Blog de Cheikh Yerim Seck

Vers une magistrature libre (Mamour Ba, Ecrivain)

Dans les académies de Gendarmerie, on a apprend cette belle leçon : La Loi ne demande pas aux juges les manières par lesquelles ils se sont convaincus. Elle ne leur demande que leur intime conviction. Ils sont indépendants, irresponsables, même en cas d’erreur, irrévocables, irrécusables et inamovibles
. Ils ne sont pas tenus par les procès-verbaux que vous rédigez. Voilà le cliché parfait du juge que j’ai toujours gardé en mémoire pendant si longtemps.

Mais ma surprise fut grande lorsqu’au péril de sa carrière de Magistrat, le Juge DEME pose sa toge sur l’autel du sacrifice. Cet acte responsable, de haute portée morale et éthique, devrait être l’élément déclencheur de la conjuration du mal qui gangrène si profondément le système judiciaire Sénégalais. Ce qui n’eut pas été le cas. Et depuis, ma vision et sans doute celles de beaucoup de gens changèrent, quand il s’agit d’un homme intègre qui préfère cracher sur tous ces avantages dévolus aux juges pour dénoncer une justice non indépendante. Autrement dit, Ce magistrat nous a dit de façon indirecte, que je n’avions pas raison, durant tout ce temps, de croire à une histoire qui ne tient pas debout. Que je devais enfin ouvrir les yeux et regarder la réalité en face.
Le constat est amer. Plusieurs mois après, et comme si cela ne suffisait pas, tous les Magistrats du Sénégal, par la voix du président de l’Union des Magistrat du Sénégal confirment la thèse qu’a défendu DEME en soutenant que les mêmes causes qui ont entrainé les effets qu’on connait sont bien réelles et persistantes.
Aujourd’hui, si les Magistrats veulent larguer le Président de la République en eaux troubles, ce ne sera pas facile. Il leur faudra attendre d’autres occasions plus favorables ou trouver des moyens plus rudes pour le contraindre. Ou alors, faudra t-il jouer sur le long terme pour chasser le Président de la République du sommet du Conseil supérieur de la Magistrature ? En ces moments sombres où tous les coups sont permis, au milieu de cette tempête pré-électorale, le Président de la République ne prendra pas de risques. Il a plus que jamais besoin d’avoir la main mise sur ce pouvoir majestueux pour conforter sa légitimité. Au nom de la Paix et de l’unité nationale clamées partout, le président à titre honorifique de l’Union des Magistrats trouvera le bon prétexte pour rester au gouvernail du bateau et tenir ferme le cap jusqu’à la sortie des vagues géantes. En politique, les promesses se sèment au gré des vents mais ne se récoltent pas…
Déjà les tirs de harcèlement sont entendus du côté de l’UMS qui compte sur l’appui de quelques «milices armées», très influents sur l’échiquier international pour s’imposer. Souleymane Telicko qui prenait part à la rencontre de la société civile autour du thème de l’indépendance de la Justice, a lancé le début des hostilités. En se prononçant sur les difficultés qui plombent le travail de ses collègues, il a évoqué une absence totale de transparence dans le système. Selon lui, les magistrats ne pourront jamais travailler correctement tant qu’ils n’auront pas une indépendance budgétaire et administrative. Sans ces préalables, le rouleau compresseur du pouvoir exécutif pèsera toujours sur leurs épaules.
Le président de la République sait qu’il se battra sur plusieurs fronts à la fois. Car, le combat politique qu’il mènera contre l’opposition ne me semble guère augurer des lendemains qui chantent. Rejeter le parrainage, récuser les magistrats du conseil constitutionnel ? C’est inédit ! Cela ne manquera pas de faire péter des grenades lacrymogènes dans les prochains jours.
Le lien entre la paix et la justice a été reconnu par la Charte des Nations Unies en 1945. Les nations fondatrices avaient alors résolu de créer les conditions nécessaires au maintien de la justice et au respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international. Ce n’est qu’au prix d’une ardente patience que nous pourrons conquérir la cité splendide dont vous rêvez pour le Sénégal. Un pays d’où émergera une justice indépendante qui respectera les droits humains et rendra sa dignité à tous.
Mais comme tout régime politique, la démocratie risque de se corrompre a dit Montesquieu, lorsque les hommes ne se conduisent plus selon le principe du régime politique. Or, il est de la nature des démocraties de ne pas se fixer de limites. La démocratie, tout comme l’indépendance des nations et des peuples, est par nature utopique dans la mesure où elle se fonde sur un principe de légitimité qui ne peut être pleinement respecté. Nous allons vers des échéances électorales lors lesquelles la justice aura un rôle central à jouer. Quelles que soient la situation qui prévaudra, L’UMS devra se concentrer d’abord sur cet objectif commun afin de garder toute sa lucidité et ses capacités de jugement.
Mamour BA, auteur : La femme du diable- http://www.editions- harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=47545
E/mail : niorodurip123@yahoo.fr

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