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YerimPost

Présidentielle 2024 : Dans un journal français, Cheikh Yérim Seck analyse la victoire de Diomaye Faye.

Le Sénégal est sorti par le haut de sa crise politique en élisant au premier tour l’opposant Bassirou Diomaye Faye. Les institutions ont dissuadé Macky Sall de prolonger son mandat. Pas si courant dans la région.



Cheikh Yérim Seck, fin connaisseur de la scène politique sénégalaise et auteur du livre « Macky Sall face à l’histoire » (éditions L’Harmattan), se félicite de la résilience de la dé­ mocratie dans son pays et attend avec curiosité l’arrivée au pou­ voir du parti antisystème.

 

–  L’épisode politique chaotique démontre­t­il la solidité de la dé­ mocratie sénégalaise ?

 

« L’épisode politique, depuis le report de la présidentielle le 3 fé­ vrier, démontre que le Sénégal est une nation africaine dotée d’institutions fortes, d’une dé­ mocratie résiliente, d’une opi­ nion publique mâture et vigi­ lante. Le Conseil constitutionnel a annulé à deux reprises la loi portant report, fixé l’élection au 24 mars après avoir refusé le 2 juin.

 

L’élection s’est déroulée de ma­ nière irréprochable à cette date avec la victoire du candidat de l’opposition radicale contre celui du pouvoir. Cet épisode, consé­ cutif à une décision du président sortant, Macky Sall, soutenu par les députés de son camp, de pro­ longer son mandat au­delà du terme constitutionnel, conforte définitivement le Sénégal dans

son rang de démocratie majeure en Afrique. »

 

– Êtes-­vous surpris par la victoire du candidat du parti d’opposition PASTEF(1)?

 

« Je ne suis pas surpris par la vic­toire mais par son ampleur. Les sondages le plaçaient en tête, mais au coude ­à­ coude avec le candidat du pouvoir. Ce succès au premier tour s’explique par le basculement à la dernière mi­nute de tous les indécis en faveur de Bassirou Diomaye Faye »

 

– Pourquoi le discours antisys­tème porte­-t­-il au Sénégal ?

 

« Le discours anticorruption et souverainiste parle à tous les jeunes de l’ancien précarré français en Afrique. Nous sommes ici dans des pays où plus de deux tiers de la popula­ tion a moins de 30 ans et où le chômage et le mal de vivre sont aussi partagés que le bon sens. Ces jeunes désespérés sont sen­sibles à un populisme de type nouveau qui leur explique que cette galère est causée par des gouvernants tous corrompus de­puis l’indépendance et par l’ex­ploitation économique de leurs pays par la France. »

 

– Est­-ce une nouvelle ère après les années Macky Sall ?

 

« Des politiciens de type nouveau accèdent au pouvoir, porteurs d’un discours de rupture par rapport au “système”, entendez tout ce qui s’est fait dans le pays depuis les indépendances. Vont­-ils transférer la capitale, changer la monnaie, révolutionner la gestion publique comme ils l’ont promis ? Les mois à venir nous diront si cette ère est vraiment nouvelle. Et si les fruits vont te­nir la promesse des fleurs. »

 

– Quel président sera Bassirou Diomaye Faye ?

 

« Bassirou Diomaye Faye, second d’Ousmane Sonko (le leader du PASTEF), est un ancien inspecteur et chef de service des impôts. Son profil est en deçà de celui de ses quatre prédécesseurs qui avaient exercé de hautes fonctions gouvernementales avant d’accéder au sommet. Il tombe un peu comme un cheveu dans la soupe. Mais il faudra at­tendre les cent premiers jours de son mandat pour se fixer sur sa présidence. »

La voix du Nord.

Jeudi 28 Mars 2024
REDACTION