tiers-Monde se sont lancés dans des plans d’ajustement qui ont accentué la déstructuration des populations africaines face à des élites montantes de plus en plus riches.

 

Macky Sall se propose ainsi d’inverser la tendance dans son discours du 3 avril d’autant mieux apprécié qu’il est sorti des sentiers politiques. Il lui faudrait plus de deux générations pour assister à la réalisation de son rêve : la naissance d’un homo senegalensis nouveau, respectueux de l’autorité et ayant le souci de son prochain et de la collectivité. Cinq ans d’y suffiraient pas.

 

Pathé MBODJE, M. Sc,
Journaliste, sociologue
Parcelles assainies, Unité 10, Villa N° 276, Dakar, Sénégal, tél (+ 221) 775952161

4 Avril- Autopsie d’un discours: Macky Sall se cherche un homo senegalensis nouveau

Macky Sall aura besoin de plus de dix mandats de cinq ans pour voir se réaliser ses vœux du 3 avril dernier : la naissance du Sénégalais nouveau, respectueux de l’autorité et du bien commun.

Devant les menaces de déstructuration de la société sénégalaise, Macky Sall a visité les pères fondateurs de la sociologie pour essayer de retrouver la paix perdue, sa paix intérieure qui devrait passer par la naissance d’un nouvel Homo Senegalensis, respectueux de l’ordre et du bien-être collectif.

Le thème choisi fort opportunément est ainsi une réponse à l’effritement observé depuis les années 80 et qui s’est exacerbé avec la dernière présidentielle du 24 février : à l’effondrement de quelques bastions s’est ajoutée une dévalorisation morale de l’homme, dans sa valeur générique, par la diffusion de fausses informations, pour accélérer volontairement la césure entre les populations. Dans un excès de désespoir, le président de la République a malencontreusement forcé la sauce militaire : « Forces de défenses et de sécurité  dans l’éducation à la citoyenneté et l’unité nationale » renvoie à une solution d’autant plus d’autorité que l’expérience se vérifie déjà dans la formation universitaire. L’éducation n’étant pas la socialisation, Macky Sall essaie de se rattraper par le noyau de base, la famille, oubliant l’enseignement de Michel Crozier : On ne change pas la société par décret.

Des majors comme Karl Marx (esclavage et colonialisme) à Rousseau (le contrat social) en passant par le solidariste Emile Durkheim pour l’entente favorable au développement (De la division du travail social), le président de la République a essayé, dans son discours à la Nation de 3 avril dernier, detrouver l’idéal-type wébérien : le rappel d’une citoyenneté faite de devoirs et de droits est consubstantiel à tous ses discours tenus à date, du 3 avril 2012, au dernier de ce mercredi ; il rejoint le civisme d’Abdou Diouf, dans des moments de troubles sérieux de fragile équilibre social. Dans un premier temps, c’est le clou de la négligence qui a été fatal au royaume de Ndoumbélane quand le forgeron, par négligence, cupidité ou paresse, a mal ferré la monture du roi qui perd ainsi son pays.

Sans se soucier de la cause, Macky Sall déplore les effets d’une mauvaise citoyenneté qui se veut sans responsabilités ou ingratitude envers l’autorité et l’absence du souci de la collectivité.

Macky Sall invite à un retour aux sources à un moment où  l’autorité (parentale, politique) perd tout son poids quand elle n’a plus le pouvoir qui faisait sa force : l’argent ; la paupérisation continue de populations de plus en plus démunies a eu des effets jusque dans l’environnement physique, moral, mental avec un relâchement préjudiciable. D’habitude, la justesse d’une décision vise à assurer la sécurité du citoyen qui en reconnaît la nécessité et l’opportunité. L’évolution a démontré le délitement des sociétés sénégalaises depuis les années 80 et l’accélération de la pauvreté devenue arme de propagande électorale (Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté, yoonu yokute, par exemple). Aujourd’hui que l’individuel prime sur le collectif, le regard sur le passé avec l’histoire du Sénégal traduit également une recherche désespérée de repères quand l’individu social refuse toute autorité.

 

Le président de la République n’en est pas la cause. Un certain empirisme renseigne sur les cycles d’entropie économique favorables aux troubles sociaux :1929 qui donnera Hitler des années 1939-45, les guerres de libération de peuples sous domination demandant plus de dignité culturelle, la crise pétrolière des années 70 et les difficultés de cohabitation actuelles ayant conduit à un extrémisme préjudiciable à la détente internationale ; ce cercle vicieux détériore les conditions économiques et les droits individuels et collectifs, comme depuis les attentats contre les Tours jumelles.

 

Au Sénégal, les dures années Diouf ont fait la richesse de Wade et, conséquemment, le pays « Macky » du début des années 2010 : sous le conseil des institutions internationales, les pays du Tiers-Monde se sont lancés dans des plans d’ajustement qui ont accentué la déstructuration des populations africaines face à des élites montantes de plus en plus riches.

 

Macky Sall se propose ainsi d’inverser la tendance dans son discours du 3 avril d’autant mieux apprécié qu’il est sorti des sentiers politiques. Il lui faudrait plus de deux générations pour assister à la réalisation de son rêve : la naissance d’un homo senegalensis nouveau, respectueux de l’autorité et ayant le souci de son prochain et de la collectivité. Cinq ans d’y suffiraient pas.

Pathé MBODJE, M. Sc,
Journaliste, sociologue

Le Roi Est Nu

La réélection de Macky Sall a entraîné une restructuration des formations politiques significatives du Sénégal et un rajeunissement des acteurs politiques. Les lignes bougent en effet au sein des partis, dans un sens ou dans un autre, contraignant l’élu à reconsidérer ses relations avec les alliés et ceux d’en face. La sanction positive souhaitée par les nouveaux souteneurs (le roi Lear) doit se faire en parallèle à la guillotine réservée aux autres (roi Ubu) : bien ou mal élu (58% contre les 26 du premier tour de 2012), le président élu est toujours embourbé dans les alliances qui se font ou se défont au gré des batailles. Les positions affichées par les majors de la coalition au pouvoir (plus de considération, au Parti socialiste et une candidature d’avance à l’Alliance pour la République du président Moustapha Niass tombé du Perchoir) surviennent au lendemain de l’appel à une table ronde nationale du nouvel élu ; dans un cas comme dans un autre, ceci traduit le manque de confiance entre alliés et un souci de renforcer la stabilité intérieure et extérieure du pays en remettant tout à zéro. Macky Sall s’y était refusé jusqu’à présent, malgré les suppliques de dignitaires religieux, politiques, culturels et autres qui avaient averti dès 2015 sur la déstabilisation des populations avec les différentes affaires initiées par le nouveau converti en croisade : Hissène habré, Karim Wade et Khalifa Ababacar Sall ; la subite sagesse du nouvel élu demande donc une réflexion assez approfondie, surtout que la densité morale des populations, nourrie des récents événements, renseigne sur les risques d’implosion de la société sénégalaise sous le règne de Macky Sall.
Le Roi Est Nu !Ce remodelage se vérifie avec un rajeunissement de la classe politique : le départ annoncé de Moustapha Niasse de l’Alliance des Forces de Progrès va  moins donner naissance à une lutte fratricide de succession qu’il ne favorise l’alternance générationnelle, ce que le vieux avait refusé à Malick Gakou obligé de se chercher une autre voie ; le Parti socialiste qui prend les devants en sollicitant plus de respect et de responsabilité excelle dans ce qu’il sait faire sous Ousmane Tanor Dieng, la fuite en avant ; Idrissa Seck vérifie la courbe en dents de scie de Me Abdoulaye Wade et François Mitterrand dans leur longue marche vers le pouvoir ; enfin, Ousmane Sonko rassure les populations sénégalaises devant leur capacité d’indignation et de solidarité devant l’injustice, quand bien même il aurait manqué à son devoir de réserve. Mais, à l’heure des lanceurs d’alerte, cette parole donneur semble moins indisposer sur le plan moral.
L’Alliance pour la République du président Macky Sall se lance déjà dans une chasse aux sorcières pour faire sortir ou entrer et le Pr Abdourahmane Diouf se singularise de plus en plus à Rewmi d’Idrissa Seck et, pour accentuer le malaise, il y a le retour aux conférences nationales du début des années 90 avec un enième appel au dialogue du président Macky Sall.
Le Roi Est Nu !
« ll faut reconnaitre cette constance au président de la République d’inviter tout le monde au travail et au dialogue politique, et cela depuis octobre 2013 au moins. Au point que cela a souvent donné l’impression de tourner à l’obsession, au dada : par trois fois en près d’un mois (20 septembre-16 octobre 2013), le président Macky Sall a lancé un appel à la classe politique du Sénégal, l’invitant à se retrouver avec lui pour discuter des grandes questions du pays. Sans refaire l’histoire puisque Diouf son mentor avait appelé à se rattacher à son panache avec ses clins d’œil à l’opposition. Cette invite se fait en général lors de grands rassemblements d’ordre social, comme la cérémonie de lancement du projet de couverture médicale universelle ou, plus récemment, avec le réchauffement de l’ardeur des chefs de famille avec l’émission symbolique des premiers chèques pour l’opération « Bourses de famille » et après la prière de la Tabaski.
« J’appelle toute la classe politique à se mobiliser autour de l’essentiel pour bâtir notre pays« , avait dit le président de la République le 20 septembre 2013, avant d’insister, le 4 octobre, sur les réformes a priori déterminantes qu’il envisage dans le cadre de la décentralisation. A la pratique et sans dialoguer, la perfection ne s’est pas vérifiée avec un État qui se localise de plus en plus, au point de discuter le veau gras avec les chefs de quartier et les maires.
L’appel de Macky Sall à la classe politique tourne aussi à la hantise : entre les déclarations et autres déclamations, le président de la République se livre à un populisme de gauche en rendant publiques des actions ordinaires, d’abord, et d’ordre strictement privé, ensuite : les populations ont ainsi la difficulté de séparer la bonne graine de l’ivraie entre déclarations politico-politiciennes et celles de la solennité de l’État et de la République. Comprenne qui pourra » (1).
Battu par le temps qui joue contre lui avec un calendrier républicain nécessitant des élections en décembre (Locales) et en 2022 (Législatives), Macky Sall n’a pas succombé au chant des sirènes qui lui proposaient de dissoudre l’Assemblée et de restructurer le calendrier électoral : moins qu’une majorité difficilement acquise en juillet 2017, c’est son absence dans les joutes qui lui pose problème car, après lui, ce sera le désert : Macky Sall travaille en effet à son dépérissement, tout en faisant semblant de ne pas cracher sur…un troisième mandat, et sa page est déjà tournée, 2019 étant réduit à son plus simple poisson d’avril avec le Carême, le Ramadan, la saison des semailles. En octobre, il sera déjà minuit et impossible de discuter de T, même avec un grand t.
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(1) Pathé Mbodje : Silence, on négocie », mai 2016
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